Amir Muhammad ibn Abi dit al-Mansur (almanzor, 938-1002)

Né dans une vieille famille yéménite d'Andalousie, qui descend d'un compagnon arabe du berbère Tariq ibn Ziyad, qui enleva l'Espagne aux Wisigoths en 711.
Intendant, à 28 ans, du fils aîné de la concubine, une esclave basque affranchie, du calife al-Hakam II, à Cordoue, capitale d'al-Andalus, il devient l'amant de la concubine.
Le brave calife lui confie la police, puis l'inspection générale des troupes mercenaires. Il constitue une fortune et un réseau d'obligés. A la mort du calife, en octobre 976, il se fait nommer vizir puis, avec le soutien de la concubine du défunt, premier ministre du nouveau calife, Hisham II, l'enfant de 11 ans de la concubine, un enfant qui, livré à la débauche, n'aura pas de descendance.
La concubine s'aperçoit, un peu tard, que le premier ministre détient réellement tous les pouvoirs, son fils ne demeurant calife que formellement.

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Al-Mansur tient fermement les rênes du pouvoir. Gérée avec fermeté, compétence, et une relative justice, l'Espagne musulmane possède la meilleure administration du monde occidental. Son chef lui assurera deux décennies tranquilles à l'intérieur de ses frontières.
Les criminels, les comploteurs, mais aussi quelques gêneurs, sont châtiés sans merci, empoisonnés ou crucifiés. On accroche leurs cadavres à des potences sur un quai du fleuve. Les espions sont efficaces, la police surveille les rues et les marchés.
Jean-Pierre Langellier, Al-Mansur, Le Monde, 26 juillet 2000, p. 12-13.

2
Al-Mansur est maintenant prêt à la grande entreprise de son règne, celle qui lui donnera la gloire et sa place dans l'Histoire : le jihad, la guerre sainte.
Aux confins de l'infidélité, l'Espagne est à l'époque la terre de la guerre sainte par excellence, où l'on peut combattre "dans la voie d'Allah" en recherchant la mort insigne qui assure le salut éternel.
Al-Mansur livrera donc bataille contre l'infidèle, été comme hiver, au cours de cinquante-sept expéditions. Il deviendra l'adversaire le plus redouté des Etats chrétiens de la Péninsule : Leon, Castille, Navarre et comté de Barcelone.

Il ne cherche ni à annexer de nouvelles contrées, ni à repousser la frontière entre les deux Espagnes.
Son but est d'humilier l'adversaire, contraint de lui rendre l'hommage dû au suzerain.
La ruine de Saint-Jacques-de-Compostelle restera la plus grande catastrophe subie par la chrétienté ibérique.
Les expéditions d'al-Mansur ont aussi des objectifs plus triviaux : extorquer des tributs, razzier tout ce qui peut l'être, capturer un maximum d'esclaves, dont les jolies femmes franques ou basques que l'on prendra pour concubines.
L'afflux de prisonnières chrétiennes submerge périodiquement le marché aux esclaves de Cordoue. Ibidem.

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