Jean Hamburger (1909-1992)

Biologiste, président de l'Académie des Sciences, père du chanteur - compositeur Michel Berger (1947-1992) lui-même époux de la chanteuse France Gall.
Auteur, notamment, de L'Homme et les hommes, Flammarion, Paris, 1976.

1
La période préhumaine, où des millions de plantes et d'animaux prospéraient déjà, est mille fois plus longue que celle qui nous sépare du temps des premiers hommes. Et, pendant toute cette période préhumaine, les lois régissant les espèces vivantes étaient exactement à l'opposé de celles que nous avons la splendide audace de vouloir instituer. Les mécanismes responsables de l'épanouissement de la vie étaient entachés de cruauté et d'injustice.
Sauver l'espèce, Le Monde du 31 octobre 1991, p.2.

2
Nous voulons le respect de l'individu, alors que l'individu était constamment sacrifié au profit de la survie de l'espèce. Nous refusons superbement la maladie, la mort prématuréee, la sélection naturelle, qui garantissaient l'équilibre démographique quasi miraculeux régnant entre les multiples espèces vivantes. Nous cherchons la justice, alors que l'histoire de la vie s'est construite sur l'inégalité des chances de chacun.
Ibidem.

3
Ainsi, avec l'homme, l'esprit souffle pour la première fois, et c'est un souffle de révolte contre des lois biologiques fondamentales. Cette révolte est la marque même du destin de l'homme, elle est l'honneur de notre condition, elle donne un sens à notre vie. Il ne saurait être question de reculer dans son accomplissement.
Ibidem.

4
Mais il est clair qu'on ne peut refuser ces normes de la vie sans s'exposer à de sérieux périls. L'exemple le plus frappant est le déséquilibre démographique que nous avons créé : l'hygiène et la médecine, modèles mêmes de notre splendide refus d'une situation biologique naturelle, ont presque triplé la durée moyenne de la vie humaine, si bien que, sur une terre dont les trésors sont limités, la population a crû d'incroyable façon et continue d'augmenter d'une France tous les six mois.
Ibidem.

5
Il s'agit désormais de peser les conséquences de chaque action humaine sur l'équilibre biologique de la planète. Chaque fois que cet équilibre est potentiellement menacé, il faut chercher les moyens de maîtriser le risque.
Ibidem.

6
Alors que l'animal trouve dans ses instructions héréditaires les règles d'un comportement lentement mis au point par les exigences de l'évolution biologique, l'homme, ayant la belle audace de refuser des règles analogues jugées injustes et cruelles, a la charge écrasante d'inventer de toutes pièces un comportement biologiquement acceptable et en même temps satisfaisant pour ses ambitions morales.
Ibidem.

7
Ce que nous nommons les droits de l'homme ne sont pas des droits naturels, mais bien une somptueuse bataille contre des règles du jeu vieilles de plus de trois milliards d'années et jugées inacceptables. L'action politique en pays démocratique mène assurément cette bataille, sans même en avoir toujours conscience. Mais elle mène le combat au jour le jour. Elle n'a pas, pour la guider, une instance mondiale étudiant les moyens de concilier programme d'action et impératifs biologiques.
Ibidem.

8
Peut-être le temps est-il venu de songer à la création d'un nouvel organisme, d'un Centre international chargé d'une mission de recherche autant que de réflexion, et responsable de la surveillance et de la maîtrise des équilibres biologiques mécessaires à une survie harmonieuse de la communauté humaine.
Ibidem.

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