José Bové (1953-)

Trotskiste soixante-huitard, "paysan" sur le Larzac, "producteur" de Roquefort, cofondateur du syndicat agricole La Confédération paysanne, née en 1987 de la fusion des Paysans-travailleurs (trotskistes lambertistes) et de la FNSP (idem), il devient un personnage mediatisé en août/septembre 1999 à la suite du démontage par ses militants du McDonald's de Millau.
Profondément hostile à la mondialisation de l'économie et à la politique américaine libérale d'ouverture des marchés, la Confédération paysanne trotskiste entend mobiliser les consommateurs contre les grandes surfaces accusées d'acheter à bas prix les productions agricoles.
José Bové est également fondamentalement hostile aux OGM (organismes génétiquement modifiés), dont son père, un chercheur de haut niveau, est l'un des découvreurs ...

Un portrait (2003)

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Janvier 2006 : Présidentielle 2007 ... j'en rêve, mais ...
Mars 2005 : José Bové contre le Traité constitutionnel de l'Union européenne
Janvier 2005 : José Bové à l'assaut d'un cargo d'OGM
Juin 2004 : José Bové plaide pour la « souveraineté alimentaire »
Avril 2004 : José Bové quitte la tête de la Confédération paysanne
25 novembre 2002 : Le garde des sceaux contre la gràce de José Bové
19 novembre 2002 : Rejet du pourvoi en cassation dans l'affaire des OGM. François Hollande, secrétaire national du parti socialiste, Laurent Fabius, ancien premier ministre socialiste, l'ancien trotskiste et député socialiste de l'Essonne Julien Dray, le parti communiste et les syndicats de gauche, demandent la gràce du président Chirac pour le trotskiste José Bové : sa condamnation par la justice républicaine serait une atteinte "au droit syndical".
19 juin 2002 : José Bové incarcéré, après une mise en scène allégorique
02 avril 2002 : José Bové expulsé d'Israël énonce "Une guerre de purification ethnique"
06 février 2002 : La cour de cassation rejette le pourvoi concernant la décision du 22 mars 2001.
20 décembre 2001 : La cour d'appel de Montpellier condamne José Bové a six mois ferme dans l'affaire OGM. Il y a recours en cassation.
22 mars 2001 : La cour d'appel de Montpellier a condamné José Bové à trois mois de prison ferme pour la destruction du Mac Do. Il y a recours en cassation.

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Bové répond aux questions de "Politis" (hebdomadaire politique des gauches alternatives - trotskistes, antimondialistes, écologistes radicaux ...)

1
Politis : Quelles sont les raisons de votre action ?
José Bové : Les Etats-Unis ont pris la décision, en juillet, de surtaxer certains produits européens, avec l'aval de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). C'est très grave, car nous, les producteurs, nous sommes pris en otages. Le politique recule devant le marché. Cela augure une organisation mondiale très dangereuse, destructrice, à la fois du politique, de la culture, des peuples. Nous nous sommes attaqués à un symbole de la mondialisation, McDonald's, qui s'installait au coeur d'une zone d'appellation d'origine contrôlée, Roquefort. McDonald's, c'est la volonté d'imposer une alimentation homogénéisée, standardisée, à partir d'une agriculture complètement industrielle. Nous avons décidé de demonter un restaurant de manière publique, à visage découvert, après en avoir averti le préfet.

Politis : Que pensez-vous de la répression dont vous avez été l'objet ?
José Bové : Elle s'est abattue de manière brutale. C'est l'une des premières fois qu'on lance un mandat d'arrêt contre un représentant syndical. Je me suis rendu, car on n'allait pas prendre le maquis. Le droit syndical est mis en cause par une certaine conception de la justice. Les magistrats n'ont aucun compte à rendre. Il va falloir que les élus posent la question de la responsabilité politique des juges.
Entretien avec José Bové, Le politique recule devant le marché, Politis, 16 septembre 1999, p. 9.

Politis est un heddomadaire des gauches alternatives.

2
Quand le sage montre la lune, l'idiot voit le doigt. Et quand José Bové et une délégation de la société civile française rapportent de Palestine un témoignage bouleversant sur le sort des Palestiniens, Pierre-André Taguieff et ses amis (Libération du 10 juillet :"José Bové en territoires piégés") ne voient que "la baraka médiatique de José Bové". Double cécité. D'abord parce que la délégation comprenait quinze membres, tous majeurs et légitimes, quinze paires d'yeux qui ont vu avec effarement les mêmes horreurs, quinze citoyens qui ont ressenti les mêmes indignations. Ensuite, parce que l'idée selon laquelle tel d'entre nous serait allé dans "l'espace de la tragédie palestinienne", pour reprendre la formule de Juan Goytisolo, dans le but de se faire de la publicité témoigne surtout de l'univers dans lequel pensent et vivent les signataires de ce brûlot. Un univers désespérément égocentrique et parisien.
La pensée coloniale de Taguieff et de ses amis, Accuser la direction palestinienne des malheurs de son peuple relève d'un procédé nauséabond, avec Evelyne Sire-Marin, membre du syndicat de la magistrature, Jean-Claude Amara, membre de l'association Droits Devant, Marcel-Francis Kahn, membre du Collectif des citoyens français d'origine arabe ou juive, Libération, 13 juillet 2001.

3
Nous sommes restés huit jours en Palestine. C'est peu. Mais ce que nous avons vu à Ramallah, à Bethléem et à Gaza, nul ne peut le contester et nul ne peut l'ôter de notre mémoire. Les barrages militaires conçus comme autant d'humiliation pour la population palestinienne, les hommes et les femmes extraits de leurs voitures et condamnés à attendre des heures sous un soleil de plomb, les terres confisquées, des arbres arrachés, des maisons détruites, des routes interdites aux Arabes et réservées aux juifs : tout cela, nous l'avons vu. A Gaza, nous avons vu comment les colonies accaparent le front de mer, les arbres, l'eau, tandis que les réfugiés des camps croupissent dans une misère d'autant plus insupportable qu'elle côtoie l'opulence. Nous avons employé un mot pour désigner cette discrimination : apartheid. Et ce mot nous le maintenons. Comme nous maintenons que la stratégie de constrution de colonies juives autour de Jérusalem procède d'une volonté délibérée d'enfermer la population palestinienne dans des bantoustans.
Ibidem.

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La cour d'appel de Montpellier a condamné jeudi (20 décembre 2001) José Bové à six mois d'emprisonnement. Mais, ayant annoncé son intention de se pourvoir en cassation, il n'ira pas en prison. En première instance, il avait été condamné à dix mois avec sursis pour sa participation à la destruction de riz transgénique au CIRAD, en juin 1999.

José Bové est condamné à 6 mois de prison ferme par la cour d'appel de Montpellier

Le parcours judiciaire de José Bové ne s'arrêtera pas à Montpellier. Sitôt après l'annonce, jeudi (20 décembre 2001), de sa condamnation à six mois de prison ferme par la cour d'appel de cette ville, le leader de la Confédération paysanne a annoncé son intention de se pourvoir en cassation. Il n'ira donc pas en prison. Une nouvelle fois, José Bové retournera devant un juge...

Poursuivi pour avoir saccagé une serre et détruit des plants de riz, le 5 juin 1999 au Centre montpelliérain de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), organisme public, il avait été condamné en première instance à dix mois de prison avec sursis. A l'époque, l'avocat du CIRAD, partie civile, avait souligné que José Bové et ses amis n'étaient "ni les gardiens des intérêts de la planète ni les détenteurs de la vérité". "Les chercheurs sont dans les laboratoires, pas devant des caméras. Ils ont une éthique, une conscience", avait dit Me Michel Zaoui. Le CIRAD a toujours affirmé que les plants de riz transgéniques détruits n'étaient pas destinés à la commercialisation.

"Réquisitoire politique" ou "récidiviste intolérable"

Plaidant la relaxe, Maître François Roux avait dénoncé un "réquisitoire politique". "On ne réclame pas huit mois de prison ferme pour une porte fracturée", avait-il affirmé, se disant "terrifié par l'apparente bonne conscience des chercheurs, et surpris qu'aucun ne puisse répondre à la question : à quoi ça sert les OGM?" Le 23 novembre, devant la cour d'appel de Montpellier, l'avocat général Michel Legrand avait justifié son réquisitoire, le plus sévère jamais prononcé contre José Bové, en lui reprochant d'être un "récidiviste". "Ce qui est intolérable, c'est que les prévenus revendiquent de pouvoir casser pour faire triompher leurs idées", avait-il dit. Rejetant un débat sur les OGM, il avait ajouté : "Nous sommes là pour juger un acte délictuel et faire appliquer la loi". Il avait aussi requis six mois de prison ferme contre René Riesel, ancien membre de la Confédération paysanne, et une "peine plus atténuée" contre Dominique Soullier, porte-parole du syndicat dans l'Hérault, qui avaient tous deux participé aux dégradations.
Tf1.news, Mis en ligne le 20 décembre 2001

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José Bové expulsé d'Israël

José Bové était, hier soir (1 avril 2002), en instance d'expulsion d'Israël en compagnie d'une dizaine de militants antimondialisation arrêtés la veille à Ramallah.
Selon l'association France-Palestine, le porte-parole de la Confédération paysanne devait être expulsé à bord d'un vol de la Turkish Airlines, via Istanbul, et devait arriver à Orly aujourd'hui en fin de matinée.
José Bové et ses compagnons avaient rendu visite dimanche 31 mars 2002) à Yasser Arafat, rompant ainsi l'isolement du chef palestinien. Une trentaine de militants pacifistes ou propalestiniens, pour la plupart français, ont passé la nuit dans le QG assiégé de Ramallah, formant un «bouclier humain» autour du président de l'Autorité palestinienne.
Mais José Bové et une dizaine d'autres militants ont été arrêtés le même jour par l'armée israélienne et remis à la police. Le leader paysan a ensuite été détenu avec ses compagnons dans plusieurs lieux successifs, notamment la base centrale de l'armée israélienne, où il a été «maintenu à même le sol».
«Nous avons ensuite été transférés dans un camp de rétention de Palestiniens où nous avons vu des centaines d'hommes à même le sol, sous des toiles de tente entourées de barbelés avec des miradors, a-t-il raconté à France Info.
Et nous avons vu 300 personnes, agenouillées et les yeux bandés, qui attendaient dans le froid et la nuit d'être interrogées. C'était quelque chose de tout à fait insupportable.» Le porte-parole de la Confédération paysanne a précisé avoir ensuite été conduit dans la nuit vers un poste de police, puis transféré au centre de l'aéroport de Tel-Aviv.
Libération, Le mardi 02 avril 2002, p. 10. (Avec Reuters)

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José Bové, de retour de Ramallah, dénonce Israël : «Une guerre de purification ethnique»

Le retour d'un déplacement mouvementé dans les territoires palestiniens, d'où il a été expulsé par les autorités israéliennes après avoir été arrêté à sa sortie du palais présidentiel de Yasser Arafat, à Ramallah, José Bové a évoqué hier au siège de la Confédération paysanne, à Bagnolet, la nécessité d'une intervention internationale pour «protéger» le peuple palestinien. «L'Etat d'Israël est en train de mener une guerre de purification ethnique dans les territoires palestiniens. Nous avons passé 48 heures dans les camps d'internement de l'armée israélienne, où des centaines de Palestiniens, raflés en pleine nuit, sont emprisonnées, les yeux bandés.» Selon le leader de la Confédération, les routes sont défoncées par les tanks de Tsahal, les maisons ouvertes au canon, l'électricité et l'eau coupées. «Tout cela montre très clairement que Sharon veut forcer les gens à partir.»

A la tête d'une «mission civile de protection du peuple palestinien», José Bové a réussi à forcer les barrages israéliens pour entrer à deux reprises ce week-end dans le QG d'Arafat. «C'est au tour de Hubert Védrine de se rendre personnellement auprès du président Arafat, clame-t-il. On verra alors si les Israéliens interdisent à un ministre de la République française de rencontrer un président démocratiquement élu.» Soulignant que le gouvernement français n'avait pas attendu le feu vert du Conseil de sécurité pour évacuer Arafat de Beyrouth, en 1982, il réclame l'envoi immédiat de troupes d'interposition dans les territoires : «Une force internationale permettrait non seulement de protéger les Palestiniens, mais aussi les Israéliens. Car les attentats cesseront le jour où chaque peuple pourra vivre librement sur sa terre.»

Accueilli à sa descente d'avion par de nombreux sympathisants propalestiniens, mais aussi une cinquantaine de militants du Betar (organisation de jeunesse sioniste de droite) qui ont provoqué quelques échauffourées, José Bové a évoqué la vague d'attentats ciblant des lieux de la communauté juive en France : «Il faut se demander à qui profite le crime. Je dénonce tous les actes visant des lieux de culte. Mais je crois que le gouvernement israélien et ses services secrets ont intérêt à créer une certaine psychose, à faire croire qu'un climat antisémite s'est installé en France, pour mieux détourner les regards.».
Par Thomas HOFNUNG, Libération, Le mercredi 03 avril 2002, p. 4.

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16 heures, Bové entre en prison

OSERA-T-ON PARLER d'un formidable coup de marketing ?
En mettant en scène de manière radicalement médiatique son « embastillement » à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone hier (19 juin 2002), José Bové s'est délibérément présenté comme un militant de l'antimondialisation, voire un prisonnier politique.

« Je mène un combat juste et légitime pour l'ensemble des citoyens, pour une meilleure alimentation et, surtout, pour l'ensemble du mouvement social, les exclus, les précaires, les sans-papiers », a-t-il rappelé juste avant de franchir les portes de la prison pour effectuer une peine de trois mois fermes infligée pour les dégradations du McDonald's de Millau (Aveyron) en 1999.

Le porte-parole de la Confédération paysanne a fait du rapport de force sur le terrain et avec les institutions un vrai combat politique. En médiatisant chaque étape d'un parcours de révolte désormais bien rodé (destruction, procès, condamnation, puis sanction), José Bové est passé maître dans ce genre d'action. Cette démarche rencontre d'autant plus d'écho que le berger de Potensac paie véritablement de sa personne. Il n'a d'ailleurs pas caché son appréhension à l'idée « de se retrouver seul avec lui-même 24 heures sur 24 », expérience qu'il a déjà connue, notamment lors des dix-neuf jours de détention provisoire effectués à l'automne 1999.
Selon les calculs de ses deux avocats, Mes Etelin et Roux, le condamné devrait effectuer cinquante-six jours de détention si l'on tient compte des remises de peine.

Convoqué à 8 heures, José Bové ne s'est présenté qu'à 16 heures aux autorités, après un long périple en tracteur escorté par un bon millier de sympathisants des organisations qui le soutiennent, Confédération paysanne, SUD, les Verts, Attac, le PCF.
Habillé en bagnard, enchaîné à ses neuf comparses de la destruction du McDo, il est arrivé aux cris de : « Chirac en prison, Bové à la maison ! »
Plusieurs rassemblements de soutien ont eu lieu en Midi-Pyrénées, à Toulouse, Auch, Cahors et également à Poitiers où quatre-vingts personnes ont défilé dans le centre-ville.
Hier, Jean-Louis Debré l'ancien ministre de l'Intérieur et député UMP, a estimé que « la sanction décidée par les magistrats à l'encontre de José Bové devait être appliquée » et a invité à « arrêter la comédie » autour du leader de la Confédération paysanne.
Le nouveau président du groupe UDF de la nouvelle Assemblée nationale, Hervé Morin, s'est déclaré, hier, opposé à une amnistie ou à une libération du condamné parce qu'il « est un Français comme les autres ». « Tolérance zéro, c'est tolérance zéro pour tout le monde. »
Le Parisien, I.G., jeudi 20 juin 2002.

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José Bové à la veille d'un nouvel emprisonnement

La Cour de cassation a rejeté mardi (19 novembre 2002) le pourvoi déposé par José Bové qui devrait donc être de nouveau incarcéré dans quelques semaines, malgré l'annonce d'un recours devant la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) sur la question de "l'état de nécessité".

"Je n'accepte pas cette condamnation car c'est une grave atteinte au droit syndical", a déclaré à Millau (Aveyron) M. Bové, sitôt informé par téléphone de l'arrêt qui le contraint à 14 mois de détention.

"La dernière fois que des syndicalistes ont été emprisonnés, c'était sous le régime de Vichy", a-t-il lancé devant quelque 150 partisans rassemblés devant le palais de justice de Millau.

Son avocat, Me François Roux, a annoncé qu'il allait soumettre la question de "l'état de nécessité" à la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).

Au nom de ce principe, qui évite une condamnation à ceux qui commettent un délit en cas de danger ou d'urgence, M. Bové demandait la cassation de l'arrêt du 20 décembre 2001 par lequel la cour d'appel de Montpellier l'a condamné à 6 mois d'emprisonnement ferme.

Cet arrêt, constatant que M. Bové était coupable de destructions commises en récidive, avait en outre révoqué une peine de 8 mois avec sursis prononcée en 1998 à Agen pour une autre affaire de destruction d'OGM.

M. Bové et plusieurs autres militants avaient détruit, le 5 juin 1999, dans les locaux du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), à Montpellier, plusieurs milliers de plants de riz transgénique, à la veille, selon eux, de leur replantation en pleine nature en Camargue.

Selon l'argument principal de Me Claire Waquet, avocat de M. Bové à la Cour de cassation, les prévenus, face à l'impossibilité d'obtenir un débat sur le danger des OGM et devant un danger d'ampleur encore inconnue, étaient fondés à agir, par "état de nécessité".

Il s'agissait, selon Me Waquet, de faire respecter un principe de précaution pour la santé publique, devant le danger des OGM dont personne ne peut actuellement évaluer l'ampleur ni savoir qui en sera la victime et quand.

L'objet du pourvoi était donc de savoir si les magistrats de Montpellier avaient eu raison de rejeter "l'état de nécessité".

La Cour, qui ne se prononce par directement sur cet argument, indique qu'en procédant par affirmations, les magistrats de la cour d'appel ont suffisamment motivé leur réponse. Les juges d'appel avaient estimé que les prévenus disposaient "de nombreux moyens d'expression dans une société démocratique, autres que la destruction des plants de riz, pour faire entendre leur voix auprès des pouvoirs publics" et qu'il n'y avait pas de danger.

Le pourvoi rejeté concernait également René Riesel, ex-dirigeant de la Confédération, condamné à la même peine que M. Bové, et Dominique Soullier, agriculteur, condamné à 6 mois d'emprisonnement avec sursis et 3.811 euros d'amende.

Les trois hommes devront en outre verser 3.000 euros au CIRAD et à deux de ses salariés, pour les frais de procédure liés au pourvoi.
PARIS (AFP), 19 Novembre 2002 17h14

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José Bové retournera en prison après le rejet de son pourvoi en cassation

Le militant anti-mondialisation français José Bové devra effectuer une peine de quatorze mois de prison pour la destruction de plants de riz transgénique en France, après le rejet mardi de son recours par la Cour de cassation. La cour d'appel de Montpellier (Hérault) avait condamné en décembre 2001 le cofondateur de la Confédération paysanne à six mois de prison et transformé la peine de huit mois avec sursis, prononcée en février 1998 par le tribunal correctionnel d'Agen (Lot-et-Garonne), pour destruction d'OGM (organismes génétiquement modifiés) en peine de prison ferme.

Le porte-parole du syndicat agricole la Confédération paysanne avait déposé un recours contre ce jugement, devant la Cour de cassation qui a rejeté mardi le principal argument de M. Bové, pour qui, en l'absence de concertation nationale sur les OGM, il ne restait plus aux opposants qu'à agir, par "état de nécessité", devant un danger d'ampleur encore inconnue. M. Bové et plusieurs autres militants avaient détruit, le 5 juin 1999, dans les locaux du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), à Montpellier, plusieurs milliers de plants de riz transgénique, à la veille, selon lui, de leur replantation en pleine nature, en Camargue (Bouches-du-Rhône).

L'avocat de José Bové, Me François Roux, a aussitôt annoncé qu'il allait saisir la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), sur cette question de "l'état de nécessité". "Je n'accepte pas cette condamnation car c'est une grave atteinte au droit syndical", a indiqué M. Bové sitôt informé de l'arrêt de la Cour. "Le combat continue, je ne sais pas dans quelle mesure je pourrai continuer à le mener de l'extérieur", a encore indiqué le syndicaliste.

"Nous allons demander aux citoyens de ce pays de se mobiliser pour demander au chef de l'Etat d'exercer son droit de grâce à l'égard de José Bové", a annoncé de son côté à Millau (Aveyron) Jean-Emile Sanchez, le secrétaire national de la Confédération paysanne.

Pour l'organisation écologiste Greenpeace, "il y a une volonté de museler toute contestation des OGM et, d'une manière générale, une volonté des pouvoirs publics de criminaliser toute contestation sociale". Le Parti communiste français (PCF) a estimé quant à lui que "la criminalisation de l'action syndicale et des activités militantes (était) une grave dérive antidémocratique".

LE PARTI SOCIALISTE INDIGNÉ

Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a déclaré mardi que la "place de José Bové n'est pas en prison" et a dénoncé un "mépris du droit et des libertés syndicales", se disant favorable à un recours à la grâce présidentielle. "Je suis tout à fait solidaire", a affirmé M. Hollande dans les couloirs de l'Assemblée, précisant ne pas "partager tous les points de vue" de M. Bové.

"Nous reconnaissons tous la sincérité et la légitimité de son engagement", a poursuivi le député PS, affirmant qu'il n'y "avait pas d'autre démarche que la demande de grâce". "Est-ce que José Bové a manqué à des règles élémentaires de protection des personnes. A-t-il agressé des forces publiques ? A-t-il menacé ou bafoué ? Non, il a mené une action syndicale", a estimé M. Hollande. "Il faut qu'un leader syndical puisse mener ses actions, avec le souci bien sûr du respect des lois", a-t-il poursuivi. José Bové "peut être sanctionné pour des manquements à la loi mais il n'a pas à se retrouver en prison dans notre pays". "Cela vaut aussi pour d'autres leaders syndicaux qui sont sous le coup de procédures judiciaires", a-t-il ajouté, jugeant qu'il "fallait faire très attention dans notre pays à ce que les libertés syndicales soient préservées".

Le député socialiste de Seine-Maritime et ancien premier ministre, Laurent Fabius, a également déclaré dans un communiqué que "les formes d'action utilisées par José Bové ont été critiquables mais la place d'un syndicaliste n'est certainement pas d'être en prison".

Le député socialiste de l'Essonne, Julien Dray, s'est élevé mardi contre la décision de la Cour de cassation : "Tout doit être fait pour que José Bové ne soit pas envoyé en prison. Il doit donc être gracié", a-t-il déclaré dans un communiqué. Le député a dénoncé "cette décision [qui] est un pas supplémentaire dans la criminalisation de l'action syndicale".

"Par son entêtement, la justice montre qu'elle refuse de prendre en considération la légitimité de la lutte menée par de nombreux militants syndicaux, associatifs, politiques, qui, à juste titre, se dressent contre la logique inégalitaire de la mondialisation libérale", a également souligné le député.
LEMONDE.FR | 19.11.02 | 18h15, MIS A JOUR LE 19.11.02 | 18h52

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Perben contre la grâce de Bové

- Le ministre de la Justice Dominique Perben a confié hier à l'antenne d'Europe 1 qu'il « aurait du mal à parler » aux petits délinquants incarcérés si le leader paysan José Bové obtenait une grâce présidentielle après ses condamnations qui devraient le conduire 14 mois en prison. A la question « si la grâce est accordée à José Bové, qu'est-ce que vous direz aux petits délinquants incarcérés pour moins que ça? » le ministre de la Justice a répondu qu'il « aurait du mal à leur parler ».

Par ailleurs, le garde des Sceaux a rappelé que « l'usage » en France est de ne pas incarcérer un condamné tant que les recours qu'il a engagés sur sa peine n'ont pas été examinés. La demande de grâce annoncée par ses partisans ne sera pas instruite non plus par la Chancellerie tant qu'existeront des recours ou des demandes d'aménagement de peine.

José Bové est sous le coup d'une condamnation à 6 mois de prison ferme, condamnation qui révoquait également une peine de 8 mois avec sursis, précédemment prononcée pour des faits similaires de destructions d'OGM. Le fondateur de la Confédération paysanne a déposé une demande de dispense partielle ou totale de la révocation du sursis qui devrait être examinée en décembre. Le ministre a rappelé que M. Bové pourrait aussi demander une confusion des deux peines et éventuellement un aménagement de sa peine.
ladepeche.com, Article paru le 25/11/2002

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(29 janvier 2003) Portrait José Bové, 50 ans. La figure de proue de la Confédération paysanne doit savoir aujourd'hui s'il retourne pour 14 mois en prison.

JOSE BOVE en 7 dates 1953 Naissance à Bordeaux. 1972 Insoumission au service militaire. 1974 Installation sur le Larzac. 1987 Fondation de la Confédération paysanne. 12 août 1999 Démontage du McDo de Millau et incarcération. Eté 2002 Incarcération pendant 44 jours pour fauchage de riz et de colza transgéniques. 29 janvier 2003 Décision de la cour d'appel de Montpellier pouvant entraîner une incarcération de 14 mois.

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D'abord, il se ressemble. Ensuite, même un héros altermondialiste n'est pas tenu de se grimer de toute éternité en diva moustachue. Il était programmé en martyr du scientisme, en emprisonné de la cause anti-OGM. Le retour derrière les barreaux l'angoisse et voilà le meneur de la jacquerie des paysans du monde qui demande grâce au Jacquot des croquants qui croquent du productivisme. Il était légitimé par ses bacchantes au roquefort et ses brebis à traire, par son côté Lazare du Larzac, ressuscité d'entre les établis pour démontrer aux renégats que l'enracinement est la meilleure manière de lutter contre l'establishment, et le voilà qui change de vie, quitte sa femme et son village, et jubile de se satelliser pour aller plaider aux quatre vents contre la marchandisation de la planète. Et l'Astérix du terroir, le Super-Dupont bleu-blanc-bec, de battre en brèche sa caricature moquée par les mêmes qui l'avaient façonnée, pour révéler sa vraie nature d'anarcho-syndicaliste à godillots Méphisto et de VRP internationaliste en K-way tibétain. Brouillage d'une image saturée qui le rend d'autant plus intéressant...

Avant, les rencontres se faisaient là-haut sur le causse, dans la ferme réquisitionnée, devenue demeure douillette. Il recevait bouffarde au bec et chaussons aux pieds. On aurait pu aussi le retrouver à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), au siège de la Confédération paysanne, où le porte-parole à 1 200 euros mensuel dort à l'étage, dans des lits superposés. Là, on est à Roissy, vol pour Porto Alegre à venir. Il affiche un sourire cintré de bonhomie et une tranquillité de glaneur de saisons et de maître du temps. Impossible de couper au tutoiement, inutile de résister au charme d'un gaillard lucide et pédago, futé et décontracté. Qui a l'habileté de confesser ses «regrets» pour ses sorties déconnantes sur les attentats contre les synagogues.

Il est à des années-lumière de l'agressivité des sûrs-de-leur-fait ou des emberlificotis des manipulateurs. Il répond au salut de tous les Blacks du coin qui semblent l'avoir élu défenseur des dominés, de l'Afrique et d'ailleurs. On s'assoit à distance raisonnable du McDo local et il peut tremper lentement ses pilosités paille-foin dans une bière blonde. Alain Minc, ennemi autoproclamé, décrit (1) avec pertinence le Bové classique en «un Robin des Bois joufflu et gouailleur, héritier d'une culture de la truculence et du bon sens» et en «double de Walesa cloné par Coluche». Sans remarquer que le Bové pragmatique, activiste et guilleret cache aussi un assoiffé de réflexion, un lecteur assidu de Bakounine et de Thoreau, et un militant-symbole admirateur de Gandhi et Martin Luther King, échangeur de pipes avec le sous-commandant Marcos mais qui, parfois, renâcle devant les impératifs de la gloire.

Son rapport à la prison en est le meilleur symptôme. Le jeune objecteur de conscience l'a frôlé. Le «démonteur» du McDo en a tâté avec plaisir, menottes brandies. Mais le faucheur de marguerites transgéniques ne s'attendait pas à en reprendre une part. Incrédule, le désobéisseur civil, le tacticien transgresseur, a vu le gouvernement sécuritaire crier haro sur les syndicalistes. Là, il risque un rabiot de 14 mois. Auquel il ne pourra couper qu'en sollicitant la grâce présidentielle. Bové, l'opposant pathologique, en dette envers Chirac, l'intouchable, cruelle ironie ! En réfractaire qui se fiche du juridisme, Bové peut bien parler de créer un rapport de force, on devine surtout la douleur de l'enfermement. Il explique : «La première fois, la prison, tu découvres. Ensuite, tu retournes au même endroit. Tu te mets entre parenthèses. Les jours se ressemblent tous.» Il ajoute : «Il y a du bruit tout le temps. ça crie jour et nuit. Il n'y a aucune vue extérieure.» Peut-être est-ce ce qui manque le plus au marcheur des hauts plateaux, au toiseur d'horizon qui se fait construire un voilier pour rallier le Pacifique de ses combats et de ses rêves. Histoire de retrouver la Nouvelle-Calédonie de Djibaou, le Mururoa d'après les essais, mais aussi une civilisation de sensualité et de poisson mariné au lait de coco...

Inutile de rappeler que Bové n'est pas un d'Artagnan antiaméricain. Il a grandi en Californie où ses parents, lui luxembourgeois, elle bordelaise, étaient chercheurs dans les années 50. Il en garde un anglais alerte, un goût pour Dylan, Kerouac, et Brando dans Viva Zapata. Depuis Seattle, tout cela est public. Il est plus intéressant de pointer les influences religieuses de celui qui se définit «comme agnostique, non comme athée». Pacifiste et non-violent, Bové s'inspire volontiers de Dom Helder Camara. Il se réclame aussi des enseignements de Jacques Ellul, sociologue protestant, critique de la technique et apologue de la nature, mixant Rousseau et Heidegger. Et le Larzac, terre chrétienne réactivée, a souvent pris des airs de «plateau inspiré», façon Vézelay de la contre-culture. Pourtant, José-Jésus n'a pas le goût de la crucifixion. Peut-être parce qu'il veille à toujours injecter «du plaisir dans la lutte» et qu'il n'oublie pas de bien vivre quand il part à la conquête des «châteaux forts» avec ceux qu'il appelle avec tendresse «les gueux, les bouseux».

Avec les institutions, Bové entretient un rapport d'opposition frontale. Denis Pingaud, son biographe : «Bové est un antiautoritaire qui déteste physiquement les pouvoirs» (2). S'y entremêlent sa fibre libertaire et cette aversion irraisonnée qui vient souvent aux syndicalistes envers les politiques de gauche, quand ils seraient mieux avertis de réserver leurs coups à leurs adversaires patronaux. Bové n'a pas voté au premier tour de la présidentielle et ne s'en repent en rien. Il est basiste et spontanéiste. Ce qui lui vaut quelque procès en irresponsabilité...

Sur les questions de société, il ne se défausse pas même s'il aborde des continents moins balisés. Il a signé le manifeste contre le clonage, refus de la marchandisation du vivant oblige. Mais sur la prostitution, il est plus prudent. Il trouve «l'abolitionnisme aberrant». Evoque le rapport à la liberté amoureuse des sociétés polynésiennes. Il est pour la «non-pénalisation du cannabis», mais bifurque fissa sur le sort des producteurs marocains. Lui qui a eu ses deux filles tout jeune mais s'est marié sur le tard, est pour le Pacs mais s'interroge quant à l'adoption par les homosexuels, parlant de «construction de l'altérité». Il refuse la censure des images, mais pointe la banalisation de la violence lors des JT. Et il défend le porno à la télé. «Parce que dans les prisons, c'est une énorme soupape.» Signe qu'il s'inquiète de la mise sous les verrous. Pour les autres comme pour lui.
(1) Epître à nos nouveaux maîtres (Grasset).
(2) La Longue Marche de José Bové (Seuil).
Libération, Grâce à lui, Par Luc LE VAILLANT, mercredi 29 janvier 2003, p. 36

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(Mars 2005) José Bové : "Si le traité est voté, il n'y a plus d'échappatoire"
Entretien avec José Bové, ancien porte-parole de la Confédération paysanne.

Les agriculteurs sont, depuis trente ans, les premiers bénéficiaires des aides financières européennes. Pourquoi entrez-vous en campagne, au nom de la confédération paysanne, pour le "non" au traité européen ?

L'Europe s'est construite d'abord avec la mise en place de la politique agricole commune (PAC) et les agriculteurs ont été les premiers à participer à cette construction. Il s'agissait d'organiser la souveraineté alimentaire comme facteur de paix. La situation s'est complètement inversée avec la réforme de la PAC.
On a modifié les règles d'attribution des aides aux agriculteurs en abandonnant la préférence communautaire et on est entré dans une logique de marché en appliquant les prix mondiaux. Cela va avoir des conséquences dramatiques chez les paysans. Depuis dix ans, 200 000 exploitations disparaissent chaque année dans l'Union européenne, c'est-à-dire une exploitation toutes les trois minutes. C'est l'ensemble de cette construction européenne agricole qui est en train d'être démantelée.

Mais en quoi le texte qui est débattu aujourd'hui accentue- t-il ce phénomène ?
On parle beaucoup de la directive Bolkestein, mais nous avons eu le même type de processus de déréglementation de la concurrence dans la filière fruits et légumes. On a assisté à une concentration de serres en Andalousie, dans le sud de l'Espagne, où les gros exploitants obtiennent des prix de vente dérisoires en employant des travailleurs clandestins et avec une législation sociale inférieure à la nôtre. C'est cette logique que les paysans rejettent en votant "non".

N'est-ce pas un discours déjà développé par d'autres ?
Peut-être, mais c'est important qu'il soit tenu aussi par des représentants des mouvements sociaux et qu'on trouve un équilibre, dans le courant antilibéral, entre politiques et syndicalistes ou associatifs.
De nombreux électeurs n'ont pas compris qu'à partir du moment où ce traité sera voté il n'y aura plus d'échappatoire, plus d'alternative politique, économique ou sociale possible. Je vous donne un exemple : si la Constitution française avait été construite sur les mêmes principes, l'alternance de 1981 n'aurait jamais été possible.

On voit à gauche une multiplication de réunions des partis politiques. N'est-ce pas le signe d'une certaine concurrence ?
Pour la Confédération paysanne, il est important de travailler avec tout le monde pour ne pas laisser le "non" aux antieuropéens et à l'extrême droite.
Notre objectif est de parvenir à construire un éventail qui aille de l'extrême gauche aux radicaux. Les comités locaux qui se sont multipliés - nous en comptons un millier sur le territoire - sont donc essentiels.

Ferez-vous campagne avec les socialistes Jean-Luc Mélenchon et Laurent Fabius ?
Je les ai vus début février pour débattre de la Constitution. L'enjeu est de faire gagner le "non" avec une stratégie commune.

Vous avez fait part, récemment, de votre indignation sur le traitement médiatique du référendum.
J'ai l'impression que l'on assiste à un hold-up électoral organisé par Chirac. La campagne officielle, telle qu'elle est organisée, avec des temps de parole attribués aux seuls partis politiques représentés à l'Assemblée nationale, va être complètement déséquilibrée.
Quant au débat organisé dans les médias, on est uniquement dans la propagande. Nous avons fait faire une petite étude : pour la période du 1er au 14 mars, à la télévision, si on compte les invités sur les plateaux, il y a eu 69 % du temps d'audience pour le "oui" contre 31 % pour le "non".
A la radio, en prenant en compte les commentaires et les propos des invités, la balance est de 80 % pour le "oui" et 20 % pour le "non".
Enfin, dans la presse écrite, avec les seuls commentaires et points de vue, on arrive à un sommet de 85 % en faveur du "oui"!
Propos recueillis par Sylvia Zappi, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.03.05, LE MONDE | 17.03.05 | 15h45

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(Juin 2004) Au Brésil, José Bové plaide pour la « souveraineté alimentaire »

Depuis son départ de la Confédération paysanne, en avril (2004), on a vu José Bové sur tous les fronts : en mai aux côtés des intermittents, à Cannes donnant l'accolade au lauréat de la Palme d'or, Michael Moore, puis, début juin, à Montpellier, participant à un meeting des Verts. Depuis le samedi 12 juin, il est à Sao Paulo dans son nouveau rôle de porte-parole de l'organisation paysanne internationale Via Campesina. Son absence de France ne signifie pas pour autant qu'il se désintéressait des élections européennes. « J'ai donné une procuration. Je ne peux pas dire des choses et faire l'inverse », dit-il.

Pourquoi Sao Paulo ? C'est là que se déroule le Forum de la société civile, en marge de la 11e assemblée de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), une agence de l'ONU qui, comme son nom l'indique, évalue l'impact du commerce sur les pays en développement et tente de rééquilibrer les rapports de forces. Que pèse-t-elle pourtant face à l'Organisation mondiale du commerce, « qui a un tribunal interne, alors que l'ONU n'a aucun moyen de pression », dit-il, et que ses agences sont « trop souvent là pour faire tapisserie » ?

Alors, auprès du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui vient inaugurer la conférence aux côtés du président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, José Bové et ses collègues de la société civile vont plaider pour que l'ONU rédige un texte sur la « souveraineté alimentaire » qu'il faut faire reconnaître au niveau international.

« UN MONDE PLUS INÉGALITAIRE »

« C'est une priorité, insiste-t-il, à la fois pour lutter contre la faim et permettre aux populations d'échapper à la pression des multinationales. » De manière plus générale, « la cohérence des relations internationales doit passer par le fait qu'on redonne du pouvoir aux agences de l'ONU », dit le leader paysan. Un discours que ne reniera pas le directeur général de la Cnuced, Rubens Ricupero. Ce dernier, comme le secrétaire général de l'ONU, a eu l'occasion de s'exprimer dès samedi dans la capitale financière brésilienne à l'occasion du 40e anniversaire du groupe des 77, qui rassemble aujourd'hui 132 pays en développement, y compris la Chine.

« Le terrorisme est un problème sérieux, a dit M. Ricupero, mais nous ne devons pas oublier les autres sujets, comme le développement, la faim, le sida. » « La triste vérité est que le monde d'aujourd'hui est bien plus inégalitaire qu'il y a quarante ans, a déclaré M. Annan. Les pays en développement souffrent d'un manque d'accès aux marchés des pays développés et d'autres déséquilibres et injustices (...). Ce qui souligne la nécessité d'une coopération internationale fondée sur un véritable partenariat entre les pays développés et les autres. Les deux groupes ont des responsabilités. »

Bref, il faut reconstruire les relations internationales de façon plus équitable. C'est le sens de la marche de la société civile qui doit avoir lieu, lundi, à Sao Paulo. Les organisateurs attendent 50 000 personnes, qui tenteront, malgré les forces de l'ordre, de se diriger vers le centre de conférence de la Cnuced. José Bové sera parmi elles.
Babette Stern, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 15.06.04

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(Janvier 2005) José Bové et un militant de Greenpeace interceptent en mer un cargo d'OGM

Ecologistes et paysans dénoncent l'alimentation transgénique des animaux. Plus de 50 % du soja importé en Europe serait modifié

VERS 9 h 15 mardi 25 janvier, José Bové, porte-parole des Faucheurs volontaires, et Arnaud Apoteker, de Greenpeace, ont tenté d'aborder le cargo Golden-Lion, chargé d'une cargaison de près de 32 000 tonnes de soja transgénique.

Les deux activistes, accompagnés de plusieurs équipiers, ont approché le cargo au lever du jour, à quelque 350 km au large du nord du Portugal, depuis deux canots pneumatiques partis d'un navire de Greenpeace, l'Esperanza. Ils ont accroché un grappin au bastingage, mais l'océan, qui présentait des creux de 5 mètres, a empêché qu'ils se hissent à bord, comme ils en avaient l'intention.

« Nous l'avons intercepté et nous allons l'accompagner jusqu'à Lorient, en tournant autour de lui avec des canots », a indiqué au Monde José Bové, revenu sur l' Esperanza. Le cargo, qui est parti d'Argentine vers le 10 janvier, devrait arriver vendredi matin à Lorient.

Préparée dès le départ du Golden-Lion, l'opération est une première : les écologistes n'avaient encore jamais abordé un bateau en pleine mer dans le cadre de leur lutte contre les OGM.

Les activistes, qui sont soutenus dans leur action par la Confédération paysanne, veulent dénoncer l'importation de soja transgénique destiné à l'alimentation animale. Si l'alimentation humaine en Europe est quasiment indemne d'OGM (organismes génétiquement modifiés), il n'en va pas de même pour l'alimentation des bovins, poulets et porcs, qui sont en bonne partie nourris avec du tourteau de soja.

NOUVELLES ACTIONS À VENIR

Les trois principaux producteurs mondiaux de soja sont les Etats-Unis, l'Argentine et le Brésil. Dans les deux premiers pays, le soja est presque totalement transgénique, tandis qu'au Brésil, après le feu vert donné, fin 2003, par le président Lula, près de 10 % du soja sont OGM.

Si la réglementation européenne impose l'étiquetage des aliments transgéniques, cela ne concerne pas les nutriments destinés aux animaux : seule leur traçabilité est imposée aux producteurs et aux transformateurs.

« Des millions de tonnes de soja OGM sont introduits dans la chaîne alimentaire, via l'alimentation animale, à l'insu des consommateurs et au mépris de leur droit au choix », indique Arnaud Apoteker dans un communiqué. Celui-ci dénonce aussi « la dépendance en protéines de l'Europe » et réclame une nouvelle politique agricole commune : « Il est paradoxal, expliquait José Bové la veille de l'action, que l'on importe massivement des protéines végétales alors même que l'on gèle des terres en Europe. On pourrait y cultiver du soja ou d'autres plantes adéquates à l'alimentation animale. »

La France importe chaque année environ 4,5 millions de tonnes de soja, essentiellement d'Argentine et du Brésil. Des filières de soja non OGM ont été mises en place par diverses coopératives, dont Terrena, et par Carrefour, qui contrôle près de 25 % de la distribution alimentaire en France. L'action des écologistes et des paysans devrait renforcer leur démarche.

Les trois organisations accompagnent le Golden-Lion jusqu'à Lorient. D'autres manifestations et opérations seront alors entreprises, notamment contre les transformateurs de lait, qui ne s'assurent pas de la provenance non transgénique des aliments des vaches laitières.
Hervé Kempf, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.01.05

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(Avril 2004) José Bové quitte la tête de la Confédération paysanne, fier d'avoir sorti l'agriculture d'« un domaine réservé »
Le héraut de la lutte contre la malbouffe, qui a cédé, jeudi 8 avril, son poste de porte-parole à Jean-Emile Sanchez, a su élargir l'audience d'un syndicat devenu acteur des mouvements sociaux

José Bové n'est plus le porte-parole de la Confédération paysanne en ce jeudi 8 avril. Dans les couloirs du Parlement européen, où se tient le congrès du syndicat paysan, il dédicace son dernier livre, pose, radieux, avec l'équipe de la cantine, signe des autographes pour les enfants du personnel de sécurité. « Les combats s'incarnent dans des hommes », sourit-il. Le combat de la Confédération paysanne contre la malbouffe, contre les OGM, contre la libéralisation des échanges mondiaux s'est incarné en lui, depuis le démontage en 1999 du McDonald's de Millau.

José Bové a-t-il peur du vide ? « Pas du tout, répond-il. Je vais essayer de profiter d'un moment de paix. » Ses projets : écrire un livre sur la désobéissance civile, précepte qui l'a conduit par trois fois en prison depuis 1999, pour des arrachages d'OGM. Puis prendre le large cet été, à bord de son voilier. Enfin, recommencer à militer, cette fois au sein de Via Campesina, mouvement international paysan auquel appartient la Confédération.

« Je n'ai jamais voulu être l'arbre qui cache la forêt », répète-t-il à la tribune, dans l'hémicycle du Parlement. Consensuel, il refuse les applaudissements des congressistes pour lui seul. Après un hommage ému à l'un de ses prédécesseurs, François Dufour, il demande à tous les porte-parole de le rejoindre. « On s'est parfois bien engueulé, lance José Bové. Notre histoire est tumultueuse, mais nous n'avons pas à rougir de ce que nous avons fait. » L'atmosphère feutrée du Parlement européen, à laquelle les militants de la Confédération ne sont pas habitués, contribue à solenniser l'instant.

Le lieu du congrès symbolise tout le chemin parcouru par le syndicat, né en 1987, encore marginal dans les années 1990. José Bové est fier d'avoir « fait sortir l'agriculture et l'alimentation d'un domaine réservé ». D'avoir transformé la Confédération en « acteur des mouvements sociaux ». D'avoir alerté l'opinion sur l'arrivée dans les champs et les assiettes d'organismes génétiquement modifiés. Il est de loin le meilleur représentant des agriculteurs, aux yeux des Français.

Pour l'organisation, le départ du leader constitue à la fois un risque - retomber dans l'anonymat - et une chance - consolider son ancrage dans le monde agricole. Son audience a été considérablement augmentée par l'effet Bové... qui a aussi détourné une partie des paysans, agacés par l'homme toujours entouré de caméras. Au moment où il part, la FNSEA, majoritaire, voit les mises en examen pour abus de biens sociaux se multiplier en son sein. Elle doit aussi assumer son rôle de gestionnaire de l'impopulaire réforme de la politique agricole commune adoptée en juin 2003.

Au congrès de Strasbourg, le syndicat a fixé ses axes de mobilisation pour les prochains mois. Dans la perspective des élections européennes, la Confédération conteste la partie du projet de Constitution européenne consacrée à l'agriculture. Le texte prévoit notamment « d'accroître la productivité de l'agriculture en développant le progrès technique, en assurant le développement rationnel de la production ». Pour le syndicat, la PAC doit « assurer une alimentation saine et suffisante à l'ensemble de la population de l'Union européenne, en respectant les particularités locales ».

La Confédération veut également tirer parti du résultat de la gauche aux élections régionales. Ses représentants régionaux rencontreront les nouveaux présidents et conseillers régionaux, afin de leur présenter leur projet alternatif de réforme de la PAC. Ils demanderont aux régions de se prononcer « hors accords PAC de Luxembourg, véritable plan social de l'agriculture », et « territoire hors OGM », comme l'a déjà annoncé Ségolène Royal en Poitou-Charentes. Une journée d'action nationale contre les OGM est d'ailleurs prévue, le 8 mai. Il s'agit de mobiliser tous les « faucheurs volontaires » déclarés lors du rassemblement Larzac 2003. « Nous irons faucher les champs, a lancé José Bové sous les vivats. Ce n'est pas parce que j'ai déjà été en prison que je n'y retournerai pas ! »
Gaëlle Dupont, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.04.04

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(Janvier 2006) Bové n'a pas la main verte pour 2007
Il exclut de représenter les seuls écologistes. Mais une candidature unitaire fait encore rêver ses partisans.

Le sphinx du Larzac met les Verts au supplice. Sera-t-il candidat ? Le veut-il ? Le peut-il ? Et s'il se lance, sera-t-il le héraut de l'écologie politique ou celui de l'alliance antilibérale qui fit triompher le non au référendum du 29 mai ?

Au risque de décevoir ceux qui rêvent de faire campagne à ses côtés, Bové fait savoir qu'il n'est pas question pour lui d'être le candidat des Verts à l'élection présidentielle de 2007. «Je ne veux pas participer à cette course à l'échalote entre les partis. Ce qui m'intéresse, c'est la construction d'une dynamique unitaire. A ce stade, le choix du candidat reste une question secondaire», explique-t-il à Libération.

Le leader altermondialiste repousse donc la couronne de candidat que lui tendaient, presque implorants, de nombreux militants verts. Il a prévenu mardi le secrétaire national Yann Wehrling qu'il ne sera pas disponible, la semaine prochaine, pour le rendez-vous qu'il lui proposait. Pour ménager son interlocuteur, il a fait valoir qu'il était retenu par des travaux urgents sur une bergerie de sa coopérative. Avant le Conseil national interrégional (Cnir) des 14 et 15 janvier, cette rencontre devait permettre d'en savoir plus sur les intentions de Bové. S'il avait confirmé sa disponibilité pour 2007, le Cnir aurait pu voter une motion visant à rendre possible un candidat qui ne serait pas membre du parti.

Pour tenter de le convaincre, une délégation issue de l'aile gauche des Verts s'est rendue lundi sur le plateau du Larzac. La députée de Paris Martine Billard était du voyage : elle juge «tout à fait compréhensible» que Bové refuse de n'être le candidat que des Verts. Et elle a tenté de le convaincre qu'il existait un espace pour une candidature «plus large», sans aller toutefois jusqu'au grand rassemblement incluant la LCR et le PCF.

C'est pourtant bien dans cette perspective que se situent de nombreux partisans d'une candidature Bové. Issus des anciens comités du non, militants associatifs, syndicaux et politiques, ils ont lancé l'an dernier un appel à l'union électorale des antilibéraux. Ils n'ignorent pas que les logiques boutiquières des partis risquent de s'imposer et qu'il est donc hautement improbable que la LCR et le PCF renoncent à leurs propres candidats.
Mais, pour eux, José Bové ne doit pas accepter d'autre rôle que celui du rassembleur, même si ses chances sont extrêmement réduites. Pour le porte-parole des Verts Sergio Coronado, partisan d'une candidature de rassemblement, il n'est pas totalement exclu qu'une dynamique unitaire finisse par s'imposer. Car les serments unitaires du soir du 29 mai ne sont pas oubliés et la multiplication des candidats serait vécue comme une «trahison des élites du non».

Pour le député européen Gérard Onesta, ces invocations de la dynamique unitaire relèvent de la fantasmagorie : «Les communistes et les trotskistes sont déjà en ordre de marche. Si José veut vraiment porter un message, ce ne peut être que celui de l'écologie politique. Pour être écologiste, il n'a qu'à être lui-même. Et je vois mal comment il peut espérer vendre à la CGT ses idées sur le nucléaire et la décroissance.»
Les écolos pro-Bové veulent croire que tout n'est par perdu. Ils confient que leur champion pourrait encore, si on lui demande très fort, se déclarer mi-avril, date anniversaire de Tchernobyl, à l'occasion d'une grande manif à Cherbourg contre le programme nucléaire du gouvernement.
liberation.fr, par Alain AUFFRAY, QUOTIDIEN : vendredi 06 janvier 2006

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