Un portrait positif (Anne Fulda, Février 2008)
Le perturbateur de l'Elysée (Novembre 2007)
Georges-Marc Benamou

Journaliste d'investigation et écrivain sépharade, ayant "interrogé" le président François Mitterrand, qui lui accorde sa confiance, pendant les "mille" derniers jours de celui-ci, et "révélant" après la mort du président les confidences de ce dernier, qui aurait été "l'homme de la Cagoule", un antisémite se prétendant "l'ami des Juifs", d'ailleurs entouré de Juifs (Georges Dayan, Roger Lévy dit Hanin, Jacques Attali qu'il suspecte de trahison (??), ...), un nostalgique de Vichy refusant de faire repentance au nom de la France (ce qui ne fut pas le cas du président Chirac le 16 juillet 1995, après sa difficile élection contre Edouard Balladur) pour les crimes antisémites commis sous l'occupation nazie.

Auteur, notamment, de François Mitterrand, Mémoires interrompus, Entretiens avec Georges-Marc Benamou, Odile Jacob, Paris 1996 ; Le Dernier Mitterrand, Plon, Paris 1997 ; Jeune homme vous ne savez pas de quoi vous parlez, Plon, Paris 2001. Les deux derniers ouvrages font scandale.
Le tout dernier ouvrage est violemment attaqué par des "amis" de l'ancien président de la République.
En 2003, récidive, l'auteur, toujours aussi activiste, fait encore scandale lors de la publication d'un ouvrage considéré comme francophobe et très contesté Un mensonge français, Enquête sur la guerre d'Algérie, Robert Laffont, Paris, 2003.
En 2007, comme de nombreux juifs de France, il soutient la candidature présidentielle du judéo-gentil Nicolas Sarkozy et devient officiellement le conseiller de celui-ci, un ami depuis 1994, et, dit-on, son mémorialiste (comme Jacques Attali, un autre vieil ami de Nicolas Sarkozy, pour François Mitterrand).

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Et voilà qu'aujourd'hui, Hanin (le beau-frère, l'époux de la soeur (Christine Gouze-Renal) de l'épouse du président Mitterrand (Danièle Gouze)) raconte :"Depuis son retour, il reste enfermé, dans sa chambre, personne ne peut entrer. Il reste seul avec Tarot qui dort au pied de son lit ..." ...
Et puis, comme si c'était l'heure de toutes les confidences, après tant d'années de silence, de retenue, de confidences étouffées, il lâche :"Vous savez, son cancer ... Il est ancien ...". Un blanc. Jusque-là rien de neuf, nous le savons qu'il a un cancer, depuis 1992. Il appuie :"Très ancien." Un autre blanc, puis il ajoute sans chercher à amortir le choc :"Il était déjà malade en 1981." Un gouffre. Un grand K.O. Des regards obliques. Nos airs incrédules. Un monde abasourdi. Plus un geste. Plus un souffle. Plus un mot. Et une drôle d'expression sur les visages des plus intimes. Le choc de la nouvelle, bien sûr. Mais du dépit aussi. En plus violent. Un sentiment de trahison. L'effroi d'appartenir à cette histoire à tiroirs. Après cela, qu'allait-on apprendre encore ?
Georges-Marc Benamou, Le dernier Mitterrand, Plon, Paris 1996, p. 18/19/20.

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A table. Lui à la sienne, nous à la nôtre. Les huîtres arrivent, des centaines d'huîtres plates, pas trop salées, comme il les aime - il a téléphoné depuis Assouan pour s'en assurer. Seul dans son coin, il se penche sur son plateau. Il en aspire une, deux, trois, quatre, cinq, prenant à peine le temps de souffler. Il est concentré sur la tâche, ne se laisse pas distraire par les conversations, ou par des convives qui, de la grande table, tentent d'attirer son attention. Son plateau terminé, il marque une pause, ferme les yeux, et rejette la tête en arrière, pour laisser passer une onde de douleur. On lui apporte d'autres huîtres, il se redresse et se remet aussitôt à l'ouvrage avec la même ardeur. Il descend ainsi plusieurs plateaux, puis s'effondre, traversé par un spasme plus violent que les autres. Cela dure si lontemps qu'on le croit assoupi. ...
C'est l'heure des ortolans.
Pas de réveillon sans ortolans, avait fait savoir le Président avant de partir pour l'Egypte. Je croyais que les Ortolans étaient des voisins landais qui viendraient avec les Emmanuelli. Je ne m'étais pas tout à fait trompé. Les ortolans sont des oiseaux du Sud-Ouest, des petits bruants à la chair tendre, dont la chasse est interdite. Les meilleurs braconniers du pays revendent à prix d'or ces "petits oiseaux" - c'est leur nom de code. Emmanuelli doit avoir ses réseaux.
Le Président entend "ortolan", il se redresse. Le gendarme qui fait le service exhibe avec une solennité gaillarde le plat tant attendu. Une douzaine d'ortolans - il n'y en a pas pour tout le monde, on devra se débrouiller. Quelques convives déclinent l'invitation, car, ils le savent, c'est une épreuve. On vous sert la bête entière, brûlante, avec ses os et ses viscères, toute chargée de son jus et de son sang. On vous tend ensuite une épaisse serviette de coton, un large morceau de drap blanc. Et là, il faut faire comme eux, ces hommes qui, brusquement, tous ensemble, glissent la tête sous leur serviette. C'est une dizaine de taches blanches, une drôle d'assemblée de fantômes qui suçotent pendant que les femmes parlent à voix basses. Et, comme eux, il faut disparaître pour se retrouver face à face avec l'oiseau perdu au milieu de l'assiette. Il faut alors prendre la tête de l'orttolan brûlant dans sa bouche et la broyer, la faire craquer franchement sous les dents. Puis vous attaquez les ailes, petites ailes si peu charnues, et, après la tête et les ailes, il faut trouver les deux pattes, s'en saisir et enfourner le corps de l'oiseau. Ce petit corps, il faut le mettre tout entier dans sa bouche, d'un seul coup, et mâcher cette boule, et avaler ce jus, et broyer ces os, et faire cela comme un homme, comme un chasseur, comme un Landais. Ne pas faiblir, on ne doit rien recracher.
François Mitterrand ressort le premier de dessous la serviette fumante. Chaviré de bonheur, l'oeil qui pétille, le regard plein de gratitude pour Emmanuelli. Autour de la table, on le fête, sans lui et ses ortolans, le réveillon n'eût pas été complet. Mitterrand le remercie encore, de loin lui fait des signes de la main. Emmanuelli se met à expliquer quand, comment, par quelle filière lui sont venus ces ortolans. Emmanuelli, héros des Landes, un instant.
Il reste un ortolan. On s'en indigne, d'autant qu'ils étaient comptés. On le propose à la cantonade. Le gendarme circule à nouveau avec sa cassolette et le malheureux oiseau qui nage dans l'huile. Le Président se porte volontaire. Ceux qui viennent de subir l'épreuve le regarde stupéfaits. Et voilà le Président qui replonge sous sa serviette. Un long moment, on l'entend s'occuper de l'animal dans un silence absolu. L'opération terminée, il se rallonge, jette doucement sa tête en arrière, extasié.
Ibidem, p. 25/26/27. (L'anectote "des ortolans", contestée par certains proches de Me François Mitterrand, est confirmée par M. Roger Hanin dans son livre Lettre à un ami mystérieux, Grasset, Paris 2001).

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Entre François Mitterrand et Serge Klarsfeld (note dt, le très célèbre membre de la communauté juive de France, chasseur de nazis) ce fut une guerre impitoyable. Elle s'étendit de 1990 à 1994, fut tordue, sourde, folle au sens où la mémoire française, à travers "Mitterrand", semblait se convulser dans ces batailles, se crisper, se refuser à une lumière crue. Cette guerre fut pénible mais nécessaire et l'on aurait pu croire que le vieux Mitterrand, ficelle, homme de tant de ruses, servi par l'appareil d'Etat, que ce stratège lors pair réduirait Klarsfeld à rien, le circonviendrait, le séduirait, le ménerait dans l'impasse comme il n'avait jamais manqué de le faire avec ses autres adversaires. Or pendant toutes ces années Serge Klarsfeld va mener la danse et conserver l'avantage en permanence.
Georges-Marc Benamou, Jeune homme, vous ne savez pas ..., p. 33.

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Il y eut un engouement des Juifs pour François Mitterrand. Ni catho de gauche ni marxiste, adepte d'une "Union de la gauche" qui ressemblait au Front populaire, il a vu converger vers lui la grande tradition blumiste, ses gros bataillons, les Juifs et les laïques. Le fameux "vote juif" n'existe pas mais, en 1981, on votera pour Mitterrand contre Giscard qui n'avait pas interrompu sa partie de chasse chez le comte de Beaumont pour aller s'incliner rue Copernic (au moment de l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic, en octobre 1980).
Ibidem, p. 46-47.

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Il était des leurs. Les Juifs sont sentimentaux en politique. Ils étaient flattés, émus et reconnaissants. Pour la première fois, les Juifs pieux qui, le vendredi soir, dans un curieux rituel liturgique, rendent hommage au pays qui leur a donné la citoyenneté, le firent de bon coeur pour François Mitterrand.
Je relis cette phrase d'Attali. Comme elle résonne aujourd'hui ! "Il est beaucoup plus juif que la plupart des Juifs qui l'entourent." J'imagine la fièvre d'Attali. Jeune élu parmi les élus. Son prosélytisme sincère, tribal, ce "Oyez ! Oyez ! braves Juifs" qu'il portait jusque dans nos provinces - j'en étais. Il était l'ami de l'ami des Juifs, empressé à convaincre, à convertir, à séduire. Il dispensait sa passion et il n'en revenait pas d'être le Juif du roi.
Ibidem, p. 48.

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Et enfin la Cagoule c'est la famille intime, secrète, presqu'adultérine de Mitterrand : sa soeur la plus proche, Marie-Josèphe, marquise de Corlieu, divorsée, sera des années durant (de 1942 à 1947) la maîtresse de Jean Bouvyer, ancien cagoulard charentais et fonctionnaire aux Questions juives à Vichy (Pierre Péan, Une jeunesse française, François Mitterrand 1934-1947, Fayard 1998, p. 537-554). Mitterrand suit les méandres et les vicissitudes de cet amour interdit, fréquente assidûment, comme nous l'apprend Péan (p. 229), l'appartement de la rue Zédé, puis celui de la rue Chernoviz, du côté de Passy, où fraie le Tout-Cagoule d'avant-guerre ; rend visite à la Libération à Bouvyer, en prison, reste fidèle à la mère de Jean, Antoinette Bouvyer qui deviendra la marraine de Jean-Christophe (Mitterrand).
Ibidem, p. 174.

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Cela avait été un désastre. La grande explication télévisée avec Jean-Pierre Elkabbach (le 12 septembre 1994) devait servir de remède. Elle fut pire que le mal. ... Savait-il ... cette fatale erreur qu'il commit sur "le statut des Juifs étrangers"? Il avait frôlé la mort l'autre soir - la mort politique.
... Les Juifs ne comptaient pas, on ne les voyait pas, et quand le statut fut publié, on devait même estimer parfois que c'était là un juste retour des choses. Comme le dérapage de Raymond Barre sur les "Français innocents" (après l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic, en octobre 1980, le Premier ministre Raymond Barre déclare :"Cet attentat odieux, a voulu frapper les Israélites qui se tendaient à la synagogue, il a frappé des Français innocents qui traversaient la rue"), le lapsus de Mitterrand - ce télescopage du sens et des dates - était dans le droit fil du reste, de sa "jeunesse française", de la manière bourgeoise et provinciale dont on considérait, dans son milieu charentais, les Juifs en 1940. Cette phrase disait tout. Elle était peut-être un effet de la vieillesse, une remontée de la jeunesse, une trahison de la vigilance mais elle révèlait précisément son état d'esprit d'alors : il était étranger à cette question juive et pour lui, les Juifs étaient des étrangers.
Ibidem, p. 190 et 195.

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"Oui c'est un cadeau des Badinter (note dt, Robert Badinter, avocat et professeur de droit privé, ministre de la Justice ayant supprimé la peine de mort en France, président du Conseil constitutionnel, sénateur ; et son épouse Elisabeth Bleustein-Blanchet, philosophe, la fille du fondateur de Publicis). Des amis véritables, eux. Ils ne m'ont jamais lâché ... Ils sont rares ceux qui ne m'ont pas lâché ... Badinter est un des seuls. Il est un ami, il n'est pas forcément d'accord avec moi sur tout, nous en avons discuté mais nous nous respectons ... Ce n'est pas comme avec les autres." Les autres ... Un geste de la main qui désignait l'ennemi, Paris, son grouillement, ses rumeurs, la meute qui avait faillit le faire chuter, les "bourgeois conformistes", les rôdeurs, les jeunes, Le Monde, TF1, la gauche, la droite. Ceux qui allaient lui survivre, et les Juifs bien sûr.
Ibidem, p. 231.

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Au beau milieu d'une allée, il s'arrêta et me souffla, en me regardant un peu confus, avec une précaution trop marquée - craignait-il que je le prenne pour un "antisémite" : "Les responsables juifs ont perdu leurs nerfs dans cette affaire ..."
"Ils ne sont pas assez souples, pas assez politiques. Le lobby ..." Il s'interrompit, et rectifia sèchement : "Enfin je veux dire l'aile la plus extrémiste du lobby juif ; Klarsfeld et ses acolytes ont guerroyé contre moi dans cette affaire. Ils ont ... été trop loin ... Je dis ça parce que je les aime bien mais ils ont tord d'être si fanatiques quand il s'agit d'Israël. En 1948 ou en 1967, alors que l'Etat était menacé, on pouvait comprendre.
... Il avait dit "lobby" ...
Eh bien, ce jour-là aussi, Mitterrand m'a dit "lobby".
A ce mot dégueulasse, j'avais froncé le sourcil. Il avait dû comprendre et rectifia dans l'élan.
Ibidem, p. 238-240.

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Nous étions de retour à l'Elysée, côté Porte du Coq. Il n'avait pas envie de retourner à son bureau - pour faire quoi ? Sur le trottoir, il prononça brusquement la fameuse phrase de De Gaulle :"Israël, peuple d'élite sûr de lui-même et dominateur ...( ) et ajouta dans un petit rire :"Si moi j'avais dit la moitié de ça. Imaginez ..." ça le reprenait. Le syndrome de persécution, l'enfantin "pourquoi moi, pourquoi pas lui ?".
Il répéta, sardonique :"Peuple juif, sûr de lui et dominateur ..." puis rumina :"Où étaient-ils ceux qui me conspuent aujourd'hui, les notables, l'establishment, les intellectuels juifs ? On ne les a pas vraiment entendus contre de Gaulle. Pourtant il y aurait eu à dire ... Il n'y a eu que Raymond Aron pour rompre, pour avoir ce courage. Mais à part Aron, qui ? Personne ! Alors que la politique de De Gaulle était pro-arabe, qu'il y avait un boycott envers Israël, que c'était la pire des droites avec ses pires préjugés antisémites. Ils n'ont pas bronché. Ils n'ont rien dit ... Alors pourquoi moi ?"
Ibidem, p. 240-241.

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Depuis le discours du nouveau président de la République au Vél' d'Hiv (le 16 juillet 1995, Jacques Chirac reconnaît "les fautes commises par l'Etat" dans la déportation des Juifs de France et l'existence d'une "dette imprescriptible" à leur égard), il était jeté là, sur son divan. ...
Il était allongé et seule sa main droite, suspendue en l'air, chiffonnait une feuille de papier :"Vous avez vu Chirac ... Tout cela est contre moi ... ! Vous parlez d'un discours démagogique ... Même de Gaulle doit se retourner dans sa tombe."
Contre lui ... Le dimanche 16 juillet à 11 heures, Jacques Chirac ... parla de Vichy, seulement de Vichy. ... Mais ce jour-là tout accablait Mitterrand. Le discours de son successeur, irréprochable ; l'émotion de la foule, immense cette année, les remerciements de Bulawko (Henri Bulawko, président de l'Amicale des anciens déportés juifs de France), la fierté historique de Klarsfeld, l'enthousiasme des éditorialistes le lendemain, et même les félicitations des socialistes au nouveau président.
Il reprit en pointant la fenêtre, et derrière la tour Eiffel et le Vél' d'Hiv' : "Et Klarsfeld ... Ce devait être aussi son jour de gloire ... Il triomphe. Chirac lui devait bien ça, depuis le temps qu'il fait campagne pour lui. Il paie sa dette ...
- Vous pensez que ce soit la seule explication à la position de Chirac, monsieur le Président ?
- Et comment ... !
"
Ibidem, p. 275-276.

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Commentaires.
Jean-François Kahn : Quand un petit marquis de la gauche caviar publie un livre truffé de contrevérités sur la tragédie algérienne et tente d'assassiner la mémoire de De Gaulle, on est sûr d'une chose : ça marchera. Et cela gràce à des médias qui veulent en finir avec l'exception française. Le Général est bien mort ...
Jean-François Kahn, Journaliste et essayiste ashkenase, Le système médiatique au service d'un livre terroriste, Nouvel attentat contre le général De Gaulle, Marianne, 3 au 9 novembre 2003, p. 16

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Pierre Vidal-Naquet*, Historien : Ce livre est une merde.
Ce livre est une merde. Tout simplement. Il comporte tant d'erreurs grossières que l'on pourrait s'amuser à réaliser un bêtisier. Je ne vais pas être trop cruel mais me contenter d'en citer quelques-unes: Benamou explique qu'en 1945 le général De Gaulle choisit entre les propositions de Mendès France et celles de Pinay. Or, ce n'était pas Antoine Pinay mais René Pleven! Page 151,ilconfond Henrid'Astier de la Vigerie avec son frère Emmanuel. C'est énorme. Il y a aussi une confusion incroyable page 49. Benamou parle d'Albert Bayet comme du patron de la Société des agrégés. C'est en fait Guy Bayet, un homme de droite, qui était patron de la Société des agrégés. Ce livre revisite la guerre d'Algérie de manière fantaisiste. Lorsque Benamou a le culot d'écrire, page 13, qu'il veut « confronter la mémoire à l'histoire », il se moque du monde. Il confronte l'erreur à l'histoire. Il suffit de regarder: page 220, le chiffre des harkis tués est largement gonflé. Je suis affolé par la nullité de ce livre fait à la va-vite. Un livre truffé d'erreurs grossières, Marianne, 3 au 9 novembre 2003, p. 21 * Historien, a publié sur la guerre d'Algérie plusieurs ouvrages de référence.

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12:41 | 15/11/2007 Le Point.fr Emmanuel Berretta Coulisses - Benamou, le trouble-fête de l'Élysée

L'homme qui pilote la réforme de l'audiovisuel extérieur fait beaucoup parler de lui... Benamou dérange, provoque, improvise comme du temps où il était ce journaliste baroque aux idées sans cesse changeantes. Il cherche la lumière. C'est gagné.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Georges-Marc Benamou ne passe pas inaperçu.
Depuis qu'il a rejoint le staff élyséen de Nicolas Sarkozy au poste de conseiller "culture et audiovisuel", il ne se passe pas une semaine sans que le microcosme souligne son ingérence, ses absences, ses idées sorties du chapeau et ses maladresses locutives.
Bien que devenu conseiller, l'ancien patron de Globe , pour qui de Gaulle était un "raciste", aime toujours autant la lumière.

En charge de piloter la réforme de l'audiovisuel extérieur (le rapprochement de France 24, TV5 et RFI), Benamou a bien failli provoquer un incident avec nos partenaires francophones.

On frise l'incident à Lucerne

Vendredi dernier, à Lucerne, lors du sommet qui les réunissait tous, il prend la parole, lors du déjeuner, pour expliquer, à la grande surprise de la délégation française, que TV5 Monde pourrait lancer des chaînes thématiques sur Internet : une chaîne de sport, une chaîne jeunesse, une chaîne art de vivre, et une chaîne d'apprentissage du français. Belles idées que voilà ! Le problème, c'est que ce n'est pas le projet de réforme défendue par la France. "C'était juste les idées de Benamou !", explique un témoin du déjeuner.

Malaise au sein de la délégation française. Jean-Marie Bockel, secrétaire d'État à la francophonie, est mis devant le fait accompli... Nos partenaires belges et québécois se froissent. À entendre Benamou, ils ont le sentiment que la France décide seule, en puissance souveraine, en les prenant par surprise. La veille, lors de la réunion entre hauts fonctionnaires à Lucerne, il ne fut jamais question de lancer des chaînes sur le Web... La mauvaise humeur des francophones est d'autant plus vive qu'ils ne sont déjà pas très chauds pour que TV5, leur bébé, fusionne avec France 24.

Benamou, président de TV5-France 24 ?

"Et puis, avec quel argent veut-il monter ses chaînes ?", s'agace-t-on au ministère de la Culture, où l'on estime que le conseiller élyséen s'adjuge un peu trop facilement un rang de ministre, qu'il n'a pas. "Un peu de sérieux, on a déjà du mal à faire avancer la réforme, si on improvise en cours de route, on risque de tout planter", prévient-on rue de Valois.

L'incident, heureusement, a été circonscrit. Et les partenaires francophones ont acté quatre mesures : la mise en commun d'une force de distribution commerciale pour TV5 et France 24, une "news factory" commune aux deux chaînes, un site Internet unique (laissant la possibilité à chacune d'éditer un site propre) et des fonctions supports réunis. Voilà pour les grandes options. Reste maintenant à entrer dans les détails.

Au ministère de la Culture, on songe déjà au futur patron du nouvel ensemble TV5-France 4, un "manager, un professionnel de la télé qui puisse piloter la mise en oeuvre concrète de la réforme". Et l'on craint par-dessus tout que Georges-Marc Benamou ne se contente plus du rôle de conseiller du prince et préempte le poste pour lui-même... Si Sarkozy le soutient, qui pourra s'y opposer ?

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Benamou, le libéral-libertaire de Sarkozy
Anne Fulda lefigaro.fr 14/02/2008 | Mise à jour : 10:19 |

Convaincu d'avoir été appelé à l'Élysée pour son réformisme, Georges-Marc Benamou ne cache pas sa fascination pour les grandes figures monarchiques.

Le conseiller pour la culture et la communication de Nicolas Sarkozy, chargé notamment de l'audiovisuel public, dont les antennes étaient en grève hier pour demander la «pérennité» du service public après l'annonce de la suppression de la publicité, est un personnage atypique. Qui ne déteste pas être détesté. Ce n'est pas nouveau. À la cour, et singulièrement à l'Élysée, il y a toujours un conseiller de l'ombre détesté par les autres. Un vilain petit canard aux cheveux trop longs, aux manières trop nonchalantes, aux faux airs de dilettante. Rien de tel pour attiser les rancœurs confites de ses pairs. On colporte à son sujet des rumeurs plus ou moins fantaisistes. On se rit de lui, de sa prétention. On guette ses faux pas avec gourmandise. On attend sa disgrâce.

Georges-Marc Benamou, le conseiller culture et communication de Nicolas Sarkozy, joue aujourd'hui ce rôle dans les allées du pouvoir. Certains le craignent, voyant en lui une sorte de vice-ministre de la Culture. D'autres le moquent, pointant du doigt un intrus chez les technocrates. Un usurpateur. Trop faiseur, frimeur, beau parleur, séducteur. Un caméléon. Toujours proche du pouvoir, comme fasciné par lui. Toujours prêt à se mettre en scène. L'homme assume ces travers avec une crâne indifférence. Avoir des ennemis, cela vous pose un homme, lui donne une dimension. Benamou exaspère, mais cet ancien avocat à l'allure de dandy vit très bien dans cette animosité ambiante. À dire vrai, il a l'habitude. Plutôt que d'effacer son image d'arriviste sans foi ni loi, de Rastignac des Temps modernes, plutôt que de se soucier «des bassesses des courtisans», sa première préoccupation est d'être reconnu comme «un réformateur». Et aussi, et surtout, comme un écrivain digne de figurer aux côtés de ses héros de plume : Modiano, Cohen, Gary. Aventuriers et métèques. Cabossés par la vie, blessés par l'histoire, leur histoire. À vif. Comme lui.

Lorsqu'on a de tels desseins plus ou moins avoués, l'écume des petites phrases assassines, les bruissements réprobateurs susurrés dans les antichambres du pouvoir ne vous atteignent pas vraiment. Benamou n'est pas un saint. Il s'est laissé aller en public à de vraies perfidies sur le ministre de la Culture, Christine Albanel, participant à une véritable entreprise de déstabilisation de l'ancienne conseillère de Jacques Chirac, mais s'étonne pourtant, avec des moues enfantines, de n'être pas aimé. Une esquisse d'explication ? La transgression : «Je suis un journaliste atypique qui a quitté le journalisme ; je suis un homme de gauche qui aurait quitté la gauche.» Et donc un traître désigné à la vindicte générale. Traître pour la profession de journaliste, traître pour la gauche et particulièrement la «Mitterrandie» dont certains hérauts, comme Pierre Bergé, lui vouent une haine tenace. Notamment à cause de son livre Le Dernier Mitterrand et de cette fameuse scène des ortolans, récit épique et presque païen du dernier réveillon à Latche. Un coup de maître qui a fait beaucoup pour sa renommée. «Ah, les ortolans ! La belle affaire, s'amuse-t-il encore. Ce livre était à la fois violent et délicat, oui délicat. Il y a beaucoup de choses que j'ai vues et que je n'ai pas racontées et qui auraient été autrement plus choquantes.» Il ajoute : «On m'a fait passer pour un menteur et le succès du film de Guédiguian - Le Promeneur du Champ-de-Mars - où Michel Bouquet interprète magistralement Mitterrand a été comme un bras d'honneur à mes accusateurs.»

Benamou s'est trouvé aujourd'hui

Avec ce livre, le journaliste vibrionnant, l'ancien collaborateur du Quotidien de Paris, qui a fondé en 1985 le journal Globe, étendard d'une génération de mitterrandôlatres branchés, où se pressent les signatures du Paris qui brille et pétille, de BHL à Sagan en passant par François-Marie Bannier, a changé de catégorie. Il est devenu écrivain. «Pour sauver sa peau», à une époque 1996 où il n'a plus rien à perdre après avoir laissé partir sa femme et péricliter son journal. Qu'importe le scandale, les humeurs. Pour ce sentimental qui semble tout d'un coup désarmé, à nu, quand il parle de son fils, l'essentiel n'est pas là. Mais dans le silence de l'écriture, la nuit. Dans la reconnaissance recherchée pour repaître cet ego si envahissant, pour apaiser ce côté enfantin et immature. Éternel jeune homme longtemps en quête de pères, de témoins des tragédies de l'histoire. Tellement obsédé par la Seconde Guerre mondiale au point d'avoir nommé son fils Emmanuel, en hommage à Berl, le philosophe.

À sa manière, Benamou s'est trouvé aujourd'hui.
Il est au service d'un président en qui il a cru voir «le Mendès France de sa génération». Le petit garçon né en Algérie, à Saïda, tient sa revanche. L'adolescent qui a passé une morne jeunesse à Nice, comme tant de rapatriés d'Afrique du Nord, en rêvant de monter à Paris, a réussi sa mue. Le jeune homme qui courait après Modiano dans la rue est désormais de ceux qui organisent pour le président de la République des rencontres avec des intellectuels. Avec habileté, il a su surfer sur la vague. Se servir de «ce culot teinté de timidité» que Philippe Tesson, le fondateur du Quotidien de Paris , a détecté tout de suite : «Une intelligence et une vivacité réelle , une ambition évidente dans le visage et le regard.» Mais aussi «des convictions idéologiques et éthiques souples» ; d'autres diraient «un opportunisme spectaculaire, fiévreux et une ambition démesurée». Indéniablement un e «vérité dans le personnage». Brice Couturier, l'un des fondateurs de Globe , se souvient de sa première rencontre avec cette «espèce de prophète aux cheveux bouclés» et de «sa vision manichéenne du monde comme de la France. Pour lui, il y a les Vichyssois et le reste du monde.» Il s'insurge contre cette image de girouette volontiers associée à Benamou : «Il a toujours été un libéral-libertaire. Libertaire pour les mœurs, libéral pour l'économie.»

Drôle de personnage à l'extraordinaire aplomb.
Convaincu d'avoir été appelé à l'Élysée pour son réformisme, il aime à se définir comme «marcblochien» (du nom de Marc Bloch, auteur de L'Étrange Défaite), évoque sa «très grande amitié avec Albert Cohen», ses relations de «petit-fils à grand-père» avec Mitterrand. Benamou ne craint pas d'enjoliver la réalité. De se mettre en scène. En 1985, il débarque sur le plateau d'«Apostrophes», une fois le générique de fin passé, outré par les propos racistes et antisémites de l'écrivain Marc-Édouard Nabe. Il le gifle. Et explique le lendemain son geste : «J'aurais volontiers, il y a 40 ou 50 ans de cela, cassé la figure au Céline de Bagatelles pour un massacre, au Rebatet des Décombres, à Brasillach aussi.» Vingt ans après, Benamou travaille pour un président dont l'auteur favori est Céline. Qu'ont-ils en commun ? Benamou assure connaître le président depuis les années 1990 et avoir, comme lui, été élevé dans l'amour de l'Amérique et de Clemenceau. Un amour allié à une fascination pour les grandes figures monarchiques, pour les Mitterrand, de Gaulle qui entretiennent une relation pratiquement barresienne avec la terre, le sang, les racines. «J'aime ça curieusement : la terre, la France, ses silences.»

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