19 mars 2016 : Le pôvre grand bourge, son père ne l'aimait pas. Pas le seul ... 20 novembre 2016 Primaire présidentielle Droite et Centre 2,4%
23 février 2016 : Candidat à Vesoul

20/21 juillet 2015 : IL soutient les éleveurs qui foutent de nouveau la bouse, après les taxis, les chauffeurs routiers, etc, etc ... Et le gouvernement se rend ...
15 mai 2015 : Contre une "Education" dite "Nationale" égalitariste forcenée et pour une Instruction qui apprend pour avoir un emploi pour tous (incroyable ! non !) ...

01 décembre 2014 : Il collabore avec Sarko II, pour l'Allemagne et l'Espagne ..., pour l'instant ...
30 novembre 2014 : Présidence ... de l'UMP, 29,18 % des adhérents votants
Juin 2014 : L'amer Le Maire veut être Président

Janvier 2013 : Jours de Pouvoirs, Gallimard, Paris.

Juillet 2012 : Futur Premier Ministre du futur Président ?, la tentation de Bruno

Décembre 2008 : Ministre (secrétaire d'Etat aux Affaires européennes) de Sarkozy
Avril 2009. "Le couple franco-allemand est exemplaire" dit le germanophone-phile, galouziste reconverti en sarkoziste agité.

Bruno Le Maire

Agrégé de Lettres, Normalien et Enarque. Plume, conseiller, puis directeur de cabinet, de Dominique Galouzeau de Villepin, Premier ministre de 2005 à 2007.
Député de l'Eure en 2007, parachuté dans la circonscription de Jean-Louis Debré, nommé Président du Conseil constitutionnel.
Ministre de l'Agriculture (2009-2012). En 2011 on parle de lui pour devenir ministre des Finances après le départ de Christine Lagarde, ou même Premier ministre à la place de François Fillon ... et il y croit.

Grand bourgeois parisien. Grand intellectuel et brillant littérateur. Grand technicien de la politique politicienne et humanitariste idéaliste. Préfère l'agression politique au respect du Droit (Jours de Pouvoir, 2013, pp. 317-318 notamment). Entrera à l'Académie Française, un jour, peut-être ...
Dans ses ouvrages politiques fait une remarquable description des comportements de Nicolas Sarkozy, et des siens magnifiés, qui donne envie ... de ne pas les revoir.

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Des hommes d'Etat, Grasset, Paris, 2007.

1

Mardi 31 mai (2005) - Paris - Hôtel de Lassay

Dominique de Villepin est Premier ministre.
Il part déjeuner à l'Assemblée nationale avec le groupe UMP, invité par Jean-Louis Debré.
Lorsqu'il entre dans la salle à manger de l'hôtel de Lassay, quelques applaudissements épars éclatent ici ou là, au milieu d'un silence désapprobateur.
Une grande majorité de députés regrette cette nomination. Les uns, en raison de leur soutien à Michèle Alliot-Marie. Les autres, parce que Dominique de Villepin n'est pas élu. Tous, ou presque, parce que Dominique de Villepin prend la place qui revenait de droit à Nicolas Sarkozy.

Je m'assieds à une table au hasard. On me demande qui je suis: « Conseiller auprès du Premier ministre? Je vous souhaite bien du courage! »
Les plus aimables se donnent le mal de m'expliquer leur désagrément, certains me disent que tout cela ne tiendra pas trois mois: « Il fallait nommer Nicolas Sarkozy, je peux vous dire que personne ici ne comprend ce que vous faites à Matignon.»

Seuls les candidats à un poste de ministre gardent leurs critiques pour eux et me font part de leurs souhaits.
Des hommes d'Etat, p. 85

2

Mardi 7 juin (2005) - Paris - Elysée

Nuit et jour j'ai réécrit le discours de politique générale, fournissant toutes les trois heures une nouvelle version à Dominique de Villepin et au directeur de cabinet, Pierre Mongin, qui la corrigent, l'amendent, l'un avec son intuition politique, l'autre avec sa maîtrise des dossiers économiques.
Ensemble nous décidons de rédiger un discours concis, presque sec, pour surprendre et donner le plus de clarté possible au programme politique.

Dans un état d'épuisement complet, nous arrivons pour une dernière séance de relecture chez le Président.
A la deuxième page, il s'empare de son crayon bleu et rouge, commence à rayer un mot, à en souligner un autre :"C'est beaucoup mieux, ça commence à avoir de la gueule."
Ibidem, pp. 90-91

3

Mardi 14 juin (2005) - Paris - Matignon

Le petit déjeuner de la majorité rassemble le mardi, dans la salle à manger du Premier ministre, tout ce qui compte à droite et qui, parfois se jalouse, parfois se déteste, très souvent se méfie.
La politique tient de l'exercice spirituel, obligeant des hommes et des femmes à se côtoyer des années durant en surmontant leurs rancœurs, leur ennui, leur lassitude, leur agacement, sans pouvoir se réfugier longtemps dans la solitude.

Ce matin, Nicolas Sarkozy ne se donne pas le mal de dissimuler son impatience. Il joue avec deux petites cuillères qu'il frotte l'une contre l'autre, écoute distraitement les remarques du Premier ministre placé en face de lui, légèrement décalé.
Au bout de dix minutes il avance le bras à travers la table et prend la parole: «Ce qu'il faut bien voir, Dominique, c'est que la baisse du chomage, ça ne suffira pas aux Français. Ils vous sauront gré d'avoir voulu le faire baisser, et si vous y arrivez, ils vous sauront gré de l'avoir fait, mais ça ne suffira pas. Il faut leur raconter une histoire aux Français. Qu'est-ce que vous allez leur raconter comme histoire en juillet, en août, en septembre, l'année prochaine? »

Son voisin dessine avec application une voiture sur sa feuille, Jean-Louis Debré croise les bras sur sa poitrine, Philippe Douste-Blazy, le teint de craie, la mèche noire rabattue sur ses lunettes, observe de biais l'échange entre les deux hommes.

Nicolas Sarkozy s'arrête, plonge une petite cuillère dans le pot de confiture placé devant lui, reprend, avec dans la voix une pointe d'énervement: « Demain on a le débat public sur l'Europe, parfait! Mais qu'est-ce qu'on dit sur l'élargissement? On continue comme avant? On fait comme si le non n'avait jamais existé? Il faut annoncer une pause dans les élargissements, c'est indispensable, sinon qu'est-ce que ça veut dire le 29 mai? Qu'est-ce que ça veut dire si on ne tire aucune conséquence? »

Le reste de la table acquiesce, seul Dominique de Villepin émet des réserves: « Vous avez raison, Nicolas, on ne peut pas faire comme avant, mais il y a des engagements qui ont été pris, il faut les tenir. »

Le soir, en réunion chez le Président, alors que nous relisons l'intervention du Premier ministre sur l'Europe, je fais part des réactions du président de l'UMP et de la majorité.
Le Président se pince les lèvres avec le pouce et l'index, fronce les sourcils: « C'est un problème. C'est un vrai problème. Mais je ne peux pas revenir sur mes engagements. C'est impossible. J'ai testé Blair ce matin. C'est impossible. Ce ne serait pas convenable. »

L'homme qui gouverne et celui qui aspire à gouverner vivent l'un enchaîné au passé, l'autre impatient du lendemain, pour cela ils ne peuvent pas s'entendre, ils sont condamnés chaque jour à se déchirer davantage.

Où se trouve le Premier ministre? Entre les deux, tiraillé de part et d'autre, contraint dès les premiers jours de son mandat à trouver un équilibre fragile entre le changement et la fidélité.
Ibidem, pp. 93-94

4

Mardi 28 juin (2005) - Paris - Matignon

Nicolas Sarkozy est ailleurs.
Il se tait, le visage fermé, penché sur son portable qu'il manipule sous la table, il n'écoute pas la discussion.

Pierre Méhaignerie parle de la prime pour l'emploi. Jean-Claude Gaudin opine gravement du chef, les deux mains posées à plat l'une sur l'autre. Bernard Accoyer note des mots sur un calepin, Henri Cuq me glisse: « Il y a de l'ambiance ce matin! »
Le Premier ministre laisse chacun s'exprimer tour à tour

Lui aussi n'écoute que distraitement, il regarde Nicolas Sarkozy, il doit se demander quel message il envoie avec son portable.
Jean-François Copé évoque la taxe professionnelle : il est clair et convaincant, il connaît son sujet.
Ministre talentueux, bon politique, il abrège, conscient que ce matin personne n'est disposé à écouter un exposé technique.

Sur la commode placée derrière la table du petit déjeuner, les serveurs consultent la feuille sur laquelle sont notées les préférences de chacun en face de son nom: espresso, jus d'orange, jus de pamplemousse, pas de jus de fruit, eau minérale, yaourt, fromage blanc, sucre, pas de sucre, sucrette.

Nicolas Sarkozy refuse un deuxième espresso, du plat de la main, sans relever la tête de son portable.
Pierre Méhaignerie répond à Jean­François Copé. Le Premier ministre n'a toujours pas pris la parole. On est entre soi et on s'ennuie.
Ibidem, pp. 100-101

5

Mardi 12 juillet (2005) - Paris - Jardins du musée Rodin

Nicolas Sarkozy, que je raccompagne sur le perron de Matignon, me prend par le bras:
"Venez! On va faire quelques pas ensemble! Venez!"

Nous remontons la rue de Varenne. Le trottoir est étroit, encombré de cars de CRS et d'échafaudages. Nous avons du mal à marcher de front. Il salue les passants, les policiers.
Quand il s'appuie sur mon épaule, je remarque que le rythme syncopé de sa démarche épouse le rythme de ses phrases, comme un déséquilibre léger, un déhanché qui le porterait toujours lui et sa parole vers l'avant:
« Bon, Bruno, tout cela ne se passe pas trop mal avec Dominique. Il y a un débat, la presse nous oppose, mais cela reste correct. »
Et comme s'il voulait s'assurer de nos intentions, pour le cas échéant ajuster les siennes: "Personne ne franchit la ligne jaune, hein?"

Il regarde à droite, à gauche, me donne parfois de légères bourrades dans les côtes, il parle et salue alentour.
Nous sommes arrivés à l'entrée du musée Rodin: « C'est pas mal ici. On peut rentrer, non? Allez, on rentre. »

Il me parle et il ne me parle pas, il glisse des avertissements, il évalue l'adversaire et ses conseillers, il séduit, questionne, affirme, avance au pas de charge sans un regard pour La Porte de l'Enfer ou Les Bourgeois de Calais.
Ici pour la première fois je remarque qu'il est tout entier à sa conquête.

Il a sacrifié ce que Dominique de Villepin ne sacrifiera pas, que je ne saurais pas définir, qui n'a pas de nom sans doute, la part de soi-même qu'on abandonne sur le chemin du pouvoir.
Nicolas Sarkozy n'est pas dans le jardin du musée Rodin dont il se moque comme d'une guigne, pas davantage avec moi, dont il a épuisé l'intérêt en quelques mètres, mais déjà ailleurs et après.

Au retour, dans la cour de Matignon, tandis que les photographes le mitraillent de loin derrière le cordon rouge, il lâche entre ses dents:
« Ah ces connards! Ces connards! »
Ibidem, pp. 111-112

6

Vendredi 22 juillet (2005) - Paris - Matignon

François Heilbronn m'envoie une lettre pour me remercier du discours du Premier ministre au Vel d'Hiv.

De toutes les satisfactions que j'ai eues depuis notre arrivée à Matignon, c'est la plus puissante, car elle touche à l'essence de mon engagement en politique, la mémoire, la défense des faibles, la justice, la vérité des faits, toutes raisons abstraites qui prennent corps rarement dans les décisions de chaque jour, quand elles ne les contredisent pas.

Sa lettre finit par ces mots: « Veuillez accepter, cher Monsieur, l'expression de mes sentiments désormais les plus dévoués. »
Ibidem, p.116

7

Mardi 9 août (2005)- Paris - Matignon

Dominique de Villepin a interrompu ses vacances, il est de passage à Matignon.
Assis dans mon bureau, en bras de chemise, bronzé et détendu, il relit un discours. Il fronce les sourcils, sourit, me rend la dizaine de feuilles:
« Dans un discours, je vous le dis, il faut éviter les lignes droites. Toujours prendre les angles. Laissez tomber les bases qu'on vous donne. On ne sculpte pas l'eau tiède. »

Il me parle du plan pour l'emploi: « Est-on allés le plus loin possible? Je n'en suis pas certain. Il faudrait aller le plus loin possible et j'ai l'impression que nous ne sommes qu'à mi-chemin.»
Je lui rappelle les principales mesures, certaines vont dans la bonne direction, d'autres lui semblent trop techniques, coûteuses, d'une complexité rebutante: « Faites simple! Ce qui n'est pas simple ne marche pas. »

Je lui promets d'améliorer le plan.
Je consulte des experts. J'écoute des chômeurs, les jeunes à la recherche d'un emploi, des diplômés qui ont déjà envoyé des dizaines de CV pour ne recevoir que des réponses convenues, des femmes en travail à temps partiel, qui rêvent d'un temps plein.

Malgré tout je ne sais pas.
Ces situations, je ne les ai pas vécues moi­même, je les imagine, sans me les représenter vraiment.

Tous les responsables politiques se trouvent face à la même difficulté: tirer parti d'une expérience qui n'est pas la leur.
Ibidem, pp. 127-128

8

Jeudi 25 août (2005) - Paris - Matignon

Nicolas Sarkozy fait le point sur la menace terroriste, bronzé, affable, en costume bleu nuit et chemise blanche immaculée, ses boutons de manchettes en métal brossé frottant régulièrement le tapis de table.

Personne ne parle mieux que lui d'une opération policière ou de l'infiltration des réseaux islamistes.
Il entre dans un luxe de détails, il connaît tous les éléments techniques, il ne bute sur aucun nom, il n'a pas peur de nommer les choses.

Cela n'a l'air de rien, pourtant la plupart des responsables politiques ne nomment pas les choses, ils les évoquent, ils les tiennent sans le savoir à distance.

Nicolas Sarkozy ne tient rien à distance: avec lui, tout est sur la table, du moins il le fait croire. Il gagne en puissance. Il change aussi les règles du jeu démocratique, sans que les autres pouvoirs, en particulier la presse, aient eu le temps ou la volonté de s'adapter à ces nouvelles règles pour permettre à chacun de les maîtriser.
Les combats politiques à venir risquent de se livrer entre partenaires qui, sans le savoir, ne parlent pas la même langue.
Ibidem, pp. 137-138

9

Jeudi 8 septembre (2005) - Paris - Matignon

Au téléphone, la voix du Président est légèrement voilée, les intonations habituelles sont comme brouillées par un très léger tremblement, une hésitation: « Je crois qu'il faut que vous restiez un peu de temps à New York, Dominique.
Dans les circonstances actuelles, il n'est pas mauvais que vous jouiez un peu de la flûte onusienne. »

Il se tait. Il semble avoir oublié quelque chose d'important qu'il tenait à dire à son Premier ministre. Il reprend son souffle, dit encore plus lentement:
« Je voulais vous dire aussi, il y aura le fils Hariri à New York. Soyez avec lui comme un grand frère.
Il a loué tout un étage de cet hôtel où vous serez à New York. Je vous envie, je rêvais d'y aller.
Soyez comme un grand frère.
Les Américains ont tout raté en Iraq, tout raté en Syrie, maintenant ils voudraient profiter de ce que nous avons fait au Liban pour se mettre en avant: il en est hors de question. Donc occupez-vous bien du fils Hariri. Je compte sur vous. »

Malgré son hospitalisation et sa fatigue évidente, que trahit le grain de sa voix, il reste entièrement investi dans sa tâche de Président de la République, soucieux de ne pas abandonner les travaux qui non seulement font son parcours politique, mais aussi le raccrochent à la vie: le Liban, l'indépendance de la France, les Nations unies, les relations transatlantiques.

Il s'éclaircit la voix. Il évoque une autre de ses obsessions:
« J'ai écouté hier soir Nicolas Sarkozy à la convention de l'UMP. Je vais vous dire, j'ai trouvé son discours léger. Sans consistance politique. Mais ce n'est pas le problème. Le problème, c'est qu'il se comporte mal à l'égard du gouvernement. Il ne peut pas à la fois être membre d'un gouvernement et proposer une politique différente à l'extérieur.»

Il ajoute, avec une parfaite mauvaise foi, ou au contraire avec la conviction intime d'avoir toujours conseillé Dominique de Villepin dans ce sens, les deux revenant au même:
« On ne peut pas avoir un ministre chef du parti majoritaire. Je vous l'avais dit, ça ne peut pas marcher. »
Ibidem, pp. 148-149

10

Jeudi 14 septembre (2005) - New York - Conseil de sécurité des Nations unies

Dans la salle du Conseil de sécurité, Dominique de Villepin discute longuement en aparté avec Vladimir Poutine, petit, le teint presque livide, les lèvres fermées, les yeux bleu clair.
Tony Blair leur donne une tape dans le dos à chacun en passant: « Dominique! Vladimir! Good to see you!»
Dominique de Villepin lui décoche un grand sourire. Vladimir Poutine ferme un peu plus les lèvres et s'éloigne.

George Bush entre, il s'assied à sa place sans un regard pour personne, Condi Rice se penche sur lui et lui glisse un mot à l'oreille. Il se relève.

Les membres du Conseil viennent le voir l'un après l'autre, faisant mine de se trouver là par hasard, entre gens de même compagnie, qui n'ont rien de mieux à faire que de se saluer.

Dominique de Villepin lui serre la main, George Bush demande des nouvelles de Jacques Chirac, sans montrer aucune rancune à l'endroit de l'homme qui, deux ans plus tôt, dans la même salle, appelait sous les applaudissements à refuser la guerre en Iraq.

Des photographes serrés dans des cabines en surplomb mitraillent chaque rencontre, le moindre hochement de tête, un papier qui circule, un bâillement, les accolades.

On s'assied. Kofi Arman ouvre la discussion: « The floor is open. »

Tony Blair prend la parole. Il capte facilement l'attention de l'auditoire avec quelques formules sur la pauvreté dans le monde et le risque terroriste.
Bush discute avec Condi Rice.
Le président chinois ajuste sa monture de lunettes en acier. Il écoute. Il écoute tout aussi attentivement l'intervention de Dominique de Villepin.

Deux heures après, la séance est levée. Peu de choses se jouent dans cette enceinte, sinon des rencontres furtives, qui rassurent chacun, l'essentiel se joue ailleurs.

Comme au cinéma où ce qu'on imagine est plus impor­tant que ce qu'on voit, les affaires de pouvoir se traitent hors champ. Surtout en diplomatie.
Ibidem, pp. 151-152

11

Dimanche 2 octobre (2005) - Paris - Matignon

Dominique de Villepin a convoqué une réunion de ministres informelle sur la situation de la SNCM.

Thierry Breton arrive le premier, il s'assied dans un fauteuil autour de la table basse en bois couverte de livres d'art, Nicolas Sarkozy entre à son tour, il fait les cent pas dans le bureau, demande un cendrier pour poser son chewing-gum, il s'assied, il écoute l'exposé de Dominique de Villepin en montrant des signes d'impatience: « Moi je vais vous dire, Dominique, il faut que le contribuable arrête de mettre de l'argent dans ce truc! Je ne veux plus que le contribuable paie! Ce n'est pas une critique, mais je remarque qu'on est passés à cinq, à dix, à quinze pour cent pour la participation de l'Etat, chaque fois qu'ils ont cogné on a monté. Alors pourquoi ils cogneraient pas davantage? »

Thierry Breton grimace: « Nicolas, tu sais très bien les concessions que nous avons dû faire pour Alstom. Il faudra faire les mêmes. » Dominique Perben entre discrètement, il revient de Lyon, il fait un sourire à chacun, prend un fauteuil. Il écoute Nicolas Sarkozy, qui a fini par se rallier au plan de sauvetage: « En tout cas il faut aller au contact des salariés. Moi je l'ai fait avec EDF. Vous vous souvenez? Des milliers de salariés. A partir de là, les choses ont commencé à bouger. Il faut aller au contact, défendre notre plan et garder une petite poire pour la soif. Voilà comment je vois les choses. Je peux me tromper bien sûr, mais c'est comme ça que je vois les choses. »

Personne ne commente, Dominique de Villepin termine rapidement la réunion, dans le fond pas très utile, sinon pour apprécier en quelques instants le caractère de chacun.
Ibidem, pp. 161-162

12

Lunidi 10 octobre (2005) - Paris - Matignon

Dominique de Villepin passe devant Nicolas Sarkozy dans les sondages.
Le même jour, Nicolas Sarkozy souffre d'une migraine, les lecteurs du Parisien le jugent négativement, la presse lui est moins favorable.

Les journalistes s'engouffrent dans la brèche, il a perdu la main, il a désormais en face de lui un concurrent redoutable. Lorsque nous le rencontrons, il garde le visage fermé, la mâchoire immobile, il joue avec son téléphone portable et une boîte de médicaments.

Pourtant la réalité du rapport de force a peu évolué: Nicolas Sarkozy garde la maîtrise de l'UMP et d'une bonne partie des parlementaires, sa volonté de se présenter en 2007 est intacte.

En lisant le sondage, Dominique de Villepin ne peut refréner un sourire, qui très vite laisse place à une inquiétude sans raison, presque une grimace de dégoût: « En France, il ne faut jamais avoir un genou à terre. Quand vous avez un genou à terre, on lâche les chiens, on vous saigne. »
Il appelle ensuite Nicolas Sarkozy avec qui il se montre d'une grande amabilité.
Ibidem, pp. 164-165

13

Vendredi 4 novembre (2005) - Paris - Matignon

Le ministre de l'Intérieur (Nicolas Sarkozy), que la crise avait affaibli au début, a repris pied très vite, esquivant les attaques, prenant du champ pour revenir frapper plus vite et plus fort.
Il maîtrise à la perfection les changements de rythme et la distance, comme ces boxeurs affaiblis qui se laissent tomber dans les cordes pour récupérer et retrouver du punch.

A la fin du déjeuner avec Dominique de Villepin, il réclame du chocolat, en prenant mille précautions pour s'assurer qu'il n'abuse pas: «Vous êtes sûr, Dominique? C'est terrible le chocolat, j'en bouffe tout le temps. C'est très mauvais pour la ligne et pour les migraines. Pas du noir, c'est trop amer. Mais au praliné, avec des noisettes, c'est mon préféré. »

Sur un ton angélique et provocateur, il ajoute: «Personne le sait, mais j'aime le sucre et la douceur. »
Ibidem, p. 180

14

Mardi 8 novembre (2005) - Paris - Elysée

Nicolas Sarkozy est assis à côté du Président dans le salon vert.
Sa chaise est pratiquement collée au fauteuil du Président. Il porte une tenue mal assortie, comme il n'en porte plus depuis longtemps, une veste marron, une chemise crème, une cravate club, il n'arrête pas de sortir de sa poche son portable qui pousse des petits jappements sonores.

Le Président a du mal à dissimuler son irritation, il lui jette des regards courroucés, que Nicolas Sarkozy fait mine d'ignorer en gardant son visage penché sur l'écran.
Les mâchoires du Président se contractent, ses yeux se plissent derrière ses lunettes en écaille. Sa main droite empoigne la boule dorée de l'accoudoir, elle se crispe comme une serre.
Avec un imperceptible tremblement des doigts, il fait glisser les fiches de format A5 hors de la pochette en plastique posée devant lui et introduit la réunion.

Il passe la parole à son ministre de l'Intérieur, qui ne mâche pas ses mots pour décrire la réalité des quartiers et des violences. Le Président le regarde de biais. Les contractions de plus en plus prononcées de sa mâchoire, le clignement des yeux, le pli qui se creuse à la commissure des lèvres, ne laissent aucun doute sur son exaspération croissante.

A un moment, il allonge le bras pour le couper, il ne le regarde pas, il s'adresse à tous les ministres présents: « Il va de soi que les propos du ministre d'Etat n'ont pas vocation à être répétés à la sortie. Il y a déjà eu trop de mots malheureux depuis plusieurs jours pour que nous en rajoutions. Voilà. Ceci dit, monsieur le ministre d'Etat, je vous redonne la parole. »

Nicolas Sarkozy reprend son exposé comme si de rien n'était, le visage blême, le timbre métallique, à la fin seulement il réplique: « Parce que je ne sais pas s'il y a eu des paroles malheureuses, je ne sais pas ... » - il laisse sa voix en suspension, son regard fixe un à un les visages des ministres dans un long travelling tout de fureur contenue - « ... mais ce que je sais, c'est qu'il vaut mieux dire les choses comme elles sont, c'est ce que les Français attendent, ils attendent rien d'autre. »

Puisqu'un accord s'est dégagé au sommet de l'Etat sur les moyens à employer pour mettre fin à la crise, ce sont bien les mots, les mots seulement, qui désormais font la différence. Qui parle le mieux au peuple français? Qui sait trouver les paroles qui évacuent et qui consolent ?
Ibidem, pp. 183-184

15

Mardi 3 janvier (2006) - Paris - Matignon

Nicolas Sarkozy arrive vers treize heures à Matignon. Il porte une chemise bleue avec des rayures blanches qui met en valeur son bronzage, une nouvelle montre au boîtier volumineux, il nous salue avec un grand sourire, il s'assied, il refuse le vin qu'on lui propose.

Dominique de Villepin lui présente le train de nouvelles mesures pour l'emploi. « Tout cela est encore à l'étude. Il faut affiner. » Nicolas Sarkozy approuve d'un mouvement de tête, il lève les yeux. « Parlons politique, Dominique. Si on se débrouille correctement, en 2007, ce sera vous ou moi. Je dis bien: si on se débrouille correctement. Sinon, c'est la gauche.»

Il poursuit, très calmement. «On en a eu chacun pour notre compte. Vous avez eu les attaques au groupe, vous étiez en droit de penser que c'était un coup monté de ma part. Ensuite, il y a eu les trois questions à l'Assemblée, vous ne m'en avez laissé aucune, j'étais en droit de penser que c'était pour me faire taire, non? Je parle très librement, Dominique, pour que le déjeuner soit utile. On a redressé la barre, mais c'était juste. Je vous le dis, Dominique, chacun joue sa carte, mais aucun ne gagnera sans l'autre. Il ne faut pas commettre l'irréparable, c'est tout. »

Il écarte les miettes de pain du revers de sa main sur la nappe à carreaux blanche et rouge, une nappe dont il dit toujours en arrivant qu'elle est très belle.
Mécaniquement il répète: « Il ne faut pas commettre l'irréparable. »

Quand je lui tends l'assiette de petits fours à la fin du repas, il a un mouvement de recul, puis il avance le bras, glisse en souriant: « Ah! Fumier! » - et il prend une truffe en chocolat.
Ibidem, pp. 219-220

16

Mardi 17 janvier (2006) - Paris - Matignon

Le rituel des petits déjeuners de la majorité a repris.
Dominique de Villepin donne la philosophie du CPE : créer de l'emploi pour les jeunes, donner une chance aux moins qualifiés.

Autour de la table, chacun approuve, qui pourrait s'opposer à une mesure d'inspiration libérale, qui répond en partie à la crise des banlieues ? Toute la question, la seule qui compte sans doute aux yeux des participants, est de savoir si Dominique de Villepin réussira son pari, qui pourrait lui ouvrir la voie à une candidature à la présidence de la République. Personne n'en dit mot. Il est trop tôt pour savoir. On attend.

La discussion tombe sur la proposition de plusieurs députés d'obliger les services secrets à rendre des comptes au Parlement. Nicolas Sarkozy, qui pianote sur son portable depuis plus de dix minutes, relève la tête. « C'est une très bonne idée. Au moins on apprendra peut-être quelque chose sur ce qu'ils font. Parce que je ne sais pas, vous, Dominique, Jean-Louis, vous avez été ministres de l'Intérieur, on ne sait jamais trop ce qu'ils fabriquent, c'est un mystère. »
Jean-Louis Debré hoche la tête: « Et c'est peut-être mieux comme ça, Nicolas. »
Ibidem, p. 230

17

Mardi 31 janvier (2006) - Paris - Matignon

Retenu par une urgence, j'arrive au déjeuner en retard, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ont déjà commencé leur entrée et discutent entre eux. Pierre Mongin et Claude Guéant les écoutent en silence.

Nicolas Sarkozy parle, la fourchette à la main, volubile, avec dans la voix une franche bonne humeur. On dirait qu'un rêve, ou un signe du destin, ou des sondages confidentiels, lui ont donné des assurances sur l'issue du scrutin de 2007. Il me fait penser, effet de sa Breiding chronographe ou non, à ces pilotes d'avion des années 1930 qui en pleine tempête reprennent confiance, parce que soudain, entre deux nuages, ils ont aperçu un bout de ciel clair et l'horizon.

Il mange. Il rit. Il semble heureux de déjeuner ici. Il parle du Président: « Moi je crois que ça déconne complètement. Je préférais quand le Président ne s'occupait de rien. Maintenant il s'occupe de tout. Et c'est des conneries! Le discours sur le nucléaire, moi je veux rien dire, bien sûr, mais c'est n'importe quoi! Alors maintenant on va aller bombarder Ben Laden avec la bombe? On va tuer trois cent mille personnes dans un Etat juste parce que c'est un Etat terroriste? Mais ça tient pas la route! Et puis armes miniaturisées, ça veut rien dire: l'effet de souffle est tel qu'il décalque n'importe qui à vingt kilomètres à la ronde. C'est même pas les radiations! Juste l'effet de souffle! Moi je vais vous dire: le Président qui fera ça, il se retrouvera cinq ans plus tard devant la Cour pénale internationale avec les menottes aux poignets. »

Lui qui d'ordinaire mange avec parcimonie, il se ressert, il dévore, il se concentre un instant sur la nourriture. Il voit les faiblesses du Président. Il les mesure. Il peut faire mieux que lui, voilà la réalité, tout le confirme dans ce sentiment. Il a d'autres idées, d'autres projets, qui sont meilleurs, ou plus adaptés au temps présent. ...
Ibidem, pp. 241-242

18

Jeudi 30 mars (2006) - Paris - Matignon

Vers onze heures, Nicolas Sarkozy se rend à Matignon.
Le Premier ministre est au téléphone, je le fais patienter dans le vestibule, quoique la patience, dont il sait faire bon usage dans d'autres occasions, ne soit pas son fort ce matin.
Il s'assied dans un des fauteuils d'angle. Il se relève. Il ne tient pas en place. Il téléphone. Il raccroche. « Vous savez ce qui est en train de se passer? On est en train de tuer le Premier ministre! La presse, les syndicats, la gauche, les étudiants, tout le monde veut la peau du Premier ministre!»

Subitement une idée lui traverse l'esprit, il s'arrête de parler, il me pose la main sur l'épaule, il me regarde, avec son poing il me donne des petits coups contre la poitrine: « Et moi je vais vous dire, moi je n'ai pas envie qu'on tue le Premier ministre. J'en ai aucune envie. Ce n'est pas mon intérêt.

Vous savez, il y a un sondage qui sort dans Marianne lundi: Villepin, 4 % au premier tour, Sarkozy, 36 %. Mais ce n'est pas ça qui m'intéresse. Ce qui m'intéresse, c'est le second tour : Ségolène Royal, 52 %, Nicolas Sarkozy, 48 %. C'est la première fois qu'elle me bat. La première fois. Alors moi je vous dis, on ne s'en sortira pas comme ça. Il faut bouger. Cela fait trois semaines que je vous le dis, il faut bouger. »
Ibidem, pp. 287-288

19

Mardi 4 avril (2006) - Paris - Matignon

Un moment j'ai cru qu'ils allaient en venir aux mains.
Nicolas Sarkozy part dans une diatribe contre les décisions récentes du Président, en expliquant que la majorité ne tiendra pas : lui, en tout cas, refuse d'en être le garant.

Jean-Louis Debré s'emporte: «Ce n'est plus possible, Nicolas, ce chantage permanent! Tu ne peux pas faire peser à chaque fois sur le gouvernement la menace d'un désistement de la majorité! Tous les jours tu nous fais ce chantage! »

Nicolas Sarkozy plie sa serviette, fait mine de repousser sa chaise pour se lever. «Alors là, je vous dis, soit Jean-Louis retire ce qu'il vient de dire, soit vous ajoutez une crise politique à la crise sociale actuelle. C'est ça que vous voulez? C'est ça?
- Tu ne me fais pas peur, Nicolas! Je n'ai jamais eu peur de toi! »

Quelques voix s'élèvent mollement autour de la table, l'animosité entre les deux hommes crève les yeux et pourtant personne ici ne semble la prendre tellement au sérieux, non que l'incident soit bénin, car chacun mesure qu'il dégrade un peu plus les relations entre les deux camps de la majorité, mais la lassitude, la volonté de trouver une échappatoire aux difficultés du moment, l'emportent sur tout.
Ibidem, p. 293

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Bruno Le Maire, une prise de choix pour le chef de l'Etat LesEchos.fr [ 15/12/08 ] PIERRE-ALAIN FURBURY

L'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon a succédé vendredi à Jean-Pierre Jouyet au poste de secrétaire d'Etat aux Affaires européennes.

Portrait d'un jeune homme brillant, ambitieux, mais raisonnable.
« Ça, Bruno, c'est le début des emmerdes ! » Dominique de Villepin, en tout cas, en était persuadé. De manière un peu crue, celui qui était encore Premier ministre a lâché cette prédiction le jour où son directeur de cabinet a officialisé, début 2007, sa candidature aux législatives (1).

Dans la circonscription de l'Eure laissée vacante par Jean-Louis Debré, que l'ancien chef du gouvernement avait avant lui refusée. Après cinq années passées dans les cabinets ministériels, Bruno Le Maire a lui-même « beaucoup hésité », Jacques Chirac lui ayant proposé la très prestigieuse ambassade de France à Rome.
Mais pour ce pur produit de la haute fonction publique, normalien (dans la promotion de l'économiste Thomas Piketty, proche de Ségolène Royal), agrégé de lettres et énarque (aux côtés de David Martinon, l'ancien porte-parole de l'Elysée), « il faut être élu pour faire de la politique ».

C'est, avoue le nouveau secrétaire d'Etat aux Affaires européennes de Nicolas Sarkozy, sa « seule petite divergence » avec Dominique de Villepin.

Un bon soldat

Longtemps, Bruno Le Maire fut le premier des villepinistes, jusqu'au mimétisme. « Il est important, en politique, monde où l'ingratitude est souvent totale, de savoir à qui l'on doit les choses », insiste ce gaulliste social, qui se croyait « fait pour être prof » et jeta l'éponge après deux ans d'enseignement à la faculté de Lyon.

Il a rencontré le futur chef du gouvernement en 1998, alors que ce dernier, en disgrâce pour cause de dissolution ratée, était secrétaire général de l'Elysée. Il l'a rejoint au Quai d'Orsay, où il fut chargé de collecter les informations sur les armes de destruction massive en Irak.

Aux Affaires étrangères d'abord, à l'Intérieur ensuite, à Matignon enfin, il fut à la fois sa plume et son conseiller. Deux hommes en parfaite adéquation intellectuelle, unis par un même amour pour la littérature et une même idée de la France. « Une relation, dit-il, qui dépasse le cadre strict de la politique. »

Sans jamais trahir celui qui fut son mentor, mais auquel il n'a plus le droit de parler en raison de l'affaire Clearstream, Bruno Le Maire s'est émancipé. Et a donné des gages à Nicolas Sarkozy, qu'il a toujours ménagé. Au plus fort de la rivalité entre Dominique de Villepin et son ministre de l'Intérieur, c'est lui, déjà, qui arrondissait les angles avec Claude Guéant.

A l'Assemblée, le nouvel élu s'est fait modeste, s'appliquant à « faire son boulot » et participant activement aux réunions du groupe UMP. Un bon soldat, parfois dans la critique mais toujours « de manière positive », note un ancien ministre.

« Le président sait que j'ai ma liberté de parole, mais que je ne suis pas en train de fomenter un coup d'Etat contre lui », insiste le député de l'Eure, unanimement salué dans son parti pour son intelligence, sa culture et sa capacité de travail.

Dix-huit mois après avoir obtenu un fauteuil de député, à peine plus après avoir pris sa carte à l'UMP, Bruno Le Maire décroche son premier maroquin ministériel, sous la tutelle d'un Bernard Kouchner très différent de lui.
Un tremplin pour lui, compte tenu de sa formation et de son excellente pratique de l'anglais et de l'allemand. Même s'il aura fort à faire pour recoller les morceaux entre la France et l'Allemagne.
Lui sait qu'« il faut savoir faire profil bas, apprendre, avancer lentement », mais ils sont déjà nombreux, dans la majorité, à prédire à ce fils d'une directrice d'école et d'un cadre de chez Total une belle carrière politique. Il n'a, il est vrai, que trente-neuf ans.
(1) Bruno Le Maire en faitle récit dans « Des hommes d'Etat », passionnante chronique des années 2005-2007 publiée chez Grasset.

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L'INVITÉ DU DIMANCHE: BRUN0 LE MAIRE "Le couple franco-allemand est exemplaire" PROPOS RECUEILLIS PAR DIDIER MICOINE ET HENRI VERNET Le Parisien Dimanche, 19 avril 2009, p. 5

ANCIEN DIRECIEUR de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon, Bruno Le Maire, 40 ans, a été nommé secrétaire d'Etat aux Affaires européennes en décembre, en remplacement de Jean-Pierre Jouyet

Les sondages annoncent une abstention massive pour les européennes du 7 juin. Comment mobiliser les électeurs?

• Bruno le Maire. On incitera les gens à se rendre aux urnes si chacun comprend qu'il y a un enjeu. Il s'agit de savoir quelle Europe nous voulons pour les cinq années à venir, dans un temps de bouleversement politique et international.
La conception défendue par la majorité présidentielle, c'est une Europe politique forte, qui pèse dans le débat international et existe entre les Etats-Unis et la Chine. Une Europe qui prend des décisions politiques. Et qui arrête l'élargissement aux Balkans pour se consacrer à davantage d'intégration. En France le seul parti tout à fait clair sur les frontières de l'Europe, c'est l'UMP.

Craignez-vous que la question de la Turquie pèse sur la campagne?

Non, à partir du moment où on pose les problèmes sereinement La Turquie est un grand pays ami et un allié essentiel qui joue un rôle stratégique majeur. Mais on ne peut pas dire qu'on veut construire une Europe politique forte et en même temps qu'on va élargir.

Comment ce thème de l'Europe politique peut-il mobiliser ?

Il s'agit de dire que l'Europe doit bouger. Il faut arrêter avec le dogme de la seule concurrence pour avancer vers davantage de coopération. Regroupons nos forces pour construire une politique industrielle autour de nos pôles d'excellence: le transport à grande vitesse, le spatial, le nucléaire... Protégeons nos grandes entreprises stratégiques en dotant l'Europe d'un pouvoir de veto sur des investissements étrangers qui menaceraient son indépendance, comme cela existe aux Etats­Unis. Dans le secteur aéronautique, Boeing est actuellement mieux armé qu'Airbus si un fonds étranger veut prendre des participations dans l'entreprise. Il faut en finir avec la naïveté en Europe.

Mais José Manuel Barroso, l'actuel président de la Commission, incarne une Europe libérale ...

Ne nous focalisons pas sur les personnes. José Manuel Barroso est un président qui fait bien son travail dans des conditions très difficiles. Les institutions européennes ne sont pas adaptées à une crise de cette ampleur.
Elles ont été pensées pour le temps calme, pas pour le gros temps. Regardons comment elles pourraient mieux fonctionner à l'avenir face à de tels bouleversements et à un rythme international qui s'accélère. Le traité de Lisbonne nous y aidera.

Faut-il renforcer la présidence européenne?

La solution passe par le renforcement de chaque institution. En situation de crise, chacun doit jouer son rôle à 1 000 %. Les chefs d'Etat du Conseil européen doivent être sans cesse mobilisés pour répondre aux difficultés des citoyens européens: C'est ce que la France et l'Allemagne, avec Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, font depuis des mois. Il faut aussi que la Commission soit une force de proposition et que les décisions nécessaires soient prises rapidement. Le nouveau Parlement devra lui aussi être pleinement mobilisé.

Pourquoi n'y a-t-il pas plus de coordination entre plans de relance?

Une des réponses à la crise vient de la relation entre la France et l'Allemagne. Nous avons tiré les leçons de certaines erreurs du passé. Nous avons décidé de coordonner nos politiques économiques, pour la première fois dans l'histoire entre nos deux pays.
Avec Luc Chatel, nous avons mis sur pied par exemple un groupe industrie-automobile qui rassemblera notamment VoJkswagen, Daimler, BMW, Peugeot et Renault. De ce point de vue, le couple franco-allemand est exemplaire. IL est le seul aujourd'hui à proposer une autre Europe.

"Je ne reconnais plus le PS d'un Jacques Delors"

Comment fonctionne ce couple Sarkozy-Merkel ?

Ils sont réellement complémentaires et c'est ce qui fait la force de leur relation. Ils sont une force d'impulsion à l'échelle européenne et internationale. Quand Nicolas Sarkozy et Angela Merkel parlent d'une seule voix et réclament une nouvelle régulation financière, ils l'obtiennent

Nicolas Sarkozy doit-il s'engager dans la campagne?

Je crois qu'il s'impliquera et c'est souhaitable. Il a une expérience unique: celle d'avoir été président de l'Union européenne pendant six mois et d'avoir réussi. Il s'implique d'ailleurs avec Angela Merkel puisqu'il devrait tenir au moins un meeting en commun avec elle.

A six semaines du scrutin, on ne connaît toujours pas les listes UMP ...

Ne nous focalisons pas sur la question des listes. Ce qui compte, avant tout, c'est notre projet européen.

N'est-ce pas un problème quand des candidats annoncent par avance que s'ils sont élus ils ne siégeront pas forcément à Strasbourg?

Le métier de parlementaire européen est un métier à temps plein, qui requiert beaucoup de compétences, d'engagement personnel et de disponibilité.

Le socialiste Benoît Hamon appelle à un vote sanction ...

Le PS se trompe d'échéance. C'est un enjeu européen, il faut voter européen. Je ne reconnais plus le PS d'un Jacques Delors, qui a été un grand président de la Commission européenne.

Le chef de l'Etat s'est emporté contre certains ministres qui voudraient profiter du prochain remaniement ...

Dans la période qu'on traverse, notre priorité est de répondre aux inquiétudes et aux attentes des Français.

Approuveriez-vous le retour au gouvernement d'hommes d'expérience tels Alain Juppé ou Philippe Séguin ?

Chacun sait qu'Alain Juppé est un homme de grand talent, tout comme Philippe Séguin. Mais la décision appartient exclusivement au président de la République et au Premier ministre.

Comment être villepiniste et ministre quand Villepin n'arrête pas de critiquer Sarkozy ?

L'essentiel est de rester fidèle à ses convictions. Dominique de Villepin est un ami personnel et rien ni personne ne me fera changer d'avis à ce sujet Je ne suis pas toujours d'accord avec lui, notamment sur les attaques personnelles.

Jacques Chirac est l'homme politique le plus populaire chez les Français. Comment l'expliquez-vous?

Jacques Chirac a toujours su créer un lien particulier avec les Français, c'est ce lien qui est reflété par les sondages aujourd'hui.
PROPOS RECUEILLIS PAR DIDIER MICOINE ET HENRI VERNET L'INVITÉ DU DIMANCHE: BRUN0 LE MAIRE "Le couple franco-alletnand est exemplaire"

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Bruno Le Maire tente de se placer entre Fillon et Copé dans la course à l'UMP http://www.lepoint.fr/politique/bruno-le-maire-tente-de-se-placer-entre-fillon-et-cope-dans-la-course-a-l-ump-19-08-2012-1497243_20.php - Publié le 19/08/2012 à 20:25

L'ex-ministre Bruno Le Maire a officialisé sa candidature pour la présidence de l'UMP, mais il lui reste beaucoup à faire pour obtenir les parrainages nécessaires et espérer se faire une place entre les deux grands prétendants, François Fillon et Jean-François Copé.

C'est par une interview au Figaro à paraître lundi que cet énarque et normalien de 43 ans, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon, s'est lancé dans la course, qui aura lieu en novembre prochain.

"La droite est dans une situation sans précédent depuis 1958. Elle a perdu quasiment tous les pouvoirs locaux et nationaux. Si nous voulons que l'UMP retrouve le chemin de la victoire, il faut un renouveau profond de nos idées, de nos pratiques politiques et des personnes. Je veux être le candidat qui porte ce renouveau", dit-il.

Il affirme vouloir axer sa campagne autour de quatre volets : "Union politique européenne, liberté d'entreprendre, restauration de l'autorité, renouvellement de notre famille politique".

Pas au bout de ses peines

L'ancien ministre de l'Agriculture de Nicolas Sarkozy, qui avait fait part de son souhait de concourir depuis plusieurs semaines, avait notamment posé comme condition le fait d'obtenir un millier de parrainages d'adhérents.

Cet objectif est "largement dépassé", dit-il, qui affiche aussi le soutien d'une "trentaine de parlementaires". "Ma candidature est une démarche collective, pas une aventure solitaire", argumente Bruno Le Maire.

Le député de l'Eure sait toutefois qu'il n'est pas au bout de ses peines: pour pouvoir officiellement concourir, il lui faut atteindre le nombre de 7.924 parrainages d'adhérents à jour de cotisation d'ici au 18 septembre.

"Il ne les aura pas, c'est quasiment impossible d'obtenir autant de parrainages en si peu de temps", pense un proche de François Fillon.

Et même s'il obtenait les signatures nécessaires, il lui faudrait encore rattraper son retard dans le coeur des militants : dans un sondage Ifop-JDD, seuls 2% des sympathisants UMP interrogés veulent le voir prendre la tête du mouvement, contre 48% pour François Fillon et 24% pour Jean-François Copé...

Dans les camps des deux prinicpaux prétendants, on juge d'ailleurs que cette candidature - qualifiée de part et d'autre de légitime - ne menace pas ces derniers et on prend soin de ménager l'ancien ministre.

Tacle de Laurent Wauquiez

"Ceux qui sont dans une démarche d'idées constructives sont les bienvenus mais l'heure viendra du rassemblement, et j'espère qu'il sera le plus large possible autour de François Fillon, avec Bruno Le Maire, parce que c'est un homme de talent et de conviction", a réagi aurpès de l'AFP Eric Ciotti, l'un des lieutenants de l'ancien Premier ministre, en marge d'un déplacement.

"Dans la jeune génération Bruno Le Maire est celui qui a le plus d'expérience et qui a le plus réfléchi à la refondation (...) Le moment venu je souhaite que tout le monde rejoigne
Jean-François Copé", juge pour sa part le député copéiste Frank Riester.

Le seul tacle pour le moment est venu du filloniste Laurent Wauquiez, lui ausi interrogé en Haute-Loire : "Je comprends bien les ambitions mais l'UMP a besoin d'unité. Nous aussi, avec Valérie Pécresse, on aurait pu privilégier notre ambition, or nous avons fait le choix de l'unité derrière François Fillon".

Parmi les candidats qui se sont lancés dans la course, le nom de Bruno Le Maire s'ajoute pour le moment à celui de François Fillon (58 ans), Nathalie Kosciusko-Morizet (39 ans) et le député de Savoie Dominique Dord (52 ans). Jean-François Copé (48 ans) devrait lui annoncer sa candidature dimanche prochain dans les Bouches-du-Rhône.

D'autres pourraient également les rejoindre, comme le proche de Nicolas Sarkozy et maire de Nice Christian Estrosi, ou l'anicen secrétaire général du mouvement, Xavier Bertrand.

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Bruno Le Maire candidat à la présidence de l'UMP Le Point.fr - Publié le 11/06/2014 à 09:45

Le quadra ambitieux souhaite "porter le renouvellement" au sein de sa famille politique et promet des primaires "ouvertes et équitables" s'il est élu.

Le député de l'Eure et ancien ministre Bruno Le Maire a annoncé, mercredi, sa candidature à la présidence de l'UMP lors du congrès prévu en octobre ou en novembre. "Je serai candidat pour porter le renouveau que je défends depuis plus de deux ans, un renouveau politique complet qui est nécessaire à ma famille politique", a déclaré Bruno Le Maire sur RMC et BFM TV. "Le prochain président de l'UMP que je souhaite être aura une responsabilité importante qui est d'organiser ces primaires qui ont été voulues par les militants. Je prends l'engagement, si je suis élu président de l'UMP, que je ferai en sorte que des primaires soient organisées, qui soient des primaires ouvertes, équitables, les plus neutres possible pour que chacun qui souhaite concourir puisse le faire librement et dans de bonnes conditions", a-t-il expliqué.

L'UMP, déstabilisée par le scandale de l'affaire Bygmalion, a amorcé une sortie de crise mardi avec la désignation à l'unanimité de son bureau politique d'une direction provisoire - trio dirigeant Juppé-Raffarin-Fillon, Chatel secrétaire général - jusqu'à l'élection d'un nouveau président d'ici novembre. Bruno Le Maire, 45 ans, a notamment été collaborateur de Dominique de Villepin, puis secrétaire d'État aux Affaires européennes et ministre de l'Agriculture du gouvernement Fillon. La semaine dernière, Hervé Mariton, député de 55 ans, s'est aussi déclaré candidat.

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Nicolas Sarkozy s'affiche au côté de Bruno Le Maire Home LE SCAN Les décryptages Par Ivan Valerio Mis à jour le 01/12/2014 à 15:05 Publié le 01/12/2014 à 13:20 http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/decryptages/2014/12/01/25003-20141201ARTFIG00192-nicolas-sarkozy-s-affiche-au-cote-de-bruno-le-maire.php

Ce lundi matin, aux lendemains de son élection à la présidence de l'UMP, Nicolas Sarkozy s'affiche ostensiblement avec Bruno Le Maire. Les mots ont un sens, et les images aussi. L'ancien présidence de la République, qui enchaîne les petites attentions en direction de l'ancien ministre pour montrer qu'il a bien pris en compte son bon résultat à l'élection interne, le sait.

Le rendez-vous était fixé à 9 heures entre les deux hommes, au siège de l'UMP, où Nicolas Sarkozy a pris place dans son nouveau bureau ce lundi. Pour bien soigner la communication, toute la presse était prévenue et, le nouveau président élu de l'UMP a raccompagné Bruno Le Maire jusqu'à sa voiture à la sortie de la rue de Vaugirard. Une mise en scène négociée la veille, comme vous le racontait Le Figaro. Résultat, les images de cette bonne entente entre les deux hommes tournent en boucle sur les chaînes d'information en continu.

Pour renforcer ce message, Nicolas Sarkozy a également partagé cette image à ses plus de 600.000 abonnés sur Twitter. «Heureux de ce moment chaleureux avec Bruno Le Maire», a-t-il publié sur le réseau social. Ajoutant partager avec son concurrent dans la course à la présidence du parti «une vision commune de l'avenir de notre mouvement».

Peu de temps après la sortie des deux hommes du bureau du siège de l'UMP, une partie du contenu des échanges a été dévoilée. «Un entretien très amical», rapporte BFM-TV, qui indique que les deux personnalités vont se revoir dans les jours qui viennent. Si Bruno Le Maire, comme prévu, ne prendra pas de poste dans le nouvel organigramme dessiné par l'ancien président de la République, il a répété que ses soutiens pourraient y jouer un rôle. Et, autre image de la bonne entente entre les deux hommes: Bruno Le Maire accompagnera Nicolas Sarkozy dans les prochains jours pour son déplacement au congrès de la CDU en Allemagne.

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Bruno Le Maire: «Il faut remplacer le collège unique par un collège diversifié» Alain AUFFRAY 15 mai 2015 à 19:56 (Mis à jour : 16 mai 2015 à 12:19) http://www.liberation.fr/politiques/2015/05/15/il-faut-remplacer-le-college-unique-par-un-college-diversifie_1310210

Bruno Le Maire, député UMP, plaide pour la suppression de la deuxième langue pour tous et la constitution d’un seul corps de professeurs du CP à la troisième.

A la pointe du combat contre la réforme du collège, le député UMP Bruno Le Maire a grillé la politesse à tous ses aînés, Sarkozy, Juppé et Fillon. Probable candidat à la primaire qui désignera le candidat de la droite à l’élection présidentielle, il dévoile pour Libération les principes d’une politique éducative dont la droite doit faire, selon lui, sa priorité : remplacement du collège unique par un «collège diversifié» où des options professionalisantes seraient proposées dès la sixième ; fusion des instituteurs et des enseignants de collège dans un corps unique de professeurs polyvalents encadrant toute la scolarité obligatoire, du CP jusqu’à la troisième.
Des mesures radicales, selon lui plus «justes» que le «nivellement» prôné par la gauche.

Des élèves qui régressent en français, en maths et en histoire ; 140 000 décrocheurs chaque année. N’est-ce pas aussi le bilan de la droite ?

Le plus grand scandale de la République, c’est l’échec de notre école qui est incapable de valoriser les talents de nos enfants, de leur donner des perspectives d’épanouissement et de réussite sociale. Cet échec national nous concerne tous.

La France est l’un des pays les plus injustes, celui où l’origine sociale a le plus d’influence sur le destin des élèves. Najat Vallaud-Belkacem explique qu’elle veut changer ça. Comment lui donner tort ?

Sa réforme lui donne tort : elle uniformise, au lieu de diversifier, elle nivelle, au lieu de tirer vers le haut. Ce n’est pas comme cela qu’on offrira les mêmes chances à chacun. Elle supprime par exemple les classes bilangues pour donner une deuxième langue à tous dès la classe de 5e. Il aurait mieux valu amener un plus grand nombre vers ces classes, qui marchent.
Je crois surtout à la diversification des parcours et à la reconnaissance de la diversité des talents. On peut avoir des intelligences dans le domaine manuel comme en français ou en mathématiques. Cela doit être reconnu.

En réalité, ces classes bilangues que vous défendez servent souvent à échapper à la mixité sociale dans des classes jugées trop hétérogènes…

Je ne le conteste pas. Je dis que sur la base de ce constat, il y a deux orientations possibles. Soit on se bat pour diversifier le recrutement de ces classes en les ouvrant aux élèves de milieux plus modestes : c’est mon choix, celui de l’excellence pour chacun. Soit on impose une deuxième langue pour tous en classe de 5e : c’est le choix du gouvernement. Or soyons réalistes : est-ce que les élèves de 5e qui ont des difficultés en français pourront apprendre correctement une deuxième langue ? La réponse est non. Mieux vaudrait faire le maximum pour aider ces enfants à rattraper leur retard. Je préfère une égalité réelle à une égalité théorique. Parce que ce projet ne garantit pas la maîtrise des connaissances fondamentales, il aggravera les inégalités.

Vous voulez donc supprimer la deuxième langue vivante obligatoire au collège ?

Deux langues, ce n’est pas une priorité. Nous avons des jeunes en classe de 3e qui sont incapables d’aligner deux phrases correctes en français. Ces enfants sont condamnés à l’échec, parce que nous ne leur avons pas donné la maîtrise des savoirs fondamentaux, qui garantit la liberté dans la société.

Ce qui inspire cette réforme, c’est l’idée que la mixité sociale serait la condition d’une école plus juste et plus performante. Vous contestez cela ?

La gauche veut amener tout le monde au baccalauréat. Je conteste cette obsession. Je regrette que la droite ait suivi ce chemin. Notre objectif ne doit pas être 80% d’une classe d’âge au baccalauréat, mais 100% avec un emploi. Sortons de Bourdieu ! La reproduction sociale commence par le chômage. La liberté se trouve dans la capacité à prendre sa place dans la société. Je réitère ma proposition de débat au Premier ministre.

Il faut donc, selon vous, renoncer au collège unique ?

Je propose de remplacer le collège unique par un collège diversifié. Il serait fondé sur un socle de connaissances comprenant le français, les maths, l’histoire et une langue étrangère. Ces quatre matières fondamentales devraient être maîtrisées parfaitement, grâce à un accompagnement personnalisé réservé aux collégiens en difficulté.

Comment s’organiserait, concrètement ce collège diversifié ?

Ce tronc commun représenterait une vingtaine d’heures par semaine. On y ajouterait six à huit heures dédiées aux options. Que ceux qui sont doués pour les nouvelles technologies ou la mécanique par exemple puissent en faire vraiment sérieusement, comme pour le sport ou les langues. Imposer à chacun un moule unique, c’est une souffrance pour les élèves, leurs parents et leurs professeurs.

Dans votre collège, certains collégiens seraient, de facto, orientés dès la 6e vers la voie professionnelle ?

Non ! C’est un mauvais procès. Je dis juste : garantissons l’acquisition des connaissances fondamentales et reconnaissons la diversité des parcours. De sorte qu’en fin de 3e, l’orientation n’apparaisse pas comme une sanction. Que se passe-t-il aujourd’hui ? On évalue exclusivement sur des compétences académiques. En gonflant les notes, on fait croire aux collégiens qu’ils ont le niveau pour passer en classe supérieure. Et en 3e, on finit par leur dire «désolé, la voie générale ce n’est pas pour vous». Je préfère des jeunes en filière professionnelle épanouis plutôt que ces millions de chômeurs que nous avons fabriqués depuis trente ans, droite et gauche confondues, en envoyant des générations vers des filières universitaires qui ont des taux d’employabilité très faibles.

C’est donc bien, au minimum, une préprofessionnalisation que vous préconisez !

Ce n’est pas ce que je propose ! Prenons un élève qui a choisi de découvrir la mécanique : il pourra très bien rattraper son retard en français grâce à l’accompagnement personnalisé. Rien ne lui interdit, en 5e, de prendre une autre option et de découvrir un autre parcours. Le plus important est que chaque élève trouve sa voie.

Depuis les années 80, la droite réclame l’autonomie des établissements scolaires. Mais curieusement, elle n’en fait rien quand elle est au pouvoir…

Si la droite avait réussi, nous aurions été réélus. Oui, il faut donner plus de responsabilité aux enseignants. Mais pourquoi vouloir encadrer cette autonomie dans l’usine à gaz des «enseignements pratiques interdisciplinaires» ? La droite a trop longtemps considéré que l’éducation était la chasse gardée de la gauche. Nous devons en faire notre priorité pour les dix prochaines années.

Najat Vallaud-Belkacem n’est pas la plus mal placée pour parler d’élitisme républicain. Elle en est elle-même l’incarnation…

Je ne fais aucune attaque personnelle, contrairement au Parti socialiste et aux membres du gouvernement. 250 parlementaires ont signé ma lettre ouverte au chef de l’Etat, et plus de 20 000 citoyens. Je suis comptable auprès de chacun d’eux du sérieux et de la dignité de mes propositions.

Faut-il réformer aussi le métier d’enseignant ?

Je propose de constituer un seul corps de professeurs du CP à la fin du collège, c’est-à-dire pour toute la scolarité obligatoire. Il faut des possibilités de bivalence, ce qui permettrait de répondre au besoin de passerelles entre les disciplines. Le service hebdomadaire des enseignants serait de vingt heures environ au collège. En compensation, nous devons garantir aux professeurs - dont la gestion de carrière doit être retirée aux syndicats - de meilleures conditions de travail, avec une revalorisation salariale significative, des salles de travail plus dignes. Il faut aussi rétablir leur autorité : à l’école, ce ne sont pas les élèves ou les parents qui font la loi, mais les professeurs. Nous devons enfin réfléchir à la deuxième carrière que nous pourrions offrir aux enseignants, qui, au bout de dix ou quinze ans, voudraient passer à autre chose.

Vous imaginez l’ampleur des protestations qui accueilleront de telles propositions ?

Et pourquoi donc ? Il est temps que nous assumions des changements en profondeur. La formation pédagogique doit aussi être revue. Comme agrégé, spécialiste de Marcel Proust, je suis formé à tout sauf à enseigner en collège. Parce que mon savoir est inversement proportionnel à mes compétences pédagogiques. Avec ce nouveau corps d’enseignants, je propose de trouver le bon équilibre entre savoir et maîtrise pédagogique.

Le projet de réforme des programmes ferait, selon vous, trop de peu de place au «roman national». Le cours d’histoire doit-il être un cours d’identité nationale ?

Je condamne cette tendance à aller gratter les plaies de l’histoire de France. On peut regarder en face son histoire, avec ses heures de gloires et ses heures sombres, sans céder à cette obsession maladive. Pourquoi mettre en avant la traite négrière et la colonisation et rendre facultatives les Lumières ? Une nation est son histoire, et les Lumières sont au cœur de notre Histoire. On ne peut pas défiler le 11 janvier en disant «je suis Charlie» et renoncer à dire «je suis Voltaire». Le rôle de l’histoire au collège, c’est de faire comprendre à chaque élève qu’il appartient à une nation dont il peut être fier. Oui, je reprends le mot de roman national. Il ne peut pas y avoir de nation ni de destin commun sans connaissance de ce roman. Il ne peut pas y avoir d’intégration sans partage de mémoire. Recueilli par Alain Auffray

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Éleveurs en colère : sur place, Bruno Le Maire tance Stéphane Le Foll http://www.rtl.fr/actu/politique/eleveurs-en-colere-sur-place-bruno-le-maire-tance-stephane-le-foll-7779160840 par Julien Quelen publié le 20/07/2015 à 22:47 mis à jour le 20/07/2015 à 22:48

L'ancien ministre de l'agriculture Bruno Le Maire a rendu visite aux éleveurs qui bloquent l'accès au Mont Saint-Michel et a exhorté Stéphane Le Foll à venir avec des solutions.

Ministre de l'agriculture de 2009 à 2012, Bruno Le Maire a décidé de rendre visite aux éleveurs en colère qui depuis lundi bloquent l'accès au Mont Saint-Michel. Alors que les agriculteurs réclament la venue de Stéphane Le Foll - qui a vu son invitation à Paris déclinée - le député normand s'est montré sévère avec son successeur qu'il appelle à se rendre sur place au plus vite.

"Je trouve que c'est un mépris complet que de dire aux paysans français 'attendez jeudi pour que je vous reçoive et en attendant vous n'avez qu'à crever la bouche ouverte'. C'est aujourd'hui qu'il doit être là, demain au plus tard, pour vous apporter des solutions et des décisions concrètes", a ainsi déclaré le candidat à la primaire du parti Les Républicains au micro de RTL.

Une visite politisée

Venu écouter les doléances des éleveurs en tant que député de l'Eure, Bruno Le Maire n'a pas convaincu tout le monde du bien fondé de son déplacement. Interrogé par RTL, un producteur de lait près de Bayeux n'est pas dupe devant cette visite qualifiée de "politique". "On n'est pas né de la dernière averse, on sait bien que c'est purement politique pour se montrer pour les prochaines élections, pour dire j'étais à vos côtés... Mais bon si ça peut avancer les choses, nous ça ne nous a rien coûté de le recevoir". ....

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Mont-Saint-Michel : les éleveurs veulent bloquer l'accès jusqu'à jeudi Mis à jour : 21-07-2015 15:18 - Créé : 20-07-2015 20:53 http://www.metronews.fr/info/mont-saint-michel-les-eleveurs-veulent-bloquer-l-acces-jusqu-a-jeudi/mogt!ZFTLXzxwCnO7s/

AGRICULTURE – Fragilisés par des prix trop bas pour leur permettre de se maintenir à flot, des centaines d'éleveurs se sont donné rendez-vous lundi au Mont-Saint-Michel et à Caen pour paralyser la circulation. Des opérations de blocage qui pourraient durer encore plusieurs jours.

Ils sont déterminés à se faire entendre. Lundi, plusieurs centaines d'éleveurs et de tracteurs se sont donné rendez-vous au Mont-Saint-Michel pour en bloquer les accès. Une opération coup de poing devant l'un des sites touristiques les plus visités de France, qui devrait durer jusqu'à jeudi, afin de mettre la pression sur le gouvernement, alors que les éleveurs français traversent une grave crise.

"La pression des agriculteurs ne va pas céder"

Les deux routes principales menant à l'îlot le plus célèbre de France ont ainsi été fermées par les agriculteurs dans l'après-midi, en soutien à ceux qui, dès six heures du matin, avaient paralysé la circulation autour de la ville de Caen. Au Mont-Saint-Michel, les visiteurs pouvaient quitter le parking, mais en aucun cas y entrer. "L'accès est très compliqué pour les touristes", a confirmé Claire Montemont, du syndicat mixte du Mont-Saint-Michel. "C'est une action symbolique, pacifique, pour relayer l'action des éleveurs du Calvados", explique Jean-Baptiste Mainsard, un éleveur qui participe au mouvement. Un mouvement qui pourrait d'ailleurs durer plusieurs jours : contacté par metronews, Yannick Bodin, président de la Coordination rurale dans la Manche, assure "tenir les opérations de blocage, à Caen comme au Mont-Saint-Michel, jusqu'à jeudi". Selon lui, 200 à 300 éleveurs doivent se réunir dans la soirée au Mont-Saint-Michel afin de décider de possibles nouvelles opérations. Les particuliers peuvent donc s'attendre à de nouveaux problèmes de circulation dans les jours à venir…

10% des éleveurs au bord du dépôt de bilan

Ces mouvements de colère de la part des éleveurs sont liés à une chute des prix qui les met aujourd'hui au bord de la faillite. Le porc est ainsi vendu aux abatteurs 1,38 euro le kilo, alors qu'il faudrait 1,40 euro pour couvrir les frais de production. Idem pour le lait, dont le prix a chuté de 15% depuis un an et qui est aujourd'hui vendu par les producteurs 30 centimes le litre alors qu'il faudrait qu'il soit à au moins 34 centimes pour qu’ils atteignent l'équilibre. Selon le ministère de l’Agriculture, 10% des éleveurs sont "au bord du dépôt de bilan".

À qui la faute ? Difficile pour l'heure de le savoir, car industriels et hypermarchés se renvoient la balle. Un accord signé courant juin par tous les acteurs de la filière devait amener une hausse du prix de la viande, mais il n'a pas été suivi d’effet. La grande distribution assure qu'elle a respecté les engagements pris ces dernières semaines sur le prix de la viande, mais que l'argent ne va "pas dans la poche des éleveurs". Afin de tirer cela au clair, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, doit recevoir mercredi un rapport du médiateur des prix. Un rapport attendu avec impatience par les agriculteurs : "On va découvrir le pot aux roses", assure Jean-Pierre Fleury, le président de la Fédération nationale bovine.

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Crise des éleveurs : Stéphane Le Foll se rend à Caen cet après-midi le 21/07/2015 à 13:31 | AFP http://www.bienpublic.com/actualite/2015/07/21/caen-toujours-bloque-par-les-eleveurs-barrages-au-mont-saint-michel-leves

13h15 : Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé qu’il se rendrait à Caen ce mardi après-midi pour rencontrer les responsables des éleveurs qui manifestent contre la faiblesse des prix, à la veille de la présentation du «plan d’urgence pour l’élevage» en Conseil des ministres. «Ce plan je le présenterai demain (mercredi) en Conseil des ministres. Ce soir, il y aura la réunion avec les médiateurs et cet après-midi, j’ai décidé d’aller à Caen pour discuter avec les responsables agricoles, pour discuter des sujets qui ont été évoqués durant ce week-end et sur la base des décisions qui sont maintenant en route au niveau gouvernemental», a déclaré M. Le Foll dans la cour de Matignon, au sortir d’une réunion ministérielle consacrée à la situation des éleveurs français.

Pourquoi se rendre sur place, alors qu’il comptait initialement recevoir les éleveurs jeudi à Paris? «J’ai changé d’avis. Je vois bien tout ce qui peut être utilisé, j’ai bien compris que du côté de l’opposition, il y avait une manière de montrer du doigt. Je rappellerai qu’autour de 200 déplacements ont déjà été faits par le ministre de l’Agriculture que je suis. Je suis prêt à faire des comparaisons», a répondu M. Le Foll, également porte-parole du gouvernement.
M. Le Foll a évoqué «16 à 17 propositions» contenue dans le plan d’urgence qui sera présenté mercredi.

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A Vesoul, Bruno Le Maire annonce sa candidature à la primaire LE MONDE | 23.02.2016 à 21h00 • Mis à jour le 23.02.2016 à 22h23 | Par Matthieu Goar http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/02/23/a-vesoul-bruno-le-maire-annonce-sa-candidature-a-la-primaire_4870515_4854003.html#fYmUk3A93Dvdc7Vp.99

A l’approche du printemps, l’espèce des candidats à la primaire de la droite et du centre se reproduit à grande vitesse. Dans cette biodiversité florissante, chacun révèle ses ambitions à sa façon. Jean-François Copé a attendu de ne pas être mis en examen pour se précipiter aux « 20 Heures ». Frédéric Lefebvre a envoyé un courrier enflammé aux maires de France. Il y a près de trois ans, le week-end du 8 mai 2013, le précoce François Fillon avait profité d’un voyage au Japon pour affirmer qu’il serait sur la ligne « quoi qu’il arrive ». En août 2014, un autre pressé, Alain Juppé, avait posté un simple texte sur son blog pour surprendre les Français au retour de la plage.

Mardi 23 février, Bruno Le Maire a, lui, mis fin à un faux suspense lors d’une réunion publique à Vesoul (Haute-Saône). « Je me suis longuement interrogé et j’ai trouvé les réponses de ces interrogations en moi mais aussi en chacun d’entre vous. Ma décision est simple, forte, inébranlable, je suis candidat pour être le prochain président de la République française », a déclaré le député de l’Eure avant de répondre aux questions de la salle, une habitude prise depuis sa campagne à la présidence de l’UMP à l’automne 2014.

Cette façon de s’annoncer, lors de sa « 323e réunion publique depuis 2013 », selon les chiffres de son équipe, avait été pensée pour mettre en scène un homme politique devenu un infatigable laboureur de la France. Après avoir été directeur de cabinet de Dominique de Villepin puis ministre de l’agriculture de Nicolas Sarkozy, M. Le Maire ne cesse de mettre en avant son chemin initiatique débuté en 2012, ses rencontres avec « ces Français qui se battent », cette nation « fatiguée des vieilles recettes et des vieilles ficelles ». Au détour des routes départementales, il aurait ressenti le besoin de renouvellement et se pose en remplaçant de Nicolas Sarkozy ou d’Alain Juppé, sans les citer. « Les sauveurs, c’est du passé, les hommes providentiels, c’est du passé », a poursuivi le huitième candidat déclaré à la primaire.
« C’est vous qui allez réinventer la France, c’est vous qui exigez depuis des années le renouvellement de la classe politique car vous en avez marre de voir les mêmes visages. »

Eviter d’être vu comme le premier ministre idéal d’un favori

Pour donner du concret à son idée phare du « renouveau », Bruno Le Maire a répété son envie d’interroger les citoyens par référendum pour limiter le nombre de parlementaires ou sa volonté de supprimer le Conseil économique et social. « Les politiques bloquent les changements, je vous propose d’entrer dans le XXIe siècle », a-t-il lancé avant de pourfendre les « sceptiques » et de se poser en moderne, les pieds bien ancrés dans la tradition. Lui ne parle pas de l’identité nationale mais de « combat pour notre culture, notre langue, ce qui fait l’identité de notre nation » et évoque ces « chrétiens d’Orient dont l’asile est refusé » parce que « des déboutés du droit d’asile ne sont pas reconduits à la frontière ».

Après cette annonce, Bruno Le Maire va commencer sa campagne par un plan millimétré. Son livre Ne vous résignez pas ! (Albin Michel) sort mercredi ; il sera au « 20 Heures » de TF1 le même soir ; ses équipes commenceront à distribuer les tracts samedi, avant un premier meeting de campagne, le 5 mars, aux Docks d’Aubervilliers. Avec cette nouvelle étape, il espère franchir un palier dans les sondages.

Après avoir émergé lors de la campagne pour la présidence de l’UMP contre Nicolas Sarkozy, le député de l’Eure stagne à un peu plus de 10 % dans les études d’opinion sur la primaire. Et certains de ses proches ont très peu apprécié l’année 2015, où le « presque candidat » était dans un « faux plat », selon son conseiller Jérôme Grand d’Esnon. Pendant cet entre-deux, l’ancien ministre voguait sur les sujets d’actualité tout en s’enferrant parfois dans une opposition fébrile, comme après les attentats du 13 novembre, où il s’était écharpé avec Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de « Mots croisés », sur France 2. En 2016, il espère trouver sa place dans la jungle des candidats en évitant un écueil : être vu comme le premier ministre idéal d’un des favoris. Matthieu Goar Journaliste au Monde.

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