Guillaume Weill-Raynal

Avocat. Auteur de Une haine imaginaire ? Contre-enquête sur le "nouvel antisémitisme", Armand Colin, Paris, 2005.

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Le latin de Taguieff
Pierre-André Taguieff prétend instruire le procès des médias et des intellectuels français, complices par connivence de la résurgence d'un nouvel antisémitisme.
Sous les apparences de la démarche scientifique et de la rigueur universitaire, sa rbèse ressemble à un oignon que l'on éplucherait sans jamais en trouver le cœur.
Dépourvue de toute base solide, la pensée de Taguieff ignore la réalité des faits et ne repose que sur un ensemble de sophismes adroitement construits ainsi que sur une confusion soigneusement entretenue entre les différents concepts que l'on prétend pourtant analyser.
Une haine imaginaire, p. 33.

2
Bien entendu, Alain Finkielkraut n'est pas raciste! Je le pense sincèrement et le dis sans ironie. Mais sa logique déconnectée du réel l'amène à tenir un curieux discours qui dénonœ l'antisémitisme là où il n'y en a pas et qui, symétriquement, reprend et véhicule les clichés racistes les plus traditionnels. Voilà ce qui arrive, quand - pour reprendre l'expression judicieuse de Théo Klein - on ne s'intéresse qu'aux concepts et pas aux faits.
Il n'est pas de semaine où Alain Finkielkraut ne dénonce ainsi les complaisances et les insuffisances - parfois réelles - du discours antiraciste. Sa « dimension compassionnelle », son caractère de « religion de l'humanité », etc. On connaît désormais aussi bien les couplets de cette chanson-là que ceux de celle qu'elle critique.
Le discours demeure, le plus souvent, dans les limites d'une rhétorique profuse et incantatoire qui tourne à vide et qui ne saurait donc tomber sous le moindre reproche puisque le délit d'absurdité n'existe pas. Mais, lorsque ce qui n'est chez lui, peut-être, qu'un assez pathétique délire défensif contre des attaques auxquelles personne ne se livre, trouve à s'appuyer sur un vrai délire d'attaque d'autrui, du pire tonneau, et qu'il l'appuie sans l'appuyer tout en l'appuyant, on peut considérer que cela commence à devenir moins drôle et que le batifolage dans les nuées de la projection aveugle du «je ne sais quoi» devient un adjuvant à une bien nauséabonde réalité.
Ibidem, p. 188

3
De quoi la France est-elle coupable ?
Progressivement, étape par étape, les griefs accumulés contre les médias, les intellectuels, les associations, les tribunaux, les pouvoirs publics, etc., ont enraciné dans les esprits l'image d'une France, voire d'une Europe, qui serait aujourd'hui globalement judéophobe.
Cette idée qu'on peut qualifier de fantasmatique n'a pas seulement touché la communauté juive française, mais aussi une partie non négligeables des opinions publiques américaine et israélienne. Il est grand temps de tirer la sonnette d'alarme et d'en appeler au retour de la raison.
Ibidem, p. 195

4
Trigano inaugure, avec la Nouvelle Question juive, un discours dont il n'a pas dévié depuis. Au procès de la modernité s'ajoute un «populisme séfarade» dont Lindenberg souligne justement qu'il use d'un vocabulaire «maurassien » lorsqu'il s'en prend «aussi bien au CRIF qu'aux "nouveaux historiens" israéliens, tous représentants d'un judaïsme "d'en haut", étranger à la communauté réelle ».
Ce populisme n'est pas sans rapport avec la modification des rapports de forces sociaux et politiques en Israël, où, en 1977, l'accession au pouvoir du Likoud consacra la montée en puissance d'un groupe séfarade qui se considérait jusqu'alors, non sans raisons, comme le laissé-pour-compte de la modernité israélienne.
Ces mises en parallèle, forcément sommaires, ne doivent pas, bien sûr, être érigées en système (n'allons pas chercher l'influence de Maurras dans les discours d'Ariel Sharon...). Mais elles constituent au moins des indices, des commencements d'explication à notre recherche.
Ibidem, p. 223

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