29 mars 2012 : Le riche parfumeur condamné à 6.000 euros
17 octobre 2010 : Un célèbre parfumeur blanc mis en cause par la journaliste non-blanche Audrey Pulvar
17 juillet 2008 : Le célèbre dessinateur d'ultra-gauche Siné jugé antisémite par Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, à la demande de la famille Sarkozy ; plainte pour diffamation
21/25 juin 2008 : Fête de la musique : violente agression contre un jeune juif : antisémitisme par "incidence" dans un contexte d'affrontements intercommunautaires (blacks-muslims/whites-jews ?)
3 juin 2008 : B.B. échappe à la prison. Elle réclamait que les animaux tués par les musulmans lors de l'Aïd el-Kebir soient étourdis avant d'être saignés. 15 000 euros d'amende.
20 mai 2008 : Des progroms à Johannesburg, des Zoulous massacrent les immigrants
15 avril 2008 : Brigitte Bardot, cinquième procès : elle a écrit que l'Islam impose sa Loi, prison demandée.
12 janvier 2007 : Pascal Sevran, fils d'immigré et homosexuel, n'est pas raciste, disent ses amis notables
02 janvier 2007 : Le cochon n'est pas raciste, Bertrand Delanoë (maire socialiste de Paris) proteste ... le Conseil d'Etat lui donne raison ...
07 décembre 2006 : Le CRAN demande le licenciement de Pascal Sevran, l'ancien grand admirateur de François Mitterrand qui maintenant soutient Nicolas Sarkozy ... qui dit que l'Afrique est victime d'une prolifération démographique ; le Niger porte plainte ; Pascal en reportage en Afrique pour voir ;
07 octobre 2006 : Le modèle britannique en question
08 mars 2006 : Racisme anti-blanc aux Antilles, une mise en accusation
27 février 2006 : Interrogé par i Télé, en prison à Abidjan, Fofana nie
26 février 2006 : Nicolas Sarkozy, Lionel Jospin, l'écrivain Marek Halter, le cardinal Jean-Marie Lustiger, le président de SOS Racisme Dominique Sopo, le président de l'UDF François Bayrou, le président du Crif, Roger Cukierman, l'ancienne ministre Simone Veil, la députée UMP Françoise de Panafieu et le Premier secrétaire du PS François Hollande, ainsi que de nombreux politiques, et religieux, manifestent, avec quelques dizaines de milliers de personnes, contre le racisme de la République à la Nation ; Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, exclu de la tête de la manifestation par les membres du service d'ordre d'SOS racisme et de la Licra, dénonce le sectarisme dont il est victime : Maître Robert Badinter: il faut "combattre toutes les formes du racisme ordinaire" ; dérapages en fin de manifestation ...
24 février 2006 : Le maire de Londres, suspendu pour avoir comparé un journaliste juif à un garde de camp de concentration nazi, refuse de s'excuser
23 février 2006 : Les dirigeants politiques et religieux avec la communauté juive à la Grande Synagoque de la Victoire
Février 2006 : Dérives à la Nation lors d'un hommage à Ilan Halimi ; le chef des barbares arrêté en Côte-d'Ivoire ; les juifs et l'argent, un préjugé ? ; un gendarme blanc et des réactions anti-blancs ;
Mars 2005 : La Marseillaise huée par 43.000 Israéliens
Juif et noir
Les agresseurs de Dieudonné condamnés
Aaargh attaqué
13 décembre 2004 : Provocation à la haine raciale pour la télévision pro-palestinienne El-Manar
13 février 2004 : A la veille des élections territoriales inéligibilité requise contre Jean-Marie Le Pen
pour provocation à la haine raciale
11 février 2004 : Dieudonné boycoté
23 janvier 2004 : Dieudonné mis en examen pour avoir invité à rejoindre "l'axe du Bien, l'axe americano-sioniste"
14 novembre 2003 : Mouloud Aouit agressé
06 novembre 2003 : Dieudonné relaxé
23 juin 2003 : Scandale en Allemagne ?
12 mai 2003 : Brigitte Bardot mise en cause
03 février 2003. La loi Lellouche visant à aggraver les peines punissant les infractions à caractère raciste, antisémite ou xénophobe
18 décembre 2002. Ces Indiens qui voient rouge
10 décembre 2002. La proposition de loi anti-judéophobe de Pierre Lellouche et Jacques Barrot (UMP chiraquienne), un complément à la loi Gayssot (PCF)
06 décembre 2002. La RATP discrimine en faveur des étrangers non européens

21 novembre 2002. Le Moulin Rouge condamné pour discrimination raciale
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné l'association gérant le personnel du Moulin Rouge à 10.000 euros d'amende pour "discrimination raciale à l'embauche".

L'affaire servira-t-elle d'exemple ? Son refus d'embaucher des Noirs pour servir la clientèle a valu vendredi à l'association du bal du Moulin Rouge une condamnation à 10.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Paris. La secrétaire de cette association qui gère le personnel du restaurant a pour sa part été condamnée pour complicité à "cent jours-amende à 30 euros", ce qui signifie que si elle ne paie pas 3.000 euros d'amende dans un délai de cent jours, elle pourrait effectuer 50 jours de prison.

Le Sénégalais Abdoulaye Marega, 22 ans, dont la candidature comme serveur avait été rejetée en raison de sa couleur de peau, a obtenu 4.500 euros de dommages-intérêts et SOS-Racisme a obtenu 2.300 euros. "4.500 euros, c'est considérable car on est habitué dans ce genre d'affaires à recevoir 150 euros", s'est réjoui Me Dominique Tricaud à l'énoncé du jugement, évoquant notamment la condamnation, le 14 novembre, par une autre chambre du tribunal, d'une gérante d'hôtel qui refusait également d'embaucher des Noirs.

Le Tribunal a ajouté que ce jugement devait être publié dans les quotidiens Le Parisien et Le Monde mais il a rejeté la demande d'affichage du jugement à la porte de l'établissement.

"Eventuellement en cuisine"

M. Marega avait vu sa candidature rejetée fin 2000 au motif qu'il ne parlait pas anglais ni espagnol, ce qui était indispensable pour être au contact de la clientèle. Mais Mme Beuzit avait ensuite expliqué à la mission locale pour l'emploi que l'association "ne recrute pas de gens de couleur en salle, éventuellement en cuisine".

SOS-Racisme avait ensuite organisé au début de l'année 2001 une opération de "testing" au cours de laquelle ces propos avaient été réitérés, tandis qu'un reportage de télévision tourné avec une caméra cachée montrait exclusivement des serveurs blancs.

Le rapport d'une inspectrice du travail soulignait que la totalité du personnel en cuisine était d'origine africaine, et 97 % de celui en salle était d'origine européenne. Pour l'accusation, il s'agissait du résultat de la philosophie appliquée par le cabaret du boulevard de Clichy. Ce qu'avait vivement nié à l'audience le président de l'association, employé du Moulin Rouge depuis 40 ans, André Poussimour : "Je n'ai pas vu cette personne moi-même. Mais du racisme, je n'en ai jamais fait, je ne suis pas raciste", avait-il dit en expliquant que si en 40 ans, le Moulin Rouge n'avait pas engagé un serveur noir c'est qu' "aucun candidat noir ne s'est jamais présenté".
tf1.fr, Mis en ligne le 22 novembre 2002

----

La RATP, première entreprise publique à embaucher des étrangers

La décision de ne plus réserver les 45 000 emplois des transports parisiens aux Français et aux ressortissants de l'Union européenne est mal acceptée par certains syndicats. D'autres entreprises de même statut, comme la SNCF, ne semblent pas pressées de suivre l'exemple. C'est une première dans une entreprise publique française. La RATP a confirmé, mercredi 4 décembre, qu'elle avait décidé d'ouvrir ses emplois statutaires à toutes les nationalités dans le cadre de la lutte contre les discriminations (Le Monde du 5 décembre). Jusqu'à présent, à l'instar de 5,2 millions d'emplois dans les administrations et les entreprises publiques, les 45 000 postes de la RATP n'étaient ouverts qu'aux personnes de nationalité française et aux ressortissants de l'Union européenne.

L'élargissement de l'embauche à toutes les nationalités dans l'entreprise parisienne de transports, entrée formellement en vigueur dès septembre, est un processus qui a pris beaucoup de temps car il nécessitait une modification de l'article 9 du statut du personnel. "Ces nouveaux statuts ont été arrêtés au mois de mars après consultation des organisations syndicales et plusieurs réunions de la commission mixte du statut", explique Josette Théophile, directrice générale adjointe de la RATP chargée des ressources humaines. "Cette démarche ne correspond pas à une nécessité de recrutement : nous n'avons aucune pénurie de demande d'emplois. C'est plutôt une politique d'ouverture sur la cité, précise Mme Théophile. Nous considérons que le transport est un facteur d'intégration dans la ville. Nous souhaitons que nos agents ressemblent de plus en plus aux voyageurs qu'ils transportent." En septembre, après la concertation, l'élargissement des embauches à la RATP a été avalisée par le ministre des transports, Gilles de Robien.

Cette mesure a toutefois été diversement accueillie par les organisations syndicales. Tandis que la CFDT et les autonomes ont approuvé la réforme, la CGT, syndicat majoritaire à la RATP, s'est abstenue de voter, "pas sur le fond" précise Gérard Lebœuf secrétaire général de l'union syndicale RATP-CGT mais "sur la forme". En effet, explique-t-il, son organisation n'a jamais eu connaissance des travaux réalisés par le groupe de travail interministériel qui ont précédé le vote à la RATP. "Il est évident qu'on ne saurait être opposé à cette démarche, pour peu qu'elle se fasse dans le respect des conventions collectives", ajoute M. Lebœuf.

Le respect de la convention collective et le maintien des critères d'embauche ont été au cœur des préoccupations syndicales. Seules deux organisations, les indépendants et la CFTC, se sont opposées à l'élargissement aux non-nationaux. Dans une déclaration rapportée par l'Agence France-Presse, Thierry Leroy, secrétaire général de la CFTC-RATP, a expliqué que son syndicat exigeait le critère de réciprocité. "On ne voit pas pourquoi on pourrait embaucher des Américains, des Canadiens ou des Suisses alors qu'eux ne le font pas", déplorait M. Leroy tout en dénonçant une " décision politiquement correcte prise par Jean-Paul Bailly [le prédécesseur d'Anne-Marie Idrac à la présidence de la RATP] et le gouvernement d'avant". Et de poursuivre : "La RATP est l'ambassadrice de Paris. En supposant qu'on ait une majorité de personnel asiatique ou africain, ça ne représenterait plus l'image de Paris."

Du côté de la direction, les bonnes raisons d'avoir favorisé cette ouverture sont nombreuses. "La RATP organise de nombreuses rencontres sur le terrain, dans les banlieues, dans les écoles, pour mieux faire connaître l'entreprise, explique Josette Théophile. Imaginez le désarroi des élèves qui se voient opposer une fin de non-recevoir sur un éventuel emploi à la RATP n'étant ni Français, ni ressortissant de l'Union européenne !"

Martine Billard, députée (Verts) de Paris, a estimé de son côté que la RATP était, en décidant de supprimer toute condition de nationalité pour les embauches, "sur la bonne ligne". "Il s'agit d'une grande première pour une entreprise publique", a affirmé Mme Billard dans un communiqué, en plaidant pour l'extension de cette mesure à d'autres structures publiques, et "notamment à la SNCF". Les députés Verts souhaitent l'ouverture des emplois publics à tous les étrangers y compris dans la fonction publique, "pour les postes ne relevant pas de l'exercice de la souveraineté de l'Etat ou de la participation directe ou indirecte à l'exercice des prérogatives de puissance publique", a poursuivi Mme Billard.

De fait, une réflexion identique avait été engagée à la SNCF pour savoir si l'abandon de la clause de nationalité était envisageable mais elle n'a pas été poursuivie. Depuis 1992, la SNCF embauche des ressortissants de l'Union européenne. Aujourd'hui, l'entreprise recrute, ambition européenne oblige, unetrentaine de cadres par an dans les pays de l'Union, "ce qui a nécéssité une mise en équivalence des diplomes, et l'obtention d'un extrait de casier judiciaire", précise Pierre Izard, chargé des ressources humaines dans l'entreprise publique. Pour ce qui concerne l'embauche des non-Européens, la SNCF emploie environ 800 personnes, qui font partie de ses 5 000 salariés travaillant avec un contrat de droit commun sur un total de 180 000 personnes. Si une ouverture devait se faire, à l'image de ce qui a été réalisé à la RATP, une modification du statut serait nécessaire et une commision mixte réunissant les organisations syndicales, la direction et les représentants du ministère des transports devrait siéger. Cela étant, la SNCF n'a pas la même problématique à l'égard de la cité que celle rencontrée par la RATP : la SNCF n'entre pas profondément dans les villes et le besoin de proximité communautaire comme celui que recherche la RATP se justifie moins, juge un observateur.

Chez Air France, comme dans les autres entreprises publiques, les ressortissants d'autres pays que ceux de l'Union européenne peuvent être embauchés dans le cadre d'un contrat de droit commun qui, bien sûr, ne leur confère pas le statut de l'entreprise. Air France, par exemple, emploie des personnels navigants commerciaux de nationalité japonaise. Mais compte tenu de la prochaine privatisation de la compagnie aérienne, cette ouverture de l'embauche à toutes les nationalités ne devrait pas faire débat.
François Bostnavaron, LE MONDE | 05.12.02 | 12h04, MIS A JOUR LE 05.12.02 | 15h41

--------------------------------------------------------------------------------

Le lent progrès des droits sociaux des étrangers

Syndicats.
La loi du 21 mars 1884 a autorisé les étrangers à adhérer aux syndicats mais leur déniait le droit d'y exercer des responsabilités. Ce n'est qu'à partir de juillet 1975 qu'ils peuvent devenir délégué syndical et accéder à des postes de direction. Enfin, depuis la loi du 28 octobre 1982, l'accès à ces fonctions se fait dans les mêmes conditions, que l'on soit français ou étranger.

Représentation.
Les étrangers participent aux élections des délégués du personnel et des membres du comité d'entreprise depuis 1946, mais ne sont éligibles que depuis la loi de 1975.

Associations.
A l'origine, la loi de 1901 qui régit le droit d'association n'avait fait aucune distinction entre Français et étrangers. C'est le gouvernement Daladier qui, en avril 1939, a obligé par un décret-loi les étrangers désirant créer une association à en demander l'autorisation au ministère de l'intérieur. En octobre 1981, François Mitterrand a abrogé ces dispositions restrictives.
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.12.02

------

(Après, notamment, les attentats de 2001-2002 contre des synagogues, consécutifs à la politique du gouvernement d'Ariel Sharon à l'égard des Palestiniens, une proposition de loi contre les actes judéophobes. Le MRAP s'interroge ...)

Un arsenal législatif souvent renforcé, mais à l'efficacité limitée
Les députés ont débattu, mardi 10 décembre (2002), d'une proposition de loi de Pierre Lellouche et de Jacques Barrot (UMP) qui fait des "motivations racistes" une circonstance aggravante de certaines infractions graves. Le texte, conçu pendant la vague d'agressions antisémites, est contesté par le MRAP.

Pour sa première "niche" parlementaire, l'UMP a choisi de présenter à l'Assemblée nationale, mardi 10 décembre, une proposition de loi qui a toutes les chances d'être consensuelle. Pierre Lellouche, député (UMP) de Paris, a défendu un texte visant à "aggraver les peines punissant les infractions à caractère raciste, antisémite et xénophobe" . La proposition constitue une petite révolution juridique dans la législation antiraciste française, intégrée, pour l'essentiel, depuis 1972, dans la loi sur la presse et destinée à réprimer la diffamation, l'injure et la " provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence" raciste.

La proposition Lellouche intervient au cœur du code pénal : elle prévoit que les "motivations racistes" de l'auteur de certains crimes et délits (meurtre, actes de torture, violences, destruction ou dégradation d'un bien) constituent une "circonstance aggravante" justifiant des peines aggravées. Cette "circonstance aggravante" est constituée, dispose le texte, "lorsque l'infraction est précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, images, objets ou actes de toute nature portant atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée." Ainsi, la proposition prévoit de porter de quinze à vingt ans de prison la peine pouvant être infligée à l'auteur de "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner" . Selon la même logique, le texte prévoit des peines aggravées pour l'auteur de la destruction ou de la dégradation d'un bien si ces infractions sont commises en raison de l'appartenance ethnique, raciale ou religieuse "de la personne propriétaire ou utilisatrice du bien". Limitée à la répression d'une partie de la réalité du racisme - les violences physiques et matérielles -, la proposition ne traite pas des discriminations raciales ni des agressions homophobes, qui, assure M. Lellouche dans son rapport, doivent faire l'objet de projets de textes distincts.

Adoptée à l'unanimité en commission des lois, mercredi 4 décembre, sa proposition de loi n'a guère soulevé plus de difficultés en séance publique. Pourtant, derrière cette apparente communion de la représentation nationale, c'est l'histoire d'une fracture exacerbée que raconte ce texte.

QUERELLE DE CHIFFRES

C'est en effet à l'automne 2001 que l'initiative a commencé à prendre corps, et M. Lellouche à s'en faire le prosélyte. L'onde de choc du 11 septembre - les attentats de New York - continue de se propager. Malgré les exhortations des autorités politiques et religieuses, des tensions intercommunautaires affleurent. Tensions et repli, craintes et suspicions. Des altercations sont signalées, des graffitis sur des lieux de culte, d'enseignement ou associatifs. Suffisamment, en tout cas, pour que des associations de la communauté juive évoquent "un climat de haine" et pour alimenter la rumeur et les mises en garde. L'incendie, le 28 octobre 2001, à Marseille, d'une école maternelle juive, accompagné de l'inscription sur le bâtiment principal de slogans proclamant "Ben Laden vaincra" ou "mort aux juifs", embrase aussi les émotions.

Une pétition est mise en circulation sur plusieurs sites Internet, à l'initiative, notamment, du Forum citoyen juif, animé par le docteur Simon Kouhana : on y dénonce le "silence assourdissant -qui- a entouré la plus grande vague de violences antijuives depuis la Shoah". Le texte réclame l'adoption d'une loi. Les responsables du Conseil représentatif des institutions juives en France (CRIF) multiplient les démarches auprès du chef de l'Etat, Jacques Chirac, et du premier ministre, Lionel Jospin. Ils demandent des mesures de protection.

Après les attaques de synagogues, au printemps 2002, à Lyon, Marseille et Strasbourg, la question devient même un enjeu de l'avant-présidentielle. Mais le fossé s'est creusé. Aujourd'hui encore, M. Cukierman déplore : "Nous n'avons pas été entendus. Nous avons très mal vécu la surdité des pouvoirs publics de l'époque." Sous la houlette de M. Lellouche, des responsables de l'opposition d'alors, devenus depuis majoritaires, et des associations communautaires travaillent à un texte de loi. Des chiffres alarmants supposés recenser les agressions à caractère antisémite sont publiés par différentes associations juives. De son côté, la Commission nationale consultative des droits de l'homme, dans son rapport 2001, distingue, dans la même année, 38 actions violentes racistes et xénophobes et 29 actions violentes antisémites. Elle rappelle qu'au cours des dix dernières années le nombre total des premières s'élève à 497 et les secondes à 233. Pour M. Kouhana, cette querelle de chiffres illustre la "dénégation" dont continue d'être victime la communauté juive et participe du "complot" dont elle serait la cible.

"UN TEXTE DE CIRCONSTANCE"

En présentant cette proposition de loi qui porte son nom et celui de Jacques Barrot, président du groupe UMP de l'Assemblée nationale, M. Lellouche n'ignore pas qu'elle est l'émanation de ce contexte particulier.

C'est précisément ce que lui reproche le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), qui redoute "un texte de circonstance" . Le président de SOS-Racisme, Malek Boutih, qui était invité, jeudi 5 décembre, au colloque organisé par M. Lellouche à l'Assemblée nationale, reconnaît pour sa part "un antisémitisme du pauvre, qui est l'exutoire de la crise". Il ajoute : "Sans la moindre hésitation, il faut condamner les actes antisémites et leur reconnaître leur caractère raciste. Uniquement raciste."

La proposition de loi Lellouche entend mieux sanctionner le racisme et l'antisémitisme. Pour lutter contre ces fléaux qui rongent la société française, les dispositifs législatifs se sont lentement et tardivement construits. Les délits spécifiques d'injure et de diffamation raciales ont en effet été créés en avril 1939 par le décret-loi dit Marchandeau. Ces dispositions, abrogées peu après par le régime de Vichy puis rétablies à la Libération, ont été très peu utilisées car seules les victimes et non les associations antiracistes, pouvaient se porter partie civile, et elles devaient apporter la preuve de l'intention de susciter la haine.

C'est à ces insuffisances que devait répondre la loi Pleven du 1er juillet 1972 en cessant de considérer le racisme comme une opinion comme les autres. En amendant la loi sur la presse de 1881, ce texte créait l'incrimination de " provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence" raciale et punissait plus sévèrement la diffamation et l'injure raciale. Il permettait aux associations de se porter partie civile.

Les années 1980 ont vu monter en puissance un antisémitisme intellectuel qui, en niant l'ampleur et la réalité du génocide des juifs par les nazis pendant la seconde guerre mondiale, est devenu l'expression courante d'un discours antisémite militant. Le négationnisme pouvait alors s'exprimer librement sans risque de condamnation. Devant la visibilité plus grande de ce courant au sein des milieux universitaires, des associations et des juristes se sont émus que ces écrits passent au travers des infractions prévues par la loi. Jean-Claude Gayssot et Charles Lederman, alors parlementaires communistes, ont déposé en 1990 une proposition de loi renforçant la loi Pleven en créant une infraction spécifique de contestation de l'existence d'un ou de plusieurs crimes contre l'humanité. Le texte, voté à l'unanimité et désormais appelé loi Gayssot, vise à interdire, et sanctionner, l'expression publique des discours négationnistes.

La législation n'est cependant pas considérée comme adaptée à la recrudescence, depuis l'automne 2000, des actes antisémites contre les synagogues et les écoles juives. Avec la proposition de loi Lellouche, l'intention antisémite ou raciste devient une "circonstance aggravante". La loi ne pourra cependant pas tout. Avec une centaine de peines prononcées chaque année, le nombre de condamnations pénales pour racisme ou antisémitisme varie peu depuis cinq ans. Malgré la mobilisation annoncée des pouvoirs publics et les circulaires envoyées aux procureurs pour les sensibiliser.
Patrick Roger et Sylvia Zappi, LE MONDE | 10.12.02 | 12h13, MIS A JOUR LE 10.12.02 | 12h37, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.12.02

------

18/12/2002 Ces Indiens qui voient tout en rouge

David Ahenakew s'excuse. Comme Yves Michaud. Comme Jean-Louis Roux... Minute ! Il ne faudrait pas tout mélanger. C'est à la demande de plusieurs lecteurs que j'aborde cette « affaire Ahenakew » qui bouleverse le Canada hors Québec, mais n'a eu jusqu'ici que peu d'échos. Pudeur devant des propos inimaginables ? Ou désintérêt pour un ancien chef des Premières Nations qui est un illustre inconnu ici ? Le silence occulte une réalité : les leaders amérindiens ont l'anathème facile.

David Ahenakew fut grand chef au début des années 80, ce qui lui donne automatiquement le titre (honorifique) de sénateur, et lui valut l'Ordre du Canada. Un homme tout à fait respectable donc, surtout dans le reste du pays. Vendredi dernier, devant plusieurs centaines de leaders autochtones, le vénérable s'est laissé aller.

« Cela fait 40 ans que je répète aux fonctionnaires de la Saskatchewan qu'on va prendre le contrôle de la province [à cause du taux de natalité des Amérindiens]. C'est nous qui allons former le gouvernement et vous — les Blancs — vous serez les Indiens et nous les patrons. Vous feriez mieux de vous préparer à ça... »

Dans le même discours, qui a duré 45 minutes sans que personne ne l'interrompe, il a raconté l'histoire de « son petit-fils de six ans qui fréquente une école de Saskatoon pleine d'Hindous, de Pakistanais, d'Afghans, de Blancs, qui tous le traitent de ‘‘ sale petit Indien ''. Mais c'est le plus fin garçon de son école... C'est comme ça que ça commence, à six ans. »

David Ahenakew en avait gros sur le cœur ce vendredi-là lorsqu'un journaliste du Star Phoenix de Saskatoon lui demanda de préciser cet autre commentaire sur la toute-puissance des juifs en Allemagne autrefois, au Canada aujourd'hui... Dans une incroyable tirade qu'on hésite à citer tant elle est outrancière, le chef indien s'en prend à ces juifs qui contrôlent tout... Selon la traduction de la Presse canadienne, il a notamment dit que « les nazis voulaient nettoyer le monde [des juifs] et Hitler a eu raison de vouloir en brûler [‘‘ fry ''] six millions. »

Il lui a fallu quatre jours pour s'excuser, demander pardon aux juifs et abandonner toutes ses responsabilités dans les assemblées autochtones. Il reste encore à savoir si, comme le représentant des joueurs de hockey professionnel, Alan Eagleson, on lui retirera l'Ordre du Canada. Et le gouvernement de la Saskatchewan étudie la possibilité de porter des accusations pour incitation à la haine, en vertu du Code criminel.

Le pauvre Jean-Louis Roux a dû immédiatement démissionner de son poste de lieutenant-gouverneur du Québec pour une mauvaise blague de carabin. Et sans redonner tous les détails de l'affaire Michaud, rappelons que le « Robin des Banques » fut blâmé par l'Assemblée nationale, unanime, en 24 heures, sans procès, et pour beaucoup moins que cela.

Michaud s'adressait à un ami qu'il fréquentait à l'occasion chez le coiffeur, Léo Kolber, un des leaders de la communauté juive de Montréal, sénateur et champion des grosses banques. Michaud avait comparé le sort des juifs à ceux des Arméniens et des Palestiniens et on l'avait accusé de banaliser l'holocauste. On en débat encore, mais le fait est qu'Yves Michaud a été condamné sans appel.

Dans le cas de David Ahenakew, les politiciens fédéraux se sont tenus plutôt loin de l'affaire, profitant du fait que le Parlement est en congé. Dans les journaux du Canada anglais, tout en condamnant les propos, on prend l'affaire avec circonspection. Certains mettent le dérapage sur le compte de l'âge, 68 ans, et de la maladie. Et on n'oublie pas que, dans les Forces armées en Europe, dans les années 50, Ahenakew a fréquenté des Allemands qui lui ont lavé le cerveau.

L'affaire Ahenakew a pris tant d'ampleur parce que ses propos visent le peuple juif, l'un des plus persécutés de l'histoire de l'humanité. Mais elle n'est pas un accident, ni un moment d'égarement dû à l'âge ou à la maladie. Les remarques du chef Ahenakew s'inscrivent dans une longue suite d'attaques racistes contre les Blancs qui, il est vrai, ne leur ont pas réservé un sort enviable au Canada.

Quand Ahenakew s'en est pris à la Saskatchewan — « Nous serons au pouvoir et vous serez nos Indiens » — il évoqua, dans une incroyable poussée revancharde, l'état ethnique dont il rêve. D'ailleurs, quand il dirigeait l'Assemblée des Premières Nations, n'a-t-il pas déclaré que « le racisme est aussi canadien que la soirée du hockey ».

Le successeur d'Ahenakew à l'Assemblée, Matthew Coon-Come, participant à la Conférence des Nations unies sur le racisme, à Durban, a déclaré que « le Canada est un État raciste », comparant la situation des Indiens à celle des Noirs d'Afrique du Sud. L'actuel chef des Premières Nations de la Saskatchewan, Perry Bellegarde, a quant à lui comparé le sort des enfants autochtones envoyés dans les pensionnats à ceux des juifs : « Ils ont survécu à un génocide eux aussi. »

Et puis, il faut bien le dire, jamais les chefs autochtones n'ont-ils été aussi vitrioliques que lorsqu'ils s'en sont pris aux dirigeants québécois. Faut-il rappeler les comparaisons entre les S.S. et les agents de la Sûreté du Québec pendant la crise d'Oka. Les caricatures de Lucien Bouchard dont la couette évoquait facilement le profil de Hitler ? Et les campagnes de Matthew Coon-Come, alors grand chef des Cris, aux États-Unis contre le « génocide » auquel le gouvernement du Québec et Hydro-Québec se livraient à la baie James ?

Les propos de David Ahenakew ne peuvent même pas s'expliquer tant ils sont inexcusables. Mais je comprends les Québécois qui m'ont écrit : « Nous, on n'est pas surpris, on a déjà donné... »
Michel Vastel, Le Soleil, 18 décembre 2002, cyberpresse.ca

---------

(12 mai 2003) Et Bardot créa l'infâme
Plaintes contre l'ex-actrice, après la sortie de son «livre» qui dénonce les immigrés, les homos, les chômeurs, les instits...

«C'est la troisième fois qu'on poursuit Brigitte Bardot. Nous attendons de la justice qu'elle cogne très fort. Il faut que son jugement soit dissuasif et préventif.» Mouloud Aounit, le président du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), a été scandalisé par le ton haineux du dernier livre de Brigitte Bardot (1) et ses attaques contre les immigrés, les homosexuels, les chômeurs, les enseignants... Mais il n'est pas le seul. Hier, les réactions à la parution de cet ouvrage se sont multipliées. Mouloud Aounit a annoncé que le Mrap allait déposer plainte. Comme la Ligue des droits de l'homme (LDH), présidée par Michel Tubiana. «Je suis en train de réfléchir aux qualifications pénales, explique ce dernier. Je ne pense pas seulement à la provocation à la haine et à la discrimination raciale. Mais aussi à l'homophobie.»

«Lopettes».
Dans cette publication, l'ex-star décharge son fiel. Contre les homosexuels, qualifiés de «lopettes de bas étage, travelos (sic) de tout poil, phénomènes de foire», contre les «"instits"», qui viennent enseigner «cheveux gras, chemise sale, jeans dégueulasses et baskets boueuses», contre les «"chômeurs professionnels" qui n'acceptent que du travail au noir, et encore, en posant leurs conditions, se faisant grassement entretenir à ne rien faire, aux frais du contribuable», contre les «Français moyens», devenus «gras, flasques, bedonnants, bouffis, rougeauds, chauves, affreux». Et, bien sûr, contre les immigrés. Brigitte Bardot ressasse toujours les mêmes arguments pour stigmatiser les allocations familiales, versées aux «regroupés familiaux, polygames», «l'islamisation de la France», «la culture du métissage» et «l'Aïd el-Kébir». Et ce, bien qu'elle ait déjà été condamnée pour incitation à la haine raciale.

Pour l'instant, le Mrap et la LDH ont été les seuls à annoncer leur décision de déposer plainte. D'autres associations, comme l'Inter-LGBT (lesbien, gai, bi et trans), le voudraient bien, mais ne le peuvent pas. «La loi ne permet pas aux associations de lutte contre les discriminations liées à l'orientation sexuelle ou à l'identité de sexe ou de genre de se constituer partie civile contre de telles provocations à la haine, contrairement aux associations antiracistes», explique Alain Piriou, son porte-parole.

Projet de projet de loi.
D'après lui, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, avait promis un projet de loi corrigeant cette injustice. Le ministère de la Culture et le ministère délégué à la Parité et à l'Egalité professionnelle y travaillent, mais il n'a pas encore vu le jour.

Les autres groupes mis en cause par Bardot n'envisagent pas a priori de la poursuivre. SOS Racisme et la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) ne souhaitent pas lui faire de «publicité» devant un tribunal. Florian Mons, militant du Mouvement national des chômeurs, affirme ne pas vouloir se «venger [de Brigitte Bardot]». «Le temps s'en charge», explique-t-il. De leur côté, les enseignants ont qualifié les propos de l'ex-star de «consternants» et «affligeants».
(1) Un cri dans le silence, éditions du Rocher.
Libération, Par Catherine COROLLER, mercredi 14 mai 2003, p. 20

--------

Extraits de l'ouvrage Un cri dans le silence ....

Le mépris par Sorj Chalandon

Brigitte Bardot vient de nous dire sa vie. Son visage d'avant, ses reins dans le Mépris, son rire d'oiseau léger. L'émission touche à sa fin. C'est alors que Marc-Olivier Fogiel évoque le livre que l'actrice vient de publier sans prévenir (1).

«Brigitte Bardot, ce qui vous caradérise c'est la franchise. Donc, on ne va pas éclipser les choses qui fâchent. On va terminer avec ce livre, qui est sorti bien malgré nous
«Cette émission n'était pas faite pour parler du livre», coupe Bardot. «C'est trop facile; Brigitte!» Elle se fâche. «Non! Je veux que cette émission soit belle du début à la fin.» «
Mais il existe, œlivre!» . «Faisons comme s'il n'existait pas. »

Fogiel est tendu. Son rire s'en est allé. Il a ses notes en main. Il va lire. Elle refuse. Leurs voix se chevauchent et s'affrontent. «Je m'en vais», dit-elle. «Vous fuyez! C'est de la lâcheté», répond Fogiel. Elle reste.
Et puis il donne lecture de la pensée Bardot. Sur les homosexuels : «Ils dégénèrent en lopettes de bas étage, en travelos. Dans ce déclin est apparue la pédophilie
Les transsexuels ? «Si on ne remboursait plus leurs opérations, cela comblerait le trou de la Sécurité sociale
Les sans-papiers ? «Ils transforment les églises en porcheries, chiant derrière l'autel, pissant sur les colonnes, étalant leur odeur nauséabonde
L'espèce ? «Alors que chez les animaux la race atteint des sommets de vigilance les bâtards étant considérés comme des résidus bons à laisser pourrir dans les fourrières - nous voilà réduits à tirer une fierté politiquement correcte à nous mélanger

Bardot blêmit, Bardot sourit, Bardot ne sait trop. Dans un silence glacial, elle va se dire blessée par l'émission. Mais pour l'heure elle fait front. «Je dis tout haut ce que beaucoup de gens pensent tout bas
Quelques encouragements dans le public. «C'est ridicule d'applaudir!», coupe Fogiel. On continue. Les hôpitaux? «Non, vous n'êtes pas en Martinique ou à Madrid, mais vous pouvez voir les plus spécifiques exemplaires aux pieds plats traînant un derrière ballottant, et ces Andalouses qui vous lancent "Olé!" quand vous dites "aïe!aïe!aïe!" Il ne manque plus qu'elles puent, et vous y êtes
L'art moderne ? «De la merde au sens propre
La littérature contemporaine? «Un vide~couilles nationaL»
Les raveurs ? «Des tas de bons à rien partouzards, des résidus de bidets drogués jusqu'à la moelle
Les professeurs ? «Des SDF pas rasés; cheveux gras, chemise sale, jeans dégueulasses
Bardot écoute. Bardot approuve.
(1) C'était lundi à 20h55, On ne peut pas plaire à tout le monde sur Franœ 3 (lire aussi page 20).
Libération, 14 mai 2003, p. 38

-----

(Juin 2003) Allemagne: cocaïne et call-girls
Le vice-président du Congrès juif allemand au coeur d'un scandale.

C'est un sujet «ultrasensible», une affaire à tiroirs qui risque d'éclabousser de nombreuses personnalités du monde du sport, des médias et de la politique allemande. C'est aussi un règlement de comptes où la vengeance semble être le moteur principal. Tout a commencé il y a dix jours avec «l'affaire Friedman». Avocat en vue, membre de la CDU (chrétiens-démocrates), vice-président du Congrès juif allemand et animateur de l'un des talk-shows politiques les plus percutants de la télévision allemande, Michel Friedman s'est retrouvé brutalement projeté au centre d'une affaire de moeurs. Les enquêteurs ont découvert à son domicile trois petits paquets de cocaïne. Et trois prostituées ukrainiennes accusent Friedman d'avoir «sniffé» en leur présence. A son domicile et dans son cabinet d'avocats, les enquêteurs ont trouvé des restes de cocaïne. Ils ont aussi prélevé une mèche de cheveux pour les analyser. Ces soupçons de drogue et de prostitution mondaine ont mis toute la communauté juive allemande en émoi. La direction du Congrès juif allemand a décidé, ce week-end, qu'elle statuerait sur le cas Friedman mi-juillet.

L'idole des jeunes.
Véritables révélations ou règlements de comptes ? Toutes les hypothèses sont évoquées. Michel Friedman est en effet une personnalité très controversée. Bon nombre d'Allemands lui reprochent son ton inquisiteur et se souviennent de sa terrible question à Helmut Kohl, aux prises avec ses affaires de financement : «Pourquoi vous détruisez-vous vous-même ?» Son mordant lui vaut d'ailleurs d'être l'idole des jeunes. Les anciens, eux, respectent l'enfant de la Shoah, dont les parents ont été sauvés des camps par Oskar Schindler. Beaucoup s'inquiétaient cependant de sa trop grande exposition médiatique, jugée «dangereuse» pour la communauté.

Aussi ses controverses publiques avec Jürgen Möllemann, ancien vice-président du Parti libéral (FDP) et un temps vice-chancelier d'Helmut Kohl, étaient-elles diversement appréciées. Coïncidence étrange, les malheurs de Michel Friedman ont démarré juste une semaine après la chute mortelle de Jürgen Möllemann en parachute, le 5 juin. Un suicide déguisé, selon les conclusions des experts. Soupçonné de trafics financiers en tout genre, Möllemann avait appris le matin même la levée de son immunité parlementaire. Auteur de tracts antisémites, mettant violemment en cause Michel Friedman, Möllemann avait été écarté du FDP au début de l'année. Les proches de Möllemann ont-ils organisé une conspiration pour faire chuter le présentateur vedette ? C'est en tout cas la thèse du Tagesspiegel dans son édition de vendredi : l'affaire de la cocaïne aurait été montée en épingle par deux procureurs généraux, qui rêvaient de voir Möllemann se transformer en un Jörg Haider allemand.

Cette histoire pas encore éclaircie, de nouvelles révélations risquent maintenant d'éclabousser le Bundestag. Selon l'édition dominicale de la Bildzeitung, des députés auraient eu, eux aussi, recours aux services d'un réseau de call-girls d'Europe de l'Est dont le patron était recherché pour crime organisé et traite des Blanches. Sur les mille appels répertoriés par les enquêteurs, cent vingt usagers ont été retrouvés, et plusieurs d'entre eux travailleraient au Bundestag.

Mutisme.
A l'origine, les enquêteurs avaient pour mission de démanteler ce réseau et pas de mettre sur la place publique le nom des clients. Friedman, sur les conseils de son avocat, est d'un mutisme total. Tout au plus les gazettes ont-elles réussi à prendre des photos de paparazzi le montrant effondré à Venise, en compagnie d'un couple d'amis. Il est certainement l'homme le mieux placé du monde pour savoir que ce type de bataille se mène d'abord dans les médias.
Libération, Par Odile BENYAHIA-KOUIDER, lundi 23 juin 2003, p. 10

------

Racisme : l'humoriste Dieudonné relaxé
"Le racisme, avait-il dit, a été inventé par Abraham. Le peuple élu, c'est le début du racisme", avait déclaré l'humoriste pendant la campagne présidentielle.

L'humoriste Dieudonné a été relaxé jeudi (06 novembre 2003) par le tribunal correctionnel de Paris, alors qu'il était poursuivi pour provocation à la haine raciale et pour injures raciales à cause de propos tenus dans le magazine Lyon Capitale, le 23 janvier 2002.
Dieudonné, candidat à l'élection présidentielle, interrogé sur l'antisémitisme, avait tenu des propos qui avaient provoqué la plainte du Consistoire central, de la LICRA et de l'Union des étudiants juifs de France.

"Personne n'est juif ou alors tout le monde"

"Le racisme, avait-il dit, a été inventé par Abraham. Le peuple élu, c'est le début du racisme". Il ajoutait: "Juifs et musulmans, pour moi, ça n'existe pas. Donc antisémitisme n'existe pas, parce que juif n'existe pas. Ce sont deux notions aussi stupides l'une que l'autre. Personne n'est juif ou alors tout le monde. Je ne comprends rien à cette histoire. Pour moi les juifs, c'est une secte, une escroquerie. C'est une des plus graves parce que c'est la première".
Le tribunal a jugé qu'au vu du contexte, il n'y avait pas d'appel à la haine ni d'injure envers les juifs. "Il ressort de la teneur générale de l'entretien que l'invective vise non pas la communauté juive mais le fait religieux comme système de pensée, de même qu'il s'en prend à d'autres religions par anticléricalisme et anticommunautarisme, parce qu'elles portent atteinte à l'égalité des hommes", explique le jugement. Pour les magistrats, les termes relèvent de la liberté d'expression, même s'ils ont été tenus avec "maladresse".
NOUVELOBS.COM | 06.11.03 | 15:59

--------

Agression du secrétaire général du Mrap, Mouloud Aounit

PARIS - Le secrétaire général du Mrap, Mouloud Aounit, a été agressé jeudi soir (13 novembre 2003) près de Paris par "des individus casqués usant des méthodes propres à la Ligue de défense juive", a déclaré vendredi le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples.

Il a décidé de porter plainte pour injures et coups volontaires, précise dans un communiqué le Mrap, qui demande la dissolution de la LDJ.

L'agression a eu lieu à 20h30 à Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne, alors que Mouloud Aounit s'apprêtait à débattre avec l'écrivain Marek Halter de la laïcité, du racisme et de l'antisémitisme, sous l'égide de l'association culturelle israélite Aviv.

"Mouloud Aounit a été agressé par des individus usant des méthodes propres à la Ligue de défense juive. Avant de pénétrer dans la salle, et en dehors de l'enceinte, des individus casqués l'ont insulté et lui ont craché dessus, avant de lui asséner deux coups de poing", précise le communiqué.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a dénoncé dans un communiqué "la lâche agression" dont a été victime Mouloud Aounit. "Rien ne doit remplacer le débat d'idées et le dialogue", dit le Crif qui "condamne avec la plus grande fermeté toutes les formes de menaces et de violences physiques commises par des extrémistes".

La Ligue des droits de l'homme (LDH) a aussi condamné cette agression et assuré le Mrap et Mouloud Aounit "de son entière solidarité". Elle demande aux pouvoirs publics de mettre "tout en oeuvre pour ramener à la raison ceux qui font de la violence leur mode d'expression".
liberation, 14 novembre 16:47:27

-----------

(23 janvier 2004) Dieudonné en correctionnelle

L'HUMORISTE Dieudonné a été renvoyé hier (23 janvier 2004) devant le tribunal correctionnel pour « diffamation raciale» à la suite des propos qu'il avait tenus lors de l'émission « On ne peut pas plaire à tout le monde» de Marc-Olivier Fogiel diffusée le 1er décembre sur Franœ 3.

Dieudonné était apparu coiffé avec les papillotes et le chapeau noir des juifs orthodoxes.
Il avait déclaré: «J'encourage les jeunes gens qui nous regardent aujourd'hui dans les cités, pour (leur) dire : convertissez-vous comme moi (...), rejoignez l'axe du Bien, l'axe américano-sioniste. »

Le sketch avait déclenché de nombreuses réactions, comme celle du Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, une mise en garde à Franœ 3 du Conseil supérieur de l'audiovisuel ainsi que des excuses de Fogiel et de Franœ 3.

-------

A dix jours jours de l'Olympia, la location ne décolle pas et des villes de province renoncent au one-man-show de l'humoriste
Accusé d'antisémitisme, Dieudonné ne fait plus recette

A l'affiche de l'Olympia le 20 février prochain, le spectacle de Dieudonné ne s'annonce pas sous les auspices les plus favorables. Au point qu'on s'interroge sur celui qu'il donnera : Le Divorce de Patrick, le one-man-show qui l'avait vu triompher en 2002, ou bien la mauvaise pièce qu'il joue depuis le 1er décembre et qui a conduit une partie de son public à lui tourner le dos, voire à le haïr ? Selon l'Olympia, hier soir, à dix jours de la représentation, 1 217 places sur 2 000 auraient été vendues. «C'est faible», dit un connaisseur du monde du spectacle. Pas suffisant en tout cas pour amortir la location de la salle, qui avoisine les 16 500 euros la soirée... Depuis son sketch d'un goût douteux face à Marc-Olivier Fogiel dans «On ne peut pas plaire à tout le monde», sur France 3, «Dieudo» sent le soufre. Ce soir-là, pour rendre un hommage improvisé à Jamel Debbouze, l'humoriste était entré dans le studio grimé en rabbin, avant de faire le salut nazi.

A la suite de ce qu'il appelle une «saillie drolatique» qu'il ne renie en aucune façon («on doit pouvoir rire de tout»), les critiques ont plu sur l'artiste. La justice, saisie de l'affaire, a renvoyé Dieudonné devant le tribunal correctionnel de Nanterre «pour diffamation publique à caractère raciste». Ses excuses publiques dans une lettre au Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples n'y ont rien fait. «A aucun moment je n'ai voulu heurter mes frères humains dans leur foi religieuse, écrivait-il à Mouloud Aounit, président du MRAP. Si je l'ai fait, j'en suis profondément désolé. Je tiens à présenter mes excuses à toutes les personnes, juives ou non, qui se sont senties offensées.» En vain. Certains n'ont pas oublié que déjà, en 2002, il avait vanté le «charisme» de Ben Laden.

Sa tournée de 70 dates débutée en septembre dernier part en vrille. Plusieurs municipalités, dont Vichy, Roanne et Avignon, ont décidé d'annuler le spectacle. A Lyon, Dieudonné n'a pu se produire jeudi dernier qu'à la suite d'une requête en référé-liberté devant le tribunal administratif de Lyon. Le maire socialiste de la ville avait décidé d'interdire la représentation, redoutant des troubles à l'ordre public suite à une pétition signée par plus d'un millier de ses administrés. La représentation a été émaillée d'incidents et deux spectateurs ont été blessés. «C'est regrettable et l'on ne peut cautionner ce type de comportement, explique l'avocat lyonnais Alain Jakubowicz, président du Crif Rhône-Alpes. Mais à qui la faute ? C'est surtout regrettable qu'un ancien militant antiraciste comme Dieudonné affiche de telles positions.»

L'avocat de Dieudonné, François Roux, qui s'est fait un nom chez les altermondialistes en défendant notamment José Bové et la cause kanak, a entrepris d'évaluer le préjudice moral et financier subi par son client. «Certaines municipalités avaient acheté le spectacle, explique Pierre-Yves Parinet, de Bonnie productions, la société de Dieudonné. Elles ont payé mais ne veulent plus du spectacle. D'autres avaient pratiqué la coréalisation et c'est une perte sèche pour nous. Difficile de donner un chiffre précis mais c'est un coût de 15 000 euros en moyenne par soirée annulée.»

Hier après-midi (10 février 2004), dernier acte d'un scénario déjà bien sombre, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme a déposé une plainte avec constitution de partie civile contre l'ancien partenaire d'Elie Semoun auprès du doyen des juges d'instruction pour «incitation à la haine raciale et à la violence», à la suite d'une interview de Dieudonné dans le Journal du dimanche où il s'expliquait sur les événements récents. «Il a proféré des propos infamants à l'égard des juifs, explique Patrick Gaubert, président de la Licra. On ne traite pas impunément les gens de négriers et d'esclavagistes. Il a tout à fait le droit de critiquer la politique d'Israël et de Sharon, mais il y a des limites. Dans le contexte actuel, on n'a pas besoin d'un Dieudonné qui fait sa publicité en attisant les haines.»

Au Conseil représentatif des institutions juives de France, on refuse de commenter ce «sujet qui n'en vaut pas la peine». Alex Moïse n'est pas de cet avis. Il a déjà fait interdire une représentation de l'artiste à Deauville l'été dernier pour des propos qu'il estimait antisémites. Cette fois, le secrétaire général de la Fédération sioniste, représentant la droite israélienne, se fait fort d'empêcher Dieudonné de se produire partout où il le peut. «A Lyon, confie-t-il sans complexe, je suis intervenu, comme auprès de l'Olympia et de la préfecture de police de Paris, pour faire annuler le spectacle. Nous serons devant la salle parisienne si Dieudonné est maintenu. La démocratie ne sait pas toujours se protéger.» A la Licra comme au Crif, on ne se reconnaît pas dans ce type de pratiques. «C'est malsain, explique Patrick Gaubert. «Même si je peux comprendre les manifestations, je les réprouve. Je considère que la voie juridique est la meilleure. On ne peut pas empêcher une représentation par la force. J'estime en outre qu'il est inutile de faire de Dieudonné une victime.»
lefigaro.fr, Marie-Christine Tabet [11 février 2004]

--------

(13 février 2004) Deux mois de prison requis à Paris

Le parquet du tribunal correctionnel de Paris a requis vendredi contre Jean-Marie Le Pen deux mois de prison avec sursis, 8 000 euros d'amende et un an d'inéligibilité suite à une plainte pour provocation à la haine raciale déposée par la Ligue des droits de l'homme (LDH) et la Licra.

Les deux organisations avaient saisi la justice après une interview du leader d'extrême droite dans le Monde du 19 avril 2003. Il y déclarait notamment : «Le jour où nous aurons en France, non plus 5 millions mais 25 millions de musulmans, ce sont eux qui commanderont. Et les Français raseront les murs, descendront des trottoirs en baissant les yeux. [...] Et vous n'avez plus qu'à filer sinon vous prenez une trempe

Des propos répétés en meeting à Marseille jeudi soir (12 février 2004). «Si cela est avéré, nous poursuivrons à nouveau», prévient Michel Tubiana, président de la LDH. «Ce sont des propos voulus et c'est un message», a plaidé Me Leclerc, avocat de la LDH.
De son côté, Me Wallerand de Saint-Just, avocat du FN, a considéré que ces paroles ne constituaient pas «une provocation à la haine raciale mais une diffamation. Le parquet n'avait pas requis l'inéligibilité contre Alain Juppé. Il y a en France deux catégories de justiciables».
Le parquet avait demandé le renvoi de cette affaire, étant donné le contexte électoral. Le tribunal en a décidé autrement. Le jugement a été mis en délibéré au 2 avril. Après les élections.
Libération, Par Christophe FORCARI, samedi 14 février 2004, p. 12

--------

Al-Manar privée d'antenne
Le Conseil d'Etat a interdit hier la chaîne du Hezbollah libanais, accusée d'«inciter à la haine et à la violence».

Ecran noir. Al-Manar, la chaîne du Hezbollah chiite libanais, ne sera plus diffusée en France et en Europe par l'opérateur Eutelsat, qui a quarante-huit heures pour s'exécuter. C'est la décision rendue par le Conseil d'Etat hier soir, à la demande du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Dans ses conclusions, le juge administratif constate que la chaîne, malgré les avertissements du CSA, a continué à diffuser des émissions «contenant une incitation à la haine ou à la violence pour des raisons de religion ou de nationalité». Ce que la loi sur l'audiovisuel interdit. La chaîne du Hezbollah libanais a dénoncé hier soir une «atteinte à la liberté d'expression, un déni des principes prônés par la France et un dangereux précédent».

En a-t-on pour autant terminé avec Al-Manar ? Non. Vendredi, le CSA doit recevoir les dirigeants de la chaîne libanaise pour une procédure parallèle. La sanction peut aller jusqu'au retrait de l'autorisation octroyée par le CSA le 19 novembre et qui vaut pour toute l'Union européenne. Mais ce n'est pas tout. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a annoncé un prochain changement de la loi, afin que le CSA puisse, dans des cas comme celui d'Al-Manar, se tourner vers le gouvernement, qui prononcerait une interdiction par décret. C'est ainsi qu'Al-Manar pourrait se voir bientôt triplement bannie. Par le Conseil d'Etat, par le CSA, et par le gouvernement. Ubuesque, quand on sait qu'interdire totalement Al-Manar est illusoire (lire ci-dessous). Et alors qu'on ne sait pas combien de téléspectateurs la regardent. Mais chacun aura la conscience tranquille.

Antisémite (judéophobe).
Paradoxalement, c'est grâce au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) que la chaîne du Hezbollah est sortie de l'anonymat. En décembre 2003, son président, Roger Cukierman, saisit le CSA : Al-Manar a diffusé en octobre et novembre un feuilleton violemment antisémite. Aussitôt, Dominique Baudis, qui patauge dans la TNT et s'est empêtré dans sa croisade antiporno, en fait son nouveau cheval de bataille. Problème : le CSA n'a pas de pouvoir sur Al-Manar, chaîne diffusée depuis l'étranger grâce à Eutelsat, société qui envoie des satellites dans l'espace et se considère comme simple transporteur.

L'affaire prend un tournant véritablement politique quand, en février 2004, en plein débat sur la montée de l'antisémitisme, Jean-Pierre Raffarin s'en empare. Il propose une mesure concrète : les pouvoirs du CSA seront élargis pour lui permettre de demander au Conseil d'Etat d'interdire une chaîne d'Eutelsat coupable d'antisémitisme. Baudis et Raffarin se connaissent bien. Le Premier ministre d'aujourd'hui a été le directeur de campagne de l'actuel président du CSA, tête de liste UDF-RPR, lors des Européennes de 1992. Raffarin a-t-il saisi l'affaire Al-Manar au vol pour donner des gages de bonne volonté au Crif ? Baudis a-t-il saisi l'affaire Al-Manar pour donner du grain à moudre à Raffarin ? Quoi qu'il en soit, en juillet, l'amendement Al-Manar entre en vigueur et le CSA demande aussitôt une première fois l'interdiction de la chaîne libanaise au Conseil d'Etat. Refus. La veille de la décision, la chaîne a fait amende honorable sur le feuilleton antisémite, et se déclare prête à être contrôlée par le CSA, via une convention. Le Conseil d'Etat demande alors au gendarme du PAF d'examiner la requête d'Al-Manar et lui refile la patate chaude.

Pressions. S'enclenche alors un incroyable ballet de pressions autour du CSA. Le Liban, tout d'abord, qui fait entendre fortement sa voix. Le bouquet satellite Arabsat, qui diffuse Al-Manar, écrit au CSA pour le menacer de couper les chaînes françaises qu'il diffuse au Proche-Orient si la chaîne du Hezbollah n'est pas autorisée. Mais c'est surtout le sort des otages français Christian Chesnot et Georges Malbrunot qui, via le Quai d'Orsay, pèsera le plus lourd. Avec le souci de ne pas froisser un pays de la zone, susceptible de favoriser leur libération. Résultat : le 19 novembre, le CSA autorise celle qu'il tente d'interdire depuis le début de l'année...

Aussitôt c'est le tollé : le Crif, la Licra, le centre Simon-Wiesenthal mais aussi le PS s'en prennent à la décision du CSA. Onze jours après l'autorisation, le CSA constate la diffusion de propos antisémites sur Al-Manar et saisit de nouveau le Conseil d'Etat. Les choses se gâtent quand Raffarin est violemment pris à parti à l'Assemblée . Le soir même, il a un rendez-vous tendu avec Dominique Baudis, auquel il demande de retirer sa convention à Al-Manar. Impossible, il faut changer la loi, répond Baudis, qui en a marre de porter le chapeau seul. Le Premier ministre appuie la demande d'interdiction du CSA.

In fine, Al-Manar est bannie d'Eutelsat. Demain, les médias français seront-ils en retour bannis du Liban? Et ce n'est pas fini : Eutelsat diffuse une centaine de chaînes non autorisées dont «10 à 12» posent problème, selon le CSA. La boîte de Pandore est ouverte.
Par Isabelle ROBERTS, mardi 14 décembre 2004 (Liberation - 06:00)

----------

Aaargh, site négationniste, pourchassé sur toute la ligne
Huit associations portent plainte contre les fournisseurs d'accès au Net.

Site pionnier du négationnisme, Aaargh vit-il ses dernières heures en France ? Huit associations antiracistes (1) aimeraient le croire, elles qui ont assigné en référé les hébergeurs américains de ce site, ainsi que les principaux fournisseurs d'accès français (2).

Leur espoir repose sur la nouvelle loi sur la confiance dans l'économie numérique. Votée le 21 juin 2004, celle-ci prévoit que «l'autorité judiciaire peut prescrire toutes mesures propres à faire cesser un dommage occasionné par le contenu d'un service de communication au public en ligne».

Haine antijuive.
En clair, les hébergeurs étant américains et de ce fait intouchables, le juge peut imposer aux fournisseurs d'accès une mesure de filtrage empêchant les internautes français d'avoir accès aux adresses Internet concernées.

Si les huit associations visent Aaargh (dont l'acronyme signifie Association des anciens amateurs de récits de guerres et d'holocaustes), c'est que ce site, fondé en 1996 et proposé en huit langues, est «connu et reconnu comme l'un des plus puissants vecteurs de haine antijuive sur le réseau Internet». Son objet déclaré est de montrer qu'«il n'y a pas eu de gazage ni homicide massif dans les camps de concentration allemands à l'époque nazie».

Les internautes peuvent y télécharger gratuitement 230 ouvrages et brochures négationnistes, dont les travaux de Robert Faurisson ou de Jean Plantin, des numéros de la revue Akribeia, Bagatelle pour un massacre de Louis-Ferdinand Céline ou les Décombres de Lucien Rebatet, qualifié par Aaargh comme le «livre le plus fameux de tous ceux qui furent publiés pendant la Seconde Guerre mondiale».

Déménagement.
Aaargh se sent-il menacé ? L'une de ses deux adresses ne répond plus. L'autre fonctionne toujours et l'éditeur du site ­ dont personne ne connaît l'identité ­ en a mis une troisième en service. Ces déménagements successifs posent la question de l'efficacité d'éventuelles mesures de filtrage. Bien que le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) ait déposé plainte avec les sept autres associations, Gérard Kerforn, membre du bureau national, émet quelques doutes : «Cela va être une course poursuite. Les gens vont migrer sans arrêt.» Marc Knobel, président de J'accuse...!, est conscient de ce risque, mais assume : «On les poursuivra aussi longtemps qu'il le faudra.» Audience le 15 mars.
(1) Union des étudiants juifs de France, SOS Racisme, J'accuse... !, Action internationale pour la justice, Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, Mrap, Mémoire 2000, Union des déportés d'Auschwitz, Consistoire central.
(2) France Télécom (Wanadoo), Free, AOL France, Tiscali Access, Neuf Télécom, Télé 2 France, Suez Lyonnaise Télécom (Noos), T-Online France, Numéricâble et GIP Renater.
Par Catherine COROLLER, mardi 08 mars 2005 (Liberation - 06:00), p. 20

-------

(30 mars 2005) Barthez et la Marseillaise sifflés à Tel Aviv

TEL-AVIV (AFP) - Le gardien de l'équipe de France de football Fabien Barthez et l'hymne national, la Marseillaise, ont été copieusement sifflés mercredi (30 mars 2005) par les supporteurs israéliens avant le début du match entre la France et Israël, qualificatif pour le Mondial-2006, dans le stade Ramat-Gan de Tel-Aviv.
Entré pour l'échauffement, Barthez a, pendant une bonne vingtaine de secondes, subi les foudres des supporteurs locaux. Quelques minutes plus tard, la Marseillaise était jouée sous les huées du public.

Les Israéliens avaient très mal pris les déclarations du gardien français sur les risques de ce déplacement en Israël. "Quand je vois tout ce qui se passe, cela m'inquiète énormément d'aller jouer là-bas. J'aurais aimé que le match ait lieu ailleurs. Cela ne me plaît pas du tout", avait avoué Barthez jeudi dernier.
"Je m'attendais à être sifflé de la part de gens qui n'ont sans doute pas compris. Il faut savoir s'adapter aux mauvaises conditions", a réagi mercredi soir, à l'issue du match, le gardien français.
"Ce public était comme un autre public, il soutenait son équipe. Cela fait partie du +train-train+", a-t-il ajouté.

Lors de l'annonce de la composition de l'équipe, ses coéquipiers ont subi un sort analogue, sifflés par près de 43.000 supporteurs israéliens tous vêtus d'un tee-shirt bleu avec le N.15 dans le dos, le numéro de Yossi Benayoun, le milieu de terrain et vedette de la sélection.
yahoo.fr, actualités, jeu 31 mars, 00h43

-------

Noir comme un juif
Sirak M. Sabahat, 23 ans, acteur. Falasha sauvé de la famine éthiopienne, il est arrivé en 1991 dans une Terre promise qui n'a pas tenu toutes ses promesses.

C'était une nuit de 1990. Sud de l'Ethiopie. La famille marchait pieds nus depuis des semaines, sans eau ni vivres, se cachant des soldats et des brigands. Accablée par la peur de mourir mais portée par le rêve fou de cet avion qui l'attendait à Addis-Abeba pour l'acheminer vers Jérusalem. La Terre promise. Le père et la mère tenaient chacun un petit dans les bras. Et Sirak aussi, l'aîné, frêle adulte de 10 ans. Quand, à bout de forces, le jeune garçon a fini par craquer, son père s'est approché. «Tu ne peux pas pleurer. Un jour, tu seras un homme important. Et tu raconteras notre histoire.»

Treize ans plus tard, assis un peu raide sur une banquette de la brasserie Wepler, à quelques mètres du cinéma parisien où l'on projette en avant-première le film dont il est un des héros, Sirak raconte. «Quand l'avion a décollé d'Addis-Abeba, les enfants ont crié de terreur. On ne comprenait pas comment c'était possible de voler ainsi dans les airs. On était collés au plancher, on se cramponnait à tout ce qui passait. Cela nous faisait plus peur encore que tout ce que l'on venait de subir !» Alors que beaucoup de familles avaient perdu l'un des siens sur la route, celle de Sirak est arrivée intacte en Israël. Par quel miracle ? «La foi», répond le jeune homme sans l'ombre d'une hésitation, ses grands yeux en amande fixés sur l'invisible. «Sans elle, nous n'aurions pas survécu.»

Un récit entrecoupé de longs silences et de larmes escamotées. Le récit de ces juifs noirs, les seuls juifs parmi les Noirs d'Afrique, les seuls Noirs parmi les juifs du monde entier, extraits de la misère d'Ethiopie par deux gigantesques ponts aériens organisés avec l'aide des Américains par le Mossad (les services secrets israéliens) : les opérations «Moïse» (1984-1985) et «Salomon» (1991), qui permirent à plus de 20 000 juifs éthiopiens, les Falashas, enfin reconnus comme les descendants du roi Salomon et de la reine de Saba, de rallier Israël et d'y découvrir la culture occidentale. Et aussi le racisme et la violence. De cette aventure à la fois heureuse et douloureuse (des milliers de personnes sont mortes de faim ou d'épuisement avant de pouvoir accéder aux avions affrétés par l'Etat hébreu), Radu Mihaileanu a fait un film poignant, Va, vis, et deviens, qui est à ce point une leçon d'histoire que deux syndicats français d'enseignants et de parents d'élèves se sont associés au projet pour l'insérer dans la semaine de lutte contre le racisme à l'école.

Car tout y est : problèmes d'adaptation, culpabilité, rejet... Lui-même juif roumain émigré en France pour fuir la dictature de Ceausescu, Radu Mihaileanu sait tout des «bugs identitaires», comme il dit. Et Sirak peut-être plus encore, qui porte en lui deux tragédies, la Shoah et la colonisation qui, par un étrange raccourci de l'Histoire, s'entrechoquent aujourd'hui même en France.

Comme Shlomo, le jeune héros du film, Sirak, l'Ethiopien, est donc devenu israélien. Pas évident. L'arrivée en Israël d'abord. «On a roulé des heures dans un bus, personne ne savait où nous mettre. A Jérusalem, il n'y avait plus de place.» La famille échoue dans le nord du pays, à Kyriat Shmona, six personnes dans une unique pièce. Dur, mais inespéré vu l'enfer d'où elle surgissait. «On avait un toit, de quoi manger, et surtout on était tous ensemble. C'était l'essentiel.» L'école ensuite, où Sirak est le seul Noir. «C'était la première fois que j'entendais le mot "Nègre"... Je n'avais aucun copain, je n'ai jamais dit à mes parents à quel point cela avait été difficile.»

Et surtout l'«affaire» du sang.
Au beau milieu des années 90, les juifs éthiopiens apprennent un jour par la presse que le sang qu'ils offrent en masse au centre israélien de transfusion sanguine est systématiquement détruit de crainte qu'il soit contaminé par le virus du sida. «Pour moi il y a un avant et un après cette histoire», dit Sirak, regard glaçant. Depuis ce jour, la Terre promise est pour lui «une promesse non tenue».

Mais elle reste un Eldorado fascinant. Au bout de trois ans, Sirak finit par s'y sentir chez lui. Beau comme un dieu, il fait tourner les têtes des jeunes Israéliennes «J'avais beaucoup de succès auprès des filles, ça a aidé», confesse-t-il, sourire au bord des lèvres. Il est chez lui, oui, mais pas au point d'enfiler l'uniforme. «Quand mes parents m'ont dit qu'il était temps de partir à l'armée, je leur ai dit que c'était impossible. J'avais vu assez de morts et de souffrances dans ma vie, j'avais fait des milliers de kilomètres à pied, je n'avais plus rien à prouver. Je savais que si j'y allais, je reviendrais détruit. Or, je voulais vivre.» Et puis, l'idée de combattre dans les territoires lui est intolérable. Lui qui appartient à une minorité méprisée en Israël ne se sent pas si éloigné de cette population palestinienne qui ne parvient pas à se faire reconnaître. «Je vis en Israël mais une partie de mon passé est dans les territoires», dit-il. Ses parents ne comprennent pas. Pour eux, l'armée représente le comble de l'intégration dans la société israélienne. «Tu es l'aîné, tu ne peux pas nous décevoir !», lui lance son père. Sirak tient bon et trouve le moyen d'y échapper. A ses frères et soeurs, il ressasse : «C'est vous seuls qui décidez de votre vie, on n'est pas en Afrique ici, on n'a pas besoin de chasser pour survivre !» Débarrassé d'un poids, il entame des études puis découvre le théâtre, la télé (où il devient célèbre grâce à une émission inspirée du Loft), et le cinéma.

«La première fois que j'ai vu Sirak, c'était sur une vidéo, se souvient Mihaileanu. Il avait les cheveux noués en catogan, il parlait avec les mains, il faisait très efféminé, j'étais effaré. Il ne correspondait pas du tout à ce que je cherchais. Mon assistant a insisté. Alors je l'ai auditionné. Je lui ai dit de mettre les mains derrière le dos et de rester immobile. Et là, tout est remonté dans les yeux. Il était extraordinaire. J'ai compris que s'il bougeait ses mains, c'était pour cacher toute la douleur qu'il contenait en lui.»

Sur le tournage, Sirak s'investit comme s'il s'agissait de son propre film, apprenant toutes les répliques par coeur, «coachant» les plus petits. Roschdy Zem, qui joue son père, est devenu quasiment un frère. «Avec lui, on était deux étrangers en Israël, c'est ça aussi qui nous a rapprochés», note l'acteur français d'origine maghrébine.

Aujourd'hui, seule sa notoriété naissante permet à Sirak de vivre à Tel-Aviv. «Les juifs éthiopiens n'ont pas les moyens de vivre dans cette ville. Et on ne les leur donne pas. Au téléphone, je n'avais aucun problème pour obtenir un rendez-vous avec une agence immobilière. Dès qu'on voyait que j'étais noir, la porte se refermait», raconte-t-il. Il applaudit l'Ariel Sharon d'aujourd'hui (« Ce qu'il entreprend, c'est bien, il faut arrêter de faire souffrir les gens, il nous faut la paix») certes, mais s'il rêve d'entrer dans une école de cinéma américaine, c'est aussi parce qu'on lui laisse peu d'espoir en Israël. «Des gens importants de la télé m'ont dit : "Tu as beaucoup de talent, le seul problème, c'est que tu es noir. Il faut que tu ailles aux Etats-Unis. Ici, tu resteras toujours un Ethiopien."»
liberation.fr, Par Alexandra SCHWARTZBROD, jeudi 31 mars 2005, p. 36

-----

Bio express

Sirak M. Sabahat en 4 dates
5 décembre 1981 Naissance en Ethiopie.
1990 Il quitte le sud de l'Ethiopie pour gagner Addis-Abeba.
1991 Arrivée en Israël.
30 mars 2005 Sortie en France du film Va, vis, et deviens.

-------

Lundi 20 février 2006 - 10h18 PARIS : Une manifestation organisée pour Ilan
Des incidents ont émaillé une manifestation à la mémoire du jeune homme enlevé et torturé à mort.

L a voiture d'un automobiliste, qui s'était retrouvé au milieu du cortège à Paris à la mémoire d'Ilan Halimi enlevé et torturé à mort, a été défoncée dimanche 19 février en fin d'après-midi par plusieurs dizaines de manifestants, selon des témoins. Des amis et des proches du jeune homme assassiné avaient appelé plus tôt dans la matinée à une marche silencieuse à sa mémoire à partir de 17H00 depuis la place de la République à Paris, selon l'association juive B'nai Brith qui a relayé l'appel.

Plusieurs centaines de manifestants ont alors commencé à défiler, certains criant "vengeance", en direction de la place de la Nation. L'incident est survenu peu après 18h00 sur le boulevard Voltaire (XIe) quand l'automobiliste s'est retrouvé, semble-t-il malgré lui, au milieu du cortège d'où il a tenté de se dégager en accélérant. De jeunes manifestants surexcités ont alors cassé la vitre arrière de son véhicule, donnant des coups de pied et de poing dans la carrosserie, avant de tenter de briser le pare-brise.

Appel au calme

Des membres du service d'ordre sont alors intervenus pour protéger l'automobiliste et le remettre à des CRS.
Selon un témoin qui dit avoir protégé l'automobiliste, celui-ci a été frappé par des manifestants.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a condamné ces violences. "Le Crif renouvelle son appel au calme. Il partage le deuil et la peine de sa famille. Le Crif réitère sa demande aux pouvoirs publics de faire toute la lumière (...) sur le meurtre et notamment sur les motivations des assassins", a-t-il ajouté.

Ilan Halimi, 23 ans, vendeur dans un magasin de téléphonie à Paris, avait été enlevé le 21 janvier. Il a été découvert lundi 13 février au matin, nu, bâillonné, menotté et portant des traces de tortures et de brûlures, agonisant à proximité de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne).
NOUVELOBS.COM | 20.02.06 | 08:52

----------

Jeudi 23 février 2006, 7h59 : Le chef présumé du gang des ravisseurs d'Ilan arrêté

PARIS (Reuters) - Le Français d'origine ivoirienne Youssef Fofana, présenté comme le chef du gang qui a enlevé et torturé à mort Ilan Halimi, a été arrêté dans la nuit à Abidjan en Côte d'Ivoire, apprend-on de source judiciaire française.
Il est actuellement interrogé par les policiers ivoiriens en présence de deux enquêteurs de la brigade criminelle de Paris envoyés sur place mardi.
Il pourrait être remis rapidement aux autorités françaises, a-t-on ajouté de même source.
"Les autorités ivoiriennes ne semblent pas vouloir faire de difficultés pour sa remise à la France", a-t-on déclaré.

Youssef Fofana aurait été arrêté à un barrage de police à Abobo, dans la banlieue d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire. Selon le récit d'un policier ayant participé à l'arrestation, il se trouvait à bord d'une voiture avec quatre autres personnes.
"A travers sa physionomie, on s'est demandé un peu 'est-ce que c'est le monsieur qui était recherché ?'. Pour vérification d'identité, on l'a emmené à la base et finalement après constatation, il s'est avéré que c'était lui", a raconté ce policier sur France Info.
"On ne l'a jamais brutalisé, il n'y a pas eu de violence. Il ne nous a pas agressés", a-t-il précisé.
Selon ce même policier, toutes les personnes qui se trouvaient à bord de l'automobile ont été arrêtées et interrogées par la police judiciaire.

Les juges d'instruction Corinne Goetzmann et Baudoin Thouvenot, co-saisis de l'affaire, ont lancé une commission rogatoire (demande d'entraide) en Côte d'Ivoire après avoir appris que Youssef Fofana s'y était rendu le 15 février par avion de Lyon.

CHIRAC A LA GRANDE SYNAGOGUE DE PARIS

Le parquet de Paris avait diffusé la semaine dernière une photo du jeune homme en assurant qu'il se présentait lui-même comme le "cerveau des barbares".
La justice ignore si ce jeune Français de 26 ans possède aussi la nationalité ivoirienne, ce qui pourrait compliquer le traitement du dossier. Aucun mandat d'arrêt - qui vaudrait mise en examen - n'avait été lancé jusqu'à mercredi soir, seulement une demande d'arrestation.
Les policiers français sont aussi chargés de vérifier les éventuels contacts sur place du gang. Il est établi que Youssef Fofana s'est rendu en Côte d'Ivoire au moins une fois pendant la séquestration d'Ilan Halimi.

Depuis lundi, le crime est considéré par les juges d'instruction comme un acte antisémite.
Les enquêteurs et le procureur Jean-Claude Marin sont sceptiques sur le mobile raciste et insistent sur l'absence d'idées politiques ou religieuses chez les suspects, qui auraient agi avant tout pour de l'argent.

A Paris, 13 personnes, dont trois femmes, ont été mises en examen dans cette affaire, dont 11 sont en détention provisoire.
Un 14e suspect interpellé en Belgique est visé par un mandat d'arrêt européen.
Cinq autres suspects sont par ailleurs en garde à vue, trois à Marseille et deux à Paris.

Ilan Halimi, 23 ans, vendeur dans un magasin de téléphonie à Paris, avait été découvert agonisant, dans l'Essonne, dans la banlieue sud de Paris, après avoir été séquestré et torturé plus de trois semaines.

Jacques Chirac et Dominique de Villepin doivent assister jeudi soir à une cérémonie religieuse à la mémoire d'Ilan Halimi à la grande synagogue de Paris.
yahoo.fr, actualités, jeudi 23 février 2006, 7h59

--------

Publié le 22/02 à 20:48 : Mort d'un gendarme à St-Martin : la justice saisie
La justice saisie suite à la mort du gendarme Raphaël Clin lors d'un contrôle routier sur l'île antillaise de St-Martin

Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, a saisi la justice sur les conditions dans lesquelles le gendarme est mort lors d'un contrôle routier sur l'île antillaise de Saint -Martin.

Le gendarme de 31 ans est décédé après avoir été heurté par une moto participant à une course sauvage, dans la partie française de cette île franco-néerlandaise.

L'agonie du gendarme le 12 février sur l'île de Saint -Martin aux Antilles s'est accompagnée d'injures racistes et de scènes de "réjouissance collective", selon des témoignages sur place.

L'épouse du gendarme, Stéphanie Clin, avait indiqué lundi dernier à des journalistes en poste à Saint -Martin que des injures racistes avaient été proférées sur les lieux de l'accident et dans les couloirs de l'hôpital où son mari, très grièvement blessé, avait été conduit.

Selon elle, aucune des personnes présentes sur les lieux de l'accident n'avait donné suite aux appels du collègue de son mari leur demandant d'aller chercher du secours. "Aux urgences, ça criait dans tous les sens: 'on a tué un blanc'", avait aussi affirmé Mme Clin.
france2.fr, Publié le 22/02 à 20:48

---------

Justice, par Annette LEVY-WILLARD, Libération, QUOTIDIEN : jeudi 23 février 2006

Les juifs et l'argent, rapprochement nauséeux
«Ilan était juif et un juif, c'est riche.» Cette phrase d'un des individus arrêtés n'est-elle qu'un simple préjugé sans fondement raciste ? Ou bien révèle-t-elle plutôt une culture antisémite qui a la vie dure dans notre société ?

«La vérité est que ces voyous ont d'abord agi pour des motifs crapuleux... l'argent, mais qu'ils avaient la conviction entre guillemets que les Juifs ont de l'argent» (Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur). «L'un des individus a fait savoir qu'il s'était attaqué à Ilan Halimi car "il était juif et qu'un Juif c'est riche"» (Pascal Clément, ministre de la justice). «La dimension confessionnelle n'est pas inexistante, mais si on leur avait dit que les martiens étaient riches, ils auraient enlevé un martien» (un enquêteur de la police). «Crapuleux», l'enlèvement, la torture et l'assassinat d'Ilan Halimi, mais pas antisémite, entend-on à la télévision et lit-on dans la presse, entre deux appels à la prudence, et malgré la mise en examen, lundi, pour «crime raciste» de sept des suspects arrêtés.

Les Juifs et l'argent, l'argent et les Juifs, rien d'antisémite, un «point de vue», un simple «préjugé», un cliché sans conséquences, comme on parlerait des Belges ou des Ecossais. Ainsi, pour Théo Klein, ancien président du Crif, associer les Juifs et l'argent n'est pas de l'antisémitisme : «C'est une attitude désagréable à l'égard des Juifs. Les Auvergnats n'ont pas toujours eu une excellente réputation, ça existe dans tous les pays, dans toutes les populations. Pour moi, l'antisémitisme est un mouvement organisé dont le but est de mettre les Juifs à l'écart. Je ne pense pas que ce soit une bande organisée pour lutter contre les Juifs», déclarait-il hier à l'AFP.

Depuis l'époque féodale. Jacques Attali, qui a justement publié un livre sur ce sujet (les Juifs, le monde et l'argent, Fayard), est d'un avis opposé. «Il y a deux sources à l'antisémitisme dans l'histoire, Dieu et l'argent. L'antisémitisme a toujours accusé les Juifs de déicide ou de monopoliser l'argent. On déteste les Juifs parce qu'ils ont inventé le monothéisme et on déteste les Juifs parce qu'on les a forcés à faire des métiers d'argent.» Le système féodal avait en effet interdit aux Juifs d'être paysans, de posséder des terres, de porter des armes. Restait l'argent. «Les chrétiens et les musulmans ont obligé les Juifs à être prêteurs au point qu'on ne les autorisait pas à s'installer en Europe ou en Islam s'ils ne prêtaient pas d'argent. Et puis ensuite on les virait ou on les tuait», précise Jacques Attali, pour qui le meurtre d'Ilan Halimi est «un acte isolé de barbares, comme ils s'appellent, mais il révèle clairement que les deux fondements de l'antisémitisme sont toujours là : la religion et l'économique. Dire que ce meurtre n'est pas antisémite est une méconnaissance de l'histoire.»

Et l'histoire, qui commence au VIIIe siècle, se perpétue jusqu'aux temps modernes. Shmuel Trigano, auteur d'un essai ­ l'Avenir des Juifs de France (à paraître le 14 mars (2006), Grasset) ­, rappelle qu'au XIXe siècle encore les nouveaux courants socialistes dénonçaient les Juifs et l'argent et s'en prenaient aux quelques banquiers juifs européens alors que l'ensemble des communautés juives d'Europe vivait dans une grande pauvreté.

Dans les premiers jours de l'affaire, la prudence a été de mise, malgré l'évocation de l'argent et le fait que la victime soit juive. On parle de «voyous», «gang», «bande», «degré zéro de la pensée», «barbares», etc. Ce n'est pas de l'antisémitisme, affirment initialement les autorités, puisque les kidnappeurs n'avaient pas ciblé les Juifs ­ Ilan et les autres qu'ils ont tenté d'enlever ­ «en tant que tels» mais «seulement» parce qu'ils auraient appartenu à une communauté qui, pensent les ravisseurs, aurait de l'argent. Pourtant, penser qu'Ilan appartient à une communauté est, en soi, le désigner avant tout comme Juif et non comme «Français ordinaire».

«On ne juge pas l'antisémitisme par rapport à l'identité de la victime, mais par rapport à l'intention de l'agresseur, s'étonne Shmuel Trigano. Pour que ce soit antisémite, il faudrait donc que l'agresseur ait une claire conscience de ce qu'il fait, une théorie qui justifie son acte. Une "pure" intention antisémite. Mais cela n'existe pas. Les paysans qui tuaient les Juifs dans les pogroms du XIXe siècle n'avaient pas les outils intellectuels pour penser qu'ils étaient antisémites. Et on peut dire que ces pogroms étaient "crapuleux" parce qu'ils avaient toujours un motif économique, ils en retiraient toujours un profit.»

Tabou.
Qualifier un crime antisémite de crapuleux s'apparente parfois à une volonté de le banaliser. Ainsi, à Montpellier, quand trois personnes ont essayé de mettre le feu à une synagogue et ont attendu dans leur voiture pour voir si elle brûlait, le procureur a déclaré : «Ce n'est pas un acte d'antisémites mais de jeunes désoeuvrés...» Le qualificatif d'«antisémitisme» reste un tabou, même quand des Juifs se font agresser. Par crainte d'aggraver la situation ? «C'est ce qui s'est passé en 2001, se souvient Shmuel Trigano, qui a alors fondé l'Observatoire du monde juif pour recenser les agressions antisémites. Le gouvernement n'a pas voulu révéler le nombre d'attaques contre des Juifs, et Lionel Jospin avaient demandé aux institutions juives de garder le silence "pour ne pas mettre de l'huile sur le feu". Comme si divulguer la vérité ne ferait qu'augmenter le nombre d'agressions. Or, on s'aperçoit que si la société ne condamne pas ces agissements, eh bien cela conduit à encore plus d'agressions, et c'est ce qu'on a vu avec la multiplication des actes antisémites dans les années 2001-2002. Le non-dit en France produit des catastrophes. C'est un signe de maladie d'une société parce que le principe de réalité n'existe pas. C'est reconnaître qu'on est dans une situation impossible. Et ce refus conduit naturellement à fustiger les réactions "émotionnelles" de la communauté juive, qui serait décrétée agressive et raciste parce que la victime crie en désignant son agresseur.»

«Aujourd'hui, on s'étonne.»
Dans un climat de «non-dit» et de silence, le reportage d'Yves Azéroual et Elie Chouraqui sur l'antisémitisme en banlieue, pour l'émission Envoyé spécial (Antisémitisme, la parole libérée, France 2) avait beaucoup choqué lors de sa diffusion, il y a deux ans. «Les jeunes que nous avions interviewés à la sortie d'une école de Montreuil disaient exactement cela : "Les Juifs c'était tous des riches"», se souvient Yves Azéroual. «Et tout le monde a protesté en me disant que ce sont des ados, que cela n'a aucune signification. Et puis quand on a montré des jeunes blacks et beurs d'une cité de Montreuil qui, face à la caméra ­ et c'est moi qui ai décidé de flouter leur visage, pas eux ­, appelaient à tuer des Juifs, on n'a pas trouvé cela grave, on m'a dit : "Ce sont des voyous et des excités." Parce qu'on refuse de voir et de dire qu'une culture antisémite s'affiche dans les banlieues au sein d'une minorité de la communauté afro-arabo-musulmane. Alors, aujourd'hui, on s'étonne qu'un chef de bande black musulman passe à l'acte, comme s'il n'y avait, dans cette histoire, ni passé, ni futur.» Le présent, en tout cas, avec la torture et le meurtre du jeune Ilan, imposera qu'on cherche à comprendre la véritable nature de ce crime.
Libération, 23 février 2006, p. 8

--------

(23 février 2006) Hommage : «Il y a un avant et un après Ilan»
A Paris, la communauté juive bouleversée par l'affaire s'est recueillie hier à la synagogue de la Victoire avec le président de la République et 150 personnalités.

Deux heures avant l'arrivée de Jacques Chirac, la foule est déjà présente autour de la grande synagogue de la Victoire, à Paris.
Il est un peu plus de 18 h 30, un haut-parleur se met à hurler : «Il n'y a plus de place à l'intérieur de la synagogue. Rentrez chez vous, ne restez pas groupés sur les trottoirs.» «Il n'y a plus un centimètre carré de libre à l'intérieur», insiste un policier. Alors, disciplinés, les gens refluent lentement. Depuis près d'une demi-heure, ils sont un millier environ à piétiner sur le trottoir de la rue de la Victoire, à Paris, sous quelques flocons de neige. Des hommes, des femmes, de tous âges.

Les hommes portent la kippa ou un chapeau noir à large bord.
«Vous voyez, la communauté juive, si on en touche un seul membre, on touche tout le corps, argumente Priscilla, 22 ans. Les ravisseurs l'avaient compris, puisqu'ils avaient même contacté un rabbin pour qu'il organise une quête pour libérer Ilan. On était bien visés, en tant que juifs, il faut arrêter de le cacher.»
Une femme plus âgée intervient : «Les élections arrivent, alors, les hommes politiques prennent cette affaire en considération...» Sarah est venue de Boulogne-Billancourt avec ses trois filles. D'habitude, elles prient à la synagogue de leur commune, mais hier, elles ont répondu à l'invitation de Joseph Sitruk, grand rabbin de France, pour honorer la mémoire d'Ilan Halimi.

Applaudissements.
A l'intérieur, on se dispute les places. Les uns après les autres, les politiques arrivent, silencieux pour la plupart, sortant la kippa de leur poche ou coiffés d'un chapeau.
Dans les tribunes, les gens commentent : «Le ministre de l'Intérieur, il doit venir, c'est le seul qui ose appeler un chat un chat.» Mais Nicolas Sarkozy ne viendra pas. Il est à Lyon pour un meeting de l'UMP et a délégué son directeur de cabinet, Claude Guéant pour le représenter, assurant qu'il défilerait dimanche à Paris entre République et Nation.

Les autres en revanche sont là. Des ministres comme Gilles de Robien, Renaud Donnedieu de Vabres arrivent les premiers, suivis par Jean-Louis Debré, le président de l'Assemblée et Christian Poncelet, celui du Sénat.
Même le souverainiste Philippe de Villiers est là. A son entrée, une salve d'applaudissements mais ils s'adressent à la mère d'Ilan qui le précède de quelques pas.
L'UDF François Bayrou est là aussi. Panafieu, Lellouche et Goasguen, tous trois candidats à la mairie de Paris sont également présents.
A gauche, François Hollande et Ségolène Royal débarquent séparément.

Dans le public, une religieuse en habit s'inquiète : «Et les cathos ?» Mgr André Vingt-Trois, cardinal-archevêque de Paris est assis à côté du représentant de la Fédération protestante de France, Jean-Noël de Bouillane de Lacoste, et Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman.

Suivis par Dominique de Villepin, Jacques et Bernadette Chirac font leur entrée sous des applaudissements vite stoppés par des «chhuttt». «On est en deuil quand même», observe une dame. Après être allés longuement réconforter la mère d'Ilan, les Chirac s'installent dans deux grands fauteuils rouges avec Simone Veil à leur côté.

«Lâcheté».
Joël Mergui, nouveau président du Consistoire de Paris, prend le premier la parole, remerciant la classe politique et l'ambassadeur de Côte-d'Ivoire pour leur présence.

«La communauté juive est en deuil, la République est en deuil, la France est en deuil», déclare-t-il. Puis, son ton se fait grave pour dénoncer «un voisinage passif et muet par lâcheté ou par complicité».
Parlant du «cancer antisémite», il réclame «un châtiment exemplaire». Puis la mère d'Ilan allume une bougie symbolisant l'âme de son fils.

«Les juifs sont une composante indéfectible de la France et le resteront quoi qu'il arrive», lance Joseph Sitruk dans une intervention plus politique que religieuse.

S'adressant directement à Jacques Chirac, il propose de «déclarer le respect grande cause nationale». Il demande aussi «à tous les Français de se lever comme un seul homme et de crier haut et fort : ça suffit».
A la sortie, Chirac est pris dans la cohue. Des voix crient «Vive la France» mais surtout «Justice, justice !» et aussi «Vengeance !» Une dame grommelle sans relâche «Condamnation à mort.»
Libération, par Catherine COROLLER et Antoine GUIRAL et Marc PIVOIS, QUOTIDIEN : vendredi 24 février 2006, p. 3

----------

vendredi 24 février 2006, 16h44 Le maire de Londres suspendu pour quatre semaines pour insultes à un juif

LONDRES (AFP) - Le maire travailliste de Londres Ken Livingstone, habitué des controverses, a été suspendu vendredi de ses fonctions pour quatre semaines pour avoir comparé un journaliste juif à un garde de camp de concentration nazi.

Celui qui a gagné pour Londres l'organisation des Jeux Olympiques de 2012, est resté intraitable, refusant toujours de présenter les excuses réclamées de toutes parts.

"Cette décision porte atteinte à la démocratie en son coeur. Des hommes politiques élus ne devraient être écartés que par les électeurs ou parce qu'ils violent la loi. Trois membres d'un organisme non élu ne devraient pas avoir le droit de nier les votes de millions de Londoniens", a réagi M. Livingstone.

En février, le maire avait comparé à un "ancien criminel de guerre allemand" Oliver Finegold, un reporter du quotidien londonien Evening Standard, qui tentait poliment de l'interviewer à la sortie d'une soirée.
Le reporter avait répondu qu'il était juif et se sentait offensé. Ken Livingstone avait rétorqué: "Vous êtes juste comme un gardien de camp de concentration".
Le maire avait ensuite refusé de s'excuser, malgré les appels multiples d'hommes politiques, des représentants de la communauté juive et de survivants de l'Holocauste.
Il avait répliqué à l'époque que cela faisait 25 ans qu'il était grossier avec les journalistes et qu'il avait bien l'intention de continuer.

Les trois membres de l'Adjucation Panel, un organisme indépendant chargé de juger le comportement des élus locaux, ont estimé à l'unanimité qu'il avait fait preuve "d'insensibilité" et "insulté sans raison" le reporter.
Ces propos ont "nui à la réputation de M. Livingstone", mais aussi à celle "des services municipaux", a jugé la commission, "inquiète de voir que le maire semble n'avoir pas compris, depuis le début, que sa conduite était inacceptable".
"Nous espérons que le maire comprendra le message qu'il n'est pas le seul arbitre de ce qui est acceptable dans la vie publique, qu'un responsable élu peut dépasser les limites de l'acceptable et offenser les autres. La chose à faire, c'est s'excuser convenablement", a réagi la principale organisation représentative de la communauté juive, le Board of Deputies of British Jews. C'est elle qui avait porté l'affaire devant la commission.

"Aucun homme politique de sa stature n'a été jusqu'à présent sanctionné par la commission d'éthique. Nous allons voir le gouverement de Londres paralysé pendant un mois purement à cause de sa stupidité", a réagi Brian Coleman, le vice-président (conservateur) de l'Assemblée de Londres (conseil municipal).

Après avoir tenu tête entre 1981 et 86 au premier ministre conservateur Margaret Thatcher, Ken Livingstone a été exclu en 2000 du Parti travailliste avant d'être réintégré en 2004. Il a été réélu en 2004, avec une majorité réduite.

Il ne recule pas devant les controverses: opposant à la guerre en Irak, il avait estimé en juillet dernier qu'Israël et la politique occidentale au Proche-Orient étaient responsables de la multiplication des attentats.

Ancien gauchiste, Ken Livingstone, "Ken le Rouge", fait son possible pour attirer les grandes fortunes, y compris russes ou chinoises, dans la capitale financière. Il est aussi le promoteur de la "taxe embouteillage" controversée (12 euros quotidiens pour circuler dans le centre de Londres).

Le maire, qui devra prendre en charge ses frais juridiques, estimés à 80.000 livres (119.000 EUR), s'est réservé le droit de faire appel. Sa suspension prend effet au 1er mars, deux mois avant les élections locales.
yahoo.fr, actualités, vendredi 24 février 2006, 16h44

---------

dimanche 26 février 2006, 16h09 : Robert Badinter: il faut "combattre toutes les formes du racisme ordinaire"

PARIS (AP) - Il faut "combattre toutes les formes du racisme ordinaire", estime l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter dans "Le Parisien dimanche", alors qu'une manifestation contre le racisme et l'antisémitisme est organisée ce dimanche après-midi à Paris près de deux semaines après la mort d'Ilan Halimi.

"Il faut poursuivre avec la plus grande fermeté les crimes et les violences racistes, mais aussi combattre toutes les formes du racisme ordinaire trop souvent tolérées: l'exclusion, la discrimination, le mépris de l'autre, l'injure, l'incivilité", considère Robert Badinter.

"Le racisme, même sous son aspect le plus anodin, le plus quotidien, est un poison pour les âmes", rappelle l'ancien ministre de la Justice. AP
yahoo.fr, actualités, dimanche 26 février 2006, 16h09

---------

dimanche 26 février 2006, 16h12 : Début de la manifestation parisienne en hommage à Ilan, de Villiers expulsé

PARIS (AFP) - La manifestation parisienne en hommage à Ilan Halimi, un jeune juif torturé à mort, a débuté dimanche après-midi, vers 15H30, en présence de nombreuses personnalités politiques et religieuses et de milliers de personnes venues dénoncer le racisme et l'antisémitisme.
Des rassemblements en régions doivent rendre hommage, dimanche, à Ilan Halimi et s'opposer au racisme et de l'antisémitisme, au moment où une large majorité de Français interrogés par sondage estiment que ces deux fléaux ont augmenté.

Vingt minutes avant le début de la manifestation parisienne, des membres des services d'ordre ont chassé le président du Mouvement pour la France (MPF) Philippe de Villiers, venu participer au défilé, aux cris de "raciste, raciste".

Derrière la banderolle de tête où l'on pouvait lire "La France contre le racisme et l'antisémitisme", ont pris notamment place le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, l'écrivain Marek Halter, le cardinal Jean-Marie Lustiger, le président de SOS Racisme Dominique Sopo, le président de l'UDF François Bayrou, le président du Crif, Roger Cukierman, l'ancienne ministre Simone Veil, la députée UMP Françoise de Panafieu et le Premier secrétaire du PS François Hollande.

Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, l'ex-Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, ainsi que l'acteur Ivan Attal et l'intellectuel Alain Finkielkraut étaient également présents dans les premiers rangs.

Parti de la République, le cortège devait se rendre jusqu'à Nation, en passant devant la boutique de téléphonie où travaillait Ilan, boulevard Voltaire.

Des dizaines d'associations de quasiment toutes les confessions et obédiences politiques (Consistoire, le B'nai B'rith, Conseil des démocrates, musulmans de France, UMP, Verts, Parti socialiste, UDF, Ni Putes Ni Soumises, Grand Orient de France, etc...) sont également venues défiler.

La famille d'Ilan Halimi - jeune homme de 23 ans qui avait été retrouvé agonisant le 13 février après avoir été enlevé et torturé - ne se rendra pas à la manifestation, dont elle souhaite néanmoins le succès, selon ses avocats.
Dans un sondage CSA paru dimanche dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, 69% des Français interrogés estiment que la France est confrontée à une montée du racisme et 57% à une hausse de l'antisémitisme.

Depuis samedi, des marches à la mémoire d'Ilan Halimi ont déjà eu lieu en France et en banlieue parisienne.
A Sainte-Geneviève-Des-Bois, dans l'Essonne, 300 personnes ont marché dimanche matin, dans le calme, de la gare jusqu'au site où Ilan Halimi avait été découvert agonisant le 13 février, le long des rails.
Elus locaux, habitants, et membres de la communauté juive ont déposé des fleurs et planté un érable, "car Ilan en hébreu signifie arbre", selon le maire (PS) de la ville, Olivier Leonhardt.
Quelque 200 personnes se sont aussi rassemblées samedi à Reims, au square des victimes de la Gestapo, à l'appel de la Licra et de SOS Racisme. Des élus de toutes tendances politiques, dont la ministre déléguée à la Cohésion sociale Catherine Vautrin, étaient présents.
Yahoo.fr, actualités, dimanche 26 février 2006, 16h12

--------

dimanche 26 février 2006, 17h23 : Ilan: Villiers dénonce le "sectarisme totalitaire" de l'extrême gauche

PARIS (AFP) - Philippe de Villiers s'est insurgé contre "l'incroyable sectarisme totalitaire des associations d'extrême gauche qui contrairement au CRIF l'ont physiquement expulsé de la tête du cortège" de la manifestation à la mémoire d'Ilan Halimi organisée dimanche à Paris.

Le président du Mouvement pour la France (MPF) a fait valoir que "depuis 20 ans", ces associations d'extrême gauche "favorisaient la montée d'un nouvel antisémitisme, forme extrême d'un racisme anti français".

Avant que ne s'ébranle la marche en mémoire d'Ilan, M. de Villiers avait été chassé du cortège par des membres du service d'ordre mis en place par l'organisation de la manifestation.

Il a précisé que s'il avait dû quitter la tête de la marche où s'étaient rassemblées les personnalités politiques de toutes tendances, il avait décidé ensuite de "manifester au milieu du cortège, au milieu du peuple de France".
Selon un de ses collaborateurs, "il y a reçu un accueil chaleureux comme jeudi soir à la synagogue de la Victoire où il avait été ovationné".
M. de Villiers "continuera à être le porte-parole de l'unité de la République face au communautarisme islamique et à ses représentants déguisés", a ajouté son collaborateur.

Dans son discours en septembre dernier annonçant sa candidature à la présidentielle, Philippe de Villiers avait fait part de sa volonté de "stopper l'islamisation progressive de la société française qui bascule progressivement dans le communautarisme et face au mondialisme des élites politiciennes".
Ces propos lui avaient valu de vives protestations de la part de la gauche et d'associations anti racisme. SOS-Racisme avait estimé ainsi que M. de Villiers avait "définitivement franchi le rubicon pour se poser en rival direct de l'extrême droite".
Yahoo.fr, actualités, dimanche 26 février 2006, 17h23

--------

dimanche 26 février 2006, 17h20 : Situation très tendue à Paris après la manifestation contre l'antisémitisme

PARIS (AP) - Plusieurs centaines de jeunes, certains le visage masqués et coiffés d'un casque, sont arrivés dimanche après-midi place de la Nation, à Paris -terme de la manifestation contre le racisme et l'antisémitisme- aux cris de "Fofana, salaud, les juifs auront ta peau!", "Fofana pendaison!" ou encore "Vengeance pour Ilan".

Les fauteurs de troubles, qui agissent en marge de la marche qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le calme entre la place de la République et celle de la Nation, ont tenté de s'en prendre à un jeune d'origine maghrébine. Plusieurs dizaines de policiers en civil, matraque à la main, sont immédiatement intervenus pour protéger le jeune homme.

Des CRS et des gendarmes mobiles casqués ont pris position tout autour de la place de la Nation où la situation était très tendue ce dimanche peu avant 17h30. AP
Yahoo.fr, actualités, dimanche 26 février 2006, 17h20

--------

lundi 27 février 2006, 8h52 Jean-Louis Debré, Philippe Douste-Blazy et Dominique Strauss-Kahn (1er rang de G à D) participent à la manifestation à la mémoire d'Ilan, le 26 février

Responsables politiques de droite et de gauche se sont rassemblés dimanche à Paris pour la marche en mémoire d'Ilan, défilant en tête de la manifestation à l'exception de Philippe de Villiers (MPF), chassé par le service d'ordre, tandis que le FN a fait état d'une présence discrète en milieu de cortège.
Bertrand Guay (AFP/AFP - lundi 27 février 2006, 8h52)

--------

(27 février 2006) Fofana, la confession scandale

Au lendemain de la manifestation parisienne, les proches d'Ilan Halimi sont scandalisés de découvrir les propos tenus à la télévision depuis Abidjan par le meurtrier présumé.

C'est un Youssouf Fofana débonnaire, accompagné de sa petite amie, mâchant du attiéké (manioc) autour d'une petite table, qui est apparu hier sur i télévision dans une interview surréaliste.
Au-delà des réponses, embrouillées ou laconiques, c'est l'attitude désinvolte de celui que l'on suspecte du meurtre d'Ilan Halimi qui frappe.
Par la voix de son avocat, la famille de la victime a fait savoir combien «cette indifférence au malheur» la choquait. Me Francis Szpiner a également dénoncé «l'indécence d'un Fofana qui parle de victimisation».

«Comment un suspect peut-il commenter ses actes à la télévision, alors qu'il doit en répondre devant la police et la justice française», s'est inquiété Patrick Klugman, avocat de SOS-Racisme. «C'est du jamais vu.»

La réalisation de cet entretien laisse d'ailleurs planer des doutes sur les conditions de l'instruction en Côte d'Ivoire. «C'est étonnant que l'on puisse rentrer filmer un présumé meurtrier dans un endroit qui ne ressemble guère à une cellule», relève Patrick Gaubert de la Licra.

«Gbagbo n'était pas au courant»

Un conseiller du président Gbagbo a assuré qu'il ignorait tout de ce document, avant de glisser que Fofana serait prochainement extradé, «ce qui mettra fin à toutes ces histoires». Interrogé dans l'après-midi par Le Figaro, Kouassi Kouadio, directeur de la PJ ivoirienne, s'est montré prudent : «J'attends de visionner le reportage avant de m'exprimer sur cette affaire.» Une enquête interne pourrait être lancée.

Après son scoop, i télé a expliqué comment elle avait obtenu cette interview exclusive vendredi en fin de journée alors que le chef de la bande de Bagneux était en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire d'Abidjan (voir ci-dessous). «Notre correspondant Franck-Olivier Boli, toujours là au bon moment, est un spécialiste des «coups» journalistiques. Ayant ses habitudes avec la police locale, il a profité d'une opportunité», a assuré hier Joseph Andjou, présentateur ivoirien d'i Afrique, une émission hebdomadaire de la chaîne tout info de Canal +. «Nous n'avons pas eu d'autorisation officielle», concède le journaliste qui jure que sa chaîne «n'a pas eu à verser le moindre centime pour faire ce scoop». L'entretien a été réalisé en présence de six fonctionnaires de la police ivoirienne. Joseph Andjou a ensuite récupéré la cassette à Abidjan, pour la rapporter hier matin à Paris.

«Lors de ses six minutes d'entretien, Youssouf Fofana n'a eu de cesse de minimiser son rôle avec une certaine désinvolture, confie le journaliste Joseph Andjou. Il a raconté avoir pris peur en voyant la soudaine médiatisation de l'affaire. Il justifie ainsi sa fuite vers la Côte d'Ivoire. En revanche, il ne comprenait pas comment il avait pu se faire prendre à Abidjan où il croyait évoluer en toute impunité.»
La chaîne a finalement supprimé au montage les passages les plus choquants ou les plus incohérents avant la diffusion du document.
«On a conservé ce que l'on pouvait vraiment diffuser, c'est-à-dire moins de 2 minutes», a fait savoir Valérie Lecasble, directrice générale d'i télé.

Les passages coupés ? «C'était absurde et choquant», assure-t-elle. Avant de préciser, comme pour prévenir les critiques : «Fofana est face à la caméra, preuve que les images n'ont pas été volées.» TF 1 dit ne pas avoir souhaité se procurer les images, tandis que France 2 se montre embarrassée : «Ce sont des images qui posent problème. Si on les diffusait, ce ne serait pas sans décryptage et contrepoint», assure Arlette Chabot, directrice de l'information de la chaîne publique.

Une série de clichés amateurs

A Abidjan, de nombreuses photos ainsi que des vidéos laissant apparaître Fofana lors de sa garde à vue au côté de sa petite amie ivoirienne circulent depuis son arrestation. Ces clichés amateurs ont pour la plupart été pris avec des téléphones portables dans des circonstances qui restent également à élucider.

Désormais certains s'inquiètent d'éventuelles interférences dans le cours de la justice française. «L'interview de Fofana est absurde et agaçante mais elle n'entachera pas la procédure, croit de son côté savoir un enquêteur français. La Cour de cassation a toujours estimé qu'elle n'était pas compétente pour s'exprimer sur des faits se déroulant à l'étranger, où les États sont par définition souverains...»

Après ce coup médiatique, la justice française espère l'extradition de Youssouf Fofana dans les plus brefs délais.
Un «collectif» d'avocats ivoiriens a de son côté annoncé vouloir empêcher le retour en France du «cerveau», après l'avoir rencontré dans sa cellule.
lefigaro.fr, Christophe Cornevin et Cécilia Gabizon, 28 février 2006

-----

(27 février 2006) Filmé à Abidjan, Youssouf Fofana nie avoir tué Ilan Halimi
Interrogé pour la chaîne i-Télé, il est apparu décontracté et sans regrets.

Dans une interview diffusée par la chaîne i-Télé, Youssouf Fofana, 25 ans, chef du gang qui a kidnappé et tué Ilan Halimi, dit qu'il a agi pour de l'argent et nie toute implication dans la mort de la victime comme lors de ses interrogatoires.

En plein dîner.
La boule à zéro, mal rasé, en jogging blanc, ce fils d'Ivoirien de Bagneux (Hauts-de-Seine) se montre décontracté et tout sourire face à la caméra. Le journaliste reporter d'images (JRI) africain Franck-Olivier Boli, qui travaille pour l'émission i-Afrique, a réussi à le filmer en garde à vue vendredi, en plein dîner avec sa petite amie ivoirienne arrêtée avec lui le 22 février : «L'enlèvement a été fait à des fins financières», justifie Fofana, qui n'a rien d'un illettré. Qu'a-t-il à dire à la famille d'Ilan ? «Que leur enfant, je ne l'ai pas tué.» Pas d'excuses, pas de regrets. Et à sa mère ? «Je n'ai pas de mots à dire à ma mère.» Lui qui se faisait appeler «Barbarians Brain» par sa bande trouve aujourd'hui le nom «gang des barbares» exagéré : «Déjà un gang, c'est un grand mot. Le gang des barbares, c'est par rapport à la violence [...], c'est une victimisation d'une situation qui est déjà déplorable.» Il poursuit de lui-même : «Si la guillotine était là, il est possible qu'on aurait pu la suggérer pour moi.»

Bernard Zekri, directeur de la rédaction d'i-Télé, nous a indiqué que Youssouf Fofana a «refusé de répondre à une question sur l'antisémitisme» et que le JRI qui a capté cette interview «n'a pas payé» pour rentrer dans les locaux de la police judiciaire à Abidjan : «Cela paraissait assez simple. Boli m'a demandé 2 000 euros, que je ne lui ai pas encore payé, un prix correct et habituel pour un reportage, vu qu'il utilise sa caméra, que je n'ai pas de frais de location de matériel et de billets d'avion.» Le directeur de la rédaction souligne qu'i-Télé a pris la précaution de prévenir la famille Halimi avant la diffusion. Me Francis Szpiner qui défend celle-ci a cependant indiqué que «la famille d'Ilan a trouvé ce document insupportable» : «Comment réagir autrement que par l'indignation quand vous voyez la désinvolture de cet homme et son cynisme qui dépasse l'entendement, son indécence et son obscénité quand il ose parler de sa victimisation.»

Me Szpiner s'est constitué partie civile vendredi dans le dossier d'instruction des juges Corinne Goetzmann et Baudoin Thouvenot pour la famille d'Ilan Halimi, qui «compte exercer pleinement ses droits toute seule» et «n'a pas souhaité que le consistoire et d'autres associations se constituent partie civile afin de ne pas tomber dans le communautarisme», souligne l'avocat.

Mandat d'arrêt.
A l'issue de quatre jours de garde à vue, Youssouf Fofana a été présenté hier à des magistrats du tribunal d'Abidjan, qui lui ont notifié le mandat d'arrêt international émis par les juges français. La chambre d'accusation doit ensuite se réunir dans un délai de huit jours pour examiner la demande d'extradition. Le chef des «barbares» a été emprisonné à la maison d'arrêt et de correction d'Abidjan, dans l'attente de son rapatriement à Paris.
Libération, 28 février 2006, p. 15

-------

jeudi 09 mars 2006 (Reuters - 15:59) Première mise en examen dans l'affaire du gendarme Clin

POINTE-A-PITRE - La justice a prononcé une première mise en examen mercredi en Guadeloupe dans l'enquête sur la mort du gendarme Raphaël Clin le 12 février sur l'île antillaise de Saint-Martin, apprend-on de source proche du dossier.

Raphaël Clin, 31 ans, qui intervenait contre une course sauvage de deux-roues, est mort à l'hôpital après avoir été percuté par un motocycliste qui circulait sans permis et sans assurance.

Un témoin de l'accident a été mis en examen pour avoir entonné un chant de Bob Marley dont l'utilisation en l'espèce a été jugée raciste.

Poursuivi pour "outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et incitation à la haine raciale", il a été écroué provisoirement dans l'attente d'un débat contradictoire devant le juge des libertés.

Mercredi, le parquet de Basse-Terre (Guadeloupe) avait estimé avoir recueilli assez de témoignages, notamment ceux d'infirmières et d'un sapeur-pompier, pour établir les accusations d'injures racistes.

Plusieurs personnes se seraient réjouies à haute voix des blessures mortelles subies par le gendarme, d'abord sur les lieux de l'accident, puis au service des urgences de l'hôpital, avait assuré le procureur.

La veuve du gendarme a déclaré à la presse locale qu'aux urgences "ça criait dans tous les sens 'on a tué un Blanc'". Elle a été reçue jeudi par Nicolas Sarkozy, en déplacement aux Antilles.

Le fait divers a soulevé un début de polémique politique en France, une partie de la droite et de l'extrême droite dénonçant un acte de "racisme antiblanc".

Deux informations judiciaires sont ouvertes, une sur les injures présumées racistes, l'autre sur l'accident. L'homme qui a percuté le gendarme Clin, lui-même hospitalisé après l'accident, devrait être poursuivi pour "homicide involontaire".
liberation.fr, jeudi 09 mars 2006 (Reuters - 15:59)

---------

(Octobre 2006) Le multiculturalisme anglais en berne
Tollé musulman après les critiques de Jack Straw, ex-ministre de Blair, contre le voile intégral.

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume du multiculturalisme ? Jack Straw, ex-ministre de l'Intérieur de Tony Blair, a déclenché une polémique, jeudi, en décrivant le voile intégral porté par certaines musulmanes en Grande-Bretagne comme «une déclaration visible de séparation et de différence».

Inquiétude.

Se remémorant un incident survenu il y a un an, le député travailliste décrit dans le Lancashire Telegraph le «malaise» qu'il avait ressenti à parler avec à une femme dont il ne pouvait voir le visage. Il évoque son inquiétude face au port du voile intégral, «qui ne peut manquer de rendre de meilleures relations entre les deux communautés plus difficiles à atteindre», et justifie sa décision de demander aux femmes entièrement voilées de se découvrir pour lui parler dans son bureau.

Ces propos, qui ont surpris de la part d'un homme qui a toujours entretenu d'excellents rapports avec les nombreux musulmans vivant dans la circonscription de Blackburn, dont il est le député depuis vingt-sept ans, ont déclenché un tollé immédiat. «Cela va causer de nombreux dégâts auprès de la communauté musulmane, une fois de plus montrée du doigt par le gouvernement, a déclaré Reefat Bravu, du Conseil britannique musulman. Les femmes ont le droit de porter le voile, et ces remarques constituent un nouvel exemple du dénigrement des musulmans.»

Cette polémique intervient dans un contexte de tensions entre la communauté musulmane et le reste du pays. Avec les attentats meurtriers du 7 juillet 2005 à Londres, le pays a découvert que de jeunes musulmans nés et élevés en Grande-Bretagne étaient capables d'attentats. Depuis, le débat est ouvert dans le pays sur l'échec possible du communautarisme, considéré pendant longtemps comme un modèle d'intégration. En juin, Ruth Kelly, secrétaire d'Etat aux communautés, avait déjà mis en doute les bienfaits du multiculturalisme, soupçonné d'encourager la ségrégation.

Le ministre de l'Intérieur, John Reid, appelait la semaine dernière les délégués de son parti à lutter contre les fanatiques musulmans, déclarant qu'il ne tolérerait pas que certains quartiers deviennent des «lieux de non-droit». Cette semaine, de violentes émeutes ont opposé des gangs de jeunes Blancs et de Pakistanais dans la ville habituellement calme de Windsor (sud-ouest de Londres), après l'annonce qu'une mosquée allait y être construite. Scotland Yard n'est pas épargné : une enquête a été lancée après le refus d'un policier musulman d'origine libanaise d'être posté devant l'ambassade d'Israël, cet été.

Concentrées.

La parution de nouvelles statistiques basées sur le référendum de 2001 révèle, par ailleurs, la communautarisation de la population. Si les minorités ethniques ne représentent que 11,8 % des Britanniques, elles se retrouvent largement concentrées autour des mêmes endroits ­ en général les quartiers défavorisés des grandes villes ­, où elles se regroupent par origines et par religions. Dans certains quartiers de Leicester, Birmingham, Bradford et Manchester, les trois quarts de la population ne sont ni blancs ni chrétiens.
Une banlieue de Bradford est peuplée à 73 % de Pakistanais. Cette tendance n'est pas limitée aux villes industrielles du centre et du nord de l'Angleterre : le quartier de Brent, dans le nord-ouest de Londres, apparaît ainsi comme le plus divers de Grande-Bretagne sur le plan ethnique, avec seulement 29 % de ses habitants répertoriés comme blancs et britanniques.

Non Blanc.

La communauté indienne, qui représente 1,8 % de la population, constitue le plus gros groupe ethnique non blanc, tandis que l'islam est la religion la plus pratiquée après le christianisme.
Libération, 7/8 octobre 2006, p. 7, Par Sabine LIMAT QUOTIDIEN : Samedi 7 octobre 2006 - 06:00

-------

Pascal Sevran est-il raciste ? lefigaro.fr. Publié le 07 décembre 2006 Actualisé le 07 décembre 2006 : 19h10 Pascal Sevran anime ''Chanter la vie'', le dimanche, sur France 2.

Dans une interview publiée dans Var Matin ce week-end, le journaliste interpelle Pascal Sevran sur la phrase tirée de son dernier livre, Le privilège des jonquilles (notedt, paru le 4 janvier 2006 ...) : «La bite des Noirs est responsable de la famine en Afrique». Et l’animateur télé de se justifier : «Et alors ? C’est la vérité ! L’Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète !»

En réaction, France Soir, titrait mercredi : «Heil Sevran !». «Je n'ai pas de comptes à rendre, ni à vous ni à personne. Je dis ce que je veux et j'écris ce que je veux ! Me considérer comme un néo-nazi est une belle connerie», répondait Pascal Sevran le même jour, sur Europe 1.

Le PS demande des sanctions

Réagissant avec retard, personnalités et associations ont vivement dénoncé ses prises de position, jeudi. Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), évoque des propos «abjects».

Empêtré dans l’affaire Frêche, le Parti socialiste dénonce quant à lui une «véritable apologie du racisme et de l'eugénisme», et demande à Patrick de Carolis de «sanctionner sévèrement leur auteur dont les déclarations réitérées ne sont pas compatibles avec sa participation au service public de l'audiovisuel». Le PS demande également à Nicolas Sarkozy de se désolidariser de Pascal Sevran, qui compte parmi ses soutiens les plus actifs.
lefigaro.fr. Publié le 07 décembre 2006 Actualisé le 07 décembre 2006 : 19h10

--------

lundi 18 décembre 2006, par Saïd Aït-Hatrit, afrik.com Le Niger porte à son tour plainte contre Pascal Sevran
Le pays, visé par l’animateur, dénonce des « insanités dignes de Goebbels »

Le gouvernement nigérien décide à son tour de porter plainte contre Pascal Sevran pour ses propos sur « la bite des Noirs responsable de la famine en Afrique ». Le Niger est particulièrement visé dans le roman par lequel la polémique est arrivée. Dans son communiqué, le pays juge les propos de l’animateur « dignes de Goebbels ».

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Alors après le Collectifdom (Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais) et le Cran (Conseil représentatif des associations noires), l’Etat nigérien a annoncé samedi soir à travers un communiqué lu à la radio qu’il a, à son tour, « décidé de saisir les tribunaux français » contre Pascal Sevran. Niamey exige que « justice et réparations soient faites » après les déclarations de l’animateur de la télévision publique française concernant « la bite des noirs responsable de la famine en Afrique ».

Pascal Sevran s’est déjà excusé et a démenti par la suite avoir tenu ces propos, expliquant que c’est la question d’un journaliste de Var Matin qui était ainsi formulé et qu’il y avait répondu par l’affirmative. Mais il a répété qu’il ne changeait pas une ligne du livre publié en janvier dernier, Le privilège des jonquilles, et par lequel la polémique est arrivée. Le Niger, qui a connu en 2005 ce que Niamey appelle une crise alimentaire et non une famine, y est particulièrement visé.

Des causes multiples à la famine

« Niger. Safari photo insoutenable. Des enfants, on en ramasse à la pelle dans ce pays (est ce un pays ou un cimetière ?) où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé au monde, peut-on y lire. 9 enfants en moyenne par couple. Un carnage. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout va. La mort est au bout de leur bite. Ils peuvent continuer puisque ça les amuse... ». Au journaliste qui demande à Pascal s’il confirme ces propos, il répond « Et alors ? C’est la vérité. L’Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pax le seul à le dire (…) Oui, il faudrait stériliser la moitié de la planète ».

Le problème est bien la façon dont l’animateur s’est exprimé. Parmi les causes de la famine et de la sous-alimentation chronique au Niger, notamment chez les enfants, nombre d’observateurs relèvent le fort taux de natalité chez certaines populations. Mais ils n’y voient que l’une des causes, avec la pauvreté, les aléas climatiques, la spéculation ou la qualité de l’agriculture, qui baisse notamment en raison de la forte croissance démographique et de l’augmentation de l’occupation des sols.

Le gouvernement tente d’ailleurs d’agir – timidement - sur ces pratiques à travers des Plans familiaux, a récemment expliqué à Afrik Ari Malla, le directeur de cabinet du Premier ministre nigérien et Coordinateur du Secrétariat permanent Stratégie de réduction de la pauvreté. Plus que le taux de natalité, le Cilss (Comité inter-états de lutte contre la sécheresse dans le Sahel) et la Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) mettent en avant « les naissances rapprochées » et « les mauvaises habitudes alimentaires » qui rendent une partie de la population plus « vulnérable ».

« Des insanités dignes de Goebbels »

Le 12 décembre, à l’occasion d’une conférence de presse organisée par l’Association de la presse panafricaine (APPA), Dominique Soppo, président de SOS-racisme, avait estimé que les propos de Pascal Sevran « renforcent les clichés très éculés sur la sexualité et la fainéantise des noirs ». A travers le communiqué lu samedi soir, Mohamed Ben Omar, le porte-parole du gouvernement nigérien, a jugé que les passages du livre de l’animateur « sont on ne peut plus racistes et font un éloge de l’eugénisme dont M. Pascal Sevran est l’apôtre patenté ». Ce sont des « insanités dignes de Goebbels » (le chef de la propagande du régime nazi), a-t-il ajouté, et « caractéristiques des thèses fascistes ». Peut-être de quoi relancer la polémique et permettre à l’animateur de porter plainte à son tour… ?
afrik.com, lundi 18 décembre 2006, par Saïd Aït-Hatrit

-------

Pascal Sevran en Afrique, C. G., lalibre.be, Mis en ligne le 20/12/2006

L'animateur accepte l'idée émise par "SOS Racisme" : un reportage sur le continent. Selon un communiqué de "SOS Racisme", l'animateur de France 2, Pascal Sevran a accepté le principe de se rendre en Afrique pour participer à un reportage autour des "réalités actuelles" du continent. L'association est à l'origine de cette démarche.

Suite à la polémique déclenchée il y a une dizaine de jours par les propos de Pascal Sevran sur la sexualité des noirs, "SOS Racisme" avait rencontré la semaine dernière Patrick de Carolis, le président de France Télévisions et son bras droit, Patrice Duhamel. L'association a ensuite rencontré Pascal Sevran pour lui proposer cette idée de reportage qui constitue, selon le président de "SOS Racisme", Dominique Sopo, "une sortie par le haut de cette polémique". Il s'agit aussi de parler de l'Afrique d'une manière "plus constructive, plus objective, plus pédagogique" que ne le fait Sevran dans son livre "Le privilège des jonquilles", en partie à l'origine du tollé. Et c'est une manière de susciter une "solidarité" avec ce continent recouvrant une réalité multiple et complexe, nous a-t-on précisé mardi à "SOS Racisme".

Prochaine étape : une rencontre début janvier avec l'Association de la presse panafricaine (APPA), "afin de discuter des modalités et de l'axe de ce voyage", précise le communiqué. Le projet est donc encore très flou en ce qui concerne la production, la réalisation, ou la case dans laquelle France 2 pourrait l'accueillir.

Rappelons que deux associations (le Cran et le Collectifdom) ainsi que le Niger ont décidé de porter plainte contre Sevran, et qu'après lui avoir adressé "un sévère avertissement", la direction de France Télévisions a évoqué la possibilité d'introduire une "clause d'éthique" dans les contrats de ses animateurs.
C. G., lalibre.be, Mis en ligne le 20/12/2006

--------

mardi 2 janvier 2007, 21h13 La "soupe au cochon" n'est pas raciste, dit la justice

PARIS (Reuters) - La justice a estimé que la distribution de "soupe au cochon" par une association proche de l'extrême droite n'était pas raciste et l'a donc autorisée malgré une interdiction de la préfecture de police de Paris.

Le tribunal administratif de Paris a demandé que soit levée cette interdiction décidée le 28 décembre par la préfecture qui dénonçait le caractère xénophobe de cette opération caritative excluant de fait les personnes de confessions juive ou musulmane.

Le tribunal administratif a estimé que la distribution de cette soupe populaire ne constituait pas un trouble à l'ordre public ni une discrimination avérée.

La préfecture devrait faire savoir mercredi si elle fait appel ou non de la décision.

Cette distribution, qui a vu le jour durant l'hiver 2004 à Paris, a été lancée par l'association "SDF-Solidarité des Français", proche de mouvements d'extrême droite, dont le but est, selon l'organisation, de distribuer une soupe "gauloise" préparée à base de lard.

Le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë, s'est dit "étonné" de la décision du tribunal administratif et a invité la préfecture à faire appel. Il estime dans un communiqué que cette distribution exclut "sciemment" les juifs et les musulmans.

"Face à cette initiative aux relents xénophobes, je veux exprimer à nouveau la volonté de la municipalité de dénoncer et de combattre toute forme de discrimination, de racisme et d'antisémitisme", écrit Bertrand Delanoë.

"On peut imaginer beaucoup de choses sur l'intention de l'association mais il n'y a jamais eu de discrimination avérée", a déclaré pour sa part sur France Info Me Frédéric Pichon, l'avocat de l'association. "On n'a jamais pu constater qu'une personne se verrait refuser de la soupe ou des vêtements en raison de son appartenance (...) à une religion ou une race déterminée."
Yahoo.fr, actualités, mardi 2 janvier 2007, 21h13

-------

vendredi 5 janvier 2007, 20h30 Le Conseil d'Etat interdit la "soupe au cochon"

PARIS (AP) - Le juge des référés du Conseil d'Etat a confirmé vendredi soir l'interdiction faite par la préfet de police de Paris à l'association d'extrême droite Solidarité des Français (SDF) de distribuer "une soupe au cochon" aux personnes nécessiteuses.

Mardi, le juge des référés du tribunal administratif de Paris avait annulé l'ordonnance du préfet du 28 décembre, interdisant cette soupe populaire jugée discriminatoire. Une décision annulée à son tour par le juge des référés Christian Vigouroux. Il a estimé "que larrêté contesté prend en considération les risques de réactions à ce qui est conçu comme une démonstration susceptible de porter atteinte à la dignité des personnes privées du secours proposé et de causer ainsi des troubles à lordre public".

Il a encore jugé que le tribunal administratif "ne pouvait, sans entacher son ordonnance de contradiction de motifs, dune part retenir le caractère discriminatoire de lorganisation sur la voie publique, par lassociation Solidarité des Français, des distributions daliments contenant du porc, et dautre part estimer que larrêté portait une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale de manifester".

"Seul le risque de trouble à l'ordre public autorise l'autorité administrative à prononcer l'interdiction d'une manifestation", avait en effet souligné le juge administratif, constatant certes le "but manifestement discriminatoire" de l'association, mais aussi que "le préfet de police ne rapportait nullement la preuve de l'existence d'un tel risque".

Le ministère de l'Intérieur avait fait appel de cette décision. Son avocat, Me Jean-François Boutet, a souligné vendredi après-midi que "la police administrative est une police de surveillance visant à préserver la paix sociale en protégeant l'ordre public". Il a par ailleurs estimé que les distributions de "soupe au cochon" ne relevaient pas d'une "manifestation" puisqu'elles n'étaient pas déclarées à la préfecture.

"La soupe de lard est traditionnellement la soupe des pauvres puisqu'elle constitue une nourriture complète", a rétorqué Me Bruno Le Griel, pour l'association SDF, affirmant qu'aucun musulman ou juif n'était forcé de consommer la soupe. Il a également relevé qu'aucune association musulmane ne s'était plainte de l'initiative de SDF qui relève de "la liberté de secourir autrui".

A l'audience, le président Christian Vigouroux a pour sa part cité les statuts de l'association qui prévoient qu'elle vienne "en aide aux personnes en difficulté, pour les aider à rebondir" tout en "respectant leurs individualités". Mais il a également noté des extraits du site internet de l'association où il a trouvé des citations comme "pas de soupe, pas de dessert" ou "les nôtres avant les autres". Il a précisé que le juge des référés pouvait prendre en compte des éléments extérieurs au litige même pour prendre sa décision en droit.

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, s'est immédiatement "réjoui" de cette décision qui "établit clairement la dimension discriminatoire dune telle opération dont sont exclues, de fait, les personnes de confession juive et musulmane".

"Elle répond totalement au voeu adopté par le Conseil de Paris dès juin 2004 qui demandait, précisément, que soit mis un terme à des initiatives aussi contestables", a ajouté le maire dans un communiqué, satisfait de l'interprétation "extrêmement claire de nos principes républicains, rappelant ainsi que légalité et la fraternité ne peuvent sexprimer dans la provocation ou le rejet des autres, en raison de leur identité ou de leurs convictions".

Jugées discriminatoires pour les juifs et les musulmans, que leur religion interdit de manger du porc, les distributions de "soupe au cochon" avaient déjà été interdites à Paris et Strasbourg. AP
Yahoo.fr, actualités, vendredi 5 janvier 2007, 20h30

-------

12.01.2007 | 15:23 Soutien de personnalités à Pascal Sevran

Plusieurs personnalités, dont Philippe Besson, Roger Hanin, France Gall ou Renaud, affirment que l'animateur "ne mérite pas" les accusations de racisme.

Plusieurs personnalités ont affiché jeudi 11 janvier leur soutien à Pascal Sevran, dont les propos sur la sexualité des Noirs avaient provoqué une vive polémique en décembre. Dans une lettre publiée dans le quotidien Libération, des écrivains et artistes estiment que l'animateur de télévision "ne mérite pas" d'être taxé de racisme.

On peut lui adresser "des reproches" et reconnaitre ses qualités, mais "il est un sujet sur lequel nous ne l'avons jamais trouvé ambivalent, jamais: c'est celui du racisme", affirment les écrivains Christian Authier, Philippe Besson, Christine Clerc, Benoit Duteurtre et Denis Tillinac, la chanteuse France Gall, l'adjoint à la mairie de Paris Christophe Girard, l'acteur Roger Hanin, le chanteur Renaud, le parolier Thierry Séchan et le journaliste et réalisateur Frédéric Mitterrand.

Fils d'immigré et homosexuel

"Lui, le fils d'une immigrée espagnole, a appris d'emblée la différence qui tient à la nationalité et grandi dans le respect de l'altérité. Lui, l'homosexuel, a éprouvé très jeune la violence invisible provoquée par la dissemblance (...)", écrivent-ils.

"Il nous parait donc injuste de chercher à lui coller l'étiquette infamante de raciste. A coup sûr, il ne la mérite pas", concluent-ils.

Pascal Sevran, animateur de France 2, a déclenché un tollé après une interview début décembre au quotidien Var Matin, qui reprenait un passage de son dernier livre liant la famine en Afrique à la sexualité des Noirs.
Le Nouvel Observateur, NOUVELOBS.COM | 12.01.2007 | 15:23

-------

mardi 15 avril 2008, 15h39 Thierry Lévêque Cinquième procès de Brigitte Bardot pour racisme

PARIS (Reuters) - L'ancienne star de cinéma Brigitte Bardot a été jugée pour la cinquième fois au tribunal correctionnel de Paris pour "incitation à la haine raciale" en raison de propos présumés racistes visant les populations musulmanes vivant en France.

"BB", âgée de 73 ans, ne s'est pas déplacée pour répondre aux questions des juges, comme elle en a le droit. Le substitut du procureur Anne de Fontette s'est déclarée à l'audience un "peu fatiguée" de devoir la poursuivre.

Brigitte Bardot a déjà été condamnée quatre fois depuis 1997 à des peines d'amendes d'une valeur croissante de 1.500 euros, puis 3.000 euros, puis 4.500 euros, puis 5.000 euros, pour notamment "incitation à la haine raciale", toujours en raison de ses propos sur les musulmans.

Des associations antiracistes ont à nouveau porté plainte l'an dernier après des propos tenus dans une lettre envoyée à Nicolas Sarkozy par Brigitte Bardot, à propos de la fête musulmane de l'Aïd-el-Kébir, et publiée dans la revue de la fondation de l'ex-actrice, "L'Info-journal".

"Il y en a marre d'être menés par le bout du nez par toute cette population qui nous détruit, détruit notre pays en imposant ses actes", écrivait l'ancienne comédienne.

Le Mrap, un des plaignants qui la poursuivent, a demandé au tribunal de tenir compte de la persistance de la prévenue dans ses propos.

"Le Mrap demande à la 17e chambre correctionnelle de Paris de prendre acte de ce refus de l'intéressée, de tirer des leçons de ses condamnations antérieures et de renoncer aux propos racistes. Il lui appartiendra d'en tirer les conséquences", dit l'association dans un communiqué diffusé avant le procès.

La dernière sanction en 2004 visait des passages de son livre "Un cri dans le silence" où elle assimilait les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 aux musulmans en général, dénonçait "l'islamisation de la France" et assimilait les musulmans à des "envahisseurs".

Celle qui a pris en charge depuis son retrait de l'écran dans les années 70 la défense de la cause animale s'en prend aux pratiques religieuses des musulmans, notamment l'abattage rituel des moutons pour la fête de l'Aïd el Kébir.

A l'audience de ce procès de 2004, "BB", en larmes, avait nié tout racisme, expliquant qu'elle avait simplement voulu expliquer qu'à ses yeux la France souffrait du "métissage".

"Il y a beaucoup de nouvelles langues dans la nouvelle Europe. Le métissage est possible entre les pays latins qui ont une même base de tradition, de religion et de pensée commune mais plus difficile avec des gens qui ne partagent pas les racines de notre civilisation", avait-elle alors dit.

-------

Des pogroms à Johannesburg
Afrique du Sud. Les émeutes visant les immigrants des pays voisins ont fait 22 morts.
De notre correspondante à Johannesburg VALÉRIE HIRSCH Libération QUOTIDIEN : mardi 20 mai 2008

En une semaine, les émeutes anti-immigrés d’une virulence inédite à Johannesburg ont fait au moins 22 morts et 220 blessés. Jour après jour, des foules de Sud-Africains pauvres s’attaquent aux immigrants zimbabwéens et mozambicains à Alexandra, un quartier surpeuplé et misérable de Johannesburg. Les Zoulous écument les bidonvilles peuplés d’étrangers. «Ils m’ont juste demandé d’où je venais, puis ils m’ont frappée à la tête», raconte Yvonne Ndlovu, une jeune Zimbabwéenne de 19 ans.

Depuis le 11 mai, des groupes munis de bâtons, de clubs de golf, et pour certains d’armes à feu, sèment la terreur, chaque nuit dans les rues du township. «Les étrangers prennent nos emplois, nos maisons. Ce sont des criminels ! accuse Thabo, un étudiant zoulou. Ils doivent partir !»

Ces dernières heures, tous les étrangers ont déserté Alexandra ou se sont réfugiés au poste de police, qui abrite un millier de rescapés depuis une semaine. Depuis jeudi, ce scénario s’est répété dans une quinzaine d’autres townships et dans les quartiers pauvres du centre-ville. Partout, des foules de Sud-Africains noirs font la chasse aux Zimbabwéens et aux Mozambicains, avec une extrême violence.

Supplice.
«Les habitants ont regardé le drame en rigolant», selon le Times, un journal local qui a publié, hier, la photo d’un homme brûlé vif. Une image qui rappelle le supplice du pneu enflammé, symbole du débordement de violence pendant l’insurrection des townships contre le régime d’apartheid dans les années 1980 et 90. Des Sud-Africains, pris pour des étrangers, ont été tués.

La police ne parvient pas à enrayer cette spirale. Dimanche, elle a dû tirer des balles en caoutchouc pour protéger l’Eglise méthodiste de Johannesburg, qui accueille quelque 1 500 réfugiés africains.
Des rescapés continuaient à y affluer hier, dont cet enseignant zimbabwéen de 38 ans, Steve Ndlovu :«Ce matin, les Zoulous ont attaqué le centre commercial chinois où je travaille. Ils nous reprochent de travailler pour des salaires trop bas et veulent qu’on parte. Je suis resté caché quatre heures dans un conteneur. Beaucoup de Zimbabwéens veulent rentrer au pays : mieux vaut aller mourir chez nous !»

Crise.
Ces «ratonades» ne sont pas nouvelles en Afrique du Sud, mais elles n’avaient jamais pris une telle ampleur. Isolés du temps de l’apartheid, les Noirs sud-africains n’ont pas été préparés à l’arrivée de nombreux immigrés du reste du continent après 1994, notamment à l’afflux de Zimbabwéens chassés par la crise dans leur pays depuis 2000.
Ils seraient aujourd’hui 3 millions. «Tant le gouvernement sud-africain que les Nations unies ont refusé de leur accorder un statut de réfugiés, déplore Eric Goemaere, de Médecins sans frontières-Belgique. Les Zimbabwéens en sont réduits à vivre comme des clandestins tout en étant considérés comme des profiteurs.»

Même si seulement 2 à 3 % des criminels arrêtés par la police sont des étrangers, les Sud-Africains les rendent responsables de la forte criminalité. Même si l’apport de cette main-d’œuvre étrangère, souvent plus qualifiée et dynamique que les locaux, est positif pour l’économie sud-africaine, les pauvres les accusent d’être responsables du taux de chômage de 40 %.

Le gouvernement a toujours minimisé la crise au Zimbabwe. Comme il minimise à présent le problème de la xénophobie : «C’est un élément secondaire dans les attaques de ces derniers jours, estime la ministre de l’Intérieur Nosiviwe Mapisa-Nqakula . Selon elle, les émeutiers sont «des éléments criminels qui ont manipulé la population».
Les attaques ont-elles été orchestrées pour déstabiliser l’Afrique du Sud, qui doit accueillir la Coupe du monde de football en 2010 ? Le président Thabo Mbeki a annoncé le lancement d’une enquête pour déterminer l’origine des émeutes.

--------

INCITATION A LA HAINE Brigitte Bardot condamnée à 15.000 euros d'amende
NOUVELOBS.COM | 03.06.2008 | 15:24

Dans une lettre publique adressée à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, l'ancienne actrice réclamait que les animaux tués par les musulmans lors de l'Aïd el-Kebir soient étourdis avant d'être saignés et fustigeait la communauté musulmane.

Le tribunal correctionnel de Paris à condamné Brigitte Bardot, mardi 3 juin, à une amende de 15.000 euros pour incitation à la haine envers la communauté musulmane, dans une lettre publique.

En décembre 2006, l'ancienne actrice avait adressé une lettre à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, où elle réclamait que les animaux tués par les musulmans lors de l'Aïd el-Kebir soient étourdis avant d'être saignés.
Ce courrier avait été publié dans le magazine Info-Journal et distribué aux sympathisants de la Fondation Brigitte Bardot.
Dans la lettre, elle écrivait: "Il y en a marre d'être menés par le bout du nez par toute cette population qui nous détruit, détruit notre pays en imposant ses actes".
Des propos poursuivis par plusieurs associations antiracistes (Mrap, LDH et Licra) au titre de la "provocation à la discrimination ou à la haine raciale" envers la population musulmane.

Quatre condamnations depuis 1997

Absente à l'audience, en raison de ses "difficultés à se déplacer", Brigitte Bardot, 73 ans, avait adressé une lettre au tribunal: "Je suis écoeurée par le harcèlement que me portent" ces associations.
"Je ne me tairai que lorsque les étourdissements seront pratiqués" sur les animaux avant l'abattage rituel, y ajoutait-elle, se disant "fatiguée et lasse".
"Moi aussi, je suis fatiguée et lasse", lui avait répondu lors de l'audience la procureure de la République, Anne de Fontette, rappelant les quatre condamnations de Brigitte Bardot pour des propos similaires depuis 1997.

"Vous y voyez du racisme, de la xénophobie, mais moi je n'y vois que l'expression d'un combat qui est le sien", celui en faveur de l'étourdissement préalable des animaux avant l'abattage, avait plaidé l'avocat de Brigitte Bardot, Me François-Xavier Kelidjian.

-------

AGRESSION Un jeune juif agressé à Paris se trouve toujours dans le coma
NOUVELOBS.COM | 22.06.2008 | 13:19

L'adolescent a été attaqué en marge de la Fête de la musique dans le 19e arrondissement. Il se trouve dans un "état stationnaire" avec "un pronostic réservé". Le Crif dénonce une agression antisémite tandis que Nicolas Sarkozy exprime sa "profonde indignation".

Le Crif a dénoncé, dimanche 22 juin, une agression antisémite après qu'un adolescent a été grièvement blessé samedi soir à Paris par un groupe de jeunes, le chef de l'Etat et la ministre de l'Intérieur ont exprimé leur indignation et leur soutien à la victime et sa famille ainsi qu'à "la communauté juive".

Le jeune homme était dimanche vers midi dans un "état stationnaire" avec "un pronostic réservé", a déclaré à l'AFP l'Assistance-publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Cinq arrestations

Le jeune homme, âgé de 17 ans, a été agressé en plein jour peu avant 20h dans le 19ème arrondissement de Paris. Cinq mineurs ont été placés en garde à vue où ils se trouvaient toujours en fin de matinée. L'enquête a été confiée à l'Usit (Unité de soutien et d'investigation territoriale) de la police urbaine de proximité.

Pour Ariel Goldmann, vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), "il n'y a aucun doute qu'il s'agit d'un acte antisémite. Le jeune homme de 17 ans qui a été sauvagement agressé cette nuit et qui est actuellement dans le coma, portait une kippa", a-t-il dit à l'AFP.
Selon M. Goldmann, le jeune homme a été transporté à l'hôpital Cochin.

Le président Nicolas Sarkozy a exprimé sa "profonde indignation" et a "assuré la victime et sa famille de son soutien et renouvelle sa totale détermination à combattre toutes les formes de racisme et d'antisémitisme".

La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a réagi dimanche matin en exprimant "sa solidarité et son soutien à la victime, à sa famille et à l'ensemble de la communauté juive". Elle a réaffirmé dans un communiqué "sa détermination à lutter sans relâche contre toutes les manifestations de racisme, d'antisémitisme et de xénophobie, qui bafouent les valeurs de la République". Elle a assuré que "tout serait mis en oeuvre pour élucider les circonstances de cet acte et présenter ses auteurs devant la justice".

Instructions au procureur

De son côté, Rachida Dati, la Garde des Sceaux, a "condamné avec la plus grande fermeté la violente agression", dont "le jeune homme de confession juive" a été victime. Exprimant à "l'ensemble de la communauté juive sa compassion et sa vive sympathie", elle a demandé au procureur de la République de "donner des instructions pour que les auteurs de cet acte inqualifiable" soient "poursuivis avec la plus grande rigueur".

Après une première information donnée par la police faisant état d'une agression contre un jeune homme dans le 19e arrondissement de Paris, Sammy Ghozlan, président du Bureau National de Vigilance Contre l'Antisémitisme (BNVCA) affirmait à l'AFP qu'il s'agissait d'une agression contre "un jeune Juif de 17 ans, agressé à coups de barre de fer par un groupe de 6 ou 7 jeunes qui lui ont fracassé le crâne alors qu'il se promenait rue Petit à Paris 19e". Le jeune homme aurait été trouvé "gisant sur le sol".

Selon Sammy Ghozlan, la victime était démunie de papiers d'identité en raison de l'observance du Shabbat et était connue "de la communauté juive du quartier" même si, juste après l'agression, "personne ne connaissait son identité".

Selon Haïm Musicant, directeur général du Crif, qui a eu un contact avec les parents du jeune homme, il s'agit d'"une famille pratiquante et traditionaliste".

Haïm Musicant, "effaré par cette agression antisémite qui a eu lieu en plein jour, en plein Paris", a fait remarquer que ce quartier du 19 ème était "un quartier difficile qui a été l'objet de plusieurs incidents allant des insultes à des agressions". "Cela crée beaucoup d'anxiété chez les gens de la communauté juive, notamment chez les enfants", a-t-il déploré avant de se féliciter de la "réaction très ferme" de Michelle Alliot-Marie.
"Il ne faut pas oublier, a-t-il encore dit, que nous vivons dans le traumatisme de l'assassinat d'Ilan Halimi". (AFP)

-------

La justice retient un antisémitisme «par incidence»
Violences . Le «lynchage» d’un juif à Paris est survenu dans un contexte d’affrontements intercommunautaires.

TONINO SERAFINI Libération QUOTIDIEN : mercredi 25 juin 2008

«Tentative de meurtre aggravée par le caractère antisémite» et «violences en réunion avec circonstances aggravantes».

Tels sont les chefs de l’information judiciaire ouverte hier, après le tabassage samedi rue Petit dans le XIXe arrondissement de Rudy H., un juif de 17 ans.

Lors d’un point de presse, le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, a expliqué que cette agression, qui a valu trente-six heures de coma à la victime, s’inscrivait dans un contexte «d’affrontements entre bandes fondées sur une appartenance à une communauté : noire d’un côté, juive de l’autre».

Le magistrat a indiqué que des bagarres s’étaient déjà produites les 10 et 13 juin, dans ce secteur des Buttes-Chaumont.

Représailles.
Mais samedi, cette tension entre les jeunes des deux communautés a pris une tournure gravissime. Vers 19 h 30 Rudy H. gît sur le trottoir, au terme d’une dernière bagarre après un après-midi d’affrontements. Le drame s’est noué «en trois épisodes». Le premier se déroule «devant la mairie» du XIXe arrondissement : «Un jeune garçon de confession juive se fait frapper par une bande de jeunes de couleurs.» Il s’en va, puis revient avec «deux camarades» car il a perdu «une chaîne avec une étoile de David», expliquait hier Jean-Claude Marin. A ce moment-là, une deuxième bagarre éclate : deux jeunes juifs sont blessés, l’un au dos et un autre d’un «coup de machette au bras». Des représailles vont suivre «vers 19 heures-19 h 30» square Petit, près de la cité éponyme où habitent de nombreux jeunes d’origine africaine et maghrébine. Des témoins font état de l’arrivée d’une «bande de jeunes juifs» criant : «On va les taper.» De violents affrontements éclatent alors dans le square. En infériorité numérique semble-t-il, «la bande des jeunes juifs prend la fuite, mais l’un d’eux est bloqué», a relaté hier le procureur. Il s’agit de Rudy H. qui sera victime d’un «lynchage».

Le jeune garçon n’a pas pu encore être interrogé. La justice a retenu le caractère antisémite comme circonstance aggravante.
«Il s’agit d’un antisémitisme par conséquence, […] par incidence», a expliqué le procureur. «On ne retient pas une volonté d’agresser particulièrement une personne de confession juive, mais la volonté d’agresser une personne appartenant à une bande constituée de jeunes juifs».
Lors des rixes, «des insultes antisémites ont fusé» de même que «des insultes racistes».

Cinq mineurs en garde à vue depuis deux jours ont été déférés devant un juge. Selon Jean-Claude Marin, l’enquête ne permet pas «de leur imputer des violences sur la victime». En revanche, quatre d’entre eux étaient présents lors de la bagarre du square, et le cinquième dans les rixes précédentes.

Déjà connu.
Le procureur a confirmé que Rudy H. était déjà connu de la justice pour des violences à caractère intercommunautaires, survenues fin 2007 dans le XIIe arrondissement. Ce qui lui avait valu une mise en examen et un placement sous contrôle judiciaire.
http://www.liberation.fr/actualite/societe/334618.FR.php

------

«Charlie Hebdo», c’est pas une sinécure
Philippe Val, directeur de la publication, a annoncé que Siné ne travaillerait plus pour le journal satirique. En cause, une chronique jugée antisémite.
CATHERINE COROLLER Libération QUOTIDIEN : jeudi 17 juillet 2008

«Ça m’emmerde profondément. Qu’on en arrive à des situations comme ça. Ça ne ressemble pas à Charlie.» Le dessinateur Tignous en a perdu son humour.
Hier, la guerre ouverte - entre Philippe Val, directeur de la publication de Charlie Hebdo et le dessinateur Siné, 79 ans et historique du magazine - a connu un nouveau développement. «Siné arrête de travailler pour Charlie», résume sèchement le patron.
Plus précisément, le dessinateur, étant payé en droits d’auteur, ne recevra plus de commandes du journal.

En cause, une chronique de Siné publiée le 2 juillet par Charlie Hebdo.«Je dénonçais la turpitude du fils Sarkozy [Jean, ndlr], qui se convertit à une religion [le judaïsme] pour épouser une femme riche [la fille, juive, du fondateur de l’enseigne Darty]», rappelle le dessinateur.

Sauf que, selon Philippe Val, «ces propos pouvaient être interprétés comme faisant un lien entre la conversion au judaïsme, le mariage avec une jeune fille juive et la réussite sociale, ce qui est l’un des fondements de la rhétorique antisémite, et n’aurait été ni acceptable ni défendable devant un tribunal».

Excuses.

Quelques jours après la publication de la chronique, que Val avoue n’avoir pas relue complètement, Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur, appelle le directeur de Charlie : «Il m’a dit que Jean Sarkozy était très blessé, ainsi que sa mère et les parents de la jeune femme, et qu’ils allaient nous faire un procès.» Or, Val en est sûr, son journal a toutes les chances d’être condamné pour antisémitisme : «J’entends déjà l’avocat de la partie adverse ironiser en demandant au juge si lier réussite sociale et judaïsme est antisémite.» Le directeur de Charlie demande alors à Siné de «signer des excuses pour lever l’ambiguïté de ses propos».«Je lui ai demandé s’il ne se foutait pas de ma gueule, raconte Siné. Je persiste et je signe.»

Philippe Val tente alors d’embarquer la rédaction dans son combat. Une petite minorité de collaborateurs refuse de désavouer publiquement Siné.

Reste que l’équipe ne semble pas afficher un soutien inconditionnel au dessinateur. «Ils sont tous derrière Philippe, c’est le patron», rapporte ce même collaborateur. «Ils ont les jetons, ce sont des larves», commente Siné.

Du côté des historiques de Charlie, hier, c’était le silence radio. Cavanna et Willem (collaborateur de Libération) ne répondaient pas au téléphone, la femme de Cabu déclarait que son époux «ne s’exprimerait pas». Et qu’elle «n’avait pas de numéro où le joindre».

Seul Wolinski prenait la défense de son vieux copain. «C’est un type bien. Il n’est pas antisémite. Ses mots ont largement dépassé sa pensée.»«je ne me déroberai pas en disant simplement que je suis désolé de toute cette histoire que je trouve excessive, peut-être des deux côtés».

Si Siné semble relativement isolé à l’intérieur du journal, il bénéficie de soutiens à l’extérieur. Mardi soir, les dessinateurs Rémi Malingrëy et Lefred Thouron ont lancé une pétition en sa faveur. «On a plusieurs centaines de signatures», revendiquaient-ils hier. Parmi les signataires, le Comité de soutien à Denis Robert, journaliste célèbre pour être parti en guerre contre Clearstream, chambre de compensation accusée par lui de blanchiment d’argent.

Le rapport entre Denis Robert et Siné ? Tordu. Le dessinateur accuse le directeur de la publication de Charlie de faire le black-out sur cette affaire. Et pourquoi ? Parce que l’avocat du journal, Richard Malka, est le même que celui de Clearstream.

Bref, Siné en est sûr, il est victime d’un règlement de comptes. Dans les colonnes de Charlie, il avait publié, en lieu et place d’une chronique consacrée à Denis Robert, un bandeau sur lequel était écrit : «Autocensuré».
Selon lui, «Val est furax de cette histoire. Il a trouvé un prétexte pour m’assassiner».Le directeur de Charlie proteste : «Les gens peuvent écrire ce qu’ils veulent sur Clearstream, j’en ai rien à foutre.»

Reconnaissance.

Val dément également une autre rumeur, tout aussi tordue, selon laquelle la sanction contre Siné, et le soutien au fils Sarkozy, serait une manifestation de reconnaissance envers le père (Nicolas), qui avait pris position en faveur du journal dans l’affaire des caricatures de Mahomet.

Les positions des deux adversaires semblent irréconciliables. Siné se défend de tout antisémitisme, affirmant que si la fiancée de Jean Sarkozy «avait été la fille d’un émir», le jeune homme «se serait converti à la religion musulmane».
Reste que le dessinateur a pu avoir, dans le passé, des accointances douteuses. Il a figuré, en 2004, aux côtés du comique Dieudonné, sur la liste aux élections européennes du collectif Europalestine, qui défend des «positions antisionistes» avec l’ambiguïté que recèlent souvent ces engagements.

Philippe Val se défend, lui, de vouloir censurer la liberté d’expression, marque de fabrique du journal qui se qualifiait jadis de «bête et méchant». «Je suis rarement d’accord avec ce que Siné raconte mais il y a une latitude à Charlie pour exprimer des opinions différentes des miennes», affirme-t-il, mais «cette latitude est bordée par une charte qui interdit tout propos raciste».

Sur le front judiciaire, le ciel semble s’éclaircir : « Maintenant que les Sarkozy ont appris que Siné n’était plus à Charlie, ils ont manifesté qu’ils ne déposeraient pas plainte», affirme Val.

Pour Siné, en revanche, le combat continue : «Val laisse entendre que je démissionne, c’est faux. Mon avocat m’a dit "Envoie ton truc comme d’hab à Charlie, sinon tu l’as dans le cul !"»

--------

Le caricaturiste Siné porte plainte pour diffamation
L'avocat du caricaturiste précise que la plainte sera déposée «contre tout ceux qui, en traitant Siné d'antisémite, ont provoqué son licenciement par Charlie Hebdo».
AFP LIBERATION.FR : jeudi 17 juillet 2008

Le caricaturiste Siné, qui a été renvoyé de Charlie Hebdo pour des propos antisémites dans une chronique au sujet du projet de mariage de Jean Sarkozy, a décidé de porter plainte pour diffamation.

«Une plainte pour diffamation va être déposée dans les prochaines heures contre le journaliste du Nouvel Observateur Claude Askolovitch et une liste non définitive d’autres personnes», a déclaré l’avocat du caricaturiste, Dominique Tricaud.

Dans un communiqué, il précise que la plainte sera déposée contre «tous ceux qui en traitant Siné injustement d’antisémite et d’ordure ont provoqué son licenciement par Charlie Hebdo et ruiné l’engagement de toute une vie en faveur de la tolérance, de la liberté d’expression et de l’égalité entre les usagers de la planète terre».

Dans une chronique publiée le 2 juillet par Charlie Hebdo, Siné ironisait sur une éventuelle conversion au judaïsme de Jean Sarkozy avant son mariage annoncé par la presse avec la fille du fondateur des magasins Darty.

Mardi, le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo confirmait le renvoi de Siné, information révélée par Le Nouvel Observateur dans un article signé de Claude Askolovitch.

«Je ne crois pas l’avoir traité d’antisémite directement, j’ai dit qu’il s’agissait d’un texte antisémite dans un journal qui ne l’est pas», a déclaré le journaliste Claude Askolovitch, interrogé par l’AFP.
«Siné est libre de porter plainte, d’écrire des articles pour le moins ambigus ou carrément antisémites. Il était également libre de s’excuser et, s’il l’avait fait, il me semble qu’il serait toujours aujourd’hui à Charlie Hebdo», a-t-il ajouté.

-------

Jean-Paul Guerlain fâche en parlant des "nègres" Par Géraldine Dormoy, publié le 18/10/2010 à 11:13, mis à jour à 17:00 lenouvelobs.com

SOS Racisme et le Cran souhaitent porter plainte contre l'ancien dirigeant de la maison après sa remarque sur "les nègres".

Invité vendredi 15 octobre au journal télévisé d'Elise Lucet sur France 2, Jean-Paul Guerlain, descendant du fondateur de la maison de parfumerie, a tenu des propos à forts relents colonialistes.

Interrogé sur la création du parfum Samsara, il a en effet répondu: "Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin..." La journaliste Elise Lucet n'a alors pas réagi.

Sur les réseaux sociaux en revanche, les reproches ne se sont pas faits attendre. Sur Twitter, les remarques fusent : "grosse sortie raciste", "Guerlain le parfumeur... qui pue", "les effluves nauséabondes de M. Guerlain". Sur Facebook, des groupes s'ouvrent spontanément: "Les Nègres boycottent Guerlain", "Moi non plus j'veux pas bosser comme un nègre". Certains internautes ont également décidé d'appeler au boycott, et viendront déposer leurs produits Guerlain à la boutique du 68, Avenue des Champs-Elysées, samedi 23 octobre entre 15 et 17h.

Jean-Paul Guerlain a bien tenté de rattraper son dérapage dans un email quelques heures après le journal télévisé, assurant que ses paroles ne "reflétaient en aucun cas (sa) pensée profonde" et présentant ses "excuses à tous ceux qui ont pu être blessés par [ses] propos choquants", mais ses paroles n'ont guère convaincu. SOS Racisme et le Cran ont en effet annoncé samedi vouloir porter plainte contre lui. "SOS Racisme ne se satisfera pas d'excuses" a prévenu l'association, qui dit "croire en la vertu pédagogique des procès".

Sur son blog, la journaliste de France Inter Audrey Pulvar a quant à elle fait part de sa révolte face à ce qu'elle assimile à un "crachat, que ce très distingué Monsieur Guerlain a jeté à la figure non pas seulement de tous les Noirs d'aujourd'hui, mais surtout, cher Monsieur Guerlain, sur la dépouille des millions de morts, à fond de cale, à fonds d'océan, déportés de leur terre natale vers le nouveau monde."

Embarrassée par les propos de son ancien dirigeant, la maison Guerlain a de son côté fait savoir qu'il n'est plus actionnaire de Guerlain depuis 1996, ni salarié depuis 2002. Il occupe actuellement uniquement un rôle de consultant auprès du "nez" de la maison, Thierry Wasser.

---------

Audrey Pulvar répond à la remarque raciste de Jean-Paul Guerlain Créé le 18.10.10 à 19h27 -- Mis à jour le 19.10.10 à 09h25 20minutes.fr

MEDIAS - «Nègre je suis, nègre je resterai» écrit la journaliste... Audrey Pulvar a écrit une lettre ouverte à l’adresse de Jean-Paul Guerlain, intitulée «Nègre je suis, nègre je resterai». La journaliste de la matinale de France Inter revient sur la phrase du parfumeur, prononcée vendredi 15 octobre sur le plateau du JT de 13 heures de France2: «J’ai travaillé comme un nègre, je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin…».

Audrey Pulvar, d’origine martiniquaise, dénonce «le crachat, que ce très distingué Monsieur Guerlain a jeté à la figure non pas seulement de tous les Noirs d’aujourd’hui, mais surtout, cher Monsieur Guerlain, sur la dépouille des millions de morts, à fond de cale, à fonds d’océan, déportés de leur terre natale vers le nouveau monde».

Négritude

C’est aussi l’absence de réaction de la part du monde médiatique et politique qui indigne la présentatrice. «On a bien cherché, on a bien attendu pendant tout le week-end, dans la bouche de tous ces responsables politiques, un début de condamnation, d’émoi, d’indignation (…). En France, on peut donc prononcer des paroles racistes à une heure de grande écoute, sur un média national sans qu’aucune grande voix, politique, intellectuelle ou artistique ne s’en émeuve».

Et après avoir cité quelques vers d’Aimé Césaire, chantre de la négritude, elle rappelle la façon dont le poète répondit un jour: «Eh bien le nègre, il t’emmerde!» C.P.

--------

Guerlain : 6.000 euros d'amende pour injures racistes Par Maxime Ricard (avec AFP) francesoir.fr

Il a dérapé. Il est condamné.

La logique est somme tout respecté. En octobre 2010, interrogé sur France 2, Jean-Paul Guerlain déclare : « Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin... ». Et pour ces propos, l'héritier de la maison Guerlain vient d'écoper , ce jeudi, de 6.000 euros d'amende pour injure raciale. C'est le tribunal correctionnnel de Paris qui a rendu ce verdict. Le tribunal a relaxé le parfumeur sur la première phrase, mais l'a condamné sur la seconde.

Outre son amende, il devra verser 2.000 euros de dommages et intérêts à chacune des trois associations parties civiles : Mrap, Licra et SOS Racisme. L'avocat du parfumeur, Basile Ader, se disait « satisfait » sur la première phrase mais ignorait si son client, absent au délibéré, ferait ou non appel de sa condamnation.

A l'époque des faits, protestations et appels au boycott des produits Guerlain s'étaient multipliés, en dépit des excuses présentées par le parfumeur. Descendant du fondateur de la maison Guerlain, Jean-Paul Guerlain ne travaille plus pour le parfumeur depuis 2002. Au moment de la polémique, la société avait diffusé un communiqué pour condamner ces propos « inadmissibles ».

"Je suis tout sauf raciste"

Lors de l'audience du 2 février, le célèbre nez avait avoué « une imbécillité ». « J'ai voulu faire rigoler la journaliste et je le regrette », avait expliqué le parfumeur de 75 ans, vêtu d'un de ses indéfectibles complets trois pièces. « Je présente toutes mes excuses à la communauté noire pour cette imbécillité », avait répété à plusieurs reprises celui que l'on connaissait plus jusque-là pour avoir lancé une quarantaine de parfums aux inoubliables fragrances, de Vétiver à Habit rouge, en passant par Samsara ou Jardins de Bagatelle.
«Je suis tout sauf raciste», avait-il encore martelé, racontant ses premières rencontres avec les Noirs américains qui, à la Libération, « m'ont fait découvrir le chewing-gum et le Coca-Cola ».

Mais Jean-Paul Guerlain n'en est pas à un dérapage près. Une autre plainte le vise pour des propos « à caractère raciste » qu'il aurait prononcés envers des employés antillais d'Eurostar à la gare du Nord à Paris : « La France est un pays de merde, c'est une boîte de merde et en plus on n'est servi que par des immigrés ». Une nouvelle fois c'est la justice qui tranchera. Par Maxime Ricard (avec AFP)

---------

Retour Première page