Claude Got (1936- )

Chef du service d'anatomie pathologie de l'hôpital Ambroise-Paré de Boulogne (Hauts de Seine) jusqu'en 2002. Spécialiste très volontariste de la santé publique. Conseiller technique de Simone Veil en 1978-1979. Un des inspirateurs du permis de conduire à points et de la loi Evin contre le tabac et l'alcool.
Auteur de La Santé, Flammarion, Paris, 1993.

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Demander à un conducteur de rouler à moins de 50, 90 ou 130 kilomètres à l'heure en lui confiant un instrument qui atteint souvent 180 kilomètres à l'heure est incohérent. Un limitateur de vitesse à trois positions associé à un enregistreur supprimerait l'incitation au délit introduite par une surpuissance inutile. Face aux drames répétés que sont les accidents mortels sur les autoroutes on pouvait fournir deux types de réponses : aggraver des sanctions aléatoires ou contrôler toutes les vitesses moyennes des véhicules sur autoroute par les heures de passage au péage. Cette mesure avait été proposée en 1988 ...
Un entretien avec Claude Got, Le Monde du 21 décembre 1993, p.2.

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Les spécialistes du marketing aiment appeler un parfum Opium ou Champagne, confondre les vêtements, le sida et les camps de concentration par la pratique d'amalgames provocateurs ou séducteurs qui rendent une société indéchiffrable et dangereuse. Nous devons réagir contre ces méthodes, que ce soit en boycottant Benetton, en imposant aux constructeurs de véhicules des caractéristiques en accord avec les objectifs d'une circulation apaisée, en interdisant la publicité pour le tabac ou en maîtrisant celle de l'alcool. On ne peut privilégier la vie en profitant de l'argent de la mort. Notre société court un risque majeur : développer les sélections au nom de la liberté individuelle ou du développement économique et récolter la marginalisation, la violence et l'inégalité.
Ibidem.

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Dans le pays où l'espérance de vie est l'une des plus élevées du monde, la folie des vaches et des hommes font régresser notre aptitude à gérer les risques. ...
A cette difficulté de gestion du risque différé s'ajoutent les déviances dans les comportements humains. Nous savons que le chef de l'Etat parle et agit impulsivement. Souvenons-nous de son annonce, le 14 juillet 1996, de l'évacuation de tous les étudiants de Jussieu avant la fin de l'année. Analysant cette pulsion décisionnelle lors de ma mission sur l'amiante, j'avais été stupéfait d'apprendre l'absence de concertation préalable avec son gouvernement. Rappelons que le désamiantage est fait progressivement et sera achevé entre 2006 et 2008, soit plus de dix ans après cette dramatisation spectaculaire.
Claude Got, Folie des vaches et des gouvernants, Libération, 15 novembre 2000, p. 6.

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Les crises de santé publique vont-elles devenir ingérables ? Oui, si les comportements ne se modifient pas radicalement. Oui, si l'on continue à privilégier les actions tardives et coûteuses au lieu de financer la connaissance et la prévention. Il est déjà difficile d'intégrer l'incertitude des connaissances, les contraintes économiques, la responsabilité pénale. Si nous chargeons la barque en faisant monter dedans l'opportunisme politique, l'inaptitude des décideurs à anticiper et à gérer les crises, et l'appétence des médias pour le conflit et l'émotion, notre rationalité va sombrer. Ibidem.

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