2011 : Non-Lieu

20 mars 2013. Affaire Baby Loup : Maître Bougrab proteste fermement

Maître Jeannette Bougrab, ancienne secrétaire d'Etat, avocate d'affaires internationales

Arabe athée, convertie par l'Education Nationale Française au laïcisme républicain français radical, Jeannette Bougrab s'enflamme avec véhémence, dans "Ma République se meurt", Grasset, Paris, janvier 2013, après des expériences politiques qui lui ont permis d'être politiquement promue au Conseil d'Etat, puis dans un cabinet américain d'affaires internationales, de premier plan ..., pour poticher à Canal Plus .

Ma République se meurt, extraits à commenter

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Introduction
Aujourd'hui, 17 septembre 2008, le président de la République Nicolas Sarkozy me remet l'ordre national du Mérite pour récompenser un parcours d'intégration « réussi ». Ma famille est là, autour de moi. Mon père d'abord : un monsieur d'un certain âge et d'une grande distinction, arborant sur sa poitrine une quinzaine de décorations militaires ; mon petit frère, Nadji, portant l'uniforme de l'armée française, imposant, par sa stature et son mètre quatre- vingt-treize ; ma mère, une petite dame ronde ; mon autre frère, plus trapu, et ma sæur, le portrait de ma mère.
Je pense inévitablement au chemin parcouru par mes parents, des paysans très pauvres, qui vivaient dans un petit village situé entre la ville de Blida, « la ville des roses », et celle de Médéa, près du fameux ruisseau des singes dans les gorges de la Chiffa, et qui se retrouvent aujourd'hui sous les lambris dorés du palais de l'Élysée.

Quelle revanche ! Quelle revanche pour ma famille qui a vécu l'humiliation, la honte, le mépris pendant de nombreuses années parce qu'ils avaient choisi la France. Considérés comme des traîtres, des collaborateurs comparés aux Français qui avaient préféré Vichy à Londres, comme l'avait insinué le président algérien Abdelaziz Bouteflika lors de sa visite en France en 2001. Peu de femmes, peu d'hommes s'étaient levés pour exprimer leur indignation face à ces propos ignobles. Eh bien mes parents, qui se sont toujours tus, sont aujourd'hui reçus avec les honneurs de la République, par le président lui-même, pour voir leur fille cadette recevoir une distinction consacrant un itinéraire, certes semé d'embûches, mais qui m'a menée d'un HLM de Châteauroux au Palais-Royal, face au Louvre, symbole de la grandeur passée de la France, où je suis maître des requêtes du Conseil d'État.
La petite fille de harki qui a grandi au cæur de son Berry natal et qui se retrouve aujourd'hui au Palais-Royal. Imaginez l'émotion que je ressens quand je siège dans la formation de jugement dans la salle du contentieux d'où je vois, de ma place, la balance de la Justice et le drapeau français flotter au vent.
Ma République se meurt, Introduction, pp. 09-10

2
Rachida savait susciter de l'emphatie pour sa personne. Je l'ai vue manoeuvrer auprès de Cécilia Sarkozy, une femme remarquable attachée à la promotion des filles des cités. Elle se présentait à elle comme la beurette victime des quartiers et de la violence de sa famille. Elle en jouait outrancièrement, n'hésitant pas à évoquer le sort des jeunes filles violées au cours de tournantes, hélas nombreuses, dans les cités. Quand elle était avec l'ex-femme du chef de l'État, c'était une autre. Rachida devenait une petite fille à protéger, elle se voûtait, physiquement, pour grossir le trait et se faire passer pour une victime. La veille d'un conseil national de l'UMP sur l'Europe au parc des expositions, porte de Versailles, lors d'un entretien auquel j'ai assisté dans le bureau de Cécilia à l'UMP, j'avais été frappée par son attitude. Je ne la reconnaissais pas. Mais la chipie était douée ; elle avait réussi à faire partie du panel de personnalités qui interviendraient devant des milliers de militants. La redoutable machine Dati était en marche.
Rachida est une femme caméléon comme j'en ai peu vu dans ma vie. Mes collègues du Conseil d'Etat, parmi lesquelles Mireille Imbert-Quaretta, ancienne conseillère rattachée au cabinet du ministre de la Justice sous Lionel Jospin, m'ont appris le double jeu qu'elle a joué avec moi pendant des années. Ils sont venus me voir, l'air compatissant, posant leur main sur mon épaule. Je n'ai compris que plus tard pourquoi ils se comportaient ainsi, lorsque j'ai lu le livre de Michaël Darmon et Yves Derai, Belle-Amie. Au Conseil d'État,on se délecte toujours de ces livres révélant les secrets du petit microcosme parisien, manière pas très glorieuse de penser qu'on est au cæur du pouvoir. Les deux journalistes expliquent dans leur livre : « Rachida l'a tuée comme une petite mouche. Comme avec beaucoup d'autres, elle l'a discréditée en faisant courir le bruit qu'elle courtisait Nicolas Sarkozy. C'est sa technique. Une intrigante hors pairr... »

Copine rigolote en façade mais intrigante redoutable dans l'ombre, Rachida a réussi à m'écarter du pouvoir sans difficulté, mettant un terme provisoire à mon engagement politique. Sotte que j'étais, je n'avais rien vu venir.
Ibidem, pp. 27-29

3
À l'époque, je l'avoue, j'étais un peu timide et réservée. Je ne me révoltais pas toujours quand j'entendais des idioties, y compris lorsqu'elles me concernaient. Un lundi matin, Valérie Pécresse, brillante énarque, maître des requêtes au Conseil d'État, et dont le grand-père, le grand psychiatre Louis Bertagna, avait été le médecin de la fille de Jacques Chirac, recevait un invité dans le bureau que nous partagions. Elle me présente en précisant que je ne suis pas " leur Arabe de service ", comme Tokia Saifi, qui était alors secrétaire d'État du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, mais qu'au contraire j'ai un doctorat en droit et que je suis la protégée de Pierre Mazeaud, à l'époque président du Conseil constitutionnel.
Les bras m'en tombent mais je ne dis rien. Je reste sans voix. Son invité commence alors une conversation polie avec moi et me pose la question de mon appartenance religieuse. Je réponds du tac au tac que je suis athée. Effarée, Valérie me reprend en me disant de ne plus jamais le dire car selon elle, l'athéisme serait segmentant. Les Français n'aimeraient pas ceux qui ne croient pas en Dieu. Les mots manquent devant de telles inepties.
Ibidem, Une laïcité moribonde ; il n'existe pas de charia light, p. 46

4
Après le début du soulèvement tunisien, puis égyptien, je me suis sentie profondément tunisienne, égyptienne, arabe, moi, la fille de harkis... Je ne pouvais donc que répondre à la question de cette journaliste. En voyant des centaines de milliers de jeunes qui n'acceptaient plus la privation des libertés les plus fondamentales, qui décidaient de prendre en main leur destin en payant pour cela parfois le prix élevé de leur vie (il y eut près de quatre cents morts), je ne pouvais rester indifférente à ce qui se passait, et j'oubliai un court instant que mes propos seraient interprétés comme ceux du gouvernement auquel j'appartenais. Lorsqu'on me demanda si Hosni Moubarak devait partir ma réponse fut claire : « Je crois qu'il faut que le président Moubarak parte, je crois qu'après trente ans de pouvoir il y a quand même une forme d'usure et que la transition démocratique doit aussi toucher l'Égypte... Quand je vois des policiers ou des militaires tirer sur des civils, j'ai mal. En plus, en tant que ministre de la jeunesse, quand je vois que c'est la jeunesse qui fait le monde, notamment dans ces pays, je ne peux que condamner ces violences."

..... Ce qui était pour moi une évidence ne l'était pas pour le gouvernement auquel j'appartenais. Le jour de ma déclaration fracassante, le 29 janvier 201l, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et David Cameron ont fait un commuuniqué commun soutenant le Rais tout en l'appelant à mettre en æuvre des réformes politiques, économiques et sociales. Quelques semaines plus tôt, Michèle Alliot-Marie avait proposé l'envoi de matériels de protection à la police de Ben Ali pour pour mater la révolte de la jeunesse tunisienne. Elle n'avait pas eu à subir le courroux de l'Élysée.
Evidemment, moi, j'ai dû quitter Davos en pleine nuit car j'étais convoquée à Matignon à la première heure.

..... 22 heures, je suis dans la salle de bains. Claude Guéant appelle, me hurle dessus, s'énerve et lâche : "Il n'y a rien a faire avec les gens comme vous. C'est la dernière fois, la prochaine fois c'est fini » et il me raccroche au nez. Je suis restée sans voix. J'avais évidemment compris ce qu'il voulait dire. Les Rama, Rachida et Jeannette, toutes les mêmes... Je vais me coucher sans pouvoir partager ce qu'il venait de me dire. J'ai eu du mal à trouver le sommeil.
Ibidem, pp. 62-63, 65, 67.

5
Les derniers gardiens de la laïcité se nomment Caroline Fourest, Élisabeth Badinter, Charlie comme Charlie Hebdo ... " Dénonçant la montée des fondamentalismes religieux, y compris catholiques, ils prennent des risques pour leur propre sécurité. La vie de Charb est désomais en danger. Plusieurs agents de sécurité assurent sa protecticn depuis que ce geek à lunettes est devenu la cible des islamistes.
Ibidem, p. 91.

6
Baby-Loup a été l'une des épreuves les plus dures que j'ai eu à traverser. L'avant-veille de ma convocation, j'ai demandé audience à l'Élysée car je savais que la presse, en particulier Le Monde, allait me pendre haut et court. Je voulais prévenir Claude Guéant, alors secrétaire généralde l'Élysée, et surtout le Président, qui m'avait nommée à la tête de cette institution.
J'étais épuisée, mais Elle avait publié une interview de moi la veille. Je savais que ce serait un atout pour les convaincre que la laïcité serait l'enjeu de la future campagne présidentielle et qu'ils devaient donc me laisser faire. A ma grande surprise, ils m'ont consacré du temps. Ils m'ont écoutée parler de cette crèche qui me tenait à cæur. Sarkozy comme Guéant, sans hésitation, m'ont encouragée à aller jusqu'au bout. Lorsque le Président m'a pris le magazine Elle des mains et a déchiré les deux pages d'interview croisée avec Élisabeth Badinter pour les conserver, je suis restée sans voix. Nicolas Sarkozy m'a même demandé ce qu'il pouvait faire. Je n'ai rien demandé. Je suis restée muette car personne ne m'avait encore jamais demandé si l'on pouvait faire quelque chose pour moi. Je savais en même temps que s'il prenait parti pour la crèche les magistrats allaient nous tomber dessu, tant il était détesté.
En dehors des plaidoiries des avocats, j'étais la seule personnalité à venir témoigner en faveur de la crèche. Élisabeth Badinter était venue me soutenir personnellement. Elle m'a donné la force d'aller jusqu'au bout. Elle a été touchante et protectrice. Je me souviendrai toujours du trajet Paris-Luxembourg-Mantes-la-Jolie. Elle avait acheté des petits sandwichs et des macarons pour notre déjeuner que nous avons dégusté dans le taxi.
Ibidem, pp. 93-94.

7
Malgré les tentatives de la partie adverse arguant que la Halde avait déjà rendu une décision, le président m'a accordé le droit de témoigner. J'ai conclu l'audience après les plaidoiries, je savais que mes propos seraient déterminants.
Je vais à la barre, ma voix ne tremble pas un instant ; mes propos sont concis et limpides ; je me place exclusivement sur le plan constitutionnel pour ne prêter le flanc à aucune critique. On me félicite. Mes adversaires sentaient déjà que la bataille pouvait tourner à notre avantage. Ils avaient raison.

L'après a été le plus dur à vivre.. . quand je me suis retrouvée seule, stigmatisée et déprimée... Des mots m'ont permis de tenir : ceux d'Élisabeth Badinter. Me comparant à son époux dans son combat pour l'abolition de la peine de mort, elle me dit : « L'histoire vous donnera raison. »

La décision du conseil des prud'hommes de Mantes-la-Jolie, le 14 décembre 2010, confirmée par la cour d'appel de Versailles le 27 octobre 2011, montra effectivement que mon combat n'avait pas été vain. Ma détermination, qui avait pu apparaîre comme un suicide, m'a permis de devenir ministre un mois quasiment jour pour jour avant la décision de la juridiction de première instance. Nicolas Sarkozy m'a fait confiance avant même le délibéré. Il a pris un risque. Je me demande parfois ce qui ce serait passé pour moi si le prononcé avait été différent.

Malgré le dénouement heureux de ce jugement, je demeure inquiète face au délitement des principes qu'incarne la France. Elle se laisse draper d'un voile d'obscurantisme et je ne reconnais plus la République que je chéris tant.
Ibidem, pp. 95-96.

8
Parce qu'il n'existe pas de charia light ou d'islamisme modéré, pour ne plus laisser place à l'obscurantisme, il est temps pour la France d'"écraser l'infâme" comme le réclamait Voltaire à la fin de ses lettres au fidèle Damilaville.

Il désignait ainsi le fanatisme, aussi bien des calvinistes que des catholiques. Freud, dans un autre genre, dans l'une de ses conférences en 1932, affirmait que " La vérité ne peut pas être tolérante, elle ne doit admettre ni compromis ni restrictions ". Tel Saint-Just qui clamait : " Pas de liberté pour les ennemis de la liberté." Pas de laïcité pour les ennemis de la laïcité.
Ibidem, pp. 113-114

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20 mars 2013. « Jour sombre pour la République »
Jeannette Bougrab, ex-présidente de la Halde Propos recueillis par Claudine Proust | Publié le 20 mars 2013, 07h00 http://www.leparisien.fr/espace-premium/air-du-temps/jour-sombre-pour-la-republique-20-03-2013-2654677.php

Ex-membre du gouvernement Fillon, l'avocate Jeannette Bougrab est un soutien indéfectible de la crèche Baby Loup depuis le début de l'affaire aux côtés de la philosophe Elisabeth Badinter.

Comment réagissez-vous à la décision de la Cour de cassation ?
JEANNETTE BOUGRAB. Je ressens une profonde tristesse. C'est un jour sombre pour la République. Alors que, de l'autre côté de la Méditerranée, certains paient de leur vie le combat pour la laïcité, une digue a cédé aujourd'hui en France. La dernière digue... Le juge suprême qu'est la Cour de cassation en France estime ni plus ni moins que le principe suprême de laïcité, pourtant inscrit dans l'article 1 de la Constitution, ne s'applique qu'au public et pas au privé ?

En quoi cette décision est-elle grave ?
D'abord, parce que va se poser la question de l'existence même de cette crèche à Chanteloup-les-Vignes. La salariée licenciée réclame 1OO OOO € de dommages et intérêts ! Si elle disparaît, plus de 120 familles risquent de se retrouver sans mode de garde, des femmes ne pourront plus aller travailler. Ensuite, parce que cette décision ouvre une brèche considérable dans le droit du travail pour les entreprises.

> Pourquoi ?
Parce qu'après un tel arrêt, qui opère aussi clairement une distinction entre le service public et le privé, toute entreprise qui ne reverrait pas son règlement intérieur interdisant le port de signes religieux, voile ou turban, risque désormais de se voir attaquée par une ou un employé.

Que va-t-il se passer maintenant ?
Avec Elisabeth Badinter, nous nous sommes donné cette journée (NDLR : hier) pour être tristes, mais nous allons poursuivre le combat. En continuant à soutenir le personnel de la crèche qui pleurait tout à l'heure à l'audience. Et en allant à nouveau devant la cour d'appel... mais cela va encore durer un an et demi.

Et au-delà du cas Baby Loup ?
On peut aussi reprendre une proposition de loi qui avait été suggérée par Manuel Valls (en 2010): interdire le port de signes religieux ostentatoires dans les structures de petite enfance, en étendant la règle qui a cours à l'école. Mais cela ne résoudra que partiellement le problème. Qu'est-ce qui empêche désormais qu'un jour on ait une présentatrice voilée au journal télévisé ? Propos recueillis par CLAUDINE PROUST

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Halde : J. Bougrab a bien doublé son salaire Par Europe1.fr avec AFP Publié le 13 mai 2011 à 18h19 Mis à jour le 13 mai 2011 à 18h19

Jeannette Bougrab pousuivait en diffamation le Canard enchaîné pour avoir affirmé qu'elle avait doublé son salaire en arrivant à la tête de la Halde : elle a été déboutée vendredi par le tribunal de Paris qui a estimé que les textes sur sa rémunération pouvaient prêter à confusion.

Dans un jugement très argumenté, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a considéré que l'enquête du Canard était "sérieuse" et reconnu que "la fixation, par la Halde même, de la rémunération de sa présidente était surprenante".

Le 23 juin 2010, dans un article intitulé "La présidente de la Halde s'augmente de 100%", le Canard enchaîné avait écrit que Jeannette Bougrab avait fait voter par le collège de l'instance de lutte contre les discriminations une délibération visant à doubler son indemnité mensuelle qui passait de 6.900 à quelque 14.000 euros.
L'information avait été démentie par l'intéressée qui avait porté plainte en diffamation.

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