Riccardo Petrella

Professeur à l'Université catholique de Louvain (Belgique), tiers-mondiste profondément hostile à la mondialisation libérale et donc à l'américanisation du monde.

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Jamais les maîtres du monde n'auront été aussi peu nombreux. Dans les domaines de l'information, de la communication et des médias, ils ne sont que quelques centaines de personnes, présidents et membres des comités de direction du petit nombre d'entreprises actives dans ces domaines : électronique, informatique, télécommunications, logiciels, radio-télévision, presse et édition, distribution, loisirs. Un quart est localisé en Europe, autant en Asie, le reste en Amérique.
Le retour des conquérants, Le Monde diplomatique, mai 1995, 21-22.

2
La criminalisation de l'économie mondiale est en marche. Le trafic illicite des armes et de la drogue, les formes mafieuses de production, l'évasion fiscale, la comptabilité double ou les caisses noires des entreprises représentent certes des phénomènes anciens. Mais la nouveauté tient à leur rapide diffusion, grâce notamment à la mondialisation des systèmes de production, de transport, d'information, de communication, et à la libéralisation de la sphère financière. La criminalité informatique ne cesse de se diversifier et d'étendre son potentiel de nuisance. Au-delà de l'injection de virus, des vols de fichiers, des détournements d'argent et des violations de vie privée, elle peut, appliquée à l'espionnage militaire, industriel et commercial, avoir des conséquences incalculables.
Ibidem.

3
Les nouveaux maîtres de la planète sont-ils devenus incontrôlables ? Les remèdes existent et les possibilités d'action sont nombreuses. Les premières mesures qui s'imposent d'urgence concernent le rétablissement de contrôles nationaux et internationaux, ainsi que l'institution d'une taxe mondiale sur les mouvements de capitaux, l'élimination du secret bancaire et des paradis fiscaux, la lutte coordonnée contre la spéculation et l'évasion fiscale, enfin la mise en place d'actions internationales « Mains propres » du type de celles qui ont été menées en Italie.
Ibidem.

4
Les luttes ont mis en évidence que la mondialisation de ces vingt ou trente dernières années a été et demeure avant tout le résultat de la puissance militaire et économique américaine, ainsi que des changements socio-économiques et culturels produits par les Etats-Unis, qui se sont ensuite répandus, à des dégrés différents et sous des formes diverses selon les pays (Chine comprise), dans l'ensemble du monde.

Cette mondialisation consiste principalement en une américanisation idéologique, technologique, militaire et économique de la société planétaire contemporaine. Il n'a pas fallu attendre l'effondrement de l'Union soviétique pour s'apercevoir que la globalisation des marchés, des capitaux, de la production, de la consommation, etc., était un "produit" des Etats-Unis gràce, notamment, à la présence mondiale de l'US Army, de l'US Navy et de l'US Air Force.
Cette présence a ouvert la voie royale à la "mondialisation" de Coca-Cola, d'IBM, de Levi's, de Walt Disney, de Ford, de GM, d'ITT, de McDonald's et, plus près de nous, de Microsoft, d'Intel, de Cisco, d'AOL-Time Warner, de Citicorp, de Wal-Mart, de Fidelity ...

Dans un tel contexte, toute manifestation antimondialisation est perçue, par un nombre croissant de dirigeants des Etats-Unis et de la plupart de leurs "alliés", comme une opposition au système capitaliste mondial lui-même, et, dans la mesure où Washington est la puissance régulatrice de ce dernier, comme une opposition aux Etats-Unis et à leurs "alliés".
Il n'en fallait pas plus pour que le Pentagone et d'autres secteurs des Etats-Unis élaborent et répandent la "théorie" de la nature "génétiquement" violente de l'opposition à la mondialisation. Selon cette "théorie", puisque les contestataires s'en prennent au système mondial en place, à ses règles, à ses institutions et à ses gouvernements légitimement élus, ils s'en prennent par voie de conséquence à la démocratie.
Ce sont donc "nécessairement" des violents, de réels "criminels" contre l'ordre démocratique, en un mot, les véritables "nouveaux barbares" de lère globale.
Criminaliser la contestation, Le Monde diplomatique, août 2001, p. 8.

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