Alvin Toffler (1928- )

Futurologue américain. Le choc du futur, Denoël, Paris, 1971 ; Powershift, New York, 1990, Les Nouveaux pouvoirs, 658 p., Fayard, Paris 1991 ; War and anti-war, Little, Brown and Company, New-York, 1993, Guerre et contre-guerre, survivre à l'aube du XXIème siècle, Fayard, Paris, 1994 ; Créer une nouvelle civilisation : la politique de la Troisième Vague, Fayard, Paris, 1995.

Selon cet auteur nous assistons aujourd'hui à un changement radical dans la façon dont la violence, la richesse et le savoir sont utilisés pour exercer le pouvoir. Ce changement résulte du "nouveau système de création de richesse" qui est principalement fondé sur le savoir (informatique) et la communication (medias).
Ce changement conduirait à une hétérogénéité grandissante du système mondial (guerres nationalistes, ethniques et religieuses) qui exigerait un ordre planétaire radicalement différent de l'ordre actuel, plus diversifié.

1
La révolution superindustrielle est à même d'éliminer la faim, la maladie, l'ignorance et la brutalité. En outre, en dépit des prophéties pessimistes des penseurs à oeillères, elle ne mutilera pas l'homme, elle ne l'écrasera pas dans un monde uniforme, pénible et grisâtre.
Bien au contraire, elle regorgera de possibilités nouvelles d'épanouissement personnel, d'aventures et de plaisir. Elle sera haute en couleur et ouvrira un champ immense à l'originalité. Le problème n'est pas de savoir si l'homme peut survivre à l'embrigadement et à la standardisation, mais bien de découvrir s'il peut maîtriser la liberté. Le choc du futur.

2
Capitaliste ou socialiste, toute économie moderne repose sur le droit. Tout contrat, tout engagement signé, tout titre boursier, toute hypothèque, tout accord entre partenaires sociaux, toute police d'assurance, toute dette et toute créance sont en fin de compte fondés sur la loi.
Et derrière chaque loi, bonne ou mauvaise, il y a le canon d'un fusil. Selon la formule concise du Général de Gaulle, il faut que le droit ait la force de son côté. Le droit est une sublimation de la violence.
Les Nouveaux pouvoirs, p. 62.

3
Un possesseur d'esclaves ou un seigneur féodal, transplanté des temps anciens dans le monde actuel, aurait peine à croire et trouverait même stupéfiant que nous battions moins les travailleurs et que, pourtant, ils produisent plus.
Ibidem, p. 64.

4
L'avènement de l'Etat-nation industriel a entraîné une monopolisation systématique de la violence, une sublimation de la violence sous la forme du droit, et une dépendance toujours accrue de la population envers l'argent. Ces trois mutations ont donné aux élites dirigeantes des sociétés industrielles la possibilité d'utiliser de plus en plus la richesse en remplacement de la force directe, afin d'imposer leur volonté à l'évolution historique.
Ibidem, p. 65.

5
Dans toute économie la production et les profits dépendent inéluctablement des trois sources principales du pouvoir - la violence, la richesse et le savoir. Or le capital et la monnaie sont aujourd'hui en voie de se transformer l'un et l'autre en savoir. Parallèlement, le travail connaît lui aussi une mutation : il consiste de plus en plus à manipuler des symboles. Le capital, la monnaie et le travail évoluant tout trois dans la même direction, la révolution affecte l'édifice économique dans la totalité de ses fondements : devenant supersymbolique, l'économie fonctionne désormais selon des règles radicalement différentes de celles qui prévalaient à l'âge de l'économie usinière.
Ibidem, p. 118-119.

6
Aujourd'hui, la rapidité des mutations exige la même rapidité dans les décisions ; mais il est de notoriété publique que les luttes pour le pouvoir sont cause de lenteur dans les bureaucraties. La concurrence exige des innovations continuelles ; mais le pouvoir bureaucratique étouffe la créativité. Le nouvel environnement économique exige autant de réactions intuitives que d'analyses méticuleuses ; mais les bureaucraties veulent remplacer l'intuition par des règles mécaniques et infaillibles.
Ibidem, p. 220.

7
La bureaucratie ne disparaîtra pas, l'Etat ne dépérira pas non plus. Mais les conditions d'environnement qui ont permis aux bureaucraties de s'épanouir, et même de devenir des machineries hautement efficaces, sont en train de changer si vite et si radicalement qu'elles ne sont plus capables d'accomplir les fonctions en vue desquelles elles avaient été créées.
Ibidem, p. 220.

8
Les conflits sont un fait social inévitable. Les luttes de pouvoir ne sont pas nécessairement mauvaises.
Ibidem, p. 546.

9
Suivant le décompte des Nations unies, il existerait 35 000 entreprises "transnationales", auxquelles se rattachent quelque 150 000 filiales. Ce réseau a pris une telle extension qu'on estime que les ventes entre filiales d'un même groupe représentent désormais un quart du commerce mondial. Cet organisme collectif en pleine croissance n'est plus fermement attaché à l'Etat-nation et représente un élément crucial du système mondial de demain.
Guerre et contre-guerre, p.343-344.

10
De la même façon, il n'est guère besoin d'insister sur l'influence croissante des religions mondiales, de l'islam à la Russie orthodoxe en passant par les sectes du New Age qui prolifèrent. Ce sont autant d'acteurs clés du système mondial du XXIème siècle.
Ibidem, p.344.

11
Les gens qui réfléchissent le plus sérieusement à la guerre du futur savent qu'une partie des combats les plus importants de demain se dérouleront sur le champ de bataille des médias. ...Idem, p.233 ... dans la guerre du Golfe, la mobilisation efficace, par le président Bush, du soutien des Nations unies s'est accompagnée d'une propagande laissant entendre que, loin d'agir dans leurs intérêts, les Etats-Unis ne faisaient qu'exécuter un ordre de l'ONU. L'objectif stratégique de cette campagne était d'isoler diplomatiquement l'Irak, et il fut atteint.
Ibidem, p.235.

12
Des siècles durant, les élites ont craint les révoltes des pauvres et s'en sont protégées... Mais la Troisième Vague (la révolution informatique et médiatique) s'accompagne d'un fait nouveau sensationnel : le risque croissant d'une révolte des riches....
Beaucoup pensent, s'ils ne le disent à haute voix :"Nous pouvons acheter ce dont nous avons besoin et vendre nos biens à l'étranger. Pourquoi nous encombrer d'une armée d'illettrés sous-alimentés quand nos usines et nos bureaux auront sans doute besoin de moins d'ouvriers et de personnel toujours plus qualifié à mesure que progressera la Troisième Vague ?"
Ibidem, p.299 et p.303.

Vers Première Page