Stolz Joëlle

Joëlle Stolz. Journaliste au quotidien Le Monde.

1
L'Autriche pourra-t-elle jamais solder ses comptes avec son passé nazi, et avec une communauté juive qui fut le principal levain de sa modernité, avant d'être exterminée ou forcée à l'exil, puis tenue à l'écart, après la guerre, de la reconstruction d'une identité autrichienne ? Un pas décisif vers un réglement au moins juridique et matériel de ce lourd contentieux a été franchi avec la signature, le mercredi 17 janvier 2001 à Washington, d'un accord pour l'indemnisation des biens "aryanisés" sous le régime national-socialiste, entre 1938 et 1945. Joëlle Stolz, L'Autriche et ses juifs : la mémoire et l'oubli, Le Monde, 30 janvier 2001, p. 1.

2
L'ancien secrétaire d'Etat américain au Trésor, Stuart Eizenstat, qui a mené tambour battant les négociations afin de conclure juste avant l'arrivée de l'administration Bush, a souligné qu'au total l'Autriche paiera plus de 1 milliard de dollars, si l'on tient compte des 140 millions de dollars déjà distribués par le Fonds national pour les victimes du nazisme, créé en 1995, et des 400 millions du Fonds de reconciliation pour indemniser les travailleurs forcés, oeuvre du gouvernement de Wolfgang Schüssel. Ibidem p. 1.

3
Cet accord laisse pourtant un goût amer à la communauté juive autrichienne, et sans doute à nombre de ses descendants aux Etats-Unis. Le président du consistoire israélite de Vienne, Ariel Muzicant, a émis des réserves avant de signer. ...
Certes, les responsables autrichiens ont toujours insisté sur l'aspect "irréparables" des crimes du nazisme, et le fait qu'il est devenu impossible de compenser réellement des spoliations estimées, en valeur actuelle, à 200 milliards de shillings (100 milliards de francs)(environ 15 milliards d'euros). Ibidem p. 17

4
Aujourd'hui, des études d'opinion indiquent que 67% des Autrichiens sont pour une restitution "totale" des biens saisis sous le nazisme. Les 31 % qui rejettent cette idée se situent plutôt parmi les perdants de la mondialisation, et sont souvent des partisans du FPÖ. Jörg Haider s'est d'ailleurs empressé de réclamer, après l'accord de Washington, un "droit égal" pour les Allemands expulsés des Sudètes après la guerre. Ibidem p. 17.

Vers Première Page