Jean-François Revel de l'Académie française (1924-2006)

Intellectuel "parisien", socialiste puis libéral socialistophobe et fermement usaphile.
Agrégé de philosophie, ancien élève de Normale-Sup., journaliste, essayiste prolifique.
Auteur notamment de La tentation totalitaire, Laffont, Paris 1975, Le regain démocratique, Hachette, Paris 1992 ; L'obsession anti-américaine, Plon, Paris, 2002.

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Les négationnistes pro-nazis ne sont qu'une poignée.
Les négationnistes pro-communistes sont légion.
En France, une loi (loi Gaysot, du nom du député communiste qui l'a rédigée et qui, cela se comprend, n'a vu les crimes contre l'humanité que de l'oeil droit) prévoit des sanctions contre les mensonges des premiers. Les seconds peuvent impunément nier la criminalité de leur camp préféré.
Je parle non seulement de leur camp politique, au singulier, mais aussi de camps de concentration au pluriel, le goulag soviétique de jadis et le laogaï chinois d'aujourd'hui, celui-ci en pleine activité, avec en prime ses milliers d'exécutions sommaires chaque année. Ce ne sont d'ailleurs là que les principaux exemplaires d'un genre d'établissements consubstantiel à tout régime communiste.
La grande parade, Essai sur la survie de l'utopie socialiste, Plon, Paris 2000, p. 96.

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La démagogie antiaméricaine sert donc de masque à une revendication protectionniste plus générale.
Cette revendication repose sur le combat contre la mondialisation. Elle vise à perpétuer un modèle d'agriculture construit sur les subventions des contribuables, avec en plus des aides à l'exportation et des garanties contre les importations.
Le gouvernement français emboîte servilement le pas aux agriculteurs et perpétue cette absurdité économique. S'adossant à la haine pour les Etats-Unis, il se démène et invoque tous les prétextes possibles pour refouler les produits importés, même européens ou latino-américains, comme il l'a montré au sommet de Rio, en juin 1999.

Dans le domaine de la vie de l'esprit, à l'automne 1999, la presque totalité des Nobel scientifiques ont été obtenus par des Américains ou (ce qui devrait encore plus nous inquiéter) par des chercheurs d'origine européenne travaillant aux Etats-Unis.
En face, chez nous, qu'avions-nous ? Le héros national de la pensée française fut, au même moment, un nommé José Bové, démoliseur de restaurants McDonald's et pourfendeur de la mondialisation.
Ibidem, p. 282-283.

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(1er mai 2006) Revel, un Immortel s'en va --par Cécile Roux--

PARIS (AP) -- L'Académie française perd l'un de ses Immortels. Philosophe, écrivain, journaliste, Jean-François Revel est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), où il avait été admis à la mi-avril.
Ce penseur, athée et amoureux de la vie, avait 82 ans. "Très fatigué, malade", l'auteur de "Pourquoi des philosophes?", est mort "dans son sommeil", a-t-on appris auprès de sa veuve, Claude Sarraute, fille de l'écrivain Nathalie Sarraute.

Né le 19 janvier 1924 à Marseille dans une famille d'origine franc-comtoise, ce normalien agrégé de philosophie avait été élu à l'Académie française en juin 1997, l'année de la parution de ses Mémoires "Le voleur dans la maison vide". Jean-François Ricard, dit Revel, avait notamment été directeur de "L'Express", collaborateur au "Point" -pour des chroniques néolibérales-, à Europe 1 et RTL.
On doit à cet anticonformiste classé à droite une trentaine d'ouvrages, dont "Pourquoi des philosophes?" (1957), "Ni Marx ni Jésus" (1970), "La tentation totalitaire" (1976), "Comment les démocraties finissent" (1983), "La connaissance inutile" (1988), et "Le Moine et le philosophe" (1997, avec son fils Matthieu Ricard, moine bouddhiste). Son dernier livre, "L'obsession anti-américaine", est paru en 2002.

Reçu en 1943 à l'Ecole normale supérieure, Revel a participé à la Résistance (sous le pseudonyme "Ferral"). Agrégation de philosophie en poche, il est nommé successivement à Tlemcen en Algérie, à Mexico et à Florence. De retour fin 1956 en France, il fait partie du cabinet du sous-secrétariat d'Etat aux Arts et Lettres avant d'enseigner à Lille puis à Paris.

Sa carrière littérature débute en 1957, tout comme sa carrière journalistique. Il sera notamment rédacteur en chef des pages littéraires de "France-Observateur" durant trois ans. Il assumera aussi les fonctions de conseiller littéraire et de directeur de collection chez René Julliard, Jean-Jacques Pauvert, Robert Laffont jusqu'en 1978, date à laquelle il prend la direction de l'hebdomadaire "L'Express" -dont il était l'un des éditorialistes depuis 1966. Trois ans plus tard, il en démissionnera et deviendra chroniqueur au "Point".
Difficile donc d'étiqueter Revel dans le grand magasin des lettres. "Je n'ai jamais fait totalement partie d'une profession", avouait-il d'ailleurs au quotidien "Libération" en 1998.

Pour Claude Sarraute, qu'il épousa en secondes noces en 1967 et avec qui il a eu un fils, "Revel" -comme elle le nomme- était d'un "formidable courage intellectuel". "Dans 'Pourquoi des philosophes?' écrit à Florence, il s'attaquait à des philosophes de leur vivant". "Critiqué, il a continué imperturbable", a-t-elle expliqué à l'Associated Press. "Il voulait la démocratie partout, c'est lui qui a inventé l'expression 'droit d'ingérence"'.
"Je pense qu'il a mené un combat contre tous les totalitarismes qui a très important", a-t-elle ajouté. "Il y a mis une fougue, un talent d'écrivain, il a publié des pamphlets", "sa culture absolument incroyable l'a énormément servi", a-t-elle encore souligné, évoquant les relations empreintes d'admiration mutuelle qu'entretenaient sa mère, l'écrivain Nathalie Sarraute, et Jean-François Revel.
"A la fin de sa vie, Nathalie Sarraute ne voulait pas s'endormir sans savoir absolument ce qu'elle recherchait", se souvient-elle. "Elle appelait très souvent Revel", lui demandant par exemple quel végétal composait le nez d'un tableau d'Arcimboldo ou le nom de l'auteur d'un poème. A chaque fois, Revel "avait l'impression de passer l'oral de son agrégation de philosophie!"

Penseur, analyste, Revel, qui s'est "petit à petit retiré de la vie intellectuelle", aimait aussi la langue, et les plaisirs de l'existence, comme en témoignent "Pour L'Italie" (1958), "Sur Proust" (1960), "Un festin en paroles" (1979). Tout en rondeur sous le costume, l'homme -dont le pseudonyme Revel vient d'un restaurant où il retrouvait des amis- ne cachait d'ailleurs pas son goût pour l'alcool. "L'alcool, pour moi, est plutôt lié à la sociabilité", disait-il. "Il m'est très difficile de rencontrer un ami et de boire de l'Evian. Mais alors, il m'est plus facile de boire trois verres qu'un, et six que trois". "Ma seule protection, c'est la solitude", ajoutait-il.

Dimanche, Jean d'Ormesson a estimé que Revel était "avec Raymond Aron, de façon très différente, un des grands intellectuels de notre temps", observant qu'il "incarnait la pensée libérale après avoir incarné la pensée socialiste".
"J'ai toujours beaucoup travaillé, tout en menant, souvent, le contraire d'une vie de clerc. Je me suis même parfois bien amusé" , avait confié Revel à Olivier Todd en 1997, disant s'être toujours "considéré comme étant de gauche". Quant à la mort, notait-il, c'est "un fait unique et un fait brut. A partir du moment où on ne croit pas à un au-delà ou à une réincarnation, il ne reste plus qu'à accepter le néant". AP | 30.04.06 | 19:16
lenouvelobs.com, Lundi 1 mai 2006 - 8h45

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