Redoutable polémiste, selon l'expression du président Jacques Chirac lui-même, et provocateur de grand talent, mais également formidable mégalomane.
Fondateur en 1970 de "l'Idiot international", adversaire du président Valéry Giscard d'Estaing (Lettre ouverte au colin froid, Albin Michel, Paris 1979) et "ami" du candidat présidentiel François Mitterrand, avec lequel il rompt bruyamment en 1982, ... après l'élection présidentielle, en 1981, de Me Mitterrand qui refuse de le nommer ministre de la Culture ...
Un "fou Hallier" selon ses ennemis ...
Voulant rendre publique l'existence de la deuxième femme du président de la République, et de sa fille adultérine Mazarine il a quelques problèmes, notamment il est l'objet de 640 écoutes téléphoniques illégales entre le 4 septembre 1985 et le 19 mars 1986 ...
Il publie en 1993 le casier judiciaire de Bernard Tapie.
Il décède opportunément lors d'une sortie à vélo sur la côte normande, à Deauville, le 12 janvier 1997.
Auteur de plus de 20 ouvrages dont La Cause des Peuples, Seuil, Paris, 1972, Le Premier qui dort réveille l'autre, Sagittaire, Paris, 1977, L'Evangile du fou, Albin Michel, Paris, 1986, Fulgurances, Michel Lafon, Paris, 1996, L'Honneur perdu de François Mitterrand, Rocher/Belles Lettres, Monaco/Paris, 1996.
1
L'Inéligible
La postérité se souviendra que Mitterrand était président de la République sous Jean-Edern Hallier.
De mémoire humaine, jamais un livre ne fut plus célèbre avant même que son auteur n'en écrivît la première ligne - ni un procès plus attendu, avant que le procureur n' entamât son réquisitoire. Ce que chacun subodorait, sachez-le enfin! L'année dernière, moi non plus, je ne savais pas.
Ce que j'ai su, à mesure, m'a ahuri. Français, si vous saviez....
Mitterrand était inéligible et nous ne le savions pas. L'homme m'intéresse, c'est un personnage de roman. Il était inéligible, nous sommes donc inélecteurs. Plus
le romancier que je suis s'en délecte, moins le citoyen se sent rassuré. Que dis-je, il s'affole. Il est vrai que j'ai largement contribué à le faire élire. Mea culpa. J'ai péché par démiurgie romanesque. J'ai voulu que ma fiction devmt réalité.
Hélas, la réalité dépasse la fiction.
L'honneur perdu de François Mitterrand, p. 3
2
Le rictus givré de la famille unie
Il croyait qu'il ne serait pas élu, parce qu'il était inéligible.
Étant le premier à savoir qu'un président de la République ne peut se permettre ce qu'un homme privé a tout loisir de faire, il n'a pas hésité à enfreindre la règle qui veut notamment que le chef de l'Etat soit un modèle familial, ce que ni lui, ni son épouse Danielle, dont il vit séparé depuis dix-sept ans, ne peuvent se targuer d'être.
Il était inéligible parce que si nos prétendues élites sont libre-échangistes, la moralité publique, elle, ne l'est pas.
On connaît tout de la vie privée des acteurs, la plupart s'étalent au grand jour. Pourquoi n'aurait-on pas le droit de se pencher sur celle de ces cabots de seconde zone, les politiciens? Puisqu'ils ne cessent de donner des leçons de morale, qu'ils commencent par eux-mêmes. Si on ne les contrariait pas, tellement ils se tiennent entre eux, la théorie de Popper s'en trouverait confirmée.
A savoir: l'habit ne fait pas plus le moine que la fonction ne crée l'organe.
Si des généraux prenaient le pouvoir à Moscou, ils feraient la guerre, mais si c'étaient des pâtissiers, ils transformeraient le Kremlin en pièce montée. Chacun aurait sa part du gâteau.
Hélas, quand les politiciens se le partagent sans contre-pouvoir - l'Église, l'argent, la jeunesse, etc. -, nous tombons sous la chape de plomb du monde où il
n'arrive jamais rien: le glacis totalitaire, c'est un immense Jours de France, une revue que l'on feuilletterait, où il n'y aurait que cérémonies officielles, ballets, jolies stars saines, routiers sympas, Carolinomonaqueries sur fond sirupeux d'optimisme béat de commande. Une Sibérie en rose!
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil! A en vomir! Pas un scandale, rien. Ça ressemble à ce que les politiciens de tous bords voudraient qu'on donne comme image d'eux-mêmes. Pourquoi se font-ils toujours photographier avec femme et enfants? Pour la façade glacifiée !
Le rictus givré de la famille unie! Les signes de piété d'une foi absente! L'appel aux naissances des enfants qu'on abandonne soi-même! Le Verbe redeviendrait chair, nous renaîtrions tous. La glaciation, c'est la langue de bois entropique, le lyrisme cabotin ou la rhétorique creuse des politiciens. Ils peuvent se permettre d'avoir les lois les plus admirables, puisque l'art du double discours leur permet de ne jamais les respecter.
Ibidem, pp.12-13
3
Sans le savoir, un Mitterrand a fait une chose de bien dans sa vie, il m'a forcé à cette reconnaissance. Je n'aurais jamais entrepris les recherches pour retrouver ma fille, qui, de son côté, ne m'avait pas donné signe de vie, s'il n'y avait eu cette affaire de sa petite fille Mazarine.
Au lycée Jacques-Prévert, rue Saint-Benoît, où elle va à l'école, elle répond obstinément à la question rituelle des enfants:
- Qu'est-ce qu'il fait, ton papa?
- Il est président de la République.
- Moi, le mien, c'est Charlemagne, s'esclaffe l'autre enfant, un petit garçon de huit ans, le même âge, dans la cour de récréation.
Elle a déjà son nom de rue, la gamine, la rue Mazarine; mais elle, personne ne la connaît, comme il sied à cette petite princesse inconnue. Cette rue est parallèle à la rue Dauphine, comme le destin de cette petite aurait dû être celui d'une dauphine. Elle se prolonge aussi par la rue de l'Ancienne-Comédie, la comédie mitterrandouteuse.
Il lui en reste une autre à jouer, celle du père surpris. Les rois capétiens affichaient bien leurs rejetons de la main gauche avec écusson barré de la bâtardise. Eux, du moins, exigèrent de la cour qu'elle s'inclinât devant le fruit du péché. Je ne lui reproche pas d'avoir un enfant naturel, mais de ne pas nous le montrer. Qu'attend donc Mitterrand pour promener sa petite Mazarine sur le perron de l'Élysée, sous les flashes des photographes, devant tous ses courtisans agenouillés - d'autant que la loi sur la reconnaissance paternelle date de 1972 et qu'elle a été approuvée massivement par les socialistes? Que ne la
respecte-t-il ?
Ibidem, pp.78-79
4
Le népotisme, c'est la maladie sénile du mitterrandisme. Quand Tonton n'est pas l'oncle, il est le parrain, le père, le frère, le cousin, l'amant ou le cocu magnifique de son entourage.
L'Elysée, c'est un arbre généalogique dont les ramifications s'étendent au gouvernement et aux cabinets ministériels en passant par les préfectures et ambassades.
Le socialisme, une agence de placement familial !
Ibidem, p.117.
5
Le népotisme, c'est la structure intime de la société secrète.
Il est ce qui fait que la Nation a cessé d'être démocratique. Il interdit aux uns de s'élever - ceux qui ne sont pas de la famille -, et il permet aux autres de tenir les leviers de commande....
Lévi-Strauss vous dirait que c'est de l'endogamie, la manière dont les tribus indiennes sont presque toutes mortes de consanguinité, les règles de l'échange ne fonctionnent plus...
Le népotisme c'est l'ultime régression.
Ibidem, p.118.
6
A force d'être averti des risques physiques '"que j'encourais, je finissais par y croire. L'Elysée m'envoya le capitaine Paul Barril, qui n'y alla pas par quatre chemins.
Ou bien l'on me retrouvait par trois mille mètres de fond, dans un bac de ciment, en plein triangle des Bermudes, ou bien j'acceptais la villa Médicis, plus un fort dédommagement.
Dans la première hypothèse1 ma famille aurait reçu une lettre où je l'informais de ma décision de changer de nom, de vie, et de continent - et je passais pour assez fantasque pour qu'on ne crût pas aussitôt à un coup de pub.
Ceci prouve à quel point le langage politicien s'est détérioré: il est incapable de discuter à armes égales avec un homme intelligent. On préfère envoyer un spécialiste de la lutte antiterroriste - James Bond contre Homère! Bref, on m'obligea à négocier avec le pouvoir.
Ibidem, pp.122-123
7
Pourquoi un embarras? Pourquoi? Je ne cessais de m'interroger, en attendant de revoir le Président, je me souvenais de nos conversations de jadis. A quand remontaient-elles? Comme le temps passe. La première doit dater de 1971.
Déjà Zelig, il s'était habillé en robe noire d'avocat pour venir assister au procès du journal que je dirigeais à l'époque, l'Idiot international. Toujours, je me
souviendrai de ce spécialiste du cœur, au visage replet à la Tino Rossi, fixant d'un œil velouté, racoleur, madame Rozès, présidente du tribunal. Il venait de faire don de sa personne aux gauchistes, trois ans après avoir tenté en vain, en mai 68, de se donner déjà à eux.
En plus il se donnait à moi, le premier jour. Je l'évitai. La politesse voulut qu'au deuxième il me crocheta la main de sa pince huileuse. Ce contact charnel m'emplit d'un vague malaise. J'ai toujours voulu le dissiper intellectuellement, je n'y suis jamais parvenu. Cette gêne insidieuse flottait, elle l'accompagnait partout où je le rencontrais.
Il nimbait dans un gros miasme humide que les chaleurs de l'été rendaient accablant; un certain 15 juin, il faisait torride, nous déjeûnâmes à la Closerie des Lilas. Était-ce la raison pour laquelle il faisait attendre les filles de bonne famille dans une petite Fiat blanche surchauffée pendant quatre heures
jusqu'à ce que je vinsse les en délivrer? Etait-ce la mère de Mazarine, neuf mois avant la naissance de l'enfant? La faisait-il couver?
- Surtout, ne croyez pas queue se justifiait déjà Tonton.
Le Q prolongé, le E interminable ! Eueuh! Une manière bien à lui d'insister sur la cheville syntaxique, pour masquer son irritation.
- Queue...
Les oreilles et la queue!
Ibidem, pp.132-133
8
Une vallée de larmes proustiennes
Il aurait mieux fait d'arrêter sa carrière politique après l'affaire de l'Observatoire, ce qu'il supporte le moins qu'on lui rappelle. J'ai tardé à l'évoquer en détail, je ne voulais pas lui faire de la peine. Ne lui en avais-je pas assez fait?
En repoussant ses avances, en ne le considérant pas comme un grand écrivain, en dédaignant son fric! Que sais-je encore... D'autant qu'en lisant mon livre, il va pleurer comme une petite madeleine, ce proustien.
J'étais à la recherche de temps perdu, c'est son temps retrouvé qui accable les Français.
S'il est vrai que la vie est une vallée de larmes, il faut bien qu'il l'arrose un peu des siennes - rien que pour faire repousser sur nos plates-bandes quelques-unes de ces fleurs du bien qu'il chérit si fort. Oui, il va pleurer, comme dans le bureau du juge Braunschweig, quand ce dernier l'inculpa d'outrage à magistrat après la fausse fusillade, en 1959, dans ce jardin du VIe arrondissement où l'on m'enleva moi-même.
Drôle de pelouses, haies étranges, sous les statues de Janus à double visage, où s'entremêlent les lauriers usurpés, les pétales de roses fanées, et les épines empoisonnées du passé.
Notre saint François de Salves est revenu de loin. Quand Mitterrand démasqué craqua soudain, en pleurs, chialant comme un veau, il chevrota
entre deux hoquets: «Je suis perdu. » Le juge lui passa son mouchoir en ajoutant: «Un peu de dignité, Monsieur
Mitterrand. »
Ibidem, pp.145-146
9
Le syndrome de Gaulle-Gotha
Comme ce livre s'achève, il m'achève. Il m'a contraint à confesser publiquement mes fautes. J'ai été un mauvais père. Pour me racheter aux yeux de ma fille Béatrice, il ne me restera jamais assez d'années pour me faire pardonner toutes celles que je lui ai fait perdre, en l'oubliant - et en acceptant de ne m'acquitter de cette reconnaissance qu'à l'heure où je réclamais celle de Mazarine.
En plus, j'ai avoué mes penchants homosexuels, et j'ai reconnu avoir été corrompu par un Mitterrand pour le faire élire, manquant de peu de me laisser corrompre une seconde fois, pour ne pas le renverser.
Il s'en est fallu de presque rien que l'honneur perdu d'un François Mitterrand ne fût plus que le récit de la perte du mien.
Ibidem, p. 170
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AFP - 25 juil 2008 Ecoutes de l'Elysée : l'Etat condamné à indemniser la famille Hallier
PARIS (AFP) — L'Etat a été condamné à indemniser les deux enfants et le frère de l'écrivain Jean-Edern Hallier pour le préjudice subi par leur père dans l'affaire des écoutes illégales de l'Elysée, selon un jugement administratif révélé par Le Point et consulté par l'AFP vendredi.
Dans une décision rendue le 14 mai, le tribunal administratif de Paris a condamné l'Etat à verser 70.000 euros au fils et à la fille de l'écrivain mort en 1997, et 20.000 euros à son frère. Jean-Edern Hallier avait été l'une des principales victimes des écoutes illégales réalisées par l'Elysée entre 1983 et 1986, qui craignait que l'écrivain ne révèle l'existence de Mazarine, la fille cachée du président. Cette affaire s'était conclue le 9 novembre 2005 par sept condamnations pénales devant le tribunal correctionnel de Paris. Les deux principaux protagonistes de cette affaire, l'ancien directeur adjoint du cabinet de François Mitterrand, Gilles Ménage, et le chef de la "cellule de l'Elysée", Christian Prouteau, avaient été respectivement condamnés à six et huit mois d'emprisonnement avec sursis et 5.000 euros d'amende chacun. Le jugement avait précisé à propos de M. Prouteau "que les faits qui lui sont reprochés ont été commis sur ordre soit du président de la République, soit des ministres de la Défense successifs qui ont mis à sa disposition tous les moyens de l'Etat afin de les exécuter". Le tribunal administratif de Paris a estimé lui aussi que "les fautes commises par ces hauts fonctionnaires, sur instruction du président de la République et d'autorités gouvernementales, alors même qu'elles sont d'une particulière gravité, ne sont pas détachables du service", et donc condamné l'Etat à payer.--------