Yves Marc Ajchenbaum et Jocelyne Lenglet-Ajchenbaum. Yves Marc Ajchenbaum est journaliste et responsable du courrier des lecteurs du journal Le Monde. Jocelyne Lenglet enseigne l'histoire dans un collège parisien.

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Pendant deux siècles, les communautés juives ont à la fois cherché à s'enraciner dans la société environnante, tout en craignant que cette volonté de citoyenneté à part entière aboutisse à la disparition par assimilation de la culture juive.
Pendant deux siècles, et quels que soient les continents, la société non juive a, selon les époques et les régions, accueilli les mondes juifs ou les a rejetés.
Cette expérience historique collective a façonné une vision de l'avenir basée sur l'incertain, sur la nécessité d'être sur "ses gardes", de s'attendre au pire et donc de maintenir une certaine distance par rapport au monde, tout en participant intensément et avec passion à sa transformation.

Le sionisme a tenté, en formant un Etat-nation hébreu, de transformer les judaïsmes en une unité cohérente, en une société assurée de son avenir ; il a voulu normaliser les Juifs en les dotant d'un territoire et d'un Etat.
Mais ce faisant, il s'est condamné à vivre avec ce "péché originel" de disposer d'une terre que d'autres tenaient pour leur, et a échoué dans sa volonté de rassembler l'ensemble des mondes juifs.
Depuis quelques décennies, il assiste à la renaissance des judaïsmes diasporiques.
Les judaïsmes, Gallimard, Le Monde actuel, Paris 2000, p. 273-274.

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A une époque où l'individualisme est triomphant, le Juif de nos sociétés contemporaines, toujours très perméable aux idées environnantes, est en train de repenser sa relation avec la communauté. Il ne se reconnaît pas toujours dans les définitions classiques (religion, nation) ; il peut même se montrer indifférent à la règle d'appartenance au judaïsme fixée par la tradition : loin de considérer qu'il est juif parce qu'une mère juive l'a enfanté, il peut choisir de se reconnaître comme tel en dehors des règles orthodoxes de la filaition et construire sa propre judéïté.
Au sein du judaïsme comme ailleurs, la subjectivité de l'individu impose son primat aux règles du groupe. Une telle atomisation présente un grand risque, mais cette tendance est actuellement compensée par une farouche revendication de vivre en Juif - une volonté, un acharnement pourrait-on dire - à la mesure de l'entreprise d'extermination dont fut victime une génération.
Ibidem, p. 274.

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