Plaidoyer pour un régime «primo-ministériel».
Olivier Duhamel appartient à un club condamné, jusqu'ici, à une quasi-clandestinité : ceux qui veulent mettre fin à l'élection par le suffrage universel du président de la République.
Olivier Duhamel, professeur des universités à Sciences-Po et député européen (notedt socialiste), se livre à un réquisitoire implacable et pertinent de cette déliquescence démocratique.
Olivier Duhamel préconise «une thérapie institutionnelle» qui, sans être exclusive d'autres remèdes, rendrait à la démocratie son crédit et son lustre.
Contre le populisme, une VIe République
Par Jean-Michel HELVIG, Libération, vendredi 19 juillet 2002, p. 7
C'est peu dire que l'idée, lorsqu'elle était exprimée, suscitait la stupéfaction générale, tant il paraissait acquis que ce choix populaire était devenu irréversible. Mais la réélection récente de Jacques Chirac dans les conditions abracadabrantesques que l'on sait, est venue souligner, jusqu'à l'absurde, tous les travers du régime constitutionnel en vigueur. Né pour remédier à l'impuissance de la IVe République, il s'est progressivement désagrégé lui-même.
Mais surtout cette Ve République, que l'auteur a défendue dans sa jeunesse malgré ses affinités mendésistes, n'aura pas servi de garde-fou à la montée du «populisme» qui lui apparaît comme le danger majeur des démocraties aujourd'hui. Si toutes en sont menacées, toutes n'en sont pas frappées.
Olivier Duhamel montre qu'il y a un rapport entre l'irruption sur la scène européenne de mouvements populistes assez comparables et des situations de type cohabitationniste où la gauche et la droite se partagent le pouvoir en étouffant l'oxygène du débat public. Ce fut le cas aux Pays-Bas, en Italie, Suisse, Autriche, Danemark et, bien entendu, en France.
«Puisque la démocratie de consensus qui associe les partis au pouvoir (...) ou semble les y associer (...) favorise le populisme en lui laissant le monopole de l'opposition, elle doit être changée.»
Pour ce qui est de notre pays, l'élection du président de la République au suffrage universel a introduit une contradiction structurelle à la tête de l'exécutif qui encourage l'irresponsabilité politique tandis que l'«arythmie» électorale a conduit à des phases de cohabitation embrouillant les enjeux. L'auteur a, sur ce plan, l'honnêteté de reconnaître qu'il a eu tort de ne pas écouter Raymond Barre, qui avait vu le danger dès 1985.
Son choix est celui d'un régime «primo-ministériel» qui n'est jamais que le bon vieux système parlementaire rénové, avec une majorité élue sur un programme, investissant un premier ministre seul responsable de la politique du pays mais devant rendre des comptes en permanence aux représentants de la nation.
Avant de pouvoir crier «Vive la VIe République !», que d'obstacles à surmonter, quand même...
Olivier Duhamel n'a, pour l'heure, d'autre solution que de croire que l'on peut «prolonger le réveil que ce pays connut durant quelques jours au début de mai 2002», notamment au travers de la «C6R» (Convention pour la VIe République) lancée par Arnaud Montebourg (notedt député socialiste).