Léon Schwartzenberg, homme de science et de combats
Autre bio hagiographique

Le célèbre cancérologue Léon Schwartzenberg est décédé mardi matin (14 octobre 2003) d'un cancer à l'âge de 79 ans, à l'hôpital Paul Brousse de Villejuif, dans son service. Il s'était illustré par ses prises de position en faveur de l'euthanasie et par son engagement en faveur des sans-papiers.

Le célèbre cancérologue Léon Schwartzenberg est décédé mardi matin d'un cancer à l'âge de 79 ans, à l'hôpital Paul Brousse de Villejuif (Val-de Marne), dans son service.

Né le 2 décembre 1923 à Paris de parents juifs, il s'était engagé dans la résistance avec ses deux frères, mais ceux-ci dénoncés, étaient arrêtés et déportés en 1943. Il devait apprendre leur mort à la Libération. En 1958, il devenait médecin attaché au service d'hémobiologie de l'hôpital Saint-Louis à Paris, puis assistant d'hématologie à l'Institut Gustave Roussy à Villejuif en 1963.

Schwartzenberg s'était rendu célèbre par son combat en faveur de l'euthanasie. "Il suffit d'une rage de dents pour voir à quel point la souffrance est inutile, insupportable, destructrice", écrivait-il dans son ouvrage Changer la mort. Un engagement qui lui avait valu de subir les piques de l'humoriste Pierre Desproges. En 1991, il devait être suspendu d'exercice durant un an par l'Ordre des médecins pour avoir révélé dans la presse, en 1987, l'aide qu'il avait apportée à un malade incurable. En 1993, le Conseil d'Etat annula cette suspension.

Des occupations d'immeubles à Droits devant !

Le professeur s'était également engagé en faveur des sans-abri et des sans-papiers. Manifestation après manifestation, les Français s'étaient habitués au visage familier du cancérologue, qui accourait pour soutenir tous les "sans". Son épouse, l'actrice Marina Vlady, était souvent à ses côtés, tout comme le généticien Albert Jacquard et l'évêque Jacques Gaillot, avec lequel il avait fondé l'association Droits devant !, qui se démarquait un peu du DAL (Droit au logement) par son combat pour les droits.

Cet "homme de science" avait occupé le fauteuil de ministre de la Santé du gouvernement Rocard le 29 juin 1988. Avant de démissionner le 7 juillet pour avoir exprimé des convictions personnelles sur la lutte contre la drogue ou le dépistage du sida. Il devait être également député européen (1989-1994) élu sur la liste socialiste, puis chef de file de la liste "L'Europe commence à Sarajevo", non soumise au vote en 1994. En 1992, il devint brièvement conseiller régional des Alpes-Maritimes (tête de liste Energie Sud de Bernard Tapie), mais contraint par le Conseil d'Etat d'abandonner son mandat pour dépassement de frais de campagne.
Les obsèques de Léon Schwartzenberg auront lieu vendredi (17 octobre 2003) à 15h00 au cimetière Montparnasse, à Paris.

Hommages à Léon Schwartzenberg

Mgr Jacques Gaillot : "Je suis remué par l'annonce de sa mort. On a fait tant de manifestations ensemble, tant de luttes (…) J'admirais cet homme courageux. Il a eu un beau parcours. C'était un ami, un homme très sensible. Il m'appelait mon évêque préféré".
Laurent Fabius a salué "les qualités humaines exceptionnelles" du professeur Schwartzenberg, en soulignant "sa passion pour la justice".
Pour Jack Lang, le cancérologue était "l'honneur d'une authentique gauche de combat".
Alain Krivine et Olivier Besancenot, au nom de la LCR, ont affirmé que "sa grande voix, son courage, sa révolte nous manquent déjà". Ils ont rendu hommage à "l'intellectuel, au médecin jamais résigné à la souffrance humaine" et rappelé "ses engagements des dernières années" notamment auprès des sans-papiers ou contre la guerre en Irak.
Jacques Chirac a salué "un grand cancérologue, un homme d'engagements et un homme libre".
Tf1.fr, news, Mis en ligne le 14 octobre 2003

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Schwartzenberg : un humaniste engagé

Le cancérologue et ancien ministre, le Pr Léon Schwartzenberg, s'est éteint, hier matin, des suites d'un cancer à l'âge de 79 ans, après une vie riche de combats et d'engagements. Homme de conviction, détestant l'hypocrisie, il s'était rendu célèbre par des prises de position iconoclastes en se déclarant favorable à l'euthanasie dans certains cas extrêmes, en prônant la vente sous contrôle des drogues pour barrer la route aux trafiquants ou encore en soutenant les actions des sans-papiers. «C'était un atypique du premier jour», confie son ami, le Pr Jean-Louis Misset, chef de service en cancérologie à l'hôpital Saint-Louis. «Grand médecin, clinicien hors pair, il n'a jamais été prisonnier des stéréotypes et ne s'est jamais gêné pour sortir des sentiers battus.»

Réfugié à Toulouse avec sa famille en 1942, il est interdit d'études médicales en tant que juif. Très vite, il rejoint la résistance avec ses deux frères cadets. Ceux-ci, Raymond et Jacques – 16 et 17 ans – dénoncés, arrêtés par la milice et déportés en 1943, ne reviendront jamais de Mauthausen. «J'ai vécu mes vingt ans comme un mélange de cauchemars et de moments agréables», avait-il confié, beaucoup plus tard, en 1990, dans une émission de Christine Ockrent intitulée «Qu'avez-vous fait de vos vingt ans ?». Serait-il devenu médecin et de surcroît cancérologue s'il n'avait pas été interdit d'études médicales ? «Peut-être pas, je n'en sais rien», avait répondu l'homme au regard triste et clair, ajoutant ironique : «Le vieux maréchal (Pétain) a fait beaucoup pour forger le moral de la jeunesse de France en ce temps-là.» Titulaire de la croix de guerre, de la médaille militaire et de la médaille de la Résistance, il n'a pas suivi les filières habituelles de la médecine.

Médecin hématologue, puis cancérologue, il conquiert ses titres de gloire avec le Pr Georges Mathé, en 1958, en traitant les savants yougoslaves irradiés grâce aux premières greffes de moelle osseuse, un traitement révolutionnaire pour l'époque. Puis, il développe les transfusions de globules blancs utilisées dans le traitement de certains cancers jusqu'à la fin des années 70.

Agrégé des hôpitaux en 1971 à l'Institut de cancérologie et d'immunogénétique de Villejuif, il démarre une carrière médiatique en 1977 en publiant Changer la mort, avec Pierre Viansson-Ponté. Dans ce livre il plaide en faveur de la vérité au malade, en toutes circonstances. Quelques années plus tard, avec Requiem pour la vie publié en 1985, il développe un thème encore plus tabou : l'euthanasie dans les cas extrêmes. En 1991, l'Ordre des médecins le suspend d'exercice pour avoir révélé dans la presse «l'aide» qu'il avait apportée à un malade incurable. Il prend aussi position en faveur de la dépénalisation et de la mise en vente libre de la drogue, sous le contrôle de l'État, afin de barrer la route aux trafiquants. Ce qui lui vaut de perdre – en neuf jours – son portefeuille de ministre de la Santé dans le gouvernement Rocard en 1988. Mais, quelques mois plus tard, plébiscité par les Français, il pulvérise les records d'audience dans «L'Heure de vérité». «Il y avait une énorme différence entre le médecin que l'on voyait à l'hôpital aux côtés de ses malades – humain, très humain, jamais pontifiant – et le personnage public, profondément charismatique», confie le Pr Misset pour qui son ami Léon «a toujours été du côté du plus faible et de l'opprimé, plus souvent de gauche mais parfois aussi de droite pour faire avancer ses idées».

Esprit original et novateur Léon Schwartzenberg a été de tous les combats. Cet homme libre, éternel trublion continue, après ce court passage ministériel, ses combats pour le droit de mourir dans la dignité, pour le droit à la vérité au malade atteint de cancer ou de sida, pour le droit au logement des plus démunis, pour la régularisation des sans-papiers. S'il tâte à nouveau de la politique comme député européen (1989-1994), puis plus brièvement en 1992 comme conseiller régional de Paca (Provence-Alpes-Côte d'Azur), il s'investit plus ensuite comme militant de «terrain».

Nombre d'hommes politiques ont salué, hier, les qualités exceptionnelles du professeur Schwartzenberg. Mais c'est sans doute le défenseur des sans-abri qui laissera le souvenir le plus attachant. «On perd un allié sûr, quelqu'un de profondément honnête, intègre, qui a gardé une grande fidélité dans l'engagement, a déclaré, hier, Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l'association Droit au logement. «On est un peu orphelins, c'est un grand homme que l'on perd», a ajouté Romain Binazon, porte-parole de la coordination des sans-papiers. Un appel à se rendre aux obsèques vendredi après-midi au cimetière Montparnasse devrait être lancé à tous les collectifs de sans-papiers de la région parisienne.

Le président Jacques Chirac a rendu hommage au professeur Schwartzenberg, «un grand cancérologue, un homme d'engagements et un homme libre». Il «a toujours témoigné de la compétence, de l'humilité, de la ténacité et de l'humanité qu'exige la lutte contre le cancer, à laquelle il a consacré sa vie». «Grâce à lui, la souffrance a reculé et la vie a remporté de belles victoires.»
lefigaro.fr, Catherine Petitnicolas [15 octobre 2003]

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