Tchouang-tseu
Tcheou, dit Maître Tchouang, vécut au IVème siècle avant J.-C., pendant les guerres entre royaumes qui aboutirent, en 220 B.C., à la constitution de l'Empire par Shi Huangdi (260-210).
Fonctionnaire, mais penseur critique, et en particulier à l'égard des puissants, Tchouang-tseu vit libre, mais pauvre. Il est considéré comme étant le grand maître du taoisme, Lao Tseu lui-même étant un fondateur très largement mythique.
Oeuvre complète, Gallimard/Unesco, Paris 1969.

1
La vie humaine est limitée ; le savoir est illimité.
Qui subordonne sa vie limitée à la poursuite du savoir illimité va à l'épuisement ; épuisé, il veut savoir encore et meurt ainsi d'épuisement.
Qui fait le bien s'attire le renom ; qui fait le mal se voue au châtiment.
Seul celui qui prend pour règle la modération peut conserver son corps et sa vie, remplir ses devoirs envers ses parents et atteindre la limite naturelle de son existence.
Oeuvre complète, p. 46

2
L'homme s'épuise à nourrir le feu.
Mais le feu qui se propage, se propage infiniment.
(L'homme se fatigue d'aviver le feu. En tant que le feu se transmet, il est impossible d'en voir l'extinction.) *
Oeuvre complète, p. 48.

3
Distinguer l'action du ciel d'avec l'action de l'homme, voilà le sommet de la connaissance.
Connaître l'action du ciel, c'est constater ce que chacun de nous possède par nature.
Connaître l'action de l'homme, c'est essayer de préserver ce que son intelligence ne peut connaître par ce qu'elle connaît. C'est conserver la vie jusqu'à la limite naturelle et essayer de ne pas mourir prématurément.
Voilà la plénitude de la connaissance.
Oeuvre complète, p. 66.

4
On doit laisser le monde à lui-même et être tolérant à son égard et non le gouverner.
On doit le laisser à lui-même afin que les hommes ne s'écartent pas de leur nature innée.
On doit être tolérant afin qu'ils n'altèrent pas leur vertu propre.
Si chacun ne s'écarte pas de sa nature et conserve intacte sa vertu, est-il besoin d'un gouvernement ?
Oeuvre complète, p. 92.

5
Le sage ne gouverne l'État que s'il ne peut pas faire autrement, et alors mieux vaut pour lui ne pas agir.
Seul celui qui n'agit pas peut vivre selon sa nature et ses dispositions originelles.
C'est pourquoi on ne peut confier la charge de l'État qu'à celui qui préfère sa santé aux affaires du monde.
Celui-là ne prodigue point sa santé et n'exhibe point son intelligence.
Oeuvre complète, p. 93.

6
Ne pas se laisser entraver par la coutume ; ne pas s'en laisser imposer par les choses ; pas de légèreté ni de ressentiment à l'égard des hommes ; souhaiter la paix pour que le peuple puisse vivre ; se contenter d'un minimum vital pour soi et pour autrui ; faire preuve ainsi d'un cœur candide : il y avait de cela dans la méthode du Tao des Anciens.
Oeuvre complète, p. 267.

7
Etre impartial et sans esprit partisan ; facile et sans égoïsme ; s'adapter au monde sans imposer sa volonté propre ; aller aux êtres sans duplicité ; n'avoir recours à la réflexion ; ne pas consulter son savoir ; ne pas choisir entre les personnes et les traiter en toute simplicité : il y avait de cela dans la méthode du Tao des Anciens.
Oeuvre complète, p. 268.

8
Fuyante et incorporelle, la réalité change incessamment et ne comporte rien de stable.
Est-on mort ? Est-on vivant ? Le ciel et la terre ne sont-ils qu'un? Les esprits et les intelligences supérieures, où s'en vont-ils ? Où va-t-on aveuglément? Où arrive-t-on brusquement ?
Devant tous les êtres qui se déploient dans l'univers, on n'en découvre aucun qui mérite qu'on fasse retour à lui.
Oeuvre complète, p. 270.

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