Passevant Roland

Roland Passevant.
Journaliste communiste. L'un des deux journalistes communistes qui intègrent les 250 journalistes de TF1, télévision du service public, en octobre 1981, après l'arrivée au pouvoir de la gauche plurielle socialo-communiste, M. François Mitterrand étant président de la République. L'objectif est de "libérer l'information". La déception du journaliste est totale et il relate "l'espoir trahi" et "les basses manoeuvres de sabotage du service public" dans son ouvrage "Journaliste sous haute surveillance, 1981-1987 à TF1 dans les rouages de la désinformation", Editions Messidor, Paris 1987.

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Sous le pouvoir de la gauche, la télévision ne doit-elle pas mieux appréhender le travail et la condition humaine ? Sans faire du Zola, on peut considérer que le grand reportage ne se nourrit pas seulement d'exotisme ; que la misère de l'Amérique du Sud, facile à traiter avec audace - c'est loin ! et ça se cadre sans mettre en cause l'essentiel, le système (capitaliste) et ses grands alliés - ne pas effacer la condition des OS (ouvriers dit "spécialisés") de Billancourt (usine Renault). Journaliste sous haute surveillance, p. 33.

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La question qu'on est en droit de se poser, durant l'été 1982, un an après l'accession de la gauche au pouvoir, c'est : pourquoi un tel immobilisme dans le domaine de l'information ? Pourquoi cette pagaille dans la rédaction de TF1, l'absence d'orientation claire ? Pourquoi le refus d'un recrutement pluraliste ? Comment une rédaction pourrait-elle innover, quand rien ne la prédispose à le faire ? Les mêmes exécutants, à quelques unités près, travaillent sur les mêmes partitions, d'avant 1981, avec les mêmes critères de sélection, les mêmes réflexes d'autocensure. Ibidem, p. 98.

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Les mois passent et rien ne change. Le constat sur l'orientation anticommuniste permanente, devient lancinant. Ce premier trimestre 1983, est placé sous le signe d'une campagne de presse sur le thème de la "Télé rouge". Qu'ils accusent, prétendent révéler ou insinuent, les médias se bousculent sur le même créneau. Il s'agit d'accréditer l'idée d'un envahissement des ondes et des petits écrans par les communistes. Arrêtons-nous encore, quelques instants, sur les méthodes de travail de la fameuse "Télé rouge", vue sous l'angle de la conférence de rédaction de TF1.
Le 10 février (1983), on met à l'écart une révélation d'un journal de RFA (Allemagne de l'Ouest), dévoilant que "les services secrets américains ont protégé Klaus Barbie (criminel nazi) pour utiliser ses contacts et obtenir des informations sur l'influence des communistes" ; quatre jours plus tard, on supporte sans la moindre assurance de véracité, un rapport américain parlant de quatre millions de condamnés aux travaux forcés en URSS. Ibidem, p. 141.

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Dans l'Afghanistan d'aujourd'hui (1983), les féodaux chassés du pouvoir, jouent sur l'obscurantisme, pour condamner une révolution. Il faut donc cacher le rôle humanitaire et économique de l'URSS aux côtés des révolutionnaires. Il ne faut voir, filmer, montrer et commenter que l'aspect guerrier des Afghans et de leurs alliés soviétiques. Il faut cacher le rôle des Etats-Unis aux côtés de population analphabètes, soumises, et manipulées par quelques seigneurs expatriés au Pakistan. Il faut valoriser une contre-révolution en la parant du beau visage de la Résistance. Ibidem p. 179.

5
En vérité l'expérience cubaine fait beaucoup plus que déranger. Elle voit tourner vers elle les regards et les coeur de l'Amérique latine ; d'un continent trop souvent encore sous la botte de dictatures, soutenues financièrement et militairement par les Etats-Unis. Quand Reagan déposera, en mars 1987, devant la Commission des droits de l'homme des Nations unies, à Genève, un projet de résolution dénonçant les prétendues violations de Cuba en ce domaine, l'Argentine, le Mexique, la Colombie, le Pérou, le Venezuela, voteront contre ; s'abstenant, le Brésil ne suivra pas, non plus, les Etats-Unis. La France, si. Elle condamnera Cuba. La France, dont François Mitterrand se dit maître du jeu en politique étrangère. Ibidem, p. 225-226.

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Quant au fond et à la forme de l'information, la part prise par TF1 dans la promotion politico-médiatique de Le Pen dit assez bien qu'à Cognacq-Jay, à l'approche de l'été 1987, on garde la vitesse de croisière. TF1 réalise un reportage dans le village breton de Le Pen, le jour de sa déclaration de candidature aux présidentielles - laquelle n'a rien d'un évènement inattendu, mais sera bien médiatisée et suivie d'une énorme campagne nationale d'affichage commercial. Ibidem, p. 269.

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Les magouilles de la fin 1986-début 1987, très fortement détaillées par Bourges dans son ouvrage (Hervé Bourges, Une chaîne sur les bras, Le Seuil, Paris 1987) ; les manoeuvres des grands fortunés, rapaces, se disputant TF1 ; la danse du scalp autour du service public, trahi, condamné, vendu, ont été écoeurantes. A l'image d'un système faussement libéral, duquel ne viendra jamais la volonté de libérer l'information. Ibidem, p. 272-273.

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