Henry Rousso

Historien spécialisé sur la 2ème guerre mondiale, le régime de Vichy et l'occupation allemande.
Auteur notamment de Le syndrome de Vichy, Seuil, Paris 1987 ; Vichy, un passé qui ne passe pas, Fayard, Paris 1994. Mais également de LE DOSSIER DE LYON III - LE RAPPORT SUR LE RACISME ET LE NEGATIONNISME A L'UNIVERSITE JEAN-MOULIN, Fayard, Paris, 2004.

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Sa libération (celle de M. Maurice Papon, condamné à dix ans de réclusion en 1999, incarcéré à la prison de la Santé, âgé de 90 ans en janvier 2001) pose la question de quelle démocratie nous voulons, à la fois humaniste et capable de regarder son histoire avec lucidité. Et cette libération ne menacerait pas la démocratie.
Par ailleurs le désir de vengeance est à la fois légitime et insatiable, et il ne pourra jamais être réellement accompli. C'est tout le paradoxe du devoir de mémoire : il engendre des illusions, notamment l'idée qu'on pourra "réparer" le passé. Or il faut vivre avec lui, avec les crimes, ce n'est pas la vengeance qui réparera les crimes commis.
La vraie question, c'est comment vivre avec le crime sans être englouti dans une mémoire incapable de surmonter le passé.
Henry Rousso, Papon n'est pas un détenu ordinaire, Libération, 19 janvier 2001, p. 5.

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L'idée que le libérer remettrait en cause le procès montre surtout que le débat de fond n'est pas terminé.
L'affaire Papon n'est pas simplement de l'ordre de la justice mais elle est aussi de l'ordre de la vengeance, au sens le plus noble du terme. Il faut qu'il y ait réparation pour les victimes et punition pour les coupables, même de manière infinitésimale au regard de l'ampleur du crime.
Ibidem.

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