Claude Morgan

Ecrivain, directeur de la revue communiste française qui eut, jusqu'en 1972, sur les intellectuels, une influence considérable, Les Lettres Françaises.
Un des principaux accusateurs, en France, avec l'écrivain André Wurmser (Louis Aragon, directeur de la revue de 1953 à 1973, restant dans l'ombre), de Victor Andrelevitch Kravchenko, un ingénieur militaire en mission aux Etats-Unis qui, en avril 1944, "choisit la liberté" en demandant l'asile politique aux américains, et qui accuse l'Union soviétique des pires crimes, alors que l'Urss est dirigée par Staline, le "génial petit père des peuples", et est considérée dans le monde entier par les communistes comme étant le "paradis des travailleurs".

Kravchenko publie un ouvrage, I Chose Freedom, qui est traduit en français et publié chez l'éditeur de Charles Maurras, fondateur et animateur de l'Action Française, un mouvement qui inspire, avec d'autres, le gouvernement du Maréchal Pétain, entre 1940 et 1944, J'ai choisi la liberté, La vie publique et privée d'un haut fonctionnaire soviétique, Editions Self, Paris, 1947.

L'ouvrage est violemment attaqué par les communistes, qui accuse Krachenko d'être non seulement un traître à la solde des Etats-Unis mais surtout un menteur dont l'ouvrage de propagande n'a pu être écrit que par des agents américains.

Kravchenko porte plainte pour diffamation, et obtient, après un procès très médiatisé, en avril 1949, cent mille francs de dommages et intérêts et Claude Morgan et André Wurmser sont condamnés à cinq mille francs d'amende chacun. La cour d'Appel réduit les peines en 1950.
En 1956, au XXème congrès du parti communiste de l'Union soviétique, le rapport Khrouchtchev révèle une petite partie de la vérité sur Staline et son régime.
Oublié de tous, Kravchenko se suicide à New York en 1966.

En 1979 André Wurmser publie ses souvenirs, Fidèlement votre, soixante ans de vie politique et littéraire, Grasset, Paris, dans lesquels il justifie son comportement dans l'affaire Kravchenko par le fait qu'il ignorait la situation réelle de l'Union soviétique.
C'est également le point de vue de Claude Morgan dans son livre Les "don Quichotte" et les autres, Editions Guy Roblot, Paris, 1979.

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Nous, les communistes, nous ne mettions pas en doute les affirmations des soviétiques, ni celles de notre Parti. Mes déclarations, lors du procès Kravchenko, dans Les Lettres Françaises, le prouvent.
Kravchenko était un membre de l'Ambassade soviétique aux Etats-Unis. Il avait "choisi la liberté" et publié un ouvrage violemment antisoviétique. André Ulmann m'apporta sur le personnage un article que je publiai sans signature. Dans cet article Ulmann, sous le nom de Sim Thomas, accusait Kravchenko de mensonge et ajoutait qu'il était ivrogne. André Wurmser écrivit lui aussi un article dans Les Lettres. C'est pourquoi nous fûmes tous les deux les accusés de ce procès. Kravchenko cita un certain nombre de témoins, qui, tous, affirmèrent l'existence des camps de répression, où régnaient des conditions atroces. Je ne le crus point. Les uns étaient des Koulaks, les autres des ennemis politiques. Je déclarai que, si je pensais qu'ils disaient vrai, je ne serais pas communiste. Pauvre couillon !
Les "don Quichotte" et les autres

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