Sami Naïr

2001. Député européen du Mouvement des citoyens (Jean-Pierre Chevènement).

1
Lutter contre le racisme et la xénophobie c'est, d'abord, aujourd'hui, identifier les raisons qui rendent ces fléaux possibles - et si menaçants. ...
De fait, le racisme et la xénophobie sont, dans la plupart des pays européens, des réactions latentes, réelles, voires violentes, de rejet face à l'arrivée, l'installation et l'intégration de communautés allogènes qui diffèrent par leurs traits culturels.

... Autant le dire clairement : le racisme a malheureusement de l'avenir. Il est indispensable de le combattre vigoureusement, non seulement pour des raisons sociales, mais aussi et surtout parce que les sociétés européennes vont, dans les prochaines decennies, et sous l'effet de puissants déséquilibres économiques et démographiques Nord/Sud, connaître des modifications ethniques.
Sami Naïr, Des droits et des devoirs, Le Monde, 22 juin 2001, p. 13.

2
Les sociétés européennes deviendront de plus en plus multiethniques. Face à cela, les réctions identitaires sont fortes. ...
Il ne sert à rien de condamner abstraitement ces manifestations de rejet. Il faut leur opposer une politique globale, pour guérir et prévenir. Guérir, cela signifie d'abord, pour les pouvoirs publics, tenir un langage clair et ferme sur le respect des droits humains fondamentaux, des droits sociaux et politiques, des nouveaux venus. ...
Réciproquement, les nouveaux citoyens ont le devoir de respecter l'identité de la société d'accueil. Il n'y a pas de droits sans devoirs.
Ibidem.

3
Le principal défi interculturel auquel les sociétés européennes vont être affrontées est celui de l'avènement d'une religion nouvelle en Europe : l'islam.
C'est un beau défi. Pour la première fois dans l'histoire heurtée des relations islam-chrétienté, la rencontre se fait de façon pacifique à travers des mutations de populations. Si tout démontre que l'islam peut s'intégrer dans la culture européenne, encore faut-il définir le cadre de cette intégration : il doit être celui du respect des valeurs démocratiques, notamment de l'égalité homme-femme et de la séparation du spirituel et du temporel.
Ces valeurs ne sont pas négociables. Ne pas le dire à ceux qui excipent de leurs différences confessionnelles pour refuser l'égalité des sexes et la neutralité religieuse, c'est, au fond, faire le jeu des extrémistes et des partisans de l'exclusion.
Ibidem.

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