Paul Ariès

Enseignant-chercheur en sciences politiques à l'Université de Lyon. Anti-libéral.
Auteur de nombreux ouvrages sur les sectes et la consommation, notamment, dont La fin des mangeurs, Desclée de Brouwer, Paris, 1997.

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Question : Dans La Fin des mangeurs, vous présentez les grandes surfaces comme des temples de la consommation. Carrefour, Auchan et compagnie seraient de nouvelles églises ?
Réponse : En quelque sorte, oui. Le supermarché a remplacé les églises et les cathédrales. On va à l'office hebdomadaire en allant faire ses courses. En 1997, quand j'ai écrit ce livre, je pensais notre rapport aux grandes surfaces en terme de religion de la consommation. Une religion populaire. Les gens revendiquant l'accès à ce nouveau culte tard le soir et même le dimanche. Aujourd'hui, en regardant les évolutions rapides de la société, je pense qu'il faut plutôt parler d'identification.
Interview, "Le marché génère de la violence", Politis, 13 janvier 2000, p. 24.

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Le problème dans les banlieues, c'est que les jeunes sont trop intégrés à la société de consommation. Il n'y a pas plus consommateur qu'un jeune de banlieue. Les valeurs sociales qui font dire à ces jeunes : "J'existe" sont celles du marché puisqu'ils n'ont pas la possibilité de choisir une autre identification possible. L'enfant et l'ado sont directement sous le contrôle des marques....
Qu'est-ce que cela peut engendrer dans les relations sociales ?
Le marché est générateur d'une violence infinie pour celui qui ne peut pas consommer. L'apartheid commercial produit de la frustration. Qu'est-ce qui est générateur de la violence à l'école sinon les marques, le racket sur les marques ?
Ibidem.

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