Louis Antoine Léon (de) Saint-Just (1767-1794)

Révolutionnaire enflammé, ami du dictateur jacobin Maximilien Marie Isidore (de) Robespierre (1758-1794), notamment missionnaire réorganisateur des armées de l'Est et du Nord.

Né à Decize dans le Boubonnais, son père est capitaine de cavalerie et sa mère fille de notaire. Son père décède lorsqu'il a dix ans.
Il est élevé par sa mère et ses soeurs. Il fait ses études secondaires chez les Oratoriens, à Soissons. Il a, en 1786, une aventure malheureuse avec la fille d'un notaire, et s'enfuit à Paris avec l'argenterie de la famille.
Il est mis en pension, à Paris, dans une maison "de correction", de septembre 1786 à mars 1787. Il s'inscrit en droit à Reims tout en faisant un stage chez le procureur de Soissons, et aurait passé sa licence ès-lois le 15 avril 1788.
Sans emploi, vivant chez sa mère, il entre avec passion dans le mouvement révolutionnaire. Tout d'abord au niveau local en 1790, il est nommé, à 23 ans, colonel de la garde nationale du chef-lieu de canton de Blérancourt, puis en 1791 il se fait connaître à Paris en publiant "Esprit de la Révolution et de la Constitution de la France", ouvrage dans lequel il se prononce contre la peine de mort ...
Puis il apparaît en pleine lumière révolutionnaire le 13 novembre 1792 lorsque, à la tribune de la Convention nationale, il réclame l'exécution du roi comme ennemi public de la Nation. Sa, courte, carrière jacobine se développe alors : le 30 mai 1793 il est adjoint au Comité de salut public pour, officiellement, préparer la nouvelle constitution, et le 27 juillet 1794 il est guillotiné avec Robespierre.
Au Comité de salut public il est le théoricien du gouvernement révolutionnaire et de la terreur, accusateur des "factions", c'est-à-dire des hommes et groupes adversaires de Robespierre et des jacobins. Représentant en mission aux armées il a tout pouvoir sur l'armée du rhin et les cinq départements de l'est de la France.

1
Le peuple doit respecter les magistrats ; il ne doit ni les flatter, ni les craindre, i1 ne doit point considérer les lois comme leur volonté, car bientôt les lois ne servent plus qu'à le réprimer au lieu de le conduire. Il ne suffit point de détourner l'attention du peuple de l'orgueil des magistrats pour l'appliquer aux lois ; il faut que l'intérêt public occupe aussi sans cesse son activité, car le législateur doit faire en sorte que tout le peuple marche dans le sens et vers le but qu'il s'est proposé.
Discours et rapports, Messidor/Ed. sociales, Paris 1988, p. 101

2
Il est certain que dans les révolutions, comme il faut combattre la résistance des uns, la paresse des autres pour le changement, la superstition de ceux-ci pour l'autorité détruite, l'ambition et l'hypocrisie de ceux-là, le gouvernement nouveau s'établit avec difficulté, et ce n'est qu'avec peine qu'il forme son plan et ses maximes ; il demeure longtemps sans résolutions bien décidées : la liberté a son enfance, on n'ose gouverner ni avec vigueur, ni avec faiblesse, parce que la liberté vient par une salutaire anarchie, et que l'esclavage entre souvent avec l'ordre absolu.
Ibidem, p. 129/130.

3
Le ministère est un monde de papier ; je ne sais point comment Rome et l'Egypte se gouvernaient sans cette ressource ; on pensait beaucoup, on écrivait peu. La prolixité de la correspondance et des ordres du gouvernement est une marque de son inertie, il est impossible que l'on gouverne sans laconisme. Les représentants du peuple, les généraux, les administrateurs, sont environnés de bureaux comme les anciens hommes de Palais ; il ne se fait rien et la dépense est énorme. Les bureaux ont remplacé le monarchisme, le démon d'écrire nous fait la guerre, et l'on ne gouverne point.
Ibidem, p. 139.

4
La démocratie en France est perdue, si les magistrats y ont plus d'influence que le peuple et si cette influence est un moyen d'élévation. On n'a point osé dire encore ces vérités simples, par cette raison même que, la hiérarchie du gouvernement étant renversée, aucune idée, aucun principe n'est à sa place ; par la raison que le gouvernement même semble redouter l'influence usurpée par ses comptables ; par la raison que la coalition de plusieurs membres des pouvoirs contre le peuple, contre la liberté, contre la représentation nationale, s'est déjà fortifiée.
Ibidem, p. 163.

5
La solidité de notre République est dans la nature même des choses. La souveraineté du peuple veut qu'il soit uni ; elle est donc opposée aux factions : toute faction est donc un attentat à la souveraineté.
Les factions étaient un bien pour isoler le despotisme et diminuer l'influence de la tyrannie ; elles sont un crime aujourd'hui, parce qu'elles isolent la liberté et diminuent l'influence du peuple.
Voilà l'esprit des factions. L'étranger a médité les causes du renversement de la tyrannie parmi nous, et veut les employer pour renverser la République.
Citoyens de toute la France, si vous avez un cœur né pour le bien et pour sentir la vérité, vous concevrez maintenant les pièges de vos ennemis, vous vous unirez en état de souverain pour résister à tous les partis.
Ibidem, p. 171.

6
Un homme révolutionnaire est inflexible, mais il est sensé, il est frugal ; il est simple sans afficher le luxe de la fausse modestie ; il est l'irréconciliable ennemi de tout mensonge, de toute indulgence, de toute affectation. Comme son but est de voir triompher la Révolution, il ne la censure jamais, mais il condamne ses ennemis sans 1'envelopper avec eux ; il ne l'outrage point, mais il l'éclaire ; et, jaloux de sa pureté, il s'observe quand il en parle, par respect pour elle ; il prétend moins d'être l'égal de l'autorité qui est la loi, que l'égal des hommes, et surtout des malheureux. Un homme révolutionnaire est plein d'honneur ; il est policé sans fadeur, mais par franchise, et parce qu'il est en paix avec son propre cœur ; il croit que la grossièreté est une marque de tromperie et de remords, et qu'elle déguise la fausseté de l'emportement. Les aristocrates parlent et agissent avec tyrannie. L'homme révolutionnaire est intraitable aux méchants, mais il est sensible ; il est si jaloux de la gloire de sa patrie et de la liberté, qu'il ne fait rien inconsidérément ; il court dans les combats, il poursuit les coupables et défend l'innocence dans les tribunaux ; il dit la vérité afin qu'elle instruise, et non pas afin qu'elle outrage ; il sait que, pour que la Révotution s'affermisse, il faut être aussi bon qu'on était méchant autrefois ; sa probité n'est pas une finesse de l'esprit, mais une qualité du cœur et une chose bien entendue. Marat était doux dans son ménage, il n'épouvantait que les traîtres. J.- J. Rousseau était révolutionnaire et n'était pas insolent sans doute : j'en conclus qu'une homme révolutionnaire est un héros de bon sens et de probité.
Ibidem, p. 183.

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