Un homme d'honneur (F-O. Giesbert, 2006)
Anne Fulda, avril 2013 : Michel Roussin, serviteur sinon rien
Michel Roussin, Le gendarme de Chirac, Albin Michel, Paris, 03/05/2006

Février 2007 : Lycées d'Ile-de-France : Peines aggravées en appel pour les émissaires
Décembre 2005 : Non lieu , dans l'affaire des HLM de Paris
Octobre 2005 : Quatre ans avec sursis dans l'affaire des Lycées d'Ile-de-France
Avril 2005 : Soldat de l'ombre ; cambriolé ??
Février 2004 : Mise en examen dans l'affaire des marchés truqués d'Ile-de-France
Janvier 2003 : Mise en examen de Michel Roussin dans l'affaire des "chargés de mission"
Décembre 2002 : Mise en cause d'Alain Juppé
Juin 2002 : M. Pierre Aïm incarcéré en Italie
Février 2001 : Non lieu pour M. Michel Roussin

Michel Roussin, une carrière dans l'ombre de Jacques Chirac
Bio-Portrait de l'Agence France Presse
Date : 01/12/00 13:14:37 Paris

PARIS, 1er déc (AFP) - Michel Roussin, 61 ans, mis en cause dans l'enquête sur l'attribution des marchés publics des lycées d'Ile-de-France, a fait une grande partie de sa carrière dans l'ombre de Jacques Chirac.
Conseiller (RPR) de Paris depuis 1995, adjoint au maire Jean Tiberi, en charge des questions relatives à la Défense et à la Francophonie, il a été chef de cabinet de Jacques Chirac de 1984 à 1993 à la Mairie de Paris et à Matignon.
Ancien ministre de la Coopération d'Edouard Balladur (1993), il avait démissionné de son poste en novembre 1994, deux jours avant d'être mis en examen dans l'affaire des fausses factures des HLM de la ville de Paris et des Hauts-de-Seine. M. Roussin a bénéficié ensuite d'un non lieu en 1995 et sa mise en examen a été annulée en octobre dernier.
Préfet en disponibilité, il est depuis 1999, vice-président Afrique du groupe Bolloré, et membre du Conseil économique et social.
Né le 3 mai 1939 à Rabat au Maroc, docteur ès lettres, diplômé de l'Ecole nationale des langues orientales, Michel Roussin est officier d'artillerie de 1960 à 1963, avant de rejoindre la gendarmerie comme officier.
Il est notamment, à partir de 1969, chargé des relations avec la presse à la direction de la gendarmerie et de la justice militaire au ministère des Armées.
Commandant militaire à l'Hôtel Matignon en 1972, il y fait la connaissance de Jacques Chirac deux ans plus tard.
Détaché en qualité de sous-préfet, il est directeur de cabinet du préfet d'Indre-et-Loire (1976), puis directeur de cabinet d'Alexandre de Marenches et Pierre Marion à la direction générale des services secrets (SDECE) de 1977 à 1981.
Chargé de mission auprès du président de la Compagnie générale des Eaux en 1981, Michel Roussin est détaché comme administrateur de la commune de Paris deux ans plus tard, puis devient chef de cabinet de M. Chirac, successivement à la Mairie de Paris, (1984-86), à Matignon (1986-88), et à nouveau à la Mairie de Paris (1989-93).
En 1993, il est élu député de Paris, mais renonce à son mandat pour entrer au gouvernement.
De 1995 à 1999, il est président de SAE International, groupe de BTP Eiffage.
Officier de la Légion d'Honneur, Croix de la valeur militaire, Michel Roussin est depuis 1996 président du Comité Afrique-Caraïbes-Pacifique du Medef, et parallèlement président de Sitarail depuis 1998.
Il est l'auteur de "Afrique majeure" (1997).

-------

AFP. Paris, 27 février 2001.
La Cour de cassation confirme le non-lieu accordé à M. Michel Roussin, mis en examen pour "recel d'abus de biens sociaux" dans l'affaire des HLM de Paris, non-lieu accordé par le juge d'instruction Eric Halphen le 15 décembre 1995 et annulé par la Chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris le 11 octobre 2000, qui selon la Cour de cassation avait ainsi commis un excès de pouvoir.

-------

L'homme d'affaires Pierre Aïm a été incarcéré en Italie à la demande d'un juge français

L'ancien dirigeant de la société de manutention portuaire et de transport Saga, Pierre Aïm, figure de l'univers des affaires franco-africaines, proche de nombreux chefs d'Etat africains, considéré comme le poisson pilote du groupe Bolloré sur ce continent, a été interpellé, mi-juin, par la police italienne et placé en détention dans une prison à Rome. M. Aïm fait l'objet d'un mandat d'arrêt international délivré par la juge d'instruction de Nanterre (Hauts-de-Seine), Michelle Luga, dans une affaire d'abus de biens sociaux.

La justice le soupçonne d'avoir utilisé la trésorerie du pôle distribution de boisson de son groupe pour compenser les pertes financières du secteur immobilier. Plusieurs centaines de millions de francs auraient été transférés en toute illégalité. Une procédure d'extradition est en cours. Elle peut être contestée par l'intéressé. Lors de son arrestation, M. Aïm figurait parmi les membres de la délégation officielle du président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, auprès duquel il joue le rôle de conseiller, en visite à Rome pour un congrès de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Selon certaines informations, le ministère français des affaires étrangères aurait informé la justice de la présence de M. Aïm dans cette délégation.

PARCOURS ATYPIQUE

Peu connu du grand public, le parcours de M. Aïm est atypique. Cet autodidacte, né en Algérie, a débuté sa carrière en dirigeant la Société parisienne alimentation distribution (SPAD). Achetée par son père, il en fait le premier distributeur français d'eau, de bière et de jus de fruits. Cette société lui permet de financer ses acquisitions successives. En 1988, il prend le contrôle des magasins Primistère, à la tête d'un important patrimoine immobilier, qui lui ouvrira les portes des banques et donc de nouvelles voies de financement pour des projets plus ambitieux.

Fin 1990, il rachète 20 % du groupe Saga, numéro un français de la manutention portuaire en France, au groupe Suez. Six mois plus tard, il en acquiert 91 % lorsque Suez se désengage du secteur. M. Aïm devient alors un personnage incontournable du monde portuaire, notamment en Afrique où il contrôle 40 % du transport de marchandise, activité à laquelle il adjoint, dès qu'il le peut, l'exploitation des chemins de fer. Son arrivée sur le continent africain constitue le tournant de son parcours professionnel. Il est aujourd'hui l'un des dirigeants de la société Rail, contrôlée avec l'aide du groupe Bolloré, qui lui permettrait de contrôler une grande partie de l'infrastructure congolaise en matière de transport et de stockage entre Pointe-Noire et Brazzaville.

En Afrique, il se bâtit rapidement un réseau de relations et d'amitiés politiques indispensables pour conclure des affaires. Le Sénégal est son premier pays d'accueil, mais il nouera des contacts privilégiés dans toute l'Afrique de l'Ouest. Il se lance dans de lourds investissements, à la rentabilité incertaine - entrepôts frigorifiques, usine à trier le café - qu'il monte, parfois, grâce aux aides internationales, comme celle de la Banque mondiale, lorsqu'il participe à la privatisation de Sitrarail, une ligne de chemin de fer entre Ougadougou et Abidjan.

En 1994, il connaît sa première heure de gloire médiatique. La loi Le Drian qui restructure la profession de dockers déclenche un mouvement social qui bloque les ports et fragilise les groupes de fret maritime, dont la CGM et le groupe Bolloré. Pierre Aïm, sollicité pour résoudre la crise, notamment avec les dockers marseillais, met fin au conflit en cédant à la plupart des revendications des grévistes.

Deux ans plus tard, la SPAD est placée en liquidation judiciaire avec un passif de près de 600 millions de francs, ce qui donnera lieu à l'enquête judiciaire dans laquelle il est incarcéré. En 1996, le groupe Bolloré, pilier de la présence française en Afrique, reprend Saga et conserve Pierre Aïm dans la société. Dès lors, il portera, à l'instar de Michel Roussin, ancien ministre RPR de la coopération, embauché par le même groupe, les intérêts de Vincent Bolloré sur ce continent qu'il connaît bien. Interrogé par Le Monde, le porte-parole du groupe Bolloré a indiqué que M. Aïm avait quitté le groupe en 2000.
Jacques Follorou, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 29.06.02, LE MONDE | 28.06.02 | 15h41

-----

(3 décembre 2002) Michel Roussin a mis nommément en cause l'ancien premier ministre devant le juge de Nanterre
Pour la première fois, Michel Roussin a mis un nom sur un souvenir. C'était le 3 octobre, au cours d'une audition devant le juge d'instruction de Nanterre (Hauts-de-Seine) Alain Philibeaux, dans l'enquête sur le financement du RPR. Interrogé sous le statut de "témoin assisté" - après avoir obtenu, au mois de juin 2001, l'annulation de sa mise en examen -, l'ancien directeur du cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris a nommément désigné Alain Juppé comme le commanditaire de l'un des emplois abusivement pris en charge par la municipalité, scellant ainsi la mise en cause de l'ex-premier ministre dans cette procédure.

Questionné sur le cas de Noredine Cherkaoui, ancien secrétaire national du RPR chargé de la jeunesse, qui fut rémunéré par la Ville de Paris de mai 1991 à janvier 1996 pour être, en réalité, affecté auprès de M. Juppé au sein de la direction du parti gaulliste, M. Roussin a affirmé que "le directeur de cabinet du maire qu'[il était] n'avait pas l'initiative d'une embauche de ce genre" et qu'"il y avait obligatoirement à la base une demande, soit d'un élu, soit d'une direction de l'administration [municipale]". Il a alors expliqué : "La demande, en l'espèce de M. Juppé, m'a été transmise et c'est en réponse à cette demande que j'ai saisi l'administration générale."

Insistant sur le fait qu'"il n'entrait pas dans [ses] attributions de contrôler ensuite la réalité de l'affectation et du travail de la personne ainsi recrutée" et rappelant que "M. Juppé [fut] avisé par l'administration générale que sa demande [avait] été satisfaite", l'ancien ministre a assuré qu' "il appartient au demandeur de ce poste de faire travailler le collaborateur dans les conditions prévues par le contrat de travail".

Peu agressives sur la forme, ces explications tranchent nettement avec celles que le même M. Roussin avaient livrées, le 13 octobre 1998, lors de son premier interrogatoire dans cette instruction - pièce aujourd'hui annulée : assurant qu'il ne se souvenait "pas précisément" de l'élu demandeur du recrutement de M. Cherkaoui, il avançait à l'époque : "Ce ne peut être qu'une mairie d'arrondissement." Interrogé un an plus tard, le 13 novembre 1999, M. Juppé avait précisé que la requête émanait d'un élu du 18e arrondissement de Paris - lui-même en était un à cette époque -, confirmant simplement être "intervenu en faveur de cette demande".

Les documents saisis par la police dans le cadre de l'instruction de Nanterre n'apportent pas la preuve de l'initiative de M. Juppé dans le recrutement de ce "chargé de mission" qui avait notamment pour fonction, au siège du RPR, d'organiser ses déplacements. Et pour cause : alors qu'ont été retrouvés, à l'Hôtel de Ville, le contrat de M. Cherkaoui, signé le 7 mai 1991 par M. Roussin, et le courrier adressé auparavant par ce dernier au directeur du personnel municipal, la demande formelle de recrutement du collaborateur de M. Juppé n'a pas été découverte. "Je note que le dossier est incomplet puisque l'on ne voit pas ni de qui ni d'où émane la demande" , a souligné M. Roussin, signalant au passage que d'autres dossiers de personnes recrutées dans les mêmes conditions avaient été retrouvés dans leur intégralité.

Au détour de la même audition, l'ancien directeur du cabinet de M. Chirac s'est également défendu d'avoir eu des rapports particuliers avec les trésoriers successifs du RPR. Contestant les déclarations de Louise-Yvonne Casetta, présentée comme l'"intendante" du parti, selon laquelle il recevait régulièrement, à l'Hôtel de Ville, Robert Galley, chargé des finances du mouvement gaulliste de 1984 à 1990, M. Roussin a répondu, en pesant visiblement le poids de chaque mot : "Je n'ai pas eu de relations avec M. Galley en ma qualité de directeur de cabinet et en sa qualité de trésorier du RPR. Par contre, il est évident que, compte tenu de ses fonctions et des liens d'amitié qui l'unissaient au maire de Paris, il est venu à plusieurs reprises voir le maire personnellement. Il venait donc pour cela à l'Hôtel de Ville, mais pas dans mon bureau." Précision utile : le "maire de Paris" ainsi désigné était, bien sûr, Jacques Chirac.
Hervé Gattegno et Fabrice Lhomme, • LE MONDE | 03.12.02 | 11h38, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.12.02

------

Michel Roussin mis en examen dans l'affaire des "chargés de mission" de la mairie de Paris

Il a été questionné sur le rôle de M. Chirac. Le défilé judiciaire des anciens directeurs du cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris se poursuit. Après Robert Pandraud et Daniel Naftalski, Michel Roussin a été, à son tour, mis en examen, mercredi soir 22 janvier, par la juge d'instruction parisienne Colette Bismuth-Sauron, chargée de l'enquête sur les "chargés de mission" recrutés à l'Hôtel de Ville entre 1983 et 1998 - et parmi lesquels 43 contrats sont jugés suspects. Poursuivi pour "détournement de fonds publics" et "faux en écritures publiques par personne dépositaire de l'autorité publique", M. Roussin a contesté toute participation à une infraction pénale quant au recrutement des contractuels jugés suspects par les enquêteurs.

Ancien ministre (RPR) de la coopération sous le gouvernement d'Edouard Balladur, M. Roussin fut longtemps l'un des plus proches collaborateurs de l'actuel président de la République. Cette proximité lui a déjà valu plusieurs mises en cause dans les affaires relatives au financement de l'ex-RPR et à la gestion passée de la capitale - dont M. Chirac fut le maire de 1977 à 1995. Successivement mis en examen dans l'enquête du juge Halphen sur les HLM de Paris puis dans celle du juge Desmure sur les permanents du RPR, il a néanmoins obtenu un non-lieu dans le premier dossier (en 1995) et n'a pas été exonéré de toute poursuite dans le second (Le Monde du 19 décembre). Il reste mis en examen dans l'affaire dite des lycées d'Ile-de-France.

M. Roussin a dirigé le cabinet de M. Chirac à la mairie de Paris de 1989 à 1993. MM. Pandraud et Naftalski, qui s'étaient succédé au même poste de 1983 à 1989, ont été respectivement mis en examen le 28 novembre 2002 et le 8 janvier 2003. D'autres anciens responsables du cabinet de M. Chirac, Anne Cuillé et Rémy Chardon, ainsi que l'ex-directeur du cabinet de Jean Tiberi, Bernard Bled, doivent aussi être convoqués par la juge Bismuth-Sauron dans les semaines à venir. Lui-même signataire d'un contrat litigieux, M. Chirac ne pourra, lui, être interrogé par la juge, puisque son immunité constitutionnelle interdit tout acte de poursuite à son égard.

"TRADITION ADMINISTRATIVE"

Questionné par la magistrate sur d'éventuelles "instructions" que pourrait lui avoir données M. Chirac, M. Roussin a assuré n'en avoir "jamais" reçu. S'agissant du contrat, signé par le chef de l'Etat, qui affectait un chauffeur auprès d'un ancien préfet de Paris, Lucien Lanier, devenu sénateur (RPR), il a invoqué une "tradition administrative". Interrogé sur la situation de 21 "chargés de mission" - dont l'épouse du député (UMP) et ancien ministre Hervé de Charette, salariée de 1984 à 1990, et le garde du corps du secrétaire général de Force ouvrière (FO), Marc Blondel -, M. Roussin s'est étonné de l'absence de nombreuses pièces dans les dossiers administratifs des personnes concernées et a repris les explications qu'il avait déjà livrées, le 3 octobre 2002, dans l'enquête sur les permanents du RPR, à propos du recrutement d'un collaborateur d'Alain Juppé : "Le directeur de cabinet du maire de Paris que j'étais n'avait pas l'initiative d'une embauche de ce genre, avait-il déclaré. Il y avait obligatoirement à la base une demande, soit d'un élu, soit d'une direction de l'administration."
Hervé Gattegno et Fabrice Lhomme, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.01.03, LE MONDE | 23.01.03 | 15h19

-------

(Février 2004) 2 % des marchés d'Ile-de-France pour les partis politiques

«CE PROCES s'annonce redoutable », admet un avocat qui a reçu hier la synthèse du juge Armand Riberolles. Ce magistrat parisien a signé cette semaine un texte de 271 pages qui résume les charges dans l'affaire des marchés publics d'Ile-de-France. Fausses factures, marchés truqués, surfacturations, emplois fictifs, le juge décortique les financements occultes au conseil régional d'Ile-de-France sous la présidence du RPR Michel Giraud.

« L'information judiciaire a mis au jour un vaste système d'entente organisé », commence le magistrat. « Les investigations ont révélé que ce dispositif d'entente anticoncurrentielle et de favoritisme a été mis en place et a fonctionné à la faveur de pratiques corruptrices », poursuit-il.
Quarante-sept personnes, dont 26 chefs d'entreprise et des responsables politiques, sont donc renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris.

Un système de fraude massif.

Les données de départ de cette enquête fleuve sont assez simples. « La région Ile-de-France a attribué plus de 241 marchés de travaux, entre 1988 et 1997, engageant près de 24 milliards de francs de dépenses d'investissement », commence le juge Riberolles. Son enquête démontre l'existence « d'un tour de table » et « d'une entente généralisée » entre les grands groupes du bâtiment pour obtenir des marchés. Des dirigeants de Bouygues, de Dumez (Lyonnaise des eaux), GTM, Sicra, Fougerolles sont renvoyés devant le tribunal. Le juge évoque « un coût financier faramineux de ces pratiques pour la région ».

2 % pour les partis politiques.

« Il résulte de multiples et convergentes déclarations que 2 % du montant des marchés devaient être versés par les entreprises attributaires aux différents partis politiques selon une clé de répartition préétablie affectant 1,2 % de ces sommes au RPR et au Parti républicain et 0,8 % pour le Parti socialiste », écrit le juge. Pour les travaux au lycée de Bezons, une somme de 1,164 million de francs, soit 2 % du chantier, part en « commission ». Pour le lycée de Chelles, 600 000 F sont affectés à des « aléas économiques ». Le lycée de Coulommiers permet de dégager comme « aléas économiques » 4,9 millions de francs. Devant le juge, certains chefs d'entreprise ont parlé de « dons aux partis ». D'autres ont évoqué une forme de « dîme » ou de « racket ». « De sévères rappels à l'ordre, accompagnés de menaces non voilées, pouvaient être adressés aux entrepreneurs pour leur rappeler leurs obligations », note Armand Riberolles.

Trois trésoriers épinglés.

Jean-Pierre Thomas, ex-trésorier du Parti républicain, Gérard Peybernes, ancien directeur financier de l'association de financement du Parti socialiste, et Louise-Yvonne Casetta, ancienne « intendante » du RPR, étaient chargés de démarcher les entreprises. Le juge estime qu'ils étaient « initiés au pacte de corruption » et les renvoie devant le tribunal pour complicité et recel de corruption active et de trafic d'influence. Pour le PR, Gérard Longuet, ancien président du parti, est également poursuivi. Au PS, seul Gérard Peybernes est épinglé. Devant le juge, il a déclaré « se rendre compte du caractère monstrueux de cette affaire qui révèle un pacte clandestin et frauduleux entre les plus grands partis politiques ». « Il a été traité de balance par des correspondants anonymes », précise le juge Riberolles. François Donzel, un militant écologiste indépendant, a lui aussi perçu des fonds, notamment en espèces.

La lourde responsabilité de Michel Giraud.

Il faut sept pages au magistrat pour recenser les charges contre l'ancien président de région. « Son information sur la situation a été rapide et complète, et, à bien des égards, il a acquiescé aux pratiques qui avaient cours, quand il ne les a pas encouragées pour en tirer avantage », affirme le juge. « La responsabilité personnelle de Michel Giraud dans les trois délits qui lui sont reprochés apparaît pleinement engagée », poursuit le magistrat : « Favoritisme, entente, et complicité de corruption. » En outre, l'enquête a démontré que des travaux effectués dans la résidence de l'ancien président avaient été sous-payés. « Toutefois, souligne le juge, l'instruction n'a pas établi, de façon certaine, la mauvaise foi de M. Giraud » dans ces dernières infractions. Le rôle central de Michel Roussin. Le rôle de l'ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris est décrit en quinze pages. Devant Armand Riberolles, Michel Roussin « s'est refusé à toute déclaration, arguant de la prétendue partialité de la juridiction d'instruction ». Pourtant, cet ancien militaire apparaît comme « impliqué personnellement dans les questions de financement du RPR ». C'est encore lui qui aurait « arbitré les rivalités entre les partis » et serait « intervenu pour imposer certains intermédiaires ». Il est renvoyé devant le tribunal pour complicité et recel de corruption active et passive et de trafic d'influence. S'expliquera-t-il devant le tribunal ?

Guy Drut et les emplois fictifs.

L'ancien ministre des Sports a perçu, entre 1990 et 1993, 774 047 F de la société Sicra alors qu'il était élu. Un emploi fictif attesté par le directeur de cette société, qui a parlé de « sollicitation probable du RPR ». L'ancien sportif, malgré ses dénégations, est poursuivi pour recel d'abus de confiance. Le juge démontre aussi qu'une collaboratrice de Michel Giraud était employée « fictive » de Sicra. Il a également déniché un conseiller municipal de la Ville de Paris « qui s'est ému auprès de Michel Roussin de ne percevoir qu'une indemnité de 13 000 F », avant d'être embauché par l'entreprise Chagnaud, pour 20 000 F mensuels supplémentaires.

-------

(Avril 2005) Michel Roussin, le soldat de l'ombre chargé des missions délicates

Le mutisme n'est pas dans sa nature ; c'est plutôt chez lui une discipline, la marque d'un professionnalisme. De sa jeunesse marocaine, Michel Roussin, l'un des principaux prévenus du procès des marchés publics d'Ile-de-France, a gardé le goût des ambiances chaleureuses, des conversations joviales et des histoires contées avec drôlerie. Mais la vie, la carrière ­ militaire, administrative, politique ­ et les épreuves ont relégué ces penchants sous une aptitude à rester maître de soi en toutes circonstances, à n'en jamais dire plus qu'il ne faudrait.

C'est dans l'observation stricte de cette règle qu'il a repoussé inlassablement, depuis onze ans, la curiosité de tous ceux qui, policiers, magistrats et journalistes, voient en lui le gardien des secrets les plus inavouables du chiraquisme.

De cette résistance laconique, M. Roussin connaît le prix. Pour avoir refusé de répondre aux questions des juges, dont il dénonçait alors la "partialité", sur les marchés de la région Ile-de-France, il quitta le Palais de justice de Paris, un soir de décembre 2000, pour gagner la prison de la Santé, dans un concert de sirènes hurlantes. Il en ressortit cinq nuits plus tard, libéré par la cour d'appel, mais avec une cicatrice indélébile qu'il n'évoque qu'avec pudeur : le vide de l'enfermement, l'humiliation de la fouille au corps, l'inhumanité de l'univers carcéral, rien de tout cela n'est effacé."Quand on passe comme cela de l'autre côté du miroir, beaucoup de choses changent pour un homme", confiait-il peu après, sans préciser davantage.

Durant sa brève détention, son épouse avait trouvé, sur leur répondeur téléphonique, un message de Bernadette Chirac ­ un autre, écrit, suivrait de peu sa mise en liberté. Des signes de compassion qui sonnaient comme des remerciements.

Sa proximité passée avec M. Chirac lui a apporté le meilleur et le pire. Les honneurs d'une ascension flatteuse, pour l'officier de gendarmerie devenu préfet, chef puis directeur de cabinet, député et ministre (de la coopération, en 1993, dans le gouvernement Balladur). Les avanies, ensuite. Son passé d'homme de renseignement ­ il dirigea, de 1977 à 1981, le cabinet du directeur des"services", Alexandre de Marenches ­ le prédisposait aux missions délicates, dont l'accomplissement ne s'accommode pas toujours des exigences de la légalité, dans la lutte contre le terrorisme comme dans la conquête du pouvoir.

De la création du RPR, en 1976, au financement de ses premières campagnes, jusqu'au triomphe de son fondateur, en 1995, M. Roussin aura ainsi suivi le destin de ces soldats de l'ombre, qui traversent les époques avec leurs malles de secrets et, en poche, des consignes inchangées. Les siennes portaient ­ entre autres ­ sur les moyens de remplir les caisses du parti. Il les exécutait avec zèle, mais non sans discernement : ceux qui l'ont connu à cette époque se souviennent qu'il écarta les réseaux parallèles qui négociaient sans vergogne leur influence dans l'ordre chiraquien, y compris celui du promoteur Jean-Claude Méry, dont il avait pourtant apprécié le père, à Casablanca.

C'est au même Méry qu'il doit sapremière mise en examen, en novembre 1994, dans l'affaire des HLM de Paris, qui l'oblige à démissionner du gouvernement. Le non-lieu obtenu un an plus tard ne fait, paradoxalement, qu'attiser les suspicions des magistrats ­ en même temps qu'il accroît son isolement. Entre-temps, M. Chirac s'est installé à la présidence et, les enquêtes se multipliant, l'entourage du chef de l'Etat voit en lui le fusible idéal.

Au printemps 1998, il sera ainsi prié devant témoins, par Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Elysée, de "prendre sur lui" la responsabilité du système frauduleux de rémunération des permanents du RPR, pour préserver Alain Juppé. Evoquant le film Titanic, dont le triomphe marquait encore les esprits, le futur ministre de l'intérieur décrivait avec de grands gestes le cloisonnement nécessaire entre les responsables du parti et lançait, enthousiaste : "C'est comme sur le Titanic. Tout sera absolument étanche !" Pince-sans-rire, M. Roussin lui répondit : "Mais le Titanic, il a coulé..."

La suite est connue : mis en examen en 1998, en même temps que M. Juppé, dans l'affaire des emplois du RPR, M. Roussin a finalement été exonéré de toute poursuite, et M. Juppé condamné. Depuis, les contacts avec l'Elysée restent réguliers, mais une méfiance réciproque les domine, à mesure que s'amoncellent procédures et interrogatoires.

Au mois de mai 2001, lorsque l'ancien trésorier du RPR, Robert Galley, a suggéré au juge que M. Roussin avait agi"à l'insu" de M. Chirac en organisant la répartition des commissions versées aux partis en Ile-de-France, il avait été reçu le dimanche précédent au palais présidentiel.

Trois ans plus tard, M. Roussin a démissionné du Conseil d'Etat, où il avait été nommé "en service extraordinaire" par le chef de l'Etat, puis refusé une place en position éligible sur la liste de l'UMP dans le Nord pour les élections européennes. A Jérôme Monod, envoyé en émissaire, il a répondu : "Je n'ai pas besoin d'être protégé." A l'Elysée, on a traduit aussitôt : devant le tribunal, M. Roussin se défendra seul ­ mais sans entrave.
LE MONDE | 21.03.05 | 19h04 • Mis à jour le 21.03.05 | 19h04 , Hervé Gattegno Article paru dans l'édition du 22.03.05

------

Fric-frac dans le bureau de Michel Roussin

De drôles de visiteurs ont cambriolé, tôt mardi matin (12 avril 2005) à La Défense, le bureau de Michel Roussin , vice-président du groupe Bolloré , ainsi que celui du secrétaire général. Une plainte a été déposée et toutes les hypothèses restent envisagées.

DRÔLE de cambriolage.

Mardi matin, les secrétaires de direction du groupe Bolloré, à Puteaux, se sont aperçues que le bureau de Michel Roussin, l'ancien bras droit de Jacques Chirac à la mairie de Paris, avait été cambriolé.
Actuel vice-président du groupe Bolloré, en charge des « affaires africaines », Michel Roussin, ancien des services secrets, comparaît actuellement au procès des lycées d'Ile-de-France, dans une affaire de corruption présumée.

« La serrure de la porte de son bureau a été forcée, et un téléviseur a disparu », admet-on chez Bolloré. Curieusement, les cambrioleurs semblent être passés par le toit de cet immeuble de dix-sept étages, pour gagner directement les bureaux de la direction, au sommet. Ils ont également fracturé un bureau voisin, celui du secrétaire général du groupe Bolloré, Michel Roqueplo. Le cartable de ce dernier a également disparu, ainsi qu'un second téléviseur dans son bureau. « Nous n'avons rien observé d'autre de manquant », assure un proche du dossier.

Une opération d'espionnage industriel ?

Les bureaux de plusieurs secrétaires ont également été fracturés et apparemment fouillés. En revanche, le bureau de Vincent Bolloré, le patron du groupe qui porte son nom, n'aurait pas été visité. Selon nos sources, des caméras vidéo auraient filmé les monte-en-l'air et leur exploitation serait en cours, auprès du service départemental de la police judiciaire des Hauts-de-Seine, qui a hérité de l'enquête. Le groupe Bolloré a déposé plainte, mais « se refuse à émettre la moindre hypothèse ».

Pourquoi ce drôle de fric-frac ? S'agit-il de simples cambrioleurs ou au contraire d'une opération menée par une officine dans le cadre d'une opération d'espionnage industriel ? S'agit-il encore de rechercher des informations sur Michel Roussin, engagé dans un procès difficile qui menace l'ancien RPR ?

Le groupe Bolloré se perd en conjectures. « On ne peut rien exclure », soupire un porte-parole du groupe. Très engagé en Afrique, le groupe Bolloré est spécialisé dans les transports et la logistique. Réalisant un chiffre d'affaires de 5,5 milliards d'euros l'an dernier, il s'est également diversifié dans des domaines aussi variés que la distribution de fioul, la télé ou la voiture électrique. « Des espions envoyés par un concurrent n'auraient pas volé des téléviseurs, analyse un proche du groupe. Sauf pour faire croire à des monte-en-l'air de quartier... » ajoute-t-il, perplexe.

Chargé de la sécurité, un ancien patron de la PJ parisienne, M. Cancès, a du pain sur la planche pour mener sa propre enquête discrète. Michel Roussin était-il visé en particulier ? Chez Bolloré, on semble peu convaincu. « Que serait-on venu chercher dans son bureau ? » soupire-t-on, en assurant qu'aucun dossier, document ou cassette n'aurait disparu.

Mis en cause lors de l'enquête sur l'affaire des lycées d'Ile-de-France

Yeux bleu acier, Michel Roussin, pour sa part, n'a guère souhaité réagir. En marge du procès au tribunal de Paris, cet ancien militaire, devenu à la force du poignet chef de cabinet du patron des services secrets français puis bras droit de Jacques Chirac à la mairie de Paris et à Matignon, a simplement indiqué hier « ignorer ce qui lui a été volé ». « Ce qui est étonnant, c'est qu'il y a onze bureaux à cet étage et qu'ils sont allés directement dans le mien. »

Mis en cause lors de l'enquête sur l'affaire des lycées d'Ile-de-France, Michel Roussin, peu cité lors des premières semaines d'audience, a essuyé, depuis le début de la semaine, plusieurs attaques frontales.
Mardi, des cadres d'entreprises de bâtiment l'ont mis en cause dans l'opération de racket présumée des entreprises. « Chaque fois que j'avais un problème de ce type, a déclaré mardi un entrepreneur, faisant allusion à des financements politiques, j'en parlais à Michel Roussin et j'essayais d'obtenir qu'il réduise les montants que je devais. » Le procès reprendra lundi.
Laurent Valdiguié, le parisen.fr, Paru le : 14/04/2005, p. 13

------

(HLM de Paris) Deux politiques mis hors de cause

Michel Roussin, ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, a bénéficié d'un non-lieu dès 1995.

De fait, aucune preuve formelle de son implication n'a été établie.

Dans l'affaire des lycées d'Ile-de-France, il a été condamné à quatre ans avec sursis.

Jean Tiberi, ancien président de l'Opac sous Chirac, a obtenu un non-lieu en 2005, en toute fin de procédure.
Aucun acte concret n'a pu effectivement lui être reproché. Sauf peut-être les travaux (un million de francs) au domicile de son fils Dominique, mais le parquet a refusé de délivrer au juge d'instruction un réquisitoire supplétif.
Libération, QUOTIDIEN : mardi 24 janvier 2006

-------

Michel Giraud, Michel Roussin, Louise-Yvonne Casetta, Guy Drut...: jugés coupables
Le procès des marchés truqués des lycées d'Ile-de-France s'est achevé mercredi • Avec des condamnations plus lourdes pour les responsables politiques que pour les entrepreneurs du bâtiment •

Un des plus grandes affaires politico-financières des années 1990, celle du financement occulte du RPR via les marchés de rénovation des lycées d'Ile-de France, a connu son épilogue mercredi devant la 11è chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Globalement, les peines infligées ont été proches des condamnations demandées par le parquet, ce qui est une relative surprise puisque de nombreux observateurs pariaient sur l'indulgence des magistrats. Or l'ancien président (RPR) du Conseil régional d'Ile-de-France, Michel Giraud, a été condamné à 4 ans de prison avec sursis et 80.000 euros d'amende; Michel Roussin, l'ancien bras droit de Jacques Chirac à la mairie, s'est vu infliger la même peine assortie d'une amende de 50.000 euros. A noter que le parquet avait demandé un an de prison ferme contre Michel Giraud. Ces peines, et ce n'est pas négligeable, incluent aussi une privation des drotis civiques, civils et de famille pendant une durée de cinq ans.

Au final, la seule peine de prison ferme a été prononcée contre Jean-François Donzel, un élu écologiste. Les trésoriers des différents partis mis en cause, dont Louise-Yvonne Casetta, l'ex-intendante du RPR, ont écopé de peines oscillant entre quinze et vingt mois de prison avec sursis. Guy Drut, ex-champion olympique et ex-employé fictif d'une entreprise candidate aux mparchés publics de la région parisienne, a aussi été condamné à quinze mois avec sursis. Parmi les 47 personnes poursuivies, Gérard Longuet, l'ancien président du parti républicain, a été relaxé.

Comme souvent dans ces affaires, peu de peine de prison ferme ont été prononcées. Mais ces condamnations sont sévères pour l'ensemble des acteurs politiques puisque presque tous les partis présents à l'Assemblée nationale ont bénéficié de ce système de «racket». Les entrepreneurs du BTP ont été aussi condamnés à des peines allant de 3 à 15 mois de prison avec sursis. Le tribunal a ainsi tenu à hiérarchiser les responsabilités en montrant clairement que les donneurs d'ordre étaient les élus et qu'ils devaient ainsi en payer plus lourdement les conséquences.

Un seul –grand– absent à ce procès et dans le jugement: Jacques Chirac, dont l'ombre a constamment plané sur les quatre mois de débat. Maire de Paris et président du RPR à l'époque des faits, il ne pouvait pas ignorer ce système, ce que l'accusation a relevé en soulignant que Michel Roussin, alors directeur de cabinet à la mairie de Paris, s'était censuré en ne mettant pas en cause son patron de l'époque. Jacques Chirac est au moins jusqu'en 2007 protégé par le bouclier que représente son immunité présidentielle.

La prochaine grande affaire proche de celle des lycées sera jugée sans doute au premier semestre 2006: il s'agit du financement du RPR, via cette fois un système de pots-de-vin prélevé sur les marchés des offices HLM parisiens dans les années 1990.
par Fabrice TASSEL, LIBERATION.FR : mercredi 26 octobre 2005 - 18:00

--------

(Un homme d'honneur)

Quand son ancien directeur de cabinet Michel Roussin vient le voir, après avoir démissionné du gouvernement Balladur pour cause de mise en examen, il est surpris par sa méconnaissance des dossiers.
«Méfiez-vous, dit-il au chef de l'État. Après cette affaire, vous aurez le scandale des marchés truqués des lycées d'Ile-de-France. »
Sur quoi, Chirac ouvre de grands yeux: «Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire? »
Il ne joue pas la comédie, pour une fois. En la matière, il a toujours voulu ne pas le savoir, avant comme après. Il suit avec soin la politique de l'autruche et se gardera donc d'avoir, dans l'avenir, des relations trop fréquentes avec Michel Roussin.

Il considère de surcroît que son ancien directeur de cabinet lui a manqué. Quelques semaines avant sa démission du gouvernement Balladur, il avait convoqué Michel Roussin pour lui demander de se prononcer publiquement en sa faveur à l'élection présidentielle. Devant le refus du ministre de la Coopération, Chirac s'était emporté: « Vous n'avez jamais eu de colonne vertébrale. Sortez! »

Roussin est un déçu du chiraquisme. Docteur ès lettres et diplômé de l'École nationale des langues orientales, cet officier de gendarmerie à l'œil malicieux fut directeur de cabinet d'Alexandre de Marenches, chef mythique des services secrets français pendant les années Giscard.
Il ne se sentait pas traité à sa juste valeur par Jacques Chirac qui, à l'Hôtel de Ville, en avait fait un mélange de majordome, de chargé de mission et d'homme de confiance qui, entre deux dossiers, devait, à l'en croire, faire pisser le chien ou chercher des médicaments pour Claude. Il ne se sentira pas mieux traité, ensuite, quand il fera face aux juges sans jamais desserrer les dents, avec cette loyauté jubilatoire qui, chez lui, va de pair avec un sens de l'honneur peu commun.

Pour Chirac, la loyauté n'engage que ceux qui en font preuve.
Il ne lui donne donc pas un signe de vie et le fait recevoir par sa femme.
Avec son avocat, Pierre Haik, il aura, à la demande de la première dame de France, plusieurs réunions de deux ou trois heures où, consciente des dangers encourus, elle tentera d'aller au fond des dossiers.
À travers Roussin, n'est-ce pas Chirac que les juges veulent atteindre?

Dans les moments difficiles, c'est toujours Bernadette Chirac et elle seule qui appelle pour prendre des nouvelles ou redire son soutien.
Sur le répondeur de Roussin, elle laisse souvent des messages, du genre: «Ici Bernadette C. J'espère que tout va bien. »

Quand Michel Roussin est mis en examen, avec Alain Juppé, dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, Jacques Chirac le convoque mais son directeur de cabinet lui demande d'entrer par la Lanterne, c'est-à-dire de passer par le parc. Blessé, Roussin dira au président:
«Désormais, je rentrerai par la grande porte ou je ne viendrai plus. »
Alors, Chirac: « Désolé. Ça ne se reproduira plus. C'était un malentendu. »

On a peine à croire que soit un malentendu l'étrange coup de téléphone que passe Dominique de Villepin, en charge des «affaires » à l'Élysée, à Michel Roussin, une quinzaine de jours avant son incarcération dans l'affaire des emplois fictifs:
«Il faut que tu voies d'urgence notre ami commun, le tout-petit. Il va t'appeler dans un instant. Il a quelque chose d'important à te dire. »

Michel Roussin comprend tout de suite. Le «tout-petit », c'est l'avocat Francis Szpiner qui mène, avec Dominique de Villepin, la stratégie de l'Élysée concernant les « affaires ». Rendez-vous est pris avec lui près de la fontaine Saint-Sulpice, comme dans un roman de John Le Carré.
« Il faut que tu partes tout de suite, dit Szpiner à Roussin. Sinon, tu vas finir en prison. On s'est occupé de tout. Il y a un avion qui part pour Casablanca à 23 h 50. Tu connais des gens au Maroc. Après, tu te débrouilleras. »

Roussin refuse la proposition sans hésiter. Il est choqué qu'on la lui fasse. On ne lui enlèvera pas de la tête que l'Élysée a voulu le piéger: sans doute redoutait-on en haut lieu qu'il ne supporte pas la prison et finisse par parler.
C'était malle connaître.
Mais Chirac et Villepin ne connaissent pas les leurs dès lors qu'ils sont dans la tourmente.
Franz-Olivier Giesbert, La tragédie du président, Scènes de la vie politique, 1986-2006, Flammarion, Paris, pp. 262-263

--------

Albin Michel, Paris, 03/05/2006

-------

MARCHES PUBLICS D'IDF Peines durcies en appel pour Roussin et Casetta NOUVELOBS.COM | 27.02.2007 | 15:34

Les peines de Michel Roussin, ancien bras droit de Jacques Chirac à la mairie de Paris, et Louise-Yvonne Casetta, ex-assistante des trésoriers du RPR, ont été durcies en appel.

Michel Roussin, ancien bras droit de Jacques Chirac à la mairie de Paris, et Louise-Yvonne Casetta, ex-assistante des trésoriers du RPR, ont été condamnés mardi 27 février par la cour d'appel de Paris à respectivement 4 et 2 ans de prison avec sursis dans l'affaire des marchés publics d'Ile-de-France.
Reconnus coupables de complicité et recel de corruption, ils se sont également vu infliger des amendes, d'un montant de 80.000 euros pour Michel Roussin, de 30.000 euros pour Louise-Yvonne Casetta.
La cour d'appel a en outre prononcé une interdiction des droits de vote et d'éligibilité de 4 ans à l'encontre de Michel Roussin et de 3 ans contre Louise-Yvonne Casetta.
En première instance, Michel Roussin et Louise-Yvonne Casetta avaient été condamnés à respectivement 4 ans de prison avec sursis et 20 mois avec sursis. Onze prévenus au total avaient contesté leur condamnation initiale par le tribunal correctionnel, en octobre 2005, dans ce qui fut l'un des plus gros scandales politico-financiers des années 1990. Ils avaient été rejugés en appel en octobre-novembre 2006.

Un "pacte de corruption"

Les seul des onze à avoir écopé de prison ferme en première instance, l'ex-conseiller régional écologiste François Donzel, a vu sa peine confirmée en appel: 3 ans d'emprisonnement, dont 1 ferme.
Contre Michel Roussin, 67 ans, ancien ministre et ex-bras droit de Jacques Chirac à la mairie de Paris, l'avocat général Jean-Louis Pérol avait requis 4 ans de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende. A l'encontre de Louise-Yvonne Casetta, 64 ans, accusée d'avoir été la trésorière occulte du RPR, 2 ans avec sursis et 10.000 euros d'amende avaient été demandés.
L'accusation estime qu'un "pacte de corruption" liait dans les années 1990 des entreprises du BTP aux principaux partis politiques. Les entrepreneurs qui avaient décroché des marchés publics de construction ou de rénovation de lycées devaient verser dans les années 1990 aux partis politiques représentés au conseil régional une commission de 2% du montant des marchés suivant une clé de répartition de 1,2% pour le RPR et le PR et 0,8% pour le PS, selon l'accusation. (avec AP)
NOUVELOBS.COM | 27.02.2007 | 15:34

-------

Michel Roussin, serviteur sinon rien Mon Figaro Par Anne Fulda Mis à jour le 10/04/2013 à 10:01 Publié le 09/04/2013 à 19:01 http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2013/04/09/10001-20130409ARTFIG00559-michel-roussin-serviteur-sinon-rien.php

Écrire pour ne pas parler. Écrire en guise de thérapie, pour contenir sa colère intérieure. C'est le choix qu'a fait Michel Roussin après avoir entamé sa vie «d'après». D'après la politique. D'après ce jour de novembre 1994, où le ministre de la Coopération d'Édouard Balladur, ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris et à Matignon, a dû démissionner après avoir été mis en examen par le juge Halphen pour recel d'abus de biens sociaux dans l'affaire des fausses factures de la Ville de Paris. Il bénéficiera d'un non-lieu, en 1995.
Cet article est réservé aux abonnés

-----------

Retour Première Page