Esambert Bernard
Bernard Esambert. Financier, ancien conseiller du Président François Mitterrand. La Guerre économique mondiale, 298p., Olivier Orban, 1991.

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L'économie mondiale se globalise : la conquête des marchés et des technologies a pris la place des anciennes conquêtes territoriales et coloniales. Nous vivons désormais en état de guerre économique mondiale... L'objet de cette guerre est, pour chaque nation, de créer chez elle emplois et revenus croissants au détriment de ceux de ces voisins... C'est en exportant plus de produits, de services, d'"invisibles" que chaque nation essaie de gagner cette guerre d'un nouveau genre dont les entreprises forment les armées et les chômeurs les victimes.
La Guerre économique mondiale, p.9.
2
Chaque être humain devient aujourd'hui un citoyen d'un monde fouillé dans ses moindres recoins par un voyeurisme à l'échelle planétaire. Dès lors, les masses du tiers monde ne peuvent accepter d'être à l'écart d'une société matérialiste qui leur permettra de consommer des objets et des images. Mais comme l'a proclamé François Perroux, "le développement ne peut se résumer à la seule croissance quantitative". Dans le monde de la compétition économique, il n'y a pas d'innocents, pas plus les pauvres que les riches : dans les paysages de misère du tiers monde, on découvre trop souvent quelques "somptuaires temples des vanités" et pendant que la corruption y étend sa lèpre, la civilisation des pays riches est dans une large mesure celle du lucre, de l'égoïsme et de la drogue. Les Etats pauvres n'ont d'autre choix que de répondre aux profondes aspirations populaires en faveur du bien-être matériel, faute de quoi "un jour des millions d'hommes quitteront les parties pauvres du monde pour faire irruption dans le jardin des riches. Ils y partiront à la recherche de leur propre survie", écrivait Houari Boumediene, l'ancien président algérien, quelques jours avant sa mort. Mais il ajoutait :"Il restera plus tard au Sud à reprendre le flambeau humaniste que le Nord a peut-être laissé s'éteindre."
Ibidem, p.144-145.

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