Elisabeth :"L'instinct maternel n'existe pas" CONTRE ... Sylviane :"L'enfant devient une marchandise"

Histoire de la gauche caviar, Laurent Joffrin, Robert Laffont, Paris, 2006
2007, Airbus, Jean-Noël Forgeard, Présidentielle, intervention de Publicis
Elisabeth Badinter

Elisabeth Bleustein-Blanchet, épouse de Maître Robert Badinter, avocat, ancien ministre socialiste de la justice, sénateur socialiste.

Philosophe social-démocrate, fille et héritière (fortune de 621 millions d'euros selon le classement 2006 de "Challenges" n°44 du 13 juillet 2006 ; 680 millions d'euros selon le classement 2007 de "Challenges" n°88 du 19 juillet 2007) du célèbre fondateur de "Publicis" et "inventeur de la publicité en France", Marcel Bleustein-Blanchet (son autobiographie illustrée, La Traversée du siècle, Robert Laffont, Paris, 1994), madame Badinter est remarquablement représentative de la haute bourgeoisie juive libérale et républicaine.
Selon Madame Badinter, philosophe féministe "de gauche" très engagée, grande admiratrice de Simone de Beauvoir, l'instinct maternel n'existerait pas, et il n'y aurait qu'une différence de culture entre femme et homme. Ce point de vue est contesté par des scientifiques.
Très ouverte Madame Badinter prend la défense des femmes Afghanes victimes des islamistes, mais également de l'avortement, des prostituées et de la prostitution. Mais elle est hostile au voile islamique et critique volontiers ses consoeurs féministes.
Notamment L'Amour en plus : histoire de l'amour maternel, XVII;-XX? siècle, Flammarion, Paris 1980 ; L'un est l'autre, Odile Jacob, Paris, 1986 ; XY, De l'identité masculine, on ne nait pas homme, on le devient, Odile Jacob, Paris, 1992.

En 2003 : La Fausse route d'Elisabeth Badinter : une critique des mouvements ultra-féministes. Le 14 décembre 2003 à l'émission radiophonique d'Europe n°1 "C'est arrivé demain" elle approuve le rapport Stasi à propos des signes religieux ostensibles mais se prononce contre la discrimation positive, notamment évoquée par Me Nicolas Sarkosy à propos d'un futur, et éventuel, puis réel, préfet musulman, le préfet Dermouche.
La philosophe social-démocrate défend la mixité dans les lycées, y compris les lycées où les filles sont les victimes ciblées des "sauvageons".

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Aujourd'hui, plus d'une française sur deux travaillent hors de chez elles, et leurs motivations ont beaucoup évolué. A côté des motivations économiques traditionnelles figurent l'ambition et l'épanouissement personnel chez les plus favorisées, la recherche d'une vie sociale et la volonté de fuir la solitude du foyer chez d'autres.
Mais chez toutes, la motivation de leur activité professionnelle est liée au désir d'indépendance. Avant tout: ne pas être contraintes de vivre auprès d'un homme que l'on ne supporte plus et pouvoir retrouver sa liberté sans trop de dommage pour son niveau de vie. Il est certain que cette prise de conscience des femmes ainsi que leurs nouvelles attitudes sont de puissants moteurs pour l'accession à l'égalité des sexes. Et plus encore pour leur similitude.
Une prospective pour l'an 2000, in "Femmes et contre-pouvoirs" de Yolande Cohen, Boréal, Paris, 1987, p211.

2
La contraception et le droit à l'avortement ont radicalement changé notre conception de la maternité. Ni physiologiquement nécessaire, ni moralement obligatoire, la maternité n'est plus subie mais choisie. Elle devient donc contingente et volontaire, résultat d'une réflexion sur ses avantages et ses inconvénients. Et non plus laissée aux "hasards" de la nature.
Ibidem 1987 p.212.

3
Hommes et femmes sont amenés à développer et à extérioriser "l'autre partie" d'eux-mêmes que l'éducation de jadis se faisait un devoir de refouler. De plus en plus, les femmes sont tenues de jouer des rôles d'hommes et ceux-ci des rôles de femmes. La bisexualité originaire est de retour, balayant sur son passage l'inégalité et la stricte complémentarité des sexes.
Ibidem 1987 p.214.

4
Le terrorisme et la guérilla sont l'oeuvre des femmes aussi bien que des hommes, voir même souvent des enfants. L'image de femmes les armes à la main ne surprend plus personne. Ce qui montre à l'évidence que la guerre n'est plus l'apanage des hommes. L'action et la passivité n'appartiennent pas plus à un sexe qu'à un autre .
Ibidem 1987 p.215.

5
L'arrivée du troisième millénaire coïncide avec un extraordinaire renversement des rapports de forces. Non seulement le système patriarcal sera mort et enterré dans la plus grande partie de l'Occident industrialisé, mais on assistera à la naissance d'un nouveau déséquilibre dans le rapport des sexes, cette fois au bénéfice exclusif des femmes.
Ibidem 1987 p.216.

6
Enfermées chez elles, exclues de la société civile, interdites d'emploi, d'instruction et de soins, les Afghanes, humiliées et sans cesse menacées, sont les otages d'une des sectes les plus barbares parmi les barbares. Il est vrai que la politique discriminatoire menée par les talibans est largement dénoncée par les gouvernements étrangers ainsi que par les organisations intergouvernementales qui font ce qu'elles peuvent pour desserer l'étau. Mais les talibans, soutenus et financés par le Pakistan, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ne veulent rien entendre.
Il faut secourir les femmes afghanes, Le Monde, 23 novembre 2000, p. 16.

7
Outre les minorités ethniques déplacées et persécutées de toutes les manières, la population afghane vit sous la menace constante de peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants : conditions de détention effroyables, avec recours systématiques à la torture ; lapidation en cas d'adultère, amputation pour vol, flagellation pour consommation d'alcool ou délits sexuels mineurs, ensevelissement des homosexuels vivants, et tous ces châtiments infligés en public après des parodies de procès où la défense n'existe pas.
Ibidem, Le Monde 23 novembre 2000.

8
La passe de la prostituée occasionnelle ou la multiplicité des passes des professionnelles peuvent-elles être assimilées à une mutilation irréversible de leur corps ? Seules les prostituées sorties de la prostitution peuvent répondre à cette question. A supposer qu'elles répondent par l'affirmative - ce qui ne va pas de soi - un droit chèrement acquis depuis à peine trente ans appelle le respect de tous : la libre disposition de son corps. C'est au nom de ce principe-là que les femmes ont acquis le droit d'avorter. La banalisation de l'avortement ne doit pas faire oublier qu'il s'agit toujours d'une véritable mutilation. Mais, en dernier ressort, c'est la femme qui doit être maître de cette décision et non l'Etat. C'est également au nom de la libre disposition de son corps que nous devrons admettre un jour ou l'autre le droit des transsexuels à se faire opérer, c'est-à-dire à la castration. Des voix s'élèveront contre cette atteinte - définitive - à l'intégrité du corps, d'autres fustigeront ce délire des victimes que sont les transsexuels, mais là aussi, en dernier ressort, c'est à eux de choisir. Alors si une femme préfère gagner en deux nuits ce qu'elle ne gagnerait pas en un mois à l'usine, qui peut décider à sa place de l'utilisation de son corps ?
Rendons la parole aux prostituées, Le Monde, 31 juillet 2002, p. 11.

9
A ceux qui seraient tentés de prendre des mesures coercitives contre toute prostitution, nous voudrions rappeler le devoir de modestie et d'écoute qui caractérise la démocratie. Il est urgent d'entendre les prostituées. L'objectif à poursuivre n'est pas la légalisation de la morale, mais de venir en aide à celles qui veulent en sortir et de respecter les autres. Toute loi qui se ferait sans elles ou contre elles serait par avance frappée d'illégitimité.
Ibidem, Le Monde du 31 juillet 2002.

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Mars 2002 : Publicis dans le peloton de tête mondial
Maurice Lévy, président de Publicis, a surpris le monde de l'économie et de la publicité en mettant la main sur Bcom3, le septième groupe mondial de publicité. Son faible endettement, la maîtrise de son capital, lui ont permis de réaliser cette opération qui s'est faite par émission d'actions et d'obligations. A la tête du quatrième groupe mondial de publicité, Maurice Lévy détaille cette opération fondamentale pour son entreprise.

LE FIGARO. – A vos yeux, quel est l'élément le plus important de cette fusion ?
Maurice LÉVY. – C'est la transformation du paysage publicitaire mondial. Notre marché était jusqu'à présent dominé par trois groupes, cette fusion vient perturber leur jeu. Elle nous permet de jouer un rôle essentiel parmi les plus grands en nous donnant une force que n'ont pas les autres concurrents. Par ailleurs, l'accord avec Dentsu nous apporte sur le marché japonais une position unique.
Notre groupe, c'est désormais 4,6 milliards d'euros de marge brute, plus de 30 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 38 000 salariés. C'est une position de numéro un en Europe. C'est le troisième groupe américain et le deuxième groupe mondial en achat d'espace. C'est le doublement de notre chiffre d'affaires en Amérique latine et une augmentation de 66 % de nos activités en Asie-Pacifique. Ce sont des positions mondiales exceptionnelles et c'est aussi un portefeuille de marques considérable. Je pourrais continuer.

Qu'avez-vous accepté en échange pour prendre ces positions dominantes ?
Nous avons réussi à faire cette opération sans rien renier de notre culture, de nos racines tout en confortant la position d'Elisabeth Badinter, présidente du conseil de surveillance et garante de l'avenir de Publicis.

Pourtant, le groupe Dentsu, avec 15 %, devient un actionnaire de premier plan dans le capital de Publicis ?
Oui, Dentsu détenait près de 22 % du capital de Bcom3. Cette opération de fusion doit lui permettre d'entrer dans le capital de Publicis. Pour pouvoir comptabiliser cette participation, selon la méthode de mise en équivalence, il lui faut un niveau de 15 %. Ces 15 % s'accompagnent d'un pacte d'actionnaires de douze ans renouvelable, par lequel Dentsu s'engage à soutenir nos actions et nos choix managériaux. Il comprend un standstill qui leur fait obligation pendant vingt ans de limiter leur participation à 15 %. Il inclut un accord stratégique signé avec Publicis et un accord de cession préférentielle à Elisabeth Badinter ou à toute personne qu'elle désignera. Cet accord consolide la position de Mme Badinter et nous donne accès à un nouvel axe stratégique de développement au Japon.

Avez-vous été intéressé pour entrer dans le capital de Dentsu ?
La possibilité nous en a été offerte. Après l'avoir étudiée, nous avons décidé que cela nous apporterait peu et mobiliserait une grande partie de nos ressources.

Ne craignez-vous pas que le management de Dentsu fasse plus entendre sa voix chez Publicis que vous ne ferez entendre la vôtre chez eux ?
Dentsu est représenté au conseil de surveillance où ils auront deux membres sur quinze. Ils feront entendre leur voix comme tout actionnaire. Ni plus ni moins. Quant à nous, nous n'avons aucune intention d'intervenir chez eux.

En revanche, l'accord stratégique que nous avons signé avec eux a une portée considérable. Il s'agit d'envisager des développements importants sur trois plans :
– Nos clients vont pouvoir bénéficier d'un accès privilégié au Japon grâce à ce partenariat tout en étant assurés que leur stratégie sera bien respectée. Les clients de Dentsu pourront être servis par les réseaux du groupe Publicis.
– Nous envisageons de lancer des joint-ventures, notamment dans le domaine du marketing sportif, marché largement dominé par Dentsu sur le plan mondial, partenaire de la Fifa.
– Enfin, nous avons la possibilité d'offrir aux annonceurs mondiaux des contrats d'achat d'espace qui vont couvrir la totalité du monde, y compris le Japon. C'est un avantage compétitif décisif.
Il faut bien voir que l'aspect le plus important de ces accords, au-delà la dimension stratégique du partenariat avec Dentsu, est surtout le fait que Publicis, en acquérant 100 % du septième groupe mondial de publicité, se place dans le peloton de tête mondial.

Selon vous, combien de groupes mondiaux vont survivre à moyenne échéance ?

La taille atteinte par chacun de ces quatre groupes est telle que le fossé qui les sépare des autres est infranchissable.
Nous sommes deux fois plus gros qu'Havas, mais ce n'est pas là le vrai sujet. Cette course à la taille ne m'a jamais intéressé en tant que telle. Elle nous motive parce qu'elle apporte à nos clients un accès à de meilleures conditions, à un ensemble cohérent de services et des positions de leader.

Pour un annonceur mondial, qu'est-ce qui est le plus important : la création, l'achat d'espace, les marketing services?
Pour les clients mondiaux je serais tenté de dire que tout est fondamental, la meilleure couverture mondiale, l'approche de la communication qui permet le mieux de répondre aux besoins des annonceurs et, par conséquent, d'augmenter leurs parts de marché. La possibilité de communiquer de manière holistique, c'est-à-dire en utilisant tous les moyens de communication. Enfin, les annonceurs souhaitant conserver leurs agences, il faut pour cela qu'elles soient solides.

Maintenant que vous êtes un véritable groupe mondial, quel est le continent qui va être votre centre de préoccupations ?
Nous sommes français de naissance, européens de nature et mondiaux par vocation. Nous sommes attachés à nos racines et à l'héritage de Marcel Bleustein-Blanchet et nous croyons aux valeurs de l'entreprise, telles qu'elles nous ont été transmises au fil des ans. Le siège de Publicis est à Paris et les instances de gouvernance aussi. Et le resteront. Le marché américain représente 45 % du marché mondial, nous y avons une part importante puisque nous serons après cette opération le troisième groupe américain. Il est clair que les Etats-Unis vont jouer un rôle majeur dans notre stratégie mondiale. Il est clair aussi que le Japon va jouer un rôle primordial, mais rien de tout cela ne doit nous faire perdre de vue d'où nous venons et ce que la France nous a apporté pendant soixante-quinze ans.

Comment avez-vous pu convaincre des partenaires dont les intérêts pouvaient être contradictoires de s'associer à cette opération ?
Il a fallu d'abord convaincre Bcom3 qu'il était bon de se marier avec Publicis. Il a fallu convaincre Dentsu qu'il valait mieux détenir 15 % d'un ensemble plus grand que de réaliser une acquisition à 100 % de Bcom3, et ensuite il a fallu les persuader de les réunir pour bâtir un accord susceptible de redéfinir le paysage. Je dois dire que, sur un plan stratégique, tout le monde a été d'accord d'emblée et que les véritables difficultés ont commencé avec la mise en musique de ces accords. D'ailleurs, les discussions techniques se sont terminées à 3 heures du matin hier. Je crois que nous avons affaire à des hommes de très grande qualité, et c'est ce qui me donne une très grande confiance en l'avenir.

A propos, auriez-vous imaginé un jour que vous seriez à la tête du quatrième groupe mondial ?
Franchement, non. Mais je suis formidablement heureux parce que c'est le Publicis de Marcel Bleustein-Blanchet qui continue. C'est une belle victoire pour la France – pourquoi se priver d'un cocorico ? –, et puis cela me fait un petit chatouillis dans le creux de l'estomac.
lefigaro.fr, Propos recueillis par Emmanuel Schwartzenberg [08 mars 2002]

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(avril 2003, voile islamique) La philosophe Elisabeth Badinter réagit au débat : «Si on accepte cette symbolique, fini l'égalité des sexes»

Dans son dernier livre, Fausse route, la philosophe Elisabeth Badinter consacre un chapitre à ce qui reste pour elle «la première grande défaite de l'universalisme» : en 1989, sous l'événement apparemment anodin du port du foulard par des jeunes filles musulmanes, on a admis pour la première fois une différence de statut entre l'homme et la femme.

Selon vous, le voile n'est pas seulement un défi lancé à la laïcité traditionnelle, c'est aussi l'affirmation de devoirs spécifiques qui incombent à la femme en vertu de sa nature. Pourquoi ?
La symbolique du foulard est claire et, en 1989, beaucoup ont refusé d'ignorer la dimension de soumission pour n'y voir qu'un acte de liberté de quelques jeunes filles : la femme doit cacher ses cheveux pour ne pas susciter le désir des hommes. Il est le signal pour tous les hommes qui ne sont pas de sa famille qu'elle est intouchable, inabordable. Si elle ne le met pas, elle porte l'éventuelle responsabilité des violences sexuelles dont elle pourrait être victime, elle est considérée comme une pute potentielle. A priori, la femme est donc coupable de susciter des désirs impurs, alors que l'homme est innocenté de les éprouver. Si on laisse ces jeunes filles porter le voile à l'école au nom de la tolérance ou d'une pseudo-liberté, à quel titre refusera-t-on demain la burqa ? Il faut bien comprendre que, si on accepte cette symbolique du corps féminin conçu comme une menace diabolique, c'en est fini de l'égalité des sexes.

Vous accusez la République française d'avoir abandonné l'exigence d'égalité des sexes sur le territoire national et d'avoir adressé ce message: «Faites ce que vous voudrez de vos filles, ce n'est plus notre affaire.» En 1989, c'était un gouvernement de gauche, non ?
Qui a lâché les professeurs en leur demandant de s'en tenir à l'arrêt, mi-chèvre mi-chou, du Conseil d'Etat ? C'est la peur de la gauche d'être taxée de racisme et d'intolérance. C'était une époque où le discours sur le relativisme culturel commençait son essor. Il fallait respecter les coutumes de toutes les cultures, y compris selon certains, la polygamie et l'excision. Aujourd'hui, attaquer le voile, c'est s'exposer à la critique d'islamophobie : je réponds que les juifs, comme les musulmans et les catholiques, doivent respecter les lois de la République que sont la laïcité et l'égalité des sexes. Bien sûr, la kippa, contrairement au voile, n'exprime pas la soumission d'un sexe. Il doit y avoir un discours politique très ferme sur la laïcité et sur l'égalité des sexes qui est le thermomètre de l'avancée d'une démocratie. La République n'a pas seulement abandonné les quartiers en grande difficulté. En cédant aux pressions communautaristes, en faisant sienne la philosophie différentialiste, elle a laissé se développer un processus intolérable d'oppression des femmes.

Vous accusez également le féminisme officiel d'avoir abandonné les jeunes femmes des cités à leur sort.
Les conséquences de ce reniement de la part des politiques et des féministes n'ont jamais vraiment été tirées. Le foulard n'est que la partie visible de l'iceberg et, avec lui, une certaine conception de la jeune fille s'est trouvée légitimée dans les quartiers à majorité musulmane. Soit «putes», si elles entendent vivre comme le reste des Françaises, et elles s'exposent alors à la violence et à l'irrespect. Soit «soumises», si elles se soumettent à la loi des hommes qui les enferment dans la famille. Les jeunes femmes de «Ni putes, ni soumises» ne se reconnaissent absolument pas dans le seul discours féministe qu'elles ont pu connaître, celui de ces dix dernières années. Le débat sur la parité les concerne autant que les soldes chez Hermès. Elles récusent l'appellation de féministes alors qu'elles luttent vraiment pour l'égalité des sexes. Mais elles ont le dos au mur, elles demandent qu'on les aide concrètement à se battre contre le voile, elles ont bien perçu qu'il est lié à tout un système qui les exclut des libertés conquises par les femmes de ce pays : liberté sexuelle, liberté d'aller et venir, de se marier comme elles l'entendent. Il faut réaffirmer le droit pour toutes les femmes, et pas seulement pour les Françaises «de souche», de jouir de ces libertés. On ne doit pas accepter qu'il y ait deux traitements, et des territoires perdus de la République pour certaines femmes. Les féministes de tous bords doivent tenir un même discours, et que l'on n'entende plus comme en 1989 : «Taisez-vous, vous servez la soupe à Jean-Marie Le Pen.».
Libération, Par Blandine GROSJEAN, mercredi 23 avril 2003, p. 17

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(avril 2003) Le féminisme dans tous ses états
Le J'accuse d'Elisabeth Badinter

Dans Fausse Route (éd. Odile Jacob), la philosophe, qui fut une militante de la première heure, juge très sévèrement les dérives de celles qui prétendent défendre les femmes. Elle s'explique dans L'Express

C'est une petite bombe que lâche Elisabeth Badinter dans le conformisme tranquille où ronronne le féminisme français depuis quelques années. Halte-là, lance-t-elle, le féminisme français fait «fausse route» - c'est le titre du livre qu'elle publie ces jours-ci chez Odile Jacob. Non, les femmes ne sont pas toutes les victimes - passées, présentes ou à venir - des hommes. Non, les dissemblances entre les sexes ne sont pas plus grandes que leurs ressemblances. Non, insiste-t-elle, nous ne sommes pas une espèce fragile à protéger à grand renfort de quotas. Et de s'indigner contre l'imagerie doloriste dessinée par le lamento des féministes: «On s'intéresse moins à celle qui réalise des exploits qu'à la victime de la domination masculine, écrit-elle. La superwoman a mauvaise presse. Au mieux, c'est une exception à la règle, au pis, une privilégiée égoïste qui a rompu le pacte de solidarité avec ses sœurs souffrantes.»

Ce livre est un événement. Car, à 59 ans, Elisabeth Badinter est l'une des intellectuelles qui ont le plus ardemment construit l'édifice théorique dont se nourrit le féminisme français. Pendant trente ans, la philosophe a accompagné le combat militant du Mouvement de libération des femmes (MLF), sans appartenir à aucune de ses chapelles. Aujourd'hui, elle s'insurge contre son évolution. Ses «dérives», dit-elle.

A 59 ans, elle est l'une des intellectuelles qui ont le plus ardemment construit l'édifice théorique dont se nourrit le féminisme français. Au même moment, deux chercheurs - la juriste Marcela Iacub et le démographe Hervé Le Bras - s'attaquent au dernier texte sacré du féminisme: l'Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff). Réalisée en 2000, cette enquête est la première du genre et de cette ampleur dans notre pays et ses résultats ont été abondamment repris depuis deux ans. Il y est en particulier affirmé que 1 femme sur 10 déclare avoir subi des violences conjugales au cours des douze derniers mois. Or Hervé Le Bras et Marcela Iacub suggèrent que ses auteurs ont sacrifié la rigueur au militantisme, dans le but plus ou moins conscient de légitimer une idéologie «victimiste». Dans le prochain numéro de la revue Les Temps modernes, publié ces jours-ci, ils se livrent à un démontage de cette enquête, qui, déplorent-ils, «obtient ses résultats par une redéfinition préalable de ce qu'elle prétend mesurer, jouant du flou des mots pour épaissir celui des maux» (lire l'article). Les deux chercheurs s'interrogent: «Comment un tel travail a-t-il pu être mené dans le cadre d'une commande officielle?»

Ces petits arrangements avec la neutralité scientifique n'avaient pas échappé à Elisabeth Badinter. La posture victimiste n'est pas sa tasse de thé. Ce féminisme-là n'est pas celui dont elle avait rêvé quand, jeune agrégée de philosophie, elle pensait que des bagarres pour l'avortement et l'égalité allait émerger une génération de battantes. Trente ans plus tard, elle observe amèrement que les journaux féminins répugnent à célébrer à la Une l'exploit de la navigatrice Ellen MacArthur et préfèrent «policer la sexualité masculine» ou laisser exalter par des élues de tous bords cette croyance en l'«autre façon» de faire de la politique qui fait niaisement écho au mythe de l'éternel féminin. Son féminisme à elle est trempé dans la conviction forte que les déterminismes sexuels pèsent peu en regard de l'éducation: on est ce que l'on devient.

«Je suis devenue féministe en 1960 dans le bus de la ligne 82, en lisant Le Deuxième Sexe, et j'avais 16 ans. Ce fut une révélation.» De cette admiration «folle» pour la Simone de Beauvoir de sa jeunesse, elle a conservé aujourd'hui encore ce refus orgueilleux d'être réduite à sa «différence» sexuelle. A l'époque, pourtant, elle n'a guère de raisons personnelles de se rebeller contre la condition féminine. «Comme disait Tocqueville à propos de la Révolution française, ce sont toujours les plus privilégiés qui ne supportent pas la moindre injustice», sourit-elle. Fille cadette de Marcel Bleustein-Blanchet, auquel elle succédera, en 1996, à la présidence de Publicis, elle raconte que son père s'est beaucoup occupé d'elle et lui répétait: «Accroche-toi avec les ongles. Travaille, tu obtiendras ce que tu voudras. Dans la vie, tu ne dois te laisser faire par personne.» Marcel, fils d'un couple d'immigrés russo-polonais, avait quitté l'école communale à 12 ans pour aller aider son père au magasin de meubles du boulevard Barbès. «Mes parents n'avaient pas de fils, précise Elisabeth Badinter. Nous étions trois filles. Mon père était très convaincu de l'égalité des sexes. Et ma mère aussi, qui occupait un emploi au magazine Elle.»

Ce n'est pas la nature qui nous détermine
Elle va étudier la sociologie et la philosophie. Et se marier, à 22 ans. Avec Robert Badinter, qui deviendra garde des Sceaux sous Mitterrand et fera voter l'abolition de la peine de mort. Au moment où le MLF germe en France, Elisabeth pouponne. «J'ai eu trois enfants en trois ans et demi, entre 1966 et 1970, tout en passant le concours du Capes. Deux fois, j'ai accouché entre l'écrit et l'oral.» Elle le passe quatre fois et décroche ensuite l'agrégation de philosophie, en 1973. De quoi étayer ce qu'elle nomme son «culturalisme» - ce n'est pas la nature qui nous détermine, mais la culture.

Au début des années 1970, le féminisme bouillonne. Les filles du MLF clament que les femmes sont des hommes comme les autres. Soudain, tout paraît possible. «Je regardais le mouvement avec sympathie. Et je voyais que la vie de mère de famille, c'est compliqué.» Elle découvre concrètement que, contrairement à ce qu'elle croyait, il ne suffit pas d'offrir des poupées aux garçons et des pistolets aux filles pour qu'ils aient envie d'échanger les partitions et que les inégalités cessent. Elle applaudit quand les femmes obtiennent le droit à l'avortement et, sur le papier, un statut égal aux hommes dans la famille et au travail. Elle ignore les voix qui exaltent le féminisme écologique et les beautés de la différence. Tout en se passionnant pour le XVIIIe siècle et ses Lumières, elle publie en 1980 L'Amour en plus (Flammarion), où elle dynamite l'idée que l'instinct maternel est inné. En 1986, dans L'un est l'autre (Odile Jacob), elle ancre l'universalisme qui caractérise sa conception du féminisme. Puis, dans Paroles d'hommes (POL, 1989), et XY, de l'identité masculine (Odile Jacob, 1992), elle souligne le mal qu'ils ont à se faire mâles.

1992, c'est cette année-là que la première loi sur le harcèlement sexuel est votée: impliquant un lien hiérarchique, le nouveau délit ne sanctionne que les abus de pouvoir. La secrétaire d'Etat aux Droits des femmes, Véronique Neiertz, a résisté aux militantes de l'Association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), qui réclament une définition plus large du délit, incluant le harcèlement entre collègues ou même entre inconnus dans les lieux publics. «Le féminisme français bifurque dans ces années-là», affirme Elisabeth Badinter, qui regrette l'influence grandissante en Europe du radicalisme anglo-saxon. Comment pourrait-elle partager, par exemple, les accents haineux de ces féministes qui se recueillent chaque année sur les tombes des 14 étudiantes assassinées en 1989 à l'Ecole polytechnique de Montréal (Canada) par un cinglé dont elles font l'archétype du prédateur macho? Fausse route, là encore.

On devine parfois qu'elle aimerait bien se relâcher, contempler les arbres du jardin du Luxembourg, qu'elle domine de ses fenêtres, et lire à ses petits-enfants Le Voyage en Laponie de M. de Maupertuis, sa première fiction, joliment illustrée par Jacqueline Duhême et publiée ce mois-ci au Seuil jeunesse. Elle s'illumine et rit doucement, comme pour s'excuser. Puis elle se reprend, très droite sur sa chaise, presque doctorale: «Je suis soulagée de m'être décidée à dire ce que je retenais depuis plusieurs années… en attendant que quelqu'un le fasse.» Elle explique: «Ce n'est pas si facile d'aller contre l'idéologie dominante.»
par Jacqueline Remy, L'Express du 24/04/2003

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Elisabeth Badinter, philosophe, défend une école républicaine mixte: «On ne soigne pas la violence par la séparation des sexes»

Philosophe, féministe, auteure cette année de Fausse Route (éditions Odile Jacob), Elisabeth Badinter décortique les débats qui secouent l'école républicaine.

L'école de la république est attaquée de tous côtés : on questionne «les pièges de la mixité», on évoque un retour possible de l'uniforme... Les pratiques du passé sont-elles des solutions aux problèmes contemporains ?
C'est ridicule. Ces idées trahissent d'abord une absence absolue de principes et de valeurs auxquels on est attaché. Comme si on voulait revenir au paradis perdu en oubliant complètement qu'on en était sorti justement parce que c'était invivable. C'est terrible d'être amnésique à ce point. La société a changé, les hommes et les femmes aussi, mais on l'ignore, et on s'en remet à un pragmatisme ivre sans jamais penser aux effets pervers des pratiques du passé. Evidemment, il est beaucoup plus facile de lancer en l'air des recettes désuètes que de déclencher un plan d'urgence contre la violence sociale. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Pour résoudre les problèmes du voile, qui est un uniforme que je récuse, certains songeraient à lui substituer un autre uniforme. Beau progrès ! Belle solution ! Qu'on mette plutôt les vraies cartes sur la table.

La mixité à l'école s'est imposée sans réel projet politique, assure le sociologue Michel Fize. Partagez-vous cette analyse ?
Elle n'a pas fait débat parce que nous y étions tous prêts. Faut-il rappeler que c'est sous la plume de Condorcet, fin XVIIIe, qu'on a enfin pensé qu'il fallait éduquer les filles sur les mêmes bancs que les garçons. Il considérait alors les jeunes comme des êtres humains avant d'être des êtres sexués. Sans mixité, c'est-à-dire sans les mêmes enseignants, les mêmes manuels, le même programme, on arrive à des études spécifiques à chacun des deux sexes qui sont contraires au principe de l'égalité. Et les filles n'auront plus qu'à retourner apprendre la broderie dans des couvents. La mixité est devenue une évidence avec 68. Nanterre s'est mis en ébullition parce que les étudiants mâles et femelles ne pouvaient pas vivre leur vie sexuelle normalement. Et toute la problématique féministe s'explique par la volonté que les filles aient accès aux mêmes professions, aux mêmes pouvoirs que les hommes. Aujourd'hui, on peut regretter qu'il n'y ait pas plus de mixité dans le corps enseignant. Non seulement il n'y a pas trop de mixité à l'école, mais il n'y en a pas assez.

Si la mixité est un faux débat, que cache cet écran de fumée ?
En réalité, qui veut le retour de la non-mixité ? Personne. Ni les profs, ni les élèves, ni même les politiques, Luc Ferry l'a rappelé fermement. C'est une polémique fabriquée, un mauvais coup, lancés dans une grande confusion. On veut traiter un problème en s'attaquant aux effets, non aux causes. Qu'il y ait des problèmes de violences, c'est certain. Mais la violence est avant tout un problème social. Elle est importée à l'école. C'est une violence du dehors qui pénètre à l'intérieur des établissements. On ne peut pas soigner cette violence par la séparation des sexes. Dans ce projet, il y a une vision différentialiste, qu'on retrouve aux Etats-Unis et dans certains pays scandinaves. Elle est source de conflits, d'incompréhensions et de retour des stéréotypes. Prôner le différentialisme, c'est ouvrir la porte au communautarisme. Voyez à New York, la création de cette école pour jeunes homosexuels : parce que des jeunes se sentent mal à l'aise dans un milieu hétérosexuel, on les rassemble dans un même établissement... Réunir les gens en fonction de leurs différences sexuelles, c'est du communautarisme. Je me souviens de la polémique de 1989 sur le voile à l'école. Au prétexte de faire de la démocratie vivante, on s'est interdit de juger les différences culturelles et les coutumes, y compris la polygamie et l'excision ! La démocratie ne peut pas accepter le respect de tous les particularismes. Je ne dis pas que la mixité est la solution à tout. La seule entorse que je lui concède, c'est à l'occasion de l'éducation sexuelle. Il faut que les garçons et les filles puissent s'exprimer chacun de leur côté. Qu'il y ait la possibilité d'un entre-soi. C'est le seul domaine où je vois la nécessité de séparer filles et garçons.
Libération, Par Marie-Joëlle GROS, jeudi 18 septembre 2003, p. 3

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2007. Airbus. Présidentielle.
Les patrons exagèrent, les candidats en profitent
Challenges.fr | 19.04.2007, p. 14 par Anne-Marie Rocco et Héloïse Bolle et Jean-Pierre de la Roque et Odile Benyahia-Kouider

Présidentielle : Dernier excès en date, le chèque de départ d'EADS de Noël Forgeard permet aux politiques de brosser dans le sens du poil une opinion peu tendre pour ses grandes entreprises.

Les patrons exagèrent, les candidats en profitent

Une fois n'est pas coutume, les politiques en campagne électorale et les actionnaires privés d'une entreprise du Cac 40 ont été d'accord, l'espace d'un instant : Noël Forgeard, co-président d'EADS démissionné en juin 2006, ne devait pas toucher son chèque de départ de 8,5 millions d'euros ! Alors que le groupe aéronautique va endurer 5 milliards de pertes exceptionnelles et s'apprête à licencier 10 000 personnes d'ici à 2010, l'indemnité touchée par Noël Forgeard ne pouvait se justifier. Après les affaires Zacharias (Vinci), Messier (Vivendi) et Jaffré (Elf), elle n'allait qu'être un épisode supplémentaire de la grande incompréhension entre l'opinion et le monde des patrons.

Selon nos informations, Arnaud Lagardère, actionnaire français d'EADS, tout comme Manfred Bischoff, représentant de DaimlerChrysler au conseil d'administration du groupe aéronautique européen, souhaitaient que Forgeard fasse place nette sans se prévaloir de son parachute doré.

Le problème, c'est que le co-président d'EADS, lui, ne voulait pas du tout abandonner son poste, et que pour le licencier sans indemnité il fallait mettre en avant une « faute » de sa part. Bien entendu Forgeard aurait attaqué en justice, mettant en avant les déconvenues de l'A 380 dans l'usine de Hambourg qui lui avaient été cachées. On voit déjà le linge sale franco-allemand déballé devant les prud'hommes !

Séparation à l'amiable

Il n'en a pas fallu davantage pour que Thierry Breton, le ministre de l'Economie, impose un règlement négocié (point de vue contesté par le ministre Breton lui-même, notedt).

Les relations entre les actionnaires industriels et l'actionnaire public ont dès lors pris un tour tellement conflictuel qu'il a fallu faire appel à Maurice Lévy, président du directoire de Publicis, le médiateur des causes impossibles.

« Son rôle a consisté à convaincre Noël de partir, et à convaincre les actionnaires d'accepter une séparation à l'amiable, confie un proche du dossier. Et la seule solution intelligente consistait à assurer la bonne exécution du contrat. » Lequel prévoyait une indemnité de départ de 6,1 millions d'euros ainsi qu'une prime de non-concurrence de 2,4 millions lui interdisant de travailler dans le secteur aéronautique.

Et « le premier scandale, c'est que c'est légal ! » s'indigne Jean-François Knepper, délégué FO d'Airbus.

Ce contrat fut exécuté, dans la douleur. Car Noël Forgeard, vexé d'être démis de ses fonctions, exigeait encore plus d'argent, mettant en avant ses états de service à Airbus : quasiment dix ans aux manettes, une place de leader mondial, et des centaines d'avions dans le carnet de commandes.

Avec 8,5 millions d'euros de dédommagements, Forgeard n'a pas l'intention de rendre son indemnité. Son éviction n'est, pour lui, en rien comparable à celle de Pierre Bilger à Alstom, qui a préféré rembourser la quasi-totalité des 4 millions touchés lors de son départ forcé. Il est vrai que, même si les deux entreprises ont été confrontées à un sinistre comparable – de l'ordre de 5 milliards d'euros –, il a laissé Alstom au bord de la faillite, alors qu'EADS ne prévoit aucune difficulté financière, tout du moins avant 2010.

Il reste que l'affaire va contribuer à élargir le fossé entre les Français et les grandes entreprises. Tout comme le chèque de 5,7 millions attribué à Serge Tchuruk, PDG d'Alcatel durant onze années au parcours boursier chaotique – Alcatel ne vaut que 9 euros après avoir coté 13,80 euros à son entrée en fonctions –, et qui conserve le titre de président non exécutif, poste pour lequel il ne touchera pas de salaire. Ou comme la course aux dividendes, qui ont atteint pour les entreprises du Cac 40 des niveaux très élevés, alors que les augmentations salariales restent chiches.

Les grands actionnaires d'EADS auraient voulu que Forgeard parte sans se prévaloir de son parachute doré.

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Les candidats et le Cac 40
DIVIDENDES : Ce que disent les candidats

Nicolas Sarkozy : « Quand j'entends dire qu'un actionnaire, Daimler, demande des dividendes pour rémunérer son capital dans une entreprise qui fait 10 000 licenciements [Airbus. NDLR], je ne peux l'accepter. »

Ségolène Royal : « Une entreprise doit faire des profits, produire de la richesse, mais ce n'est pas qu'une machine à bénéfices et à dividendes. »

Olivier Besancenot : « Il faut une autre répartition des richesses, que tous ces profits soient utilisés pour augmenter les salaires. »

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SALAIRES DES PATRONS : Ce que disent les candidats

Ségolène Royal : « Il y a des dirigeants d'entreprise scandaleusement payés par les actionnaires et qui ne peuvent après résister à la tentation de plans de licenciements boursiers. »

Philippe de Villiers : « Nous souhaitons que l'écart soit réduit entre les petits salaires et les salaires des patrons. »

Olivier Besancenot : « Une fois de plus, le grands patrons s'en mettent plein les poches. »
Challenges.fr | 19.04.2007, p. 14 par Anne-Marie Rocco et Héloïse Bolle et Jean-Pierre de la Roque et Odile Benyahia-Kouider

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«L’instinct maternel n’existe pas »
Recueilli par C.R. Libération QUOTIDIEN : jeudi 26 juin 2008

Elisabeth Badinter. Philosophe et écrivaine, spécialiste du siècle des Lumières, elle interroge sans cesse la place de la femme dans la société ou le rôle du féminisme, comme dans Fausse Route, et se montre très vigilante sur la laïcité. Elle a été auditionnée par le groupe de travail du Sénat.

Quelle est votre position sur la gestation pour autrui ?

Je suis pour sa légalisation en France et pour une harmonisation européenne, donc favorable à l’initiative du Sénat. Si l’on croit à un instinct maternel qui empêcherait une femme enceinte de se détacher du fœtus qu’elle porte, alors cette loi peut être rejetée. Ce n’est pas mon cas. Je pense qu’on peut porter un enfant sans faire de projet, sans fantasmer, sans «tricoter» une relation avec lui. Voyez l’avortement. A ce moment-là, la gestation pour autrui (GPA) peut être autorisée à certaines conditions.

Si on porte un enfant pour un couple qui ne peut en avoir, comme une action tout à fait extraordinaire et belle, cela ne me choque pas du tout. Mais je pense qu’il faut accepter un droit au remords, comme dans la loi anglaise. Une femme de bonne foi au départ peut être jouée par son inconscient et se dire après l’accouchement : «Je veux le garder.» Il faut alors le prendre en compte. Mais l’expérience montre que les rétractations sont rarissimes.

Que répondez-vous à l’argument de la marchandisation du corps ?

C’est effectivement le deuxième argument contre la GPA. L’exemple américain peut nous amener à penser qu’il s’agit là d’une mercantilisation inappropriée du corps de la femme. Mais je pense qu’on peut y mettre des barrières. En fait, cela rend une loi et un encadrement encore plus nécessaires. Sur le modèle anglais, avec un accompagnement psychologique de la mère porteuse, un assentiment du juge, un renforcement du comité d’éthique, tous ces instruments qui n’existent pas dans les situations où l’on retrouve des scandales. La légalisation est justement un moyen d’empêcher les dérives, comme les agences d’intermédiaires.

Il ne faut pas que des femmes se retrouvent à donner leur ventre, comme d’autres donnent un rein, pour manger. Encore une fois, tout cela plaide pour une loi. Quand j’ai été auditionnée par le Sénat, c’est ce que j’ai dit. Permettre à une femme qui n’a pas d’utérus et qui ne peut porter un enfant d’en avoir un, cela va résoudre des situations intenables pour des couples.

La mère est-elle celle qui accouche ?

Aujourd’hui, il y a une dissociation, un éclatement du processus maternel et donc je réponds que la mère est celle qui élève l’enfant. De même que j’ai toujours pensé que le père était celui qui élevait l’enfant, pas le géniteur.

Etre favorable à la gestation pour autrui, est-ce une position féministe ?

Je ne me suis pas posé la question en ces termes. Pour moi, c’est une question d’humanité. C’est une position féministe à mes yeux car j’ai toujours défendu l’idée que l’instinct maternel n’existe pas. Tout amour est construction. C’est l’un des acquis du féminisme.

C’est pour ça que je suis à l’aise avec la question de l’avortement : une femme peut être enceinte, peut avorter et ne rien ressentir, sans être une salope.
On peut ne pas vouloir un enfant, ni les trente années d’éducation qui suivent.
Une femme peut aimer être enceinte, et je la comprends, mais sans avoir envie d’assumer un enfant.
J’espère que certaines d’entre elles pourront aider les couples qui ne peuvent pas avoir d’enfant.
Il faut le faire à la canadienne, à l’anglaise, avec un accompagnement de la mère porteuse. Les parents peuvent fantasmer autour de son ventre. Elle, non, elle ne réfléchit pas à quel prénom elle va donner, elle porte l’enfant pour un autre couple.

Quels critères, quels garde-fous ?

Il faut absolument que la gestatrice ne soit pas étudiante, qu’elle ne soit pas une femme fragile et qu’elle soit déjà mère elle-même, tout cela est très important : il ne faut pas que les femmes dans la misère soient tentées. Pour autant, je suis favorable à un dédommagement et que cela soit assumé par une autorité officielle. Il faut prendre en compte l’arrêt de travail, les examens… Cela me semble légitime. Mais il faut que ce soit le même prix pour tout le monde.

Selon vous, les couples d’homosexuels devraient-ils aussi être éligibles ?

Avec le temps, on ira vers un élargissement. Mais je pense de façon très pragmatique qu’il faut peut-être d’abord le réserver aux femmes qui n’ont pas d’utérus. Après, cela pourrait être ouvert aux couples homosexuels. En revanche, je pense que cela ne doit pas être accessible aux femmes qui ne désirent pas porter un enfant (si elles le peuvent).

On vit tous avec l’idée que la famille traditionnelle, hétérosexuelle, est ce qu’il y a de mieux pour les enfants. Mais nous qui vivons dans ces familles, nous n’avons aucune leçon à donner aux autres, aux parents d’enfants qui sont conçus différemment. Les familles traditionnelles ont fait beaucoup de névroses, de chagrins et de ratages. Avoir des enfants dans d’autres conditions, cela n’est pas plus risqué.
http://www.liberation.fr/actualite/societe/334908.FR.php

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