Thierry Jean-Pierre (1955-2005)
Bio express

Ancien juge d'instruction, comme Eric Halphen, et comme lui égaré en politique, et comme Eva Joly qu'il ne semble pas apprécier ...
Auteur d'ouvrages critiques à l'égard de la société française et de son Etat dit "républicain", notamment de Bon appétit, Messieurs !, Fixot, Paris, 1991 ; Crime et Blanchiment, Fixot, Paris, 1993 ; Lettre ouverte à ceux que les petits juges rendent nerveux, Albin Michel, Paris, 1995 ; Crédit Lyonnais, le casse du siècle, Fixot, Paris, 1999 ; L'argent des fontionnaires, Fixot, Paris, 1998 ; L'Etat en délire, Robert Laffont, Paris, 2002 ; Taïwan connection, scandales et meurtres au coeur de la République, Robert Laffont, Paris, 2003.
Décédé en juillet 2005.

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Car, en fait, qu'y a-t-il de choquant, véritablement, dans cette affaire des frégates? Gardons-nous de toute naiveté et acceptons l'idée que des contrats de cette importance s'accompagnent inévitablement du versement de commissions à des intermédiaires.
Alors, dans l'affaire des frégates, que voyons-nous de plus? D'abord, des morts. Sur une décennie, presque une dizaine. Des morts violentes, inexpliquées, injustifiables. Des disparitions, aussi. A Taiwan, surtout, mais en France également, des hommes se sont volatilisés, certains, comme Wang, pour leur plus grand bien. D'autres dont on ne retrouvera peut-être jamais la trace.

La réputation de la France a été sérieusement entachée par cette affaire. Et si l'on accepte un instant de comparer notre vieille démocratie à la très jeune Taiwan, où la loi martiale n'est levée que depuis peu, la honte me saisit.
Car la petite Chine n'a pas hésité, elle, à employer les mots qui font mal, à dire la corruption de sa Navy, la corruption de son personnel politique, la corruption de ses institutions. Elle tremble depuis dans la tempête du scandale, subit un véritable séisme, se remodèle, change de visage, mais sortira peut-être grandie de l'épreuve.
En France, je ne peux que le répéter, nous nous drapons avec une dignité un peu usée dans le vaste voile du secret-défense, qui nous sied comme un rideau poussiéreux à une tragédienne vieillissante et trop fardée. Quant à notre justice, elle a fait la preuve, éclatante et consternante, de son impuissance.

L'argent, enfin. Quel ordre d'idée, de grandeur, faudrait-il donner pour faire comprendre ce que représentent cinq milliards de francs? La somme est énorme. Il ne faudrait pas que nous haussions les épaules parce que cinq milliards, pour nous, c'est la même chose que quelques millions. C'est faux. Il s'agit d'un énorme scandale dont nous allons supporter le poids financier, il faut le dire et il faut le comprendre.
Cinq milliards de francs ont bel et bien disparu dans la signature d'un contrat national. Et une fois que l'on aura appréhendé cette réalité, il faut que nous disions ce mot, évident: il y a eu enrichissement personnel. Ces cinq milliards ont disparu, sur les comptes de quelques-uns. Ils ont servi à la rémunération d'intermédiaires illégaux, de partis politiques et d'hommes politiques, de militaires, de dirigeants d'entreprise. La France, les Français vont payer l'enrichissement personnel d'un petit nombre de corrompus.
Taïwan connection, p. 267-268

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Bio express

Né le 27 juillet 1955 à Mende (Lozère), diplômé de l'Ecole nationale de la magistrature en 1986, nommé juge d'instance au Mans, il devient délégué régional du Syndicat de la Magistrature (SM, gauche).

Juge d'instruction en 1988, il instruit en 1991 le dossier Urba (financement occulte du parti socialiste) dont il sera finalement dessaisi.

En 1992, le juge Jean-Pierre découvre également le prêt d'un million de francs (150.000 EUR) sans intérêts consenti par Roger-Patrice Pelat au Premier Ministre Pierre Bérégovoy, une affaire qui affectera le chef du gouvernement socialiste quelque temps avant son suicide le 1er mai 1993.

En 1993, il dirige une mission de lutte contre la corruption à la Chancellerie, un combat qu'il poursuit au sein du "Forum démocratie-justice" qu'il a créé en 1994.

Juge d'instruction en disponibilité, il a été élu au Parlement européen de Strasbourg en 1994 sur la liste de Philippe de Villiers et réélu an 1999 sur la liste RPR-DL conduite par Nicolas Sarkozy. Il y était membre de la commission des libertés publiques et des affaires intérieures. Après deux mandats, il a annoncé son retrait de la vie politique en 2004.

Il a été membre du bureau politique de Démocratie libérale (DL) et trésorier du parti entre 1997 et 2002. Pour l'élection présidentielle de 2002, il a été membre du comité de campagne pour la candidature d'Alain Madelin.

Depuis 2002, Thierry Jean-Pierre était avocat au barreau de Paris.

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