Le sang et le pilori, Archipel, Paris, septembre 2005
Le Prefet Bernard Bonnet

10 novembre 2007 : Affaire Yvan Colonna, "J'ai des choses à dire"
12 octobre 2006 : En liberté conditionnelle, sans bracelet électronique
09 juin 2006 : Le parquet fait appel. Acharnement politique ? pro-corsisme ? ordre de l'Elysée, du premier ministre, ou du ministre de la justice ?
09 juin 2006 : Le préfet Bonnet en liberté (provisoire ?) ;
12 mars 2005 : Recours en gràce rejeté par Jacques Chirac
13 octobre 2004 : Recours en cassation rejeté
15 janvier 2003 : Condamnation confirmée en appel
18 novembre 2002 : L'affaire en appel
11 janvier 2002 : Le préfet Bonnet est condamné à trois ans de prison dont un an ferme, les nationalistes se marrent ... les propriétaires des paillotes illégalement construites et illégalement non détruites par leurs propriétaires sont indemnisés ... pour la destruction illégale des meubles.
Ultime réglements de comptes
Demande de relaxe pour le Préfet Bonnet, qui se proclame innocent
26 novembre 2001 : Rainbow warrior ?
Fiasco ?
Pour la défense du colonel Mazères, incendier les paillotes n'était pas illégal

S'il y a un point qui ne fait l'ombre d'aucun différend au procès des paillotes, c'est bien celui du caractère totalement inhabituel de l'action menée, dans la nuit du 19 au 20 avril 1999, par cinq gendarmes du groupement de pelotons de sécurité (GPS) venus, de nuit, avec quantité de bidons d'essence et de tracts diffamatoires, mettre le feu à la paillote Chez Francis.

Pour autant, cet incendie volontaire, comme celui de la paillote Aria Marina - commis le 7 mars 1999 des mains mêmes du colonel Henri Mazères, ancien chef de la gendarmerie en Corse, et de l'ancien directeur du cabinet du préfet, Gérard Pardini - était-il illégal ? Assurément non, ont soutenu, jeudi 6 décembre, les trois avocats du colonel Mazères, qui, à l'instar de l'ensemble des prévenus, ont plaidé la relaxe, arguant de multiples "obstacles juridiques".

Au premier rang de ceux-ci : l'illégalité même dans laquelle se trouvaient ces restaurants de plage, installés sur le domaine public maritime de l'Etat. Me Emmanuel Daoud a rappelé qu'aux termes d'un jugement du tribunal administratif de Bastia, rendu en 1995, la préfecture de la Corse avait été habilitée à procéder à la démolition d'office de la paillote Chez Francis. De même, un procès-verbal dit "de grande voirie" avait constaté l'installation illicite de l'Aria Marina. "Ces deux constructions, ainsi que leurs meubles, appartenaient à l'Etat", a soutenu Me Daoud. D'où cette double conséquence, selon lui : d'une part, l'Etat était autorisé à en disposer comme il le souhaitait. Et, d'autre part, la poursuite fondée sur la "destruction volontaire par incendie d'un bien appartenant à autrui" ne peut qu'être caduque puisqu'il ne s'agissait pas d'"un bien appartenant à autrui".

"Ou bien l'Etat était chez lui et il pouvait détruire ces paillotes quels que soient les moyens, a-t-il repris.Ou bien les exploitants étaient chez eux et vous devrez apprécier-concernant le colonel Mazères- la légitimité de l'ordre qui lui a été donné."Sur ce point, Me Olivier Baratelli a rappelé le devoir militaire d'obéissance des gendarmes et son exception en cas d'ordre manifestement illégal. Or, a affirmé l'avocat, l'ancien patron des gendarmes en Corse "a obéi à un ordre de l'autorité légitime -le préfet Bonnet-" et celui-ci "n'était pas manifestement illégal". Et Me Baratelli, qui a exhorté une dernière fois Bernard Bonnet à "assumer", de rappeler lui aussi la complexité du contexte juridique des paillotes et l'attitude de l'exploitant Yves Féraud, "digne de rentrer dans le Guiness Book des records de pieds de nez à l'Etat".

"NE LE DÉGRADEZ PAS !"
"Bien sûr, les moyens employés étaient anormaux, a reconnu Me Baratelli. Mais nous sommes dans un Etat de droit. Et, dans un Etat de droit, tout est permis, sauf ce qui est interdit. Trouvez-moi un texte qui interdise d'utiliser ces moyens. Il n'y en a pas." Au contraire, a-t-il dit, citant les règles de droit, la gendarmerie est autorisée à utiliser "tous moyens exceptionnels d'action contre des refus bien établis d'obéissance". "Les moyens étaient certes choquants au regard de la morale, mais ils étaient légaux", a-t-il déclaré.

Abondant en ce sens, comme l'avait fait, mercredi, Me Emmanuel Saint-Lanne, avocat des gendarmes du GPS, Me Paul Lombard a maintenu lui aussi que les faits "n'étaient pas juridiquement punissables". Evoquant la jurisprudence des droits constitutionnel et administratif, l'avocat a estimé que le tribunal devait prendre en considération "les circonstances exceptionnelles" du contexte corse à l'époque des faits. Puis Me Lombard a énuméré les louanges accumulées, avant les faits, au colonel Mazères. "Je vous en supplie : ne le dégradez pas !", a-t-il lancé, rappelant que de la peine prononcée dépendrait l'avenir militaire de l'officier.

Intervenant pour Gérard Pardini, Me Marie-Micheline Léandri a enfin expliqué comment l'ancien directeur de cabinet avait "sacrifié sa vie personnelle pour le préfet Bonnet". "Cet événement surréaliste de l'Aria Marina ne se comprend que dans le dévouement de Gérard Pardini à son préfet", a renchéri Me Jean-Etienne Gianmarchi. Cet avocat a retrouvé dans les travaux sur le concept de pression morale de la psychiatre Marie-France Hirigoyen les traits du chef "pervers" que serait, selon lui, Bernard Bonnet : "Au premier abord il est plutôt charmant, plutôt brillant. Puis son discours se fait condescendant, son air supérieur. Ses armes favorites : isoler, disqualifier. Inutile de le raisonner. Il ne se remet jamais en question. Il n'éprouve pas la moindre culpabilité."
Jean-Michel Dumay, LE MONDE | 07.12.01 | 14h52 , Le Monde, 8 décembre 2001, p. 13

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Bernard Bonnet est le seul prévenu à clamer son innocence
Paillotes : les avocats de Bonnet plaident la relaxe

Le procès entamé le 19 novembre (2001) s'est clos vendredi après-midi (07 décembre 2001). Au dernier jour de l'audience, les défenseurs de l'ancien préfet de Corse ont réfuté l'existence de preuves contre lui. Le tribunal rendra son jugement le 11 janvier. Le procureur de la République, Patrick Mathé, a requis 4 ans de prison dont 3 ferme contre Bernard Bonnet.

Ramer à contre-courant: c'est peu dire que les avocats de Bernard Bonnet s'y sont employés hier. Au terme de trois semaines de débats, pendant lesquels leur client a été accablé par ses sept coprévenus et le procureur Patrick Mathé - qui a requis contre lui trois ans de prison ferme - Mes Armani et Gumery avaient à jouer une partie difficile. Me Philippe Armani, trentenaire d'aspect juvénile, cache sous sa robe noire une élégance de dandy. Cheveux ras et lunettes à forte monture, il avait adopté pour les audiences un ton quelque peu mielleux dont il s'est départi pour plaider. La voix ferme, donnant parfois du poing sur son pupitre, Me Armani entend établir que le dossier est peut-être «politique, moral et passionnel», mais certainement pas étayé juridiquement. Pour y parvenir, il fait tourner l'hélice de la défense dans les basses eaux du doute, afin de les rendre définitivement opaques.

Premières cibles: l'ex-procureur d'Ajaccio, Jacques Dallest, et le magistrat instructeur, Patrice Camberou. Pour Me Armani, ils ont été «instrumentalisés», le second reprenant à son compte le réquisitoire écrit «injurieux» du premier: «L'ordonnance de renvoi du juge, non motivée, n'est pas une ordonnance, c'est un télégramme!» accuse l'avocat. Selon lui, la justice ne poursuivait qu'un but: «Circonscrire l'affaire à Ajaccio.» Et donc éviter qu'elle ne contamine Paris, ses ministères et leurs conseillers, la haute hiérarchie de la gendarmerie nationale.

Évidemment, pour Me Armani, «le politique a primé sur le judiciaire», les procès-verbaux de ce «dossier plus que signalé» atterrissant directement à Matignon et au cabinet du garde des Sceaux. Nouvelle charge contre M. Dallest, qui «a balancé les pièces à charge» et criminalisé les faits pour justifier les détentions provisoires, avant de les correctionnaliser in extremis. Sur la finalité de ce procès, Me Armani a également son avis, très politique, même s'il ne défend pas explicitement la thèse glissante du complot: «Les huit prévenus sont une monnaie d'échange pour faire admettre la future amnistie des «prisonniers politiques» corses.» L'avocat met en scène l'ombre de Lionel Jospin, pour mieux sabrer «le postulat, le dogme» que Bernard Bonnet a donné l'ordre de détruire les paillotes. Où sont les preuves matérielles, questionne Me Armani? Nulle part, martèle-t-il.

Parfois son enthousiasme l'entraîne un peu loin, comme lorsqu'il affirme que, «dans la rue, les gens disent aujourd'hui que, du temps du préfet Bonnet, tout allait bien». Mais son raisonnement est assez solide pour lui permettre d'affirmer: «Après trois semaines de débats, c'est parole contre parole. Le parquet n'a pas fait la preuve de la culpabilité du préfet Bonnet.» Une flèche, avant de conclure, à l'actuel procureur Mathé: «Vous avez requis la mort civile de Bernard Bonnet au nom de la morale.» Une ultime requête au tribunal: «Vous relaxerez Bernard Bonnet parce qu'il n'a pas donné l'ordre.» Me Philippe Gumery à présent. Presque quadragénaire, de faux airs de François Hollande. Son registre à lui, c'est l'ironie goguenarde. Fort de cette arme, il part à l'assaut du dossier sur le refrain de «pas de mobile, pas de preuve».

Me Gumery s'est en réalité réservé la sale besogne: il attaque le colonel Henri Mazères et Gérard Pardini, ces coprévenus qui dénoncent avec constance l'ancien préfet. L'avocat ne fait pas dans la dentelle, n'hésitant pas à aborder certains aspects de la vie intime de l'un d'eux, et tentant même de lui refiler la patate chaude psychiatrique que le procureur Dallest avait, sans grande élégance, destinée à M. Bonnet. Mais, entre deux rosseries, Me Gumery avance et répète à l'envi que le seul élément à charge contre son client, c'est la personnalité de celui-ci.

Il répudie tous les mobiles avancés précédemment par le parquet, les parties civiles ou les autres prévenus, notamment l'exaspération née le 9 avril 1999: ce jour-là, l'échec de la destruction légale d'une paillote aurait conduit le préfet vers une rage folle. D'où l'expédition du GPS au Chez Francis, dans la nuit du 19 au 20 avril. «Mais alors, quel est le mobile pour l'incendie de l'Aria Marina, le 7 mars, par MM. Mazères et Pardini?» questionne Me Gumery. De son point de vue, des «relations amicales et puériles» peuvent expliquer la confondante expédition de ces deux hommes. Il n'en démord pas: l'«ordre de détruire les paillotes a été donné par le colonel Mazères, qui a décidé seul de passer à l'action». Un missile pour les conseillers de Matignon: «Tout le monde a constaté qu'ils savaient mentir, même devant un tribunal.» Une correction pour le colonel délateur Cavallier, «fieffé menteur» qui n'a «pas sauvé mais plombé le dossier». Un cri contre la présomption de culpabilité: «A quel moment M. Bonnet peut-il avoir un espace d'innocence?» Une supplique, enfin, au tribunal: «Vous avez devant vous l'un des meilleurs préfets de la République. S'il y a eu des dysfonctionnements, il les assume. Mais il est innocent des faits dont on l'accuse. Vous le relaxerez, ne serait-ce qu'au bénéfice du doute.» Il a été beaucoup question de preuves et de mobiles, pendant trois semaines, à Ajaccio.

L'affaire, navrante jusqu'au bout, n'a accouché que d'impressions que le tribunal devra matérialiser en vérité judiciaire. Et le mystère Bonnet? Dans son dernier ouvrage, l'ancien préfet a sélectionné, en exergue à ses chapitres, 22 citations. Ses auteurs favoris, mentionnés trois fois chacun, sont Nicolas Giudici et Friedrich Nietzsche. Coïncidence: le premier, assassiné dans l'île le 16 juin dernier, avait publié Le Crépuscule des Corses; le second est notamment l'auteur d'un Crépuscule des idoles. Bernard Bonnet n'a pas trouvé, chez le philosophe allemand, cette maxime qui, pourtant, propose une clé au dossier des paillotes: «La démence est rare chez les individus, elle est la règle en revanche dans un groupe, un parti, un peuple, une époque.»
Ajaccio : de notre envoyé spécial, Stéphane Durand-Souffland Publié le 7 décembre 2001, lefigaro.fr

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Procès Bonnet : ultimes règlements de comptes

«Monsieur le préfet, levez-vous! Perchez-vous sur vos éperons et assumez!» Pour la première fois de sa vie, le colonel Mazères vient de donner un ordre à Bernard Bonnet. En ce début de soirée, l'injonction claque comme un coup de fouet dans le prétoire du tribunal d'Ajaccio.

Avant de clore les débats (1), le président Ferrière a donné la parole a chacun des huit prévenus. Les capitaines Ambrosse et Tavernier en profitent sobrement, leurs trois camarades du GPS déclinent l'offre.
Gérard Pardini prononce un court mea culpa. «J'étais venu pour servir la Corse et la République. L'orgueil a transformé ça en désastre», conclut l'ex-directeur de cabinet de Bernard Bonnet.

Henri Mazères, à présent. Il s'adresse au préfet sans détour, plein de dépit: c'est à une rupture qu'assiste le tribunal. «Vous m'avez trahi à trois reprises, martèle l'officier d'une voix blanche. Une première fois, quand je suis parti en détention. Je vous ai fait passer deux billets, deux appels au secours...» On imagine que la réponse ne fut pas à la hauteur de l'attente.
Le colonel poursuit: «La deuxième fois, c'était à la Santé. Nous nous sommes rencontrés furtivement grâce à la bienveillance d'un gardien. Vous m'avez demandé de charger Pardini pour vous aider, en ajoutant que vous me tireriez de là. Vous m'avez également trahi après ma sortie de détention quand, rebondissant sur le procès-verbal d'audition d'un général [NDLR: le général Lallement], vous avez repris l'expression, me concernant, d '«aberration chromosomique». Ça m'a fait mal...»

Le colonel Mazères, qui juge «pathétique» la prestation à cette barre de plusieurs généraux de gendarmerie, jeudi dernier, prie en revanche le tribunal d'épargner les cinq membres du GPS poursuivis: «J'assume tout ce que la gendarmerie, dont j'étais le chef, a fait. Ils n'ont qu'obéi, ils n'y sont pour rien.» Des excuses, enfin, pour les propriétaires des paillotes Aria Marina et Chez Francis, et le colonel en a fini.

Bernard Bonnet se lève. Sourd à l'appel de son ancien collaborateur, il méprise sa «théâtralisation de l'émotion». Ses propos reprennent des arguments maintes fois développés. Non, M. Bonnet n'assumera pas l'«action inacceptable» commise dans la nuit du 19 au 20 avril 1999 sur la paillote Chez Francis. Pire: il n'envisage «aucune explication rationnelle à ce manquement». L'ancien préfet parle vite, d'une voix métallique. Maladroitement, il embraye sur des considérations juridiques quant au statut du domaine public maritime et des constructions qui pourraient s'y trouver. Pour résumer sèchement sa stratégie à double détente: je n'ai jamais ordonné de commettre un délit, les vrais coupables sont MM. Mazères et Pardini. Vous n'êtes pas convaincu? Convenons alors qu'il n'y a pas de délit.

L'après-midi avait commencé avec la venue de Bernard Legras. Le Mexicain contre le proconsul: comme dans un duel ultime, les deux meilleurs ennemis du monde se retrouvaient devant le tribunal correctionnel d'Ajaccio. «Mexicain» : Bernard Bonnet appelait ainsi le procureur général de Bastia, dont la lèvre s'orne d'une moustache noire. «Proconsul» : les ennemis du préfet l'avaient affublé de ce sobriquet évocateur d'une main de fer dans un gant de crin. Et M. Legras ne comptait pas parmi les amis déclarés du haut fonctionnaire.

Fraîchement nommé à Colmar, le magistrat vient évoquer le temps où il s'échinait, selon lui, à protéger l'institution judiciaire des ingérences préfectorales et de leurs corollaires très médiatiques. Son propos clair, faussement dépassionné et riche de sous-entendus, traduit la pensée profonde d'un homme intelligent habité par la détestation viscérale d'un autre homme intelligent. «À chaque fois, j'allais au contact, admet le magistrat, notamment parce que j'estimais que la présomption d'innocence était mise à mal. Mais nos relations restaient courtoises.» À tel point que Lionel Jospin finira par réunir les deux hommes dans son bureau, le 14 septembre 1998, pour enrayer cette escalade de courtoisie.

La doctrine de Bernard Legras se résume en une phrase: «Je ne crois pas aux hommes providentiels.» Le bien qu'il pense de Bernard Bonnet, en un compliment: le magistrat sait gré au préfet d'avoir communiqué à la justice antiterroriste des éléments capitaux dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat du préfet Erignac.

Le procureur général s'attarde par ailleurs sur l'estime qu'il vouait à Henri Mazères. «Le colonel ne savait pas mentir», rappelle-t-il en se remémorant l'homme «très gêné, dans un état second», qui vient lui servir, le 23 avril 1999, une explication rocambolesque à l'incendie du Chez Francis. Souvent, le témoin, debout, fixe le prévenu assis près de lui: on sent dans ce regard-là le tourment encore vif de l'amitié déçue. Ce sentiment éclate par le biais d'une considération stupéfiante. Questionné par Me Paul Lombard sur la confiance totale qu'il accordait au militaire, le haut magistrat répond: «Le mari trompé, jusqu'au moment où il apprend son infortune, ne doute jamais de son épouse.» Puis: «Je suis convaincu que si la cour d'appel se trouvait à Ajaccio, et non à Bastia, il n'y aurait pas eu d'affaire des paillotes.» Le colonel Mazères, patron de 2-000 gendarmes, tiraillé entre deux Bernard, deux hommes charismatiques et autoritaires...

Réagissant un peu plus tôt aux propos de M. Legras, le colonel Mazères avait contredit la version livrée par celui-ci de leur rencontre, au lendemain de l'incendie: «Si je m'étais comporté comme l'affirme le procureur général, il aurait fallu m'envoyer d'urgence à Castelluccio», l'hôpital psychiatrique local. Alors que se succèdent règlements de compte pathétiques et témoignages surréalistes sur la situation dans l'île en 1999, en pleine restauration présumée de l'état de droit, on en vient à se demander si le tribunal n'aurait pas dû, justement, siéger à Castelluccio.
Ajaccio : de notre envoyé spécial Stéphane Durand-Souffland, Publié le 3 décembre 2001, lefigaro.fr

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La faute du préfet Bonnet devra être établie, le cas échéant, par la justice. Si tant est qu'elle parvienne à arbitrer dans la partie de défausse à laquelle se livrent le haut fonctionnaire et les gendarmes autour de l'incendie d'une paillote de la plage d'Ajaccio. Mais quand bien même le principal accusé du procès qui s'ouvre aujourd'hui en ressortirait innocenté, il resterait coupable d'avoir porté à l'Etat de droit en Corse un préjudice au moins aussi grave que les diverses malfaisances des encagoulés insulaires. Nommé au lendemain de l'assassinat du préfet Claude Erignac, Bernard Bonnet est arrivé dans l'île au moment où une prise de conscience de ses habitants rendait possible une action résolue pour que la loi de la République prime désormais sans faiblesse sur la loi des clans et des clandestins. La société corse était mûre pour rompre avec les complaisances du passé.

Dans les premiers temps, Bernard Bonnet avait donc tout pour réussir; il allait rapidement échouer, bien avant l'épisode imbécile des paillotes, face à un adversaire implacable: lui-même. Certes, sa tâche n'était pas facile avec certains élus enclins au double langage, avec des services de l'Etat divisés. Mais là où il aurait fallu être avisé, patient et ferme, il fut manichéen, précipité et autoritaire. Et il s'enferma dans un bunker, entouré d'une garde prétorienne. On peut bien sûr mettre en cause l'aveuglement de ceux qui l'avaient nommé, et, en l'occurrence, le fait qu'il n'y avait pas beaucoup de volontaires n'est pas une excuse. L'enjeu était tel à l'époque que l'on aurait dû mieux étudier les antécédents professionnels de l'intéressé et solliciter de meilleurs serviteurs de l'Etat, comme ce fut le cas ultérieurement. Mais la part de responsabilité personnelle du préfet Bonnet est écrasante, justement parce qu'il s'agit d'un préfet.

Alors que la peur avait changé de camp en Corse, le fiasco du rétablissement de l'Etat de droit redonna crédit, assurance, sinon arrogance, à tous ceux qui avaient profité de l'impuissance publique pour mettre l'île en coupe réglée. Ce que l'on allait appeler ensuite le «processus de Matignon», destiné à trouver une issue politique à la crise corse, s'engageait dans de bien mauvaises conditions.
Libération.fr, EDITORIAL, Fiasco, Par JEAN-MICHEL HELVIG, Le lundi 19 novembre 2001

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Paillotes : prison ferme pour le préfet Bonnet
Le tribunal correctionnel d'Ajaccio a condamné l'ancien représentant de l'Etat en Corse à trois ans d'emprisonnement, dont un ferme, et trois ans d'interdiction de ses droits civiques et civils. Un verdict prononcé dans le cadre de l'incendie de la paillote «Chez Francis» en 1999.

Deux proches collaborateurs de Bernard Bonnet, l'ancien commandant de la gendarmerie de Corse, le colonel Henri Mazères, et l'ex-directeur de cabinet du préfet, Gérard Pardini, ont été condamnés tous deux à deux ans et demi de prison, dont six mois ferme, et deux ans d'interdiction de leurs droits civiques et civils.
Le tribunal a en outre infligé deux ans de prison, dont six mois ferme, à Norbert Ambrosse, l'ancien commandant du Groupe de pelotons de sécurité (GPS), qui avait participé avec quatre autres gendarmes à l'incendie du restaurant de plage Chez Francis.

Contre ces quatre gendarmes, les juges ont prononcé une peine de 18 mois d'emprisonnement avec sursis.

Le jugement a été prononcé en présence de Bernard Bonnet, au côté de son nouvel avocat, Me Jacques Vergès, et des sept autres prévenus.

Contre MM. Bonnet et Mazères, le tribunal est resté en-deçà des réquisitions prononcées le 5 décembre par le procureur Patrick Mathé. Ce dernier avait réclamé quatre ans de prison, dont trois ferme, contre l'ancien préfet de Corse, le seul à nier sa participation aux faits.

Il le désignait comme le "donneur d'ordres", celui qui, exaspéré par les résistances à son action de "rétablissement de l'Etat de droit", aurait ordonné d'incendier les paillotes Aria Marina le 7 mars 1999 et Chez Francis le 20 avril suivant.

Le préfet Bonnet, qui a passé deux mois en détention provisoire au début de l'affaire mais toujours protesté de son innocence, malgré les accusations portées contre lui par MM. Mazères et Pardini, avait annoncé avant le jugement qu'il ferait appel s'il n'obtenait pas une "relaxe pure et simple".

A l'audience le 5 décembre, deux jours avant la fin d'un procès de trois semaines, le ministère public avait requis trois ans de prison, dont deux ferme, contre le colonel Henri Mazères, deux ans, dont six mois ferme, contre Gérard Pardini.

Il avait encore demandé au tribunal de condamner les cinq membres du GPS à des peines allant d'un an d'emprisonnement avec sursis, pour le chauffeur du commando Eric Moulié, à deux ans, dont six mois ferme, contre Norbert Ambrosse.

Dans cette affaire qui a valu au gouvernement Jospin l'une de ses crises les plus graves, l'ancien préfet de Corse a constamment dénoncé un "complot", ourdi contre lui au sein du gouvernement, de la gendarmerie ou de la magistrature.
Le Figaro.fr, Publié le 11 janvier 2002 à 09h16, Mis à jour le 11 janvier 2002 à 12h14

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Réclamant à l'unisson la relaxe, Mes Philippe Armani et Philippe Guméry, alors avocats de M. Bonnet, avaient critiqué le traitement, à leurs yeux "purement politique, passionnel et moral", du dossier. Arc-boutée sur le droit, la défense du colonel Mazères avait soutenu que la destruction des paillotes, illicitement installées sur les plages, n'était pas illégale, mais peut-être seulement "choquante au regard de la morale".

Sur ce point, le tribunal a jugé, après analyse de la loi, que si l'Etat était bien propriétaire, selon lui, des constructions incendiées, puisqu'établies illicitement sur le domaine public maritime, cela ne pouvait cependant autoriser le préfet à ordonner la destruction des paillotes dans les conditions réalisées. En ce sens, les prévenus ont été condamnés solidairement à payer environ 17 600 euros de dommages-intérêts aux parties civiles pour les seuls meubles entreposés dans les immeubles qui, juridiquement, ne leur appartenaient pas.
Jean-Michel Dumay, lemonde.fr, LE MONDE | 11.01.02 | 12h09 • MIS A JOUR LE 11.01.02 | 13h06

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L'affaire des paillotes revient en appel
L'ex-préfet de Corse Bernard Bonnet avance toujours la thèse du complot.

Bernard Bonnet a-t-il encore du jeu ? Que peut apporter de nouveau l'ancien préfet de Corse, accusé d'être l'instigateur des incendies volontaires de paillotes (restaurants de plage) et qui revient devant les juges de la cour d'appel de Bastia à partir d'aujourd'hui ?

«Etat de droit.»
Le procès doit durer quinze jours. En janvier dernier, le tribunal correctionnel d'Ajaccio lui avait infligé une peine de trois ans de prison, dont un an ferme. Le scandale avait éclaté un an après l'assassinat, le 6 février 1998, du préfet Claude Erignac. Nommé juste après ce drame par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Intérieur, Bernard Bonnet s'était rapidement imposé comme l'homme du «rétablissement de l'Etat de droit».

Dès son installation au palais Lantivy, siège de la préfecture de région, le nouveau représentant de l'Etat se lance à corps perdu dans sa mission. Les premiers mois, les résultats sont là. L'estime aussi, y compris des Corses. A coups d'article 40, qui impose à tout fonctionnaire de dénoncer les délits dont il a connaissance, il arrose les parquets de Corse de «dossiers» explosifs. Peu aboutiront. Grâce à un tuyau, il livre au procureur de Paris les noms des assassins présumés de son prédécesseur. Mais le volontarisme échevelé se transforme rapidement en autoritarisme sans discernement. Dans l'île, on l'appelle «le Proconsul». Avec les élections territoriales, tonne le coup de semonce : les nationalistes y font un score plus qu'honorable.

Au palais Lantivy, Bernard Bonnet vit retranché, entouré de quelques hommes qu'il fascine. Deux notamment : son chef de cabinet et beau-frère, Gérard Pardini, et le colonel Henri Mazères, patron de la gendarmerie nationale en Corse. Tous trois ­ et probablement quelques autres qui ont échappé aux foudres de la justice ­ vont élaborer des stratagèmes de mauvais romans. Mazères et Pardini, comme des collégiens préparant un coup, iront acheter en plein après-midi un jerrican de produit inflammable au supermarché de la ville. Ils ont reconnu avoir donné (eux disent retransmis) les ordres d'incendier les établissements des restaurateurs qui refusaient de démolir leurs installations, dont notamment la paillote Chez Francis. Norbert Ambrosse, le capitaine de gendarmerie qui avait pris la tête du GPS (Groupe des pelotons de sécurité, une unité choc de gendarmerie créée pour la Corse), exécutera cet ordre et enverra quatre de ses hommes en mission clandestine. Et illégale. Dans la nuit du 19 au 20 avril 1999, l'opération s'achèvera en débandade, un des hommes sérieusement brûlé par le retour de flammes abandonnant des indices qui impliqueront la gendarmerie.

Mazères a été condamné en première instance par le tribunal d'Ajaccio à trente mois de prison, dont six mois ferme, tout comme Gérard Pardini. Le capitaine Ambrosse a été condamné à deux ans de prison, dont six mois ferme.

Pas de promotion.
Les quatre gendarmes du GPS ont pris dix-huit mois avec sursis. Contrairement à une rumeur insistante, les gendarmes impliqués dans cette affaire n'ont pas obtenu de promotion. Ils occupent des «emplois de bureau» au sein de la gendarmerie, à l'exception de l'un d'entre eux, qui a quitté l'armée.

«Ruines.»
Bernard Bonnet est le seul à nier son rôle de donneur d'ordres. Si complot il y a eu, il en serait la victime. C'est la ligne qu'il a défendue lors de son procès en première instance. Après avoir usé quatre avocats, l'ex-préfet s'est choisi Jacques Vergès comme défenseur. Ce dernier le reconnaît, il arrive dans un «champ de ruines». Au moins sera-t-il en convergence avec la stratégie de rupture de son client, stratégie jugée «suicidaire» par les précédents avocats. Pour Bonnet et Vergès, l'opération paillote n'a été qu'une «manipulation barbouzarde» visant à «éliminer un préfet de Corse qui devenait gênant pour un gouvernement qui s'apprêtait à dialoguer avec les clandestins».

Ces arguments présentés comme des «bombes» au procès d'Ajaccio se sont révélés des pétards mouillés. Quels nouveaux atouts le duo va-t-il sortir devant les juges de Bastia ? Aucun, peut-être.
Libération, Par Marc PIVOIS, lundi 18 novembre 2002, page 17

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15 janvier 2003 : Le préfet Bonnet menacé de retourner en prison
La cour d'appel de Bastia a confirmé les peines prononcées en janvier 2002 par le tribunal correctionnel d'Ajaccio à l'encontre de Bernard Bonnet et des sept autres protagonistes de l'"affaire des paillotes". L'ancien préfet de Corse, condamné à un an de prison ferme, a décidé de se pourvoir en cassation. Cette procédure suspend l'exécution de la peine. La cour d'appel de Bastia (Haute-Corse) a confirmé mercredi la peine de trois ans de prison, dont un an ferme, prononcée en première instance contre l'ancien préfet de Corse Bernard Bonnet pour les incendies volontaires en 1999 de deux "paillotes", des restaurants de plage illégaux. Les juges de Bastia ont également confirmé la sanction de trois ans de privation de droits civiques et civils prononcée le 11 janvier 2002 par le tribunal correctionnel d'Ajaccio.

Ni le préfet Bonnet, qui a déjà passé deux mois derrière les barreaux après sa mise en examen au printemps 1999, ni son avocat, Me Jacques Vergès, n'étaient présents mercredi à la cour d'appel.

Jacques Vergès a annoncé qu'il allait "dès aujourd'hui se pourvoir en cassation". "Je ne suis pas étonné par cet arrêt", a-t-il déclaré, estimant que la cour d'appel de Bastia avait montré lors des audiences "son intention de continuer le travail du tribunal correctionnel d'Ajaccio en refusant d'auditionner Lionel Jospin". "L'ancien premier ministre était au centre de cette affaire, car après avoir félicité le préfet Bonnet pour son travail, il avait porté des accusations contre lui", a expliqué l'avocat dans un entretien à l'AFP. "Si la Cour de cassation n'acceptait pas nos arguments, nous irons devant la Cour européenne des droits de l'homme", a-t-il conclu.

L'incarcération ne sera pas immédiate pour Bernard Bonnet. En effet, le pourvoi en cassation, dont le délai habituel est d'environ un an, suspend l'exécution de la peine.

Bernard Bonnet a toujours nié avoir joué un rôle dans l'incendie du restaurant "Aria Marina", près d'Ajaccio, le 7 mars 1999, et de la paillote "Chez Francis", le 20 avril suivant, toujours près d'Ajaccio. Il accuse l'entourage du premier ministre de l'époque, Lionel Jospin, d'avoir monté l'opération pour l'évincer de Corse.

L'accusation a souligné que cette version était peu crédible puisqu'un préfet peut être révoqué par simple décret. Les sept autres prévenus ont désigné le préfet comme le seul commanditaire de ces opérations illégales. Lors du procès en novembre 2002, le tribunal correctionnel n'avait pas voulu entendre comme témoins Lionel Jospin et son ex-directeur de cabinet, Olivier Schrameck. Les juges avaient considéré que le préfet Bonnet portait la plus lourde responsabilité dans cette affaire, sans équivalent dans les annales de la République française, et avait "discrédité l'action de l'Etat". C'était la première fois depuis 1945 qu'un préfet était condamné pour un délit volontaire.

PRISON CONFIRMÉE POUR PARDINI ET MAZÈRES

La cour d'appel a aussi confirmé les peines de trente mois de prison, dont six fermes, prononcées contre l'ancien directeur de cabinet du préfet, Gérard Pardini, 45 ans, ainsi que contre le colonel de gendarmerie Henri Mazères, 54 ans, ancien patron des gendarmes de Corse. Elle a toutefois annulé les deux ans de privation des droits civiques prononcés contre eux en première instance.

Les deux hommes ont avoué avoir tenté d'incendier le restaurant Aria Marina. Leur reliquat de peine pourra être aménagé et la conservation de leurs droits civiques devrait leur permettre de poursuivre leur carrière dans l'administration et la gendarmerie.

La cour a également confirmé intégralement les peines de quatre des cinq gendarmes ayant participé à l'équipée contre le restaurant Chez Francis : le capitaine Norbert Ambrosse, chef de l'unité, est condamné à six mois de prison ferme, Franck Pessé, Denis Tavernier et Lionel Dumont à 18 mois avec sursis. La peine d'Eric Moulié, le gendarme le moins impliqué dans l'action et qui a de brillants états de service au groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), est ramenée de 18 à 10 mois de prison avec sursis. Il est le seul à avoir quitté la gendarmerie depuis l'affaire.

Lors de l'expédition contre Chez Francis, un retour de feu avait brûlé au visage le capitaine Ambrosse. Le commando de gendarmes, dans la panique, avait abandonné de nombreux indices sur la plage, ce qui avait permis à la justice de remonter jusqu'à Henri Mazères, au préfet et à son entourage.

Arrivé à Ajaccio en 1998 pour remplacer Claude Erignac, assassiné par des nationalistes corses, Bernard Bonnet avait d'abord emporté l'adhésion générale par une politique de rétablissement de la légalité. Selon l'accusation, il aurait monté l'opération contre les paillotes pour se venger de l'échec d'une précédente entreprise de destruction, légale celle-là, d'un restaurant de plage, à laquelle il avait dû renoncer en raison de l'opposition de nombreux élus.
Avec AFP et Reuters, LEMONDE.FR | 15.01.03 | 17h35

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26 novembre 2001 : Bernard Bonnet affirme avoir "couvert" MM. Mazères et Pardini, qui continuent de l'accuser

Le tribunal correctionnel d'Ajaccio a donné la parole à l'ancien préfet de Corse, lundi 16 novembre. Après les accusations réitérées de son ex-directeur de cabinet et de l'ex-chef de la gendarmerie de l'île, Bernard Bonnet, niant avoir ordonné d'incendier les paillotes, a affirmé les avoir "couverts " après leur "connerie".

Une semaine après le début du procès des paillotes, Bernard Bonnet a été entendu, lundi 16 novembre, devant le tribunal correctionnel d'Ajaccio. Il a surtout répondu aux accusations réitérées de Gérard Pardini, son ancien directeur de cabinet, et du colonel Henri Mazères, qui était chef de la gendarmerie en Corse.

"Le préfet m'a dit plusieurs fois : 'il faut détruire certaines paillotes qui sont emblématiques de la situation illégale sur le littoral', a assuré le colonel Mazères. (...) Il a insisté de manière récurrente, jusqu'à me demander de faire intervenir le GPS", le Groupement de pelotons de sécurité, unité spéciale placée directement sous les ordres du préfet. Bernazrd Bonnet aurait ajouté : "Il faut incendier tout de suite la paillote Chez Francis, sinon je le ferai moi-même'". Appelé à la barre, Gérard Pardini a témoigné dans le même sens.

Durant ces dépositions, le préfet Bonnet n'a cessé de marquer sa désapprobation. "Pour l'Aria Marina (le 7 mars), c'est une connerie du colonel Mazères et de Pardini dont j'assume la responsabilité. Mais qui peut imaginer qu'un préfet décide d'y mettre le feu ?", a-t-il dit, avant de préciser : "Lorsque j'ai découvert que Mazères et Pardini avaient tenté d'incendier l'Aria Marina, les bras m'en sont tombés". Il a indiqué qu'il avait mis au point un programme de destruction légale des paillotes et avait donné l'ordre pour qu'on applique la décision de justice contre M. (Yves) Féraud, le propriétaire de Chez Francis."Des élus de premier plan s'y sont opposés. J'ai alors décidé de ne pas passer en force, en retirant la force publique. (...) Rendant compte à Matignon de cette 'reculade', j'ai fait un rapport établissant que les élus corses s'étaient engagés à démolir les paillotes à la fin de la saison. Dès lors, pourquoi décider de les incendier ?", a-t-il ajouté."En une phrase : je donne des ordres légaux et écrits, je ne donne pas des ordres oraux et secrets".

RAINBOW WARRIOR
Dans une interview diffusée dans la matinée sur LCI, l'ancien préfet de Corse a reconnu avoir "couvert" sur ordre les commandos d'incendiaires, a nié être à l'origine de ces opérations secrètes et a affirmé en connaître l'instigateur. "Matignon m'a demandé le 27 avril de couvrir toute autorité administrative, en faisant référence explicitement à l'opération du Rainbow Warrior, en disant : 'c'est comme dans cette opération, l'amiral Lacoste n'avait pas reçu d'ordre écrit'", a-t-il assuré. En juillet 1985, un commando d'agents secrets français avait coulé dans le port d'Auckland, en Nouvelle-Zélande, le navire amiral de l'organisation Greenpeace qui s'apprêtait à mener une nouvelle campagne contre les essais nucléaires français en Polynésie."Par tradition, par tempérament, j'ai toujours couvert mes collaborateurs en toute circonstance", a admis Bernard Bonnet.

A propos de l'autorité qui aurait pris la décision d'incendier les paillotes, Bernard Bonnet a averti : "(...) Je sais qui est l'instigateur de ces missions, je dirais médiocres et cachées (...) Je le dirai cet après-midi".
Avec Reuters, lemonde.fr | 26.11.01 | 18h43

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Mars 2005. L'ex-préfet Bonnet risque de retourner en prison

LA MENACE d'une réincarcération se rapproche dangereusement pour Bernard Bonnet. Jacques Chirac a rejeté le recours en grâce de l'ancien préfet de Corse, condamné à trois ans de prison dont un ferme dans l'affaire des paillotes incendiées par les gendarmes au printemps 1999. Bernard Bonnet a ainsi épuisé les voies de recours possibles.

Comme il n'a passé que deux mois derrière les barreaux, l'exécution de sa peine pourrait intervenir rapidement. La lettre du ministère de la Justice, qui l'a informé du rejet de son recours par l'Elysée, est d'ailleurs explicite. Elle lui indique qu'il a la possibilité de solliciter un aménagement de peine pour bénéficier d'un régime de semi-liberté (la journée dehors, la nuit en cellule), voire d'une surveillance électronique (le fameux bracelet). « On fera tout pour lui éviter la prison », dit M e Gilles-Jean Portejoie, son avocat.

Un ultime recours

Mais, fidèle à sa nature combative, l'ancien haut fonctionnaire ne baisse pas les bras. « L'histoire n'est pas encore écrite. Dans la rue, les gens me disent On vous a laissé tomber, c'est injuste, courage. C'est réconfortant. Bien sûr, le risque de retourner en prison n'est pas une perspective radieuse. Mais cette épreuve sera moins douloureuse que si je l'avais méritée », confie Bernard Bonnet, 54 ans. En clair, l'ancien préfet de Corse, qui, fin 2004, a assumé publiquement son rôle dans l'incendie des paillotes, n'est rongé par aucun sentiment de culpabilité. Il a toujours jugé « disproportionnée » la peine qui lui a été infligée.

En s'en remettant au chef de l'Etat, il souhaitait qu'une « conscience interroge une autre conscience ». L'examen a eu lieu. Recalé, Bernard Bonnet s'interdit de commenter la décision de Jacques Chirac, mais il a découvert avec « tristesse » le courrier de la chancellerie. « J'ai succédé en Corse au préfet Claude Erignac, appliqué la politique ingrate de l'Etat, donné à la justice les noms de certains des assassins de mon prédécesseur... Malgré cela, on me condamne pour la destruction d'une paillote et d'un cabanon construits illégalement et qui plus est appartenant à l'Etat », réagit avec amertume l'intéressé. Il a toujours démenti avoir donné un ordre direct au patron des gendarmes, admettant néanmoins que ses réactions avaient pu être interprétées par le colonel Mazères comme un « ordre implicite ».

Bernard Bonnet, qui met la touche finale à un nouveau livre tout en cherchant du travail, espère le succès de son recours déposé auprès de la Cour européenne des droits de l'homme. Il dénonce un procès inéquitable et une instruction déloyale. But avoué : un nouveau procès. Aujourd'hui, M e Portejoie espère surtout que ce recours protégera son client. « Je vais réécrire au président de la République pour surseoir l'exécution de la peine à la décision de la Cour européenne », annonce-t-il.
Geoffroy Tomasovitch, Le Parisien, samedi 12 mars 2005, p. 14

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(Juin 2006) Bernard Bonnet reste en liberté

L'ancien préfet, condamné à un an de prison ferme dans l'affaire des paillotes, devrait bénéficier du régime de la liberté conditionnelle.

L e juge d'application des peines de Paris a accordé vendredi 9 juin une mesure de liberté conditionnelle à l'ancien préfet de Corse, Bernard Bonnet, condamné à un an d'emprisonnement ferme pour avoir ordonné en 1999 d'incendier deux paillotes illégalement construites sur le littoral maritime, a-t-on appris de sources judiciaires.

Le préfet avait passé deux mois en détention provisoire. Il lui restait donc dix mois à purger. Mais avec le jeu des remises de peine et la grâce présidentielle du 14 juillet, il arrivait à mi-peine, ce qui permet au JAP de le mettre en liberté conditionnelle.

Les obligations attachées à cette liberté conditionnelle n'ont pas été précisées. "Ce n'est pas une mesure de faveur, mais une décision de justice que je ne commente pas", a déclaré son avocat, Me Gilles-Jean Portejoie.
Le 13 octobre 2004, la Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par l'ancien préfet de Corse, désormais à la retraite, contre sa peine.

"Boutades exutoires"

Bernard Bonnet, qui a admis avoir donné un "ordre implicite" aux gendarmes pour mettre le feu aux paillotes, des restaurants de plage, avait sollicité une grâce présidentielle qui lui a été refusée.

Lors des procès devant le tribunal correctionnel d'Ajaccio puis devant la cour d'appel de Bastia, Bernard Bonnet a laissé entendre que le colonel Henri Mazères et Gérard Pardini, son directeur de cabinet, avaient pris au pied de la lettre les "boutades exutoires" faites sur le problème des paillotes lors des réunions à la préfecture.
NOUVELOBS.COM | 09.06.06 | 17:52

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vendredi 9 juin 2006, 23h00 Le parquet fait appel de la libération conditionnelle du préfet Bonnet

PARIS (AFP) - Le parquet de Paris a fait appel vendredi de la décision de libération conditionnelle du préfet Bernard Bonnet dont la peine d'un an de prison ferme liée à l'affaire des paillotes avait été rendue définitive en octobre 2004, a-t-on appris de source judiciaire.

L'appel du parquet suspend la décision du juge d'application des peines (JAP) qui a décidé vendredi d'octoyer la libération conditionnelle de M. Bonnet, a indiqué la même source. Toutefois cela ne signifie pas que l'ancien représentant de l'Etat va retourner en prison.
L'appel du parquet sera examiné prochainement.

L'ancien préfet, considéré comme le "donneur d'ordre" dans les incendies de deux paillotes en Corse en 1999, avait été condamné le 15 janvier 2003 à trois ans d'emprisonnement dont un ferme.
La peine avait été confirmée par la chambre criminelle de la Cour de cassation le 13 octobre 2004.

Au printemps 1999, M. Bonnet avait effectué deux mois de détention provisoire. Il lui restait donc théoriquement dix mois de détention à effectuer.

Selon son avocat, Me Gilles-Jean Portejoie, compte tenu des réductions de peine octroyées à l'occasion des grâces collectives présidentielles, ce total a été réduit de moitié.
"Ce n'est pas une mesure de faveur mais une décision de justice que je ne commente pas", a déclaré Me Portejoie.

A la suite de l'arrêt de la Cour de cassation, M. Bonnet a adressé une requête à la Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg, se disant "déterminé à continuer le combat sur le terrain du droit avec pour objectif un nouveau procès".

Le JAP devant lequel s'était déroulé le 2 juin un débat contradictoire sur l'aménagement de la peine du préfet a estimé que M. Bonnet pouvait bénéficier de la libération conditionnelle.
Le parquet s'oppose à cette décision et précise que le préfet ne demandait que le bracelet électronique lors du débat contradictoire.

Toutes les peines inférieures ou égales à un an font l'objet d'un examen par le JAP.

En mars 2005, le président Jacques Chirac avait rejeté le recours en grâce de l'ancien préfet de Corse.

M. Bonnet a par ailleurs été admis à la retraite le 4 octobre selon un décret du président de la République publié au journal officiel le 12 octobre.
Yahoo.fr, actualités, vendredi 9 juin 2006, 23h00

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jeudi 12 octobre 2006, 14h46 Le préfet Bonnet reste en liberté conditionnelle

PARIS (AFP) - La cour d'appel de Paris a confirmé jeudi la libération conditionnelle du préfet Bernard Bonnet dont la peine d'un an de prison ferme dans l'affaire des paillotes avait été validée en octobre 2004 par la Cour de Cassation, a-t-on appris auprès de son avocat Me Gilles-Jean Portejoie.

La chambre d'application des peines n'a pas suivi les réquisitions du parquet qui avait fait appel de la décision de première instance datant de début juin et accordant une libération conditionnelle au préfet pour les dix mois qui lui restaient à purger.

L'ancien préfet, considéré comme le "donneur d'ordre" dans les incendies de deux paillotes en Corse en 1999, avait été condamné le 15 janvier 2003 à trois ans d'emprisonnement dont un ferme.

La peine avait été confirmée par la chambre criminelle de la Cour de cassation le 13 octobre 2004.

Au printemps 1999, M. Bonnet avait effectué deux mois de détention provisoire. Il lui restait donc théoriquement dix mois de détention à effectuer.
Yahoo.fr, actualités, jeudi 12 octobre 2006, 14h46

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jeudi 12 octobre 2006, 14h50 L'ex-préfet Bonnet ne portera pas de bracelet électronique

PARIS (Reuters) - La cour d'appel de Paris a refusé d'imposer le port d'un bracelet électronique à l'ancien préfet de Corse Bernard Bonnet pour remplacer les quelques mois de prison qui lui restent en théorie à purger pour l'incendie volontaire des "paillotes" corses en 1999.

Contre l'avis du parquet qui demandait cette mesure, la cour a maintenu la décision rendue en juin dernier par un juge d'application des peines, qui avait décidé que Bernard Bonnet resterait en liberté conditionnelle pour le reste de sa peine.

L'ancien préfet n'aura donc pas d'obligations coercitives, alors que le bracelet électronique supposait qu'il soit présent obligatoirement à son domicile à certaines heures.

Bernard Bonnet, dépêché en Corse pour rétablir l'Etat de droit après l'assassinat de son prédécesseur Claude Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio, a été condamné à trois ans de prison dont un an ferme et trois ans de privation des droits civiques, condamnation confirmée en appel en 2003 et validée par la Cour de cassation en 2004.

Bernard Bonnet a déjà été détenu durant deux mois pendant l'enquête et en théorie, il aurait dû repartir en prison pour quelques mois, même après déduction de la période de détention annulée par les grâces présidentielles collectives du 14 juillet.

La justice a conclu qu'il avait agi de sa propre initiative en ordonnant au chef de la gendarmerie de Corse, le colonel Henri Mazères, d'incendier des restaurants installés illégalement sur des plages de l'île.

Dans la nuit du 19 au 20 avril 1999, l'équipée contre le restaurant "Chez Francis", menée par un commando de cinq gendarmes, avait lamentablement échoué. L'un des militaires, brûlé par un retour de flamme, avait abandonné un walkie-talkie et d'autres indices sur la plage, permettant aux enquêteurs de remonter la piste jusqu'au préfet.

Lors de ses deux procès, le préfet avait mis en cause le cabinet du Premier ministre de l'époque Lionel Jospin. Il était ensuite revenu sur cette version, reconnaissant avoir donné un "ordre implicite". Les gendarmes ont toujours déclaré que l'ordre était au contraire explicite.

"Son avenir se dégage devant lui", a commenté son avocat, Me Gilles-Jean Portejoie qui a déposé un recours en grâce auprès de la présidence de la République en juin dernier. En mars 2005, Jacques Chirac en avait rejeté un premier.

Placé "hors cadre" (sans affectation) pendant la procédure, l'ancien préfet a été autorisé à faire valoir ses droits à la retraite à compter de ce mois d'octobre.
Reuters, jeudi 12 octobre 2006, 14h50

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Procès Colonna : l'ancien préfet Bonnet témoignera le 26 novembre
PARIS, 10 nov 2007 (AFP) -

L'ancien préfet de Corse Bernard Bonnet témoignera le 26 novembre au procès d'Yvan Colonna, assassin présumé de Claude Erignac, son prédécesseur comme plus haut représentant de l'Etat dans l'île, annonce-t-il dimanche dans Le Parisien/Aujourd'hui en France.

"Je vais éclairer certains faits d'un jour nouveau", affirme M. Bonnet dans un entretien avec le quotidien. "J'expliquerai, par exemple, pourquoi on m'a donné le prénom de +Stéphane+ avec le nom de Colonna et dans quelles circonstances", ajoute-t-il.

En 1998 après l'assassinat de M. Erignac, Bernard Bonnet avait livré en deux temps aux enquêteurs les noms de six suspects, précisant les tenir d'un mystérieux informateur baptisé "Corte".

Parmi ces noms figuraient celui d'un frère d'Yvan Colonna qui n'a jamais été inquiété, mais aussi ceux de plusieurs membres du commando complice du tireur, dont Alain Ferrandi, condamné en 2003 à la prison à vie.

"Certains suspects que j'ai cités dans les notes (transmises à la justice, ndlr) ont été condamnés", souligne l'ancien préfet, alors que des voix critiques ont estimé que ces révélations n'avaient eu comme effet que de retarder l'identification du tireur.

Interrogé sur la véritable identité de "Corte", M. Bonnet se montre catégorique: "je ne l'ai jamais révélée, je ne le ferai jamais".

"Je veux exposer (...) les éléments de vérité dont j'ai disposé en tant que successeur de Claude Erignac, mais aussi mes interrogations, mes incertitudes", poursuit-il, refusant de dire son sentiment sur la culpabilité éventuelle de l'accusé.

M. Bonnet a été cité comme témoin à ce procès par l'accusation alors que sa déposition à la barre n'avait pas été jugée utile lors des procès des membres du commando, en 2003 puis celui en appel en 2006 qui s'était soldé par l'acquittement des deux inspirateurs présumés de l'assassinat (deux noms qui figuraient également dans ses notes).

Yvan Colonna, qui avait été arrêté en juillet 2003 après quatre ans de cavale, est jugé à partir de lundi par la cour d'assises spéciale de Paris. Son procès doit durer un mois.

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