Doreen Kimura

Professeure de psychologie aux Etats-Unis à la Simon Fraser University.
Auteure de Neuromotor mechanisms in human communication, New York, Oxford University Press, 1993 et de Sex and Cognition, Cambridge, Mass: A Bradford Book, MIT Press, 1999, Cerveau d'homme et cerveau de femme ? Odile Jacob, Paris 2001.

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Il semble que la tendance à rejeter l'explication biologique provienne de ce que les idéologies égalitaires confondent le concept occidental de l'égalité devant la loi - l'application à la société de l'idée que « tous les hommes sont créés égaux » - et l'affirmation que tous les individus sont égaux en fait.

Les individus ne naissent pas égaux en ce qui concerne la force, la santé, le tempérament ou l'intelligence. C'est simplement une réalité de la vie que nul être sensé ne peut nier. Nous avons opté pour un système de gouvernement qui a décidé que en dépit de ces inégalités, tout individu aura le même droit à un traitement juste devant la loi et à des perspectives identiques.

Or l'idéologie égalitaire va souvent plus loin en affirmant que tous les individus seraient égaux s'ils avaient la même stimulation de l'environnement. C'est-à-dire que si l'éducation, les conditions de vie, l'alimentation, l'enseignement, les opportunités, etc., étaient exactement les mêmes pour tous (une situation en pratique impossible à réaliser, et donc à tester), nous aurions tous les mêmes talents.

Outre l'affreuse banalité dont nous serions affligés, c'est là une telle ineptie qu'il est difficile de concevoir que quelqu'un puisse soutenir cette idée sans broncher. Nous avons tous, pour la plupart d'entre nous, grandi avec des frères et des sœurs qui ont partagé la plus grande partie de notre environnement, et pourtant nous sommes devenus très différents. Nous avons tous des amis dont le passé est semblable au nôtre, et pourtant, là, la diversité des tempéraments, des compétences et en fin de compte de la profession est souvent plus grande.

Le spécialiste de sciences sociales qui refuse obstinément l'idée que la biologie joue un rôle important dans les variations du schéma cognitif d'une personne à l'autre n'est plus un scientifique, il est devenu un idéologue. On a avancé qu'une caractéristique distinctive de l'idéologie est de s'en tenir à une position au mépris de toute preuve (Hilbom, 1996). Le sexisme, le racisme et l'égalitarisme peuvent tous être considérés comme des idéologies dans la mesure où ce sont des engagements dans un système de croyances sans support empirique.
Cerveau d'homme, cerveau de femme, Introduction, p. 13-14

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L'homme et la femme diffèrent dans les types de capacités motrices où ils excellent. L'homme est bien meilleur que la femme dans la plupart des aptitudes de visée, comme le lancer de fléchettes ou l'interception d'un projectile comme une balle. Cet avantage ne doit pas, semble-t-il, être imputé essentiellement à des différences physiques puisque l'aptitude de l'homme homosexuel au lancer n'est pas significativement meilleure que celle de la femme. Dès l'âge de trois ans, le petit garçon est plus précis que la petite fille dans des tâches similaires. Même s'il existe souvent des différences dans les antécédents sportifs de l'homme et de la femme, ce facteur n'intervient pas dans la supériorité de l'homme.

La femme, au contraire, tend à être plus rapide que l'homme dans une série de mouvements impliquant particulièrement les doigts, ce qu'on appelle les aptitudes de fine motricité, et cela malgré le fait que l'homme tend à avoir une plus grande rapidité de mouvement, par exemple pour répéter indéfiniment la même frappe du doigt. n est donc possible que ce soit la coordination de ces mouvements en un motif qui est plus rapide chez la femme.

L'avantage de la femme dans le contrôle du mouvement des doigts peut s'observer même quand la rapidité n'est pas prise en compte. La femme est plus capable de plier les doigts isolément, et la petite fille peut copier avec plus de précision que le petit garçon des postures statiques des doigts qui demandent un positionnement précis des doigts. Ces tâches motrices ne semblent pas être affectées par la taille de la main, qui a souvent servi à expliquer la supériorité de la femme dans les mouvements délicats.
Cerveau d'homme, cerveau de femme, Les capacités motrices, p. 54

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Le terme « spatial» a un sens large qui renvoie à un grand nombre d'aptitudes que l'on peut séparer. La plupart des tests d'aptitude spatiale montrent certains avantages en faveur de l'homme, qui excelle en particulier dans la rotation mentale et dans le lancer de précision. La femme, cependant, réussit en général mieux à se souvenir des positions d'objets dessinés sur le papier et de repères sur un chemin. Il s'avère que l'homme trouve son chemin essentiellement en se fondant sur les propriétés géométriques de l'espace, alors que la femme a tendance à utiliser plus souvent des objets spécifiques.

On pensait naguère que les différences significatives entre les sexes dans les aptitudes spatiales n'apparaissaient pas avant la puberté ; on a démontré maintenant que le petit garçon et la petite fille diffèrent très tôt, du moins dans les tests de rotation mentale et de lancer de précision. Les indices que nous possédons sur les effets à court terme de la pratique et de l'entrainement ne laissent pas penser que l'expérience dans le lancer intervient beaucoup dans cette différence. La relation qui a été établie entre les acti- vités de la vie et l'aptitude spatiale se prête à plusieurs interpréta- tions. En outre, de récentes études interculturelles indiquent que les différences entre les sexes dans les tests d'aptitude spatiale existent aussi dans d'autres cultures et dans d'autres races, bien que l'ampleur de cette différence varie d'une culture à l'autre.

Enfin, la présence d'un parallèle dans les différences entre les sexes avec des espèces non humaines éveille des doutes sur l'idée que les pratiques dans l'éducation des enfants aient une influence majeure sur les différences entre les sexes dans le schéma cognitif.
Ibidem, Les aptitudes spaciales, p. 78-79

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En moyenne, les hommes ont des scores plus élevés aux tests d'aptitude sur le raisonnement mathématique ou la résolution de problèmes, alors que les femmes réussissent mieux ceux qui impli- quent du calcul. Au contraire, dans les examens scolaires, y compris ceux de mathématiques, les filles font en général mieux que les garçons. Ces différences entre les sexes sont apparentes dès l'école primaire, mais elles sont plus marquées dans les classes plus élevées. Comme les deux aspects des mathématiques sont enseignés par la même personne, les facteurs liés à l'enseignant ne semblent pas intervenir pour expliquer ces différences. Pas plus qu'on ne peut imputer ces différences à d'autres explications par la « socialisation», comme le biais du sexe dans le contenu des problèmes, l'anxiété pour les mathématiques, les attentes des parents, et ainsi de suite.

Dans des tests comparables portant sur divers pays et groupes ethniques, les différences entre les sexes apparaissent dans tous les groupes, même si elles s'avèrent moins importantes chez les Asia- tiques et chez les Noirs. Si l'on a parlé d'une atténuation des diffé- rences entre les sexes au cours des dernières décennies, celle-ci est difficile à évaluer en raison des modifications des items des tests et de la composition des groupes testés en matière d'ethnie et de sexe. La relation mise en évidence entre l'aptitude mathématique et la quantité de cours de mathématiques suivis se prête à diffé- rentes interprétations.

La compétence en mathématiques a été liée à la réussite en science et en technologie, en particulier dans les sciences qui utilisent beaucoup les mathématiques. La « sous-représentation» des femmes dans ces domaines avait parfois été imputée à une discri- mination exercée par une majorité d'hommes blancs, mais la représentation élevée et disproportionnée des Asiatiques dans ces domaines rend cette explication peu vraisemblable. Le choix du métier semble différer de manière prononcée entre les hommes et les femmes, même chez les plus doués en mathématiques, les femmes extrêmement capables préférant cependant des profes- sions plus orientées sur les personnes.
Ibidem, La compétence en mathématiques, p. 95-96

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La femme s'avère plus sensible que l'homme aux stimuli exté- rieurs dans tous les domaines de la perception, excepté la vision où le tableau est plus intriqué. Malgré la supériorité de l'homme dans la rotation mentale, y compris dans la rotation en trois dimen- sions, l'appréciation de la profondeur, du moins dans l'espace personnel, serait meilleure chez la femme. La femme est aussi supérieure dans une aptitude qu'on appelle la « rapidité perceptive », dans laquelle il faut effectuer de rapides comparaisons d'identité. Enfin, la femme apparaît toujours meilleure que l'homme pour lire les expressions faciales et corporelles.
Ibidem, La perception, p. 108

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Beaucoup de gens ont l'impression que la femme possède de meilleures compétences verbales que l'homme. À l'âge adulte cependant, la femme n'a pas un vocabulaire plus étendu ou une meilleure intelligence verbale que l'homme, même si elle s'avère être meilleure en orthographe et posséder une « aisance» légèrement supérieure, dans le sens limité de la production de mots commençant ou se terminant par une lettre particulière.

Dans les tests de mémoire verbale, la femme réussit toujours mieux que l'homme. Cela est vrai pour se rappeler aussi bien des listes de mots sans rapports entre eux que des éléments qui ont davantage de sens. n se peut que la supériorité de la femme à se remémorer des objets ou des éléments, qui apparaît aussi dans certaIns tests, soit liée au fait que ces éléments se nomment facilement.

Certaines études affilment que la femme possède une meil- leure mémoi're « fortuite» que l'homme, mais nos propres recherches laissent penser que cette supériorité pourrait se réduire à celle de sa mémoire verbale intentionnelle.
Ibidem, Les aptitudes verbales, p. 122

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