Carlo Maria Cipolla (1922-2000)

Historien de l'Economie, italo-américain, professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Catane, Venise, Turin, Pavie, Pise, Fiesole puis à l'Université américaine de Berkeley (Californie).
Auteur d'une dizaine d'ouvrages dont The Basic Laws of Human Stupidity, Il Mulino, Bologna, 1988, Les lois fondamentales de la stupidité humaine, Puf, Paris, 2012. Ouvrage remarquable dans lequel il semblerait (?) nous expliquer que ceux qui n'ont pas la même conception économique et sociale que lui (american way of life ???) sont stupides.

1
Dans la culture occidentale, l'égalitarisme est aujourd'hui en vogue. On aime à considérer les êtres humains comme le produit d'un appareil de production en masse qui fonctionne à la perfection. S'appuyant sur une quantité impressionnante de formules et de données scientifiques, généticiens et sociologues se donnent beaucoup de mal pour prouver que tous les hommes sont naturellement égaux et que si certains sont plus égaux que d'autres, c'est le fait de la culture et non de la nature.

Je m'oppose à cette idée reçue. Après des années d'observation er d'expérimentation, j'ai la ferme conviction que les hommes ne sont pas égaux, que les uns sont stupides et les autres non, et que la différence dépend de la nature et non de facteurs culturels. Tel individu est stupide de la même façon que tel autre a les cheveux roux; on appartient au groupe des stupides comme on appartient à un groupe sanguin. L'homme stupide naît stupide par la volonté de la Providence.
Les lois, pp. 21-22

2
Chaque fois que j'ai analysé la population en col bleu, j'ai découvert qu'un pourcentage o d'entre eux était stupide. Comme la valeur de o était plus élevée que prévu (Première Loi), j'ai d'abord attribué ce résultat, suivant une idée dans l'air du temps, à la ségrégation, à la pauvreré er au manque d'instruction.
Mais, en abordant les échelons supérieurs de la hiérarchie sociale, j'ai pu observer le même pourcentage parmi les cols-blancs et les étudiants. Plus impressionnant encore était le résultat parmi les professeurs. Que l'université soit grande ou petite, prestigieuse ou obscure, j'ai constaté que la même fraction o des enseignants y était stupide. Cela m'a tellement étonné que j'ai veillé à étendre mes recherches à un groupe spécialement choisi, une authentique élite : les lauréats du prix Nobel.
Le résultats a confirmé la puissance suprême de la Nature : une fraction o des prix Nobel est stupide.
Ibidem, Deuxième loi fondamentale, pp. 23-24

3
Sans la formuler de manière explicite, la Troisième Loi fondamentale part du principe que l'humanité se divise en quatre catégories : les crétins, les gens intelligents, les bandits et les êtres stupides.
Ibidem, Troisième loi fondamentale (qui est aussi une règle d'or), p. 33

4
Notre quotidien est surtout fait d'incidents qui nous font perdre de l'argent, et/ou du temps, et/ou de l'énergie, et/ou notre appétit, notre gaieté et notre santé, en raison de l'action improbable d'une créature ridicule qui n'a rien à gagner et qui ne gagne effectivement rien à nous causer de l'embarras, des difficultés ou du mal.
Personne ne sait, ne comprend ni ne peut expliquer pourquoi cette créature ridicule agit ainsi. En réalité, il n'y a d'explication ou, mieux encore, il n'y a qu'une seule explication : l'individu en question est stupide.
Ibidem, p. 35

5
Parmi les bureaucrates, les généraux, les hommes politiques et les chefs d'Etat, on trouve sans peine de superbes exemples d'individus fondamentalement stupides dont la faculté de nuire est ou a été rendue beaucoup plus redoutable par la position de pouvoir qu ils occupent ou occupaient. Et il ne faut pas oublier non plus les hauts dignitaires de l'Église.
Les êtres raisonnables se demandent souvent pourquoi et comment les gens stupides peuvent atteindre une position de pouvoir et d'éminence.
Ibidem, Stupidité et pouvoir, pp. 45-46

6
Les créatures essentiellement stupides sont dangereuses et redoutables parce que les individus raisonnables ont du mal à imaginer et à comprendre les comportements déraisonnables. Un être intelligent peut comprendre la logique d'un bandit. Les actions du bandit obéissent à un modèle rationnel ; d'une rationalité déplaisante, peut-être, mais rationnel tout de même. Le bandit veut avoir plus sur son compte. Puisqu'il n'est pas assez intelligent pour concevoir le moyen d'obtenir ce plus tout en vous offrant un plus à vous aussi, ii créera ce plus en provoquant un moins sur votre compte. C'est une mauvaise action, mais elle est rationnelle, et si on est rationnel, on peut s'y attendre. On peut prévoir les actions d'un bandit, ses manæuvres malfaisantes et ses aspirations détestables ; on peut donc souvent s'en défendre.
Face à un individu stupide, tout cela est absolument impossible, comme l'explique la Troisième Loi fondamentale. L'être stupide vous harcèle sans raisons, sans aucun avantage pour lui, sans aucun programme ni projet, dans les moments et dans les lieux les plus improbables. Il n'existe aucun moyen rationnel de déterminer quand, comment ou pourquoi la créature stupide aftaquera. Quand il se présente à vous, vous êtes entièrement à la merci de l'individu stupide.
Ibidem, Puissance de la stupidité, pp. 49-50

7
Les crétins, ceux qui occupent la zone C dans notre système, ignorent en général à quel point les gens stupides sont dangereux. Rien d'étonnant à cela : ce n'est qu'un signe de plus de leur crétinerie. Ce qui est vraiment surprenant, c'est que les êtres intelligents et les bandits ne sont guère plus capables de reconnaître la puissance destructrice propre à la stupiclité. Il est extrêmement difficile d'expliquer pourquoi il en est ainsi, et l'on peut seulement observer que, face à des gens stupides, des hommes intelligents et des bandits commettent souvent l'erreur de se laisser aller à l'autosatisfaction dédaigneuse au lieu de faire des provisions d'adrénaiine et de bâtir ieurs défenses.
Ibidem, Quatrième loi fondamentale, p. 55

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En d'autres termes, les crétins à tendance intelligente (zone Ci), les bandits à tendance intelligente (zone Bi) et surtout les intelligents (zone I) contibuent tous, à des degrés divers, à accroître le bien-être d'une société.
En revanche, les bandits à tendance stupide (zone Bs) et les crétins à tendance stupide (zone Cs) réussissent à ajouter des pertes à celles que causent les gens stupides, renforçant encore la puissance destructive de ce dernier groupe.
Ibidem, Macroanalyse et Cinquième loi fondamentale, p. 61-62

9
Dans un pays sur la pente descendante, la fraction d'êtres stupides reste égale à o ; cependant, dans le reste de la population, on remarque parmi ceux qui détiennent le pouvoir une prolifération inquiétante de bandits à tendance stupide (sous-zone Bs de la zone B, figure 3) et, parmi ceux qui ne sont pas au pouvoir, une augmentation tout aussi inquiétante du nombre de crétins (zone C du schéma de base, figure 1).
Ce changement dans la composition de la population non stupide renforce inévitablement la puissance destructrice de la fraction o, et 1e déclin devient inéluctable. Et c'est la chienlit.
Ibidem, p. 63

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