Histoire de la gauche caviar, Laurent Joffrin, Robert Laffont, Paris, 2006

Août 2011. Retraite à 60 ans ? La réaliste fait scandale et Dany s'en mêle

Octobre 2009. La magistrate, amie de N.S., se lance dans la politique écologique pour blanchir la Région Paca, danger

Laurence Vichnievsky

Fille d'un professeur d'Université, lui-même fils d'un aristocrate russe ayant dirigé les chemins de fer entre la Russie et la Chine, ayant pour oncles un conseiller à la cour de cassation et un préfet, Laurence Vichnievsky n'est pas une parvenue.
Elle fait partie, comme d'ailleurs le juge Halphen, de ces nomenclaturistes qui ont une haute opinion de l'Etat de droit et qui pensent que le droit positif démocratique doit s'appliquer à tout le monde, y compris aux politiciens ...
Juge d'instruction pendant dix ans, auprès de la juge emblématique et médiatisée Eva Joly, à la section financière du Palais de justice de Paris, elle se fait nommée, épuisée semble-t-il, en 2002, tandis qu'Eva Joly retrouve son pays d'origine, la Norvège, à la présidence du TGI de Chartres.
Avocat général à la Cour d'Appel de Paris en 2007.
Auteur avec Jacques Follorou de "Sans instructions", Stock, Paris 2002.

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Enfin, nous n'avons pas vocation à éradiquer le mal de la surface de la terre.
Nous fonctionnons comme les soupapes d'une société qui nous demande pourtant plus que nous ne pouvons lui donner. La justice pénale, et son emblème, le juge d'instruction, ne va pas, à elle seule, résoudre tous les problèmes de la collectivité.

Elle est aussi comptable des droits de la défense et des jugements rendus dans des délais raisonnables. C'est pourquoi nous sommes parfois confrontés à une forme d'incompréhension de la part de certains enquêteurs, voire d'observateurs extérieurs, qui saisissent mal les raisons pour lesquelles l'enquête prend fin alors que des éléments connus n'ont pas encore été totalement exploités.

Ces considérations reprennent alors le pas sur la «chasse», que je préfère appeler la «recherche des preuves». Fonctionner autrement conduit tout droit à l'arbitraire. Si les juges commencent à orienter leurs recherches au regard d'une idée abstraite de ce que pourrait être le rôle de la justice ou sur le seul fondement d'un pressentiment, d'une anticipation, fût-elle fondée, on peut ressentir quelque inquiétude.

C'est la porte ouverte au juge Torquemada, au service d'une cause. Je crains, pour ma part, les idées préconçues que l'on essaye de faire coller à la réalité. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille couvrir des agissements répréhensibles mais l'intervention du juge est encadrée par la loi.
Il appartient d'abord au juge de respecter la règle du jeu, même si celle-ci ne permet pas d'appréhender l'ensemble des comportements délictueux ou supposés tels.
Sans instructions, p. 144.

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La lutte contre la corruption ne doit pas pour autant être abandonnée au seul bon vouloir d'organismes d'État, voire supranationaux.
Le juge d'instruction est pleinement compétent pour enquêter sur les rétrocommissions, appellation technique utilisée dans le cadre des contrats commerciaux internationaux.
Lorsque le vendeur, une entreprise française, conclut un marché avec un pays étranger grâce, notamment, au versement de pots-de-vin à des intermédiaires ou à des responsables du pays acheteur, une partie de ces fonds peut emprunter le chemin du retour et revenir en France ou ailleurs, rétribuant ainsi, soit un responsable salarié de l'entreprise - partie au contrat en France -, soit un intermédiaire au rôle mal défini, soit un responsable politique, ou plus souvent, des proches du personnel politique.
Dès lors, la justice, en droit, a tout loisir de poursuivre les bénéficiaires de ces commissions paraissant avoir été prélevées sur l'entreprise sans contrepartie.

Le schéma se complique lorsqu'une rétro commission est transférée, par l'entreprise française ou l'intermédiaire, directement du pays étranger acheteur sur le compte d'un parent ou de proches de hauts dignitaires étrangers sans transiter sur le territoire français.

L'utilisation des circuits financiers mis à la disposition des corrupteurs et corrompus par les établissements bancaires ayant parfois pignon sur rue dans les paradis fiscaux ajoute à la difficulté de définir les limites de la saisine du juge. A partir de quel moment le juge outrepasse-t-il son droit à enquêter?

Il n'existe pas de réponse unique, intangible. Chaque cas doit être envisagé à l'aune d'un contexte particulier et non selon un dogme préétabli. Il arrive à cet égard que l'on ait à se demander si le juge doit interférer, par le biais d'un dossier, dans le domaine de la politique étrangère de la France.
Je n'ai pas de réponse définitive, mais je reste, a priori, très attachée au respect de nos règles de compétence, en l'espèce territoriale, et à la nécessité, pour chacun des acteurs, de ne pas empiéter sur les prérogatives qui ne sont pas institutionnellement les siennes.
Ibidem, p. 149/150.

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A mes yeux, les hommes ou femmes politiques n'appartiennent pas à une race à part.
Ils font partie, à gauche comme à droite, de mon environnement familial et social depuis mon enfance. J'ai la chance de compter, parmi mes proches, plusieurs responsables politiques à des niveaux divers, du plus modeste au plus élevé.
Elles ou ils m'impressionnent par l'investissement personnel consenti, l'énergie dépensée, le travail fourni et l'intérêt porté à la chose publique, indépendamment de toute question de pouvoir, même si celle-ci est bien évidemment sous-jacente.

Sans le pouvoir nécessaire à sa mise en œuvre, une idée politique reste à l'état de programme. Ces amis m'apportent un éclairage précieux sur des rouages que je maîtrise mal ou sur des enjeux que je ne soupçonne pas toujours. Ils représentent aussi une ouverture sur une autre culture.
Par ailleurs, dans le cadre de mes procédures, j'ai eu l'occasion de faire de nombreuses rencontres singulières, comme celle de ce responsable communiste, de second plan, naturellement élégant, chez lequel j'ai cru percevoir ce qu'un engagement personnel représentait de sacrifices consentis au nom de convictions respectables.
Même blessé, il paraissait lucide sans être amer.

D'autres hommes politiques entendus dans mon cabinet me sont apparus estimables. Beaucoup d'entre eux ont joué le jeu, même si ni eux ni moi n'étions dupes de la position obligée de chacun.

Parce que je respecte tout particulièrement la fonction politique, mon exigence est grande à son égard. Comme le juge, l'élu sert l'intérêt commun. Il me semble qu'ils doivent, tous les deux, pouvoir vivre en bonne intelligence pourvu que chacun exerce son métier et simplement le sien, l'élu en votant la loi, le juge en l'appliquant, tous deux la respectant.
Ibidem, p. 191/192.

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Après vingt ans d'exercice de la profession de magistrat, dont l'une des fonctions consiste à faire respecter une certaine égalité devant la loi, force est de constater qu'il vaut mieux être riche et puissant face à la machine judiciaire que pauvre et faible.
Ibidem, p. 118.

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12 Octobre 2009 jdd.fr Vichnievsky veut nettoyer la Provence

Future tête de liste écolo aux régionales, Laurence Vichnievsky, la célèbre juge de l’affaire Elf, dévoile ses projets au JDD.

Elle va donc "sauter dans l’inconnu", et bon courage au comité d’accueil.

A 54 ans, la juge Laurence Vichnievsky entre en politique, future tête de liste d’Europe Ecologie aux régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Un couple se reconstitue, celui qu’elle formait, lors de l’affaire Elf, avec Eva Joly, eurodéputée écolo depuis le mois de juin. Les réflexes sont toujours là. Vichnievsky, aujourd’hui avocat général à la cour d’appel de Paris, a vérifié que ses nouveaux amis "verts" ne traînaient pas de casserole financière. "Je ne suis pas Mme Propre envoyée d’en haut", corrige- t-elle. Mais tout de même: "J’étais juge, je le suis. Je représente une autre manière de faire, qui va à l’encontre de ce qui se fait en politique."

Du pouvoir, elle n’a vu que les mauvais côtés. Quand on lui demande si la classe politique est corrompue, elle lance: "En tant que magistrate, je n’ai connu que la pathologie, je ne peux pas répondre." Elle réfléchit, puis ajoute: "Non, tous les politiques ne sont pas pourris, même en PACA." Même en PACA ?

On imagine le séisme que va constituer son arrivée dans cette région, où elle possède une maison dans un coin idyllique, au Rayol-Canadel (Var). "Je suis attachée à la règle de droit, j’ai envie qu’elle soit respectée par tous, en PACA peut-être plus qu’ailleurs. Quand je lis, dans la presse, qu’il y a à l’instruction une affaire de détournement de subventions accordées par le conseil régional, ça me choque."

"Je connais bien Nicolas Sarkozy"

Michel Vauzelle, président socialiste de la région, est prévenu, avec tous ses collègues: "Je fais de la politique pour que les choses changent, j’ai envie de remettre de l’idéalisme, du rêve, dit Vichnievsky. Que les fonds publics soient gérés proprement. Rien que ça, en PACA, ça semble impossible.

Pourquoi cette région a-t-elle une réputation sulfureuse même dans les moeurs politiques?" Son thème de campagne est tout trouvé: elle va dépolluer les finances publiques: "Je voudrais proposer une gestion incontestable des fonds publics, ça devrait aller de soi." Paroles de bizuth? Voire! Car la juge s’engage, dit-elle, "pour gagner".

Ensuite, elle ne sait pas. "Le plus compliqué, c’est d’exercer le pouvoir" et de ne pas savoir si ce pouvoir n’est pas, par essence, corrupteur. Elle pense que "la fin ne justifie pas les moyens".
Elle ne voudrait pas que la politique l’abîme. On la dit dure, austère: "Je me protégeais, mon métier de juge, ce n’était pas du show-biz. En sortant d’une perquisition tendue, je ne souriais pas. Je vais sûrement avoir besoin de me protéger en politique. J’ai conscience de la dureté de ce milieu, j’ai envie de croire que je saurai résister. La désaffection par rapport à la politique me mine, je vois que mes enfants n’ont pas toujours envie d’aller voter; là, ils iront. Je suis un peu fleur bleue, mais si chaque maman s’engageait en politique, ça donnerait envie aux enfants."
La nouvelle partenaire de Dany Cohn-Bendit avait 13 ans en Mai-68, "mes copains occupaient l’Odéon."

Le 10 mai 1981, juge d’instance à Colombes, Vichnievsky a cru en la victoire de Mitterrand, "ce grand espoir d’un changement possible", avant d’être déçue. Sa vie est un décalque des espoirs et des désillusions de la gauche française, passée du mitterrandisme à l’écologie… Ou au sarkozysme? Elle s’en défend, évidemment: "Je m’engage dans un mouvement de gauche, je ne m’allierai pas avec la droite."

Mais elle est pourtant une amie personnelle de Nicolas Sarkozy, même si elle ne l’a pas rencontré depuis son élection. "Je connais bien Nicolas Sarkozy, même si je ne l’ai pas vu depuis le 6 mai 2007. Je lui conserve mon amitié, j’ai des amis de droite et de gauche. Je dois être une sorte d’Amélie Poulain, mais très avertie", avoue Vichnievsky.

Sa nouvelle vie en politique l’amuse et l’effraie un peu. Elle a déjà fait deux infarctus, elle redoute vraiment d’en faire un troisième.

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Affaire Vichnievsky : Cohn Bendit contre les «Verts et Rouge» Laureline Dupont - Marianne | Vendredi 19 Août 2011 à 16:01

La porte-parole d'EELV et proche d'Eva Joly qui s'élève contre la retraite à 60 ans, voilà qui fait désordre. Les écologistes en choeur crient au scandale.
Tous ? Sauf Dany, pour qui cet épisode prouve, une fois de plus, qu'EE-LV n'est pas un « lieu de débats ».

Il aura suffit d'une phrase de Laurence Vichnievsky pour mettre le feu aux poudres.

Au détour d'une tribune sur la dette, intitulée « Dette : et si nous devions revoir notre copie ? », la conseillère régionale de PACA glisse ce constat doublé d'une proposition audacieuse : « Aujourd’hui, la réduction de la dette s’impose à nous comme un rappel au principe de réalité. Elle nous oblige à revoir notre projet, non dans ses principes, mais dans sa mise en œuvre : le retour à l’âge légal de la retraite à 60 ans est une lubie. »
Problème : Eva Joly s'est, depuis belle lurette, prononcée pour « un retour de la retraite à 60 ans ».

La porte-parole du parti qui contredit la candidate du même parti ?

Impensable à Europe écologie-Les Verts. Les premières critiques sont apparues sur Twitter. Bastien François, conseiller régional de Paris, y est allé de son petit surnom : « Laurence Parisot-Vichnievsky » pendant que Denis Baupin s'est contenté de re-poster le message suivant : « Chère Laurence Vichnievsky, tu es la bienvenue au MoDem ! » Ambiance.
Mais comme le remarque avec clairvoyance Cécile Duflot sur le réseau de micro-blogging : « D'aucuns avaient craint les orages aujourd'hui à Clermont. Il n'y en a point eu. »

Tout va tellement bien qu'un bureau exécutif d'urgence a été convoqué jeudi matin. « Lors du bureau politique, la majorité des participants ont considéré que les propos de Laurence ne correspondaient pas au cursus politique des Verts et ont plaidé pour qu'elle soit déchargé de ses fonctions de porte-parole puisqu'elle ne porte manifestement pas la parole du parti », raconte un participant.

Le député de Paris, Yves Cohet, rappelle qu'elle n'en est pas à son premier coup d'essai : «Elle avait déjà envoyé un premier communiqué il y a un mois dans lequel elle campait sur des positions trop conformistes. Elle demandait de l'austérité, ça avait été mal vu. »
Pour Christophe Rossignol, proche de Nicolas Hulot, « elle cherche à s'exposer mais elle aurait pu le faire autrement, en répondant à Dany par exemple. »

Cohn Bendit, justement, fidèle à sa conception transpartisane et libérale-libertaire du mouvement, semble sur une toute autre ligne. Désemparé par l'ampleur de la polémique, le député européen ne cesse de répéter qu'il espère « l'ouverture du parti » et surtout « une sortie du simplisme droite/gauche ».
Un souhait qui devrait ravir Cécile Duflot. Agacé par l'absence de confrontation d'idées au sein d'EE-LV, le trublion écolo juge « ridicules » les cries d'orfraies poussés par ses compagnons après la parution de la tribune de Vichniesky.

« Il faut qu'il y ait un pôle de droite, un pôle de gauche et que tout le monde se retrouve. Pour qu'EELV existe dans la société, il faut laisser émerger une organisation dans laquelle les débats politiques ont lieu », tempête Cohn-Bendit avant de s'appuyer sur l'exemple des Verts allemands « qui ont réussi à s'imposer parce qu'ils étaient les seuls à poser, pendant la guerre de Bosnie, la questions de l'intervention. Ils s'affrontaient publiquement mais au moins, il y avait un débat. Je veux un parti qui se pose des questions sérieuses ! »

Si pour l'instant, Cohn-Bendit ne paraît pas envisager des négociations avec un autre parti que le PS, l'actuelle droitisation des Verts allemands pourrait donner des idées à l'eurodéputé.
Mais l'expérience de Nicolas Hulot, candidat à la primaire qui aurait pu incarner ce pôle de droite voulu par Dany, semble indiquer que chez les écolos français, l'ouverture n'est pas pour tout de suite.
Son amitié avec Chirac, sa petite phrase sur Borloo et son passé d'animateur sur TF1 lui ont couté la victoire. Et Dany dans tout ça ? Il a soutenu Eva Joly. Pour le pôle de droite à EE-LV, il faudra encore attendre.

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