(Juillet 2008) Pierre Falcone couvert par N.S.
(Mars 2007) Le renvoi en correctionnelle de 42 personnes, dont Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali, Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani, a été demandé
(Juillet 2005) L'enquête est close (Historique de l'affaire)
(Juin 2005) Alain Juppé s'en prend à Jean-Charles Marchiani
(Janvier 2001) Sous l’Angolagate, la corruption ordinaire*

Des remises d’espèces qui se chiffrent en dizaines, voire en centaines de millions de francs, des petits cadeaux, des salaires mirobolants versés - sans contrepartie - à des amis, des avantages consentis à des personnalités supposées influentes...
« L’affaire Falcone », saisissant raccourci de la corruption à l’échelle internationale, donne le vertige par les sommes - et les intérêts - qu’elle met en jeu, mais aussi la banalité des pratiques qu’elle révèle. Pierre-Joseph Falcone est incarcéré depuis le 1er décembre, date de sa mise en examen, par les juges Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez, pour « commerce illicite d’armes, fraude fiscale, trafic d’influence, abus de biens sociaux et abus de confiance ».
Agé de 46 ans, cet homme d’affaires est au coeur de l’enquête sur des ventes d’armes à destination de l’Angola qui a pris des allures d’affaire d’Etat. Les ventes en question - pour un total de 633 millions de dollars, entre 1993 et 1994 -, réalisées via la société Brenco, et les faramineuses commissions auxquelles elles semblent avoir donné lieu constituent la toile de fond d’une enquête aux prolongements multiples. En analysant les archives de Brenco, une société spécialisée dans le négoce en tout genre, les enquêteurs ont mis à nu le « système Falcone », un univers où l’argent liquide, pudiquement baptisé « Docs » ou « Galilée », coule à flots.

Le 14 septembre 2000, au cours d’une perquisition chez la secrétaire de M. Falcone, Isabelle Delubac, les policiers ont saisi des disquettes recensant la liste des personnes et des sociétés ayant bénéficié de virements de fonds de Brenco de 1997 à 1999. Les mouvements de fonds portent sur plusieurs centaines de millions de francs. « Les instructions de M. Falcone étaient de faire disparaître ces documents, j’ai oublié de le faire », confessera Mme Delubac aux enquêteurs.
Il s’agit d’une liste hétéroclite, composée d’environ 300 noms, où se côtoient des ressortissants angolais, des personnalités françaises, des relations privées de M. Falcone, des entreprises américaines, une agence d’ « hôtesses », une organisation de magistrats (l’APM) ou encore une association proche de Charles Pasqua (France-Afrique-Orient ). L’examen de cette liste par la justice est loin d’être achevé. Les magistrats doivent encore identifier de nombreux bénéficiaires. Le travail des enquêteurs est d’autant plus complexe que l’inventaire à la Prévert qu’ils ont entre les mains recouvre des situations fort dissemblables.
Certains noms, cependant, retiennent l’attention : ceux de Paul Anselin ou de Philippe Legorjus, par exemple. L’ancien chef du GIGN a confirmé au Monde que sa société, PHL Consultant, avait réalisé, en 1997, une « mission d’audit » sur le système informatique du siège parisien de Brenco. M. Legorjus dit avoir rencontré M. Falcone quelques mois plus tôt « au Kazakhstan », où la Sofremi (Société française d’exportation de matériels et systèmes du ministère de l’intérieur) « cherchait un prestataire afin de réaliser un audit de sécurité pour les douanes locales ». Les magistrats paraissent s’interroger davantage sur les virements effectués en faveur d’ACA, la société de Jacques Attali.

L’ancien collaborateur de François Mitterrand, aurait été rémunéré, selon M. Falcone, « pour étudier la mise en place de micro-crédits en Angola ». Les virements, pour un total de 1,5 million de francs, ont été débités sur les comptes de Brenco et de la Banque africaine d’investissement (BAI), un établissement bancaire angolais dont M. Falcone est actionnaire. Entendu comme témoin le 1er décembre, M. Attali a affirmé que sa société avait perçu 160 000 dollars de BAI. S’il a reconnu avoir « reçu deux fois pour Noël des colis de chez Fauchon » offerts par M. Falcone, il a déclaré que ce dernier ne lui avait « jamais remis d’argent liquide ».
Autre motif d’interrogation, les mouvements de fonds à destination de la Compagnie des signaux - rebaptisée Communication et systèmes (CS) - dont l’ancien vice-président, le général Claude Mouton, est depuis juillet 2000 directeur général de Brenco France. « Quand il était au sein de Communication et systèmes, il recevait les Angolais qui étaient en formation chez CS, je proposais des espèces pour s’occuper d’eux », a expliqué Pierre Falcone aux policiers. Interrogé par la brigade financière, le 23 septembre, sur la découverte dans le coffre de son bureau de Brenco d’une somme de 496 000 francs, le général Mouton a déclaré que ces espèces lui avaient « été remises par un officiel angolais, dont il ne connaît pas le nom et qui occupe une fonction auprès du ministre de l’intérieur angolais ».
Longuement interrogé par les policiers sur l’identité des bénéficaires de ses subsides, M. Falcone ne s’est guère montré loquace, affirmant la plupart du temps, « ne plus s’en souvenir » . Impossible donc pour les magistrats de savoir pourquoi Brenco a rémunéré les sociétés Arche, Artful Joker, Ashley Corp , BMC limited, JLM Productions, etc. Trois comptes bénéficaires de fonds de Brenco, aux intitulés aussi mystérieux qu’exotiques, ont particulièrement retenu l’attention des enquêteurs : Cascade, Colorado et Cyclone. « Tous les paiements Cascade correspondent à des paiements faits sur instructions du gouvernement angolais, il en est de même des paiements effectués en faveur des intitulés Colorado et Cyclone , a déclaré M. Falcone aux policiers. Ils ont tous été payés à la banque Leumi, à Tel Aviv », a-t-il ajouté. Selon les enquêteurs, l’ayant droit du compte Cascade - destinataire de 29 virements - serait Arcadi Gaydamak, l’associé de Pierre-Joseph Falcone dans le mirifique contrat angolais, visé par un mandat d’arrêt international depuis le 6 décembre.
M. Falcone a assuré par ailleurs que le virement d’un million de dollars sur un compte « Feroz », au Crédit suisse de Miami, « correspondait à des Angolais », dont il n’a pas livré l’identité. Les Angolais figurent décidément en bonne place parmi les bénéficiaires des subsides de Brenco. Certains ont été identifiés par M. Falcone, qu’il s’agisse du « directeur d’une centrale d’achat » ou d’ « un général angolais de la Force aérienne ... intervenu dans le cadre de l’opération ZTS Osos », la société slovaque, qui a vendu les armes à l’Angola et dont Brenco serait la représentation française. M. Falcone a indiqué aux enquêteurs avoir versé, pendant une période non précisée, 6 000 francs par mois à un employé de l’ambassade d’Angola à Paris afin d’ « accélérer les délais de délivrance des visas ». L’ambassadeur lui-même, Elisio de Figueiredo, aurait également été rémunéré : M. Falcone lui aurait versé plus de 18 millions de dollars. « J’ai vu ce monsieur à plusieurs reprises dans les locaux de Brenco », a expliqué Mme Delubac aux enquêteurs. « Je vous confirme que nous avons versé des espèces à M. Elisio de Figueiredo dans le cadre des actions et frais qu’il avait à entreprendre dans ses missions », a indiqué quant à lui M. Falcone.
L’homme d’affaires a précisé que, « dans le cadre de ces mêmes missions », des sommes avaient été versées à d’autres personnalités angolaises dont un ministre, M. Miala. « Je précise, a déclaré M. Falcone, que c’est pour faciliter les choses et non pour acheter les gens. En d’autres termes, ce n’est pas de la corruption mais c’est dans une logique opérationnelle sur place, en Angola ». M. Falcone a précisé qu’il avait pour habitude d’indiquer à sa secrétaire, Isabelle Delubac , « le montant des enveloppes en espèces qu’elle devait confectionner et remettre aux intéressés ».

Parfois, M. Falcone remettait ces fonds « personnellement ». En analysant certains documents découverts lors de perquisitions, les enquêteurs ont été intrigués par la mention « Galilée », accolée à d’importantes sommes d’argent (mai 1998 : 1,5 million de francs, octobre 1998 : 3,8 millions de francs,...). « Il s’agit du cash, concernant principalement les activités en Angola ou d’Angolais à l’étranger, y compris en France », a expliqué M. Falcone.
Selon lui, « ces espèces étaient remises par les autorités angolaises à Paris » à l’un de ses amis, Samuel Mandelsaft, qui les amenait au siège de Brenco, avenue Kléber. Les fonds étaient ensuite versés à des officiels angolais de passage dans la capitale. Les dignitaires angolais n’étaient pas les seuls à profiter des enveloppes de M. Falcone. « Des espèces ont également été remises à des personnes physiques, la plupart du temps par moi », a-t-il affirmé. Outre MM. Mitterrand et Tassez, l’ancien directeur général de la Sofremi, Bernard Poussier, s’est ainsi vu « prêter » plus de 600 000 francs (« il s’est retrouvé à la rue... donc je l’ai aidé financièrement »).

L’écrivain Paul-Loup Sulitzer, quant à lui, aurait perçu près de 900 000 francs (« l’idée était de nous conseiller en matière de presse »). Certains bénéficiaires restent à identifier. La tâche des enquêteurs est d’autant plus ardue que Mme Delubac leur a confié qu’ « au sein de Brenco France, il était utilisé des pseudonymes en remplacement du nom de collaborateurs ou de clients ». Et de citer « Panurge » (le général Mouton), « Miaou » et « Monsieur Trente » (deux ministres angolais) ou encore « Robert » (Jean-Charles Marchiani).
Fabrice Lhomme, Le Monde, 24 janvier 2001, p. 10.

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(Juin 2005) Alain Juppé s'en prend à Jean-Charles Marchiani
Alain Juppé a été entendu comme témoin le 17 mars dernier par le juge Courroye sur les missions que Jean-Charles Marchiani - un des principaux mis en examen dans le dossier,« Angolagate» affirme avoir accomplies.
Ainsi, sur le rôle qu'il aurait joué en Angola, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995, a déclaré: «Non seulement le Quai d'Orsay ne l'a jamais missionné mais en plus le ministère des Affaires étrangères n'a jamais été informé d'une mission parallèle de Jean-Charles Marchiani. »
Interrogé sur les comptes suisses de l'ancien préfet, Alain Juppé a répondu: «Cela me paraît tout à fait disproportionné avec ce qu'unfonctionnaire peut obtenir légalement dans l'exercice de ses fonctions. Je ne peux qu'éprouver un sentiment de surprise devant ces fonds censés avoir été collectés pour des missions de la République et qui sont en réalité restés sur le compte de l'intéressé. »
Le Figaro, 8 juin 2005, p. 8

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(Juillet 2005) Angolagate : le roman d'une affaire d'Etat
L'histoire commence en 1992

Après cinq années d'instruction, le juge Philippe Courroye a mis un terme à l'enquête sur les ventes d'armes à l'Angola, entre 1993 et 2000. L'enjeu du procès à venir porte sur l'existence juridique d'un trafic d'armes. Le magistrat a considéré que ce délit était constitué, car les transactions financières et commerciales avaient eu lieu à Paris.
Les avocats du dossier le contestent pour deux raisons : la société créée par Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak était slovène et les armes ne sont jamais passées par la France. Si le tribunal tranche en faveur de ceux-ci, la procédure serait réduite à néant. En attendant, sur la base des investigations judiciaires, LeFigaro a reconstitué la saga d'une des plus sulfureuses affaires politico-financières des années 90.

Novembre 1992, les troupes du président Eduardo Dos Santos et celles de l'Unita de Jonas Savimbi plongent l'Angola dans la guerre civile. La France, en pleine campagne législative, n'y prête qu'un intérêt lointain.

A la mi-avril, Jean-Bernard Curial, petit homme discret, sorte de «monsieur Afrique» du Parti socialiste est discrètement invité à Luanda. Dans une capitale cernée par les «rebelles», Dos Santos implore le soutien de François Mitterrand et dresse une liste de ses besoins en nourriture mais aussi en fusils, en canons.
Curial porte le message à l'Elysée, mais les conseillers du chef de l'Etat lui renvoient un refus poli, persuadés que le nouveau gouvernement d'Edouard Balladur, où figurent des ministres réputés proches de l'Unita (notamment François Léotard, ministre de la Défense, et Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur) s'opposera a tout soutien.

Quelques jours plus tard, par l'étrange action du hasard, Curial croise place Maubert, à Paris, Jean-Christophe Mitterrand. Ecarté depuis peu de la cellule «Afrique» de l'Elysée, le fils aîné du Président se plaît à jouer les influents. Curial lui fait part de la requête de Dos Santos et de son embarras... L'autre, dont l'amitié pour le président angolais est connue, murmure le nom d'un certain Falcone. Un homme d'affaires avec qui il a sympathisé et qui aurait ses entrées chez Pasqua. Rendez-vous est pris.

Courant mai, Curial soumet à Pierre Falcone la liste de Dos Santos. Alléché, l'homme d'affaires se fait néanmoins pessimiste puisque «la Défense et l'Intérieur soutiennent Savimbi». Il réserve sa réponse à la consultation de ses «relations» au ministère voisin. Une semaine plus tard, Falcone, patron d'une société d'import-export dénommée Brenco, également représentant de la Sofremi (société d'exportation du ministère de l'Intérieur), appelle Jean-Bernard Curial. «L'avis n'est pas négatif», lui lance-t-il. Ce coup de fil suffit à Curial. Tout aussi discrètement que les autres rendez-vous, il organise une rencontre entre Falcone et Eliseo Figueiredo, l'ambassadeur angolais à Paris et homme de confiance de Dos Santos. Le contact est chaleureux et le 27 mai, dans ses bureaux de l'avenue Montaigne, Pierre Falcone reçoit une délégation angolaise.

Rien n'est signé mais tout au long de l'été, Falcone, via sa société, règle les voyages de militaires angolais entre Paris, Moscou et Luanda, loue des voitures blindées lors de leurs visites. Les discussions tournent toujours autour de l'achat de matériel militaire en provenance d'Europe de l'Est. Au même moment à Moscou, un autre homme d'affaires ami et partenaire de Pierre Falcone prend les opérations en main : Arcadi Gaydamak.

Parallèlement à ces manoeuvres, des émissaires du président Dos Santos tentent encore d'obtenir un soutien officiel de la France. Pour toute réponse, les services d'Edouard Balladur demandent au ministère des Affaires étrangères d'Alain Juppé une note ferme et succincte : le 11 août 1993, la vente d'armes aux deux parties angolaises est strictement interdite.
La décision gouvernementale n'impressionne pas Falcone et Gaydamak. Douze jours plus tard, les deux hommes sont même convaincus d'avoir trouvé le biais pour s'affranchir de cet embargo. Le 23 août, ils deviennent les dirigeants d'une société slovène du nom de ZTS Ozos et sont officiellement autorisés à agir pour le compte de celle-ci «dans une transaction entre l'Angola et la Russie». Ces formalités administratives réglées, il reste les démarches commerciales : nouveaux voyages à Moscou, à Sofia. Des armes y sont achetées, des avions affrétés pour les livrer.

Le 6 novembre, une nouvelle délégation angolaise débarque à Paris. Elle s'installe à l'hôtel de La Tremoille. Le lendemain, un contrat de livraison d'armes est signé – entre ZTS Ozos et la société d'Etat angolaise Ematec – pour 463 millions de dollars. Deux jours plus tard, les premiers règlements arrivent sur un compte de la société slovène à Vienne, en Autriche.
L'ordre de virement de 47 millions de dollars est donné par le ministre des Finances angolais, via Elf... D'autres versements suivent. Le 13 décembre, Pierre Falcone écrit au ministre de la Défense angolais : «Malgré tous les aléas techniques, administratifs, logistiques, notre groupe peut définir un plan d'action pour la livraison», à partir d'avril 1994.

Des munitions, des armes légères, des hélicoptères de combat mais aussi des missiles ou des mines antipersonnel, en provenance de Russie, Bulgarie, Pologne ou Kirghistan, sont progressivement livrés en Angola. Des dignitaires locaux reçoivent, au passage, des centaines de milliers de dollars sur des comptes en Suisse, au Luxembourg ou au Portugal. Mais alors qu'un pont aérien est mis en place entre Moscou, Varsovie et Luanda, les fonds manquent à ZTS Ozos. Falcone et Gaydamak font le tour des banques. Toutes refusent de les soutenir. Sauf une. Le 1er décembre 1994, Paribas leur débloquent 30 millions de dollars. «Arcadi et moi avons dû nous substituer aux banques pendant ces trois mois pour garantir les enlèvements de marchandises», écrit Falcone à l'ambassadeur.

Les affaires peuvent reprendre. Nouveaux voyages à Luanda. Jean-Charles Marchiani, conseiller de Charles Pasqua à l'Intérieur, accompagne Falcone. Pourquoi ? Le mystère demeure, mais le chef des services secrets angolais lui écrit, peu après, pour le «remercier de tout ce que vous avez fait pour que le pays retrouve la paix, mandaté par votre gouvernement».
François Léotard, alors ministre de la Défense, comme Alain Juppé, au Quay d'Orsay, affirmeront que Marchiani n'a jamais eu aucun mandat officiel.

Durant l'été 1995, de nouveaux contrats sont signés. Le compte de Brenco, la société de Falcone, est quant à lui régulièrement débité : 500 000 dollars sont virés au bénéfice de Jean-Christophe Mitterrand et 1,5 million de francs à celui de l'Association France-Afrique-Orient, proche de Charles Pasqua. Plus tard, d'autres largesses seront accordées à Jacques Attali, l'ex-conseiller de Mitterrand, ou à Paul-Loup Sulitzer.
Le commerce est bien huilé : les armes achetées, acheminées, les financements délivrés par Paribas. Mais il attise des jalousies. Le fisc est «averti» des affaires de Pierre Falcone. Le 11 décembre 1996, des limiers de la Direction nationale des enquêtes fiscales (Dnef) déboulent à son domicile parisien et à celui de Gaydamak, perquisitionnent les bureaux de Brenco. Ils n'y découvrent rien. La veille, Marchiani les a alertés d'une descente imminente...

Un an plus tard, la DGSE constate la «poursuite des activités» de Falcone. Vers la fin de 1997 ou au début 1998, à une date incertaine, une discrète rencontre aurait lieu dans les locaux de Brenco entre Pierre Falcone et Charles Pasqua. Que se disent le marchand d'armes et l'ex-ministre ? Rien n'a jamais filtré. Le transport des armes en Angola continue, même après une autre perquisition de la DST.
En mai-juin 1998, un nouveau contrat est signé à Paris. En octobre, Falcone prend une commande pour 11 millions de dollars, puis 36 millions de dollars l'année suivante pour des hélicoptères de combat, de transport mais aussi des pièces détachées et des roquettes. Pour se couvrir, Falcone et Gaydamak ont liquidé Ozos pour créer Vastimpex. Les appellations changent mais le commerce se poursuit jusqu'au début de l'été 2000.

Le 7 juillet, le juge Philippe Courroye perquisitionne le cabinet de Me Allain Guilloux, avocat fiscaliste de Falcone. Dans la nuit du 1er au 2 décembre, le marchand d'armes est mis en examen et écroué. Arcadi Gaydamak est déjà réfugié en Israël. L'Angolagate a commencé.
lefigaro.fr, Éric Decouty [26 juillet 2005]

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mercredi 28 mars 2007, 18h12 Maxi-procès en vue dans le dossier des ventes d'armes à l'Angola

PARIS (Reuters) - Le renvoi en correctionnelle de 42 personnes, dont Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali, Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani, a été demandé dans un dossier visant des ventes d'armes présumées illicites de 790 millions de dollars à l'Angola entre 1993 et 2000.

Dans un réquisitoire de 500 pages, qui conclut sept ans d'enquête, le procureur de Paris Jean-Claude Marin considère que les deux trafiquants présumés, Pierre Falcone et Arcady Gaydamak, ont favorisé cette vente grâce à un réseau d'influence constitué par des gratifications illégales.

Le juge d'instruction Philippe Courroye devrait suivre ce réquisitoire et prononcer rapidement la décision finale de renvoi. Le procès devrait se tenir en 2008.

Le parquet demande le renvoi devant le tribunal de Jean-Christophe Mitterrand, 60 ans, fils aîné de l'ancien président de la République, pour "complicité de commerce illicite d'armes et recel d'abus de biens sociaux".

Le parquet requiert en revanche un non-lieu à son bénéfice pour l'incrimination de "trafic d'influence".

Ancien conseiller de son père à l'Elysée pour l'Afrique (1986-1992), il a été emprisonné trois semaines entre décembre 2000 et janvier 2001, avant d'être remis en liberté moyennant le versement d'une caution de 762.000 euros.

Le procureur requiert également le renvoi devant le tribunal du Français Pierre Falcone, 52 ans, et Arcady Gaydamak, 54 ans, Israélien d'origine russe, tous deux en fuite à l'étranger. Ces deux hommes assurent que la vente était légale.

Parmi les autres personnes dont le renvoi est demandé, figurent Jacques Attali, 63 ans, ancien conseiller du président Mitterrand (1981-1990), l'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, 79 ans, son ancien homme de confiance Jean-Charles Marchiani, Georges Fenech, 53 ans, ancien magistrat et actuel député UMP, Paul-Loup Sulitzer, 60 ans, écrivain à succès.

ATTALI VISÉ POUR TRAFIC D'INFLUENCE

Le réquisitoire récapitule leurs gratifications : 2,6 millions de dollars à Jean-Christophe Mitterrand et 26.000 euros en billets d'avion, 160.000 dollars pour Jacques Attali, 229.000 euros à l'association France-Afrique-Orient de Charles Pasqua et 450.000 dollars à titre personnel, 15.000 euros au syndicat Association professionnelle des magistrats (APM), dirigé par Georges Fenech, 380.000 euros à Paul-Loup Sulitzer.

Les deux trafiquants présumés ont acheté chars, hélicoptères, pièces d'artillerie, lance-roquettes, lance-flammes, navires de guerre, mines et armements d'infanterie en Europe de l'est et les ont vendus à l'Angola par la société parisienne Brenco et sa filiale slovaque ZTZ-Osos.

Cette transaction nécessitait selon l'accusation une autorisation officielle française, ce que conteste la défense. Les armes ont permis au président angolais Eduardo dos Santos de régler le conflit engagé dans les années 70 avec la guérilla de l'Unita, dirigée par Jonas Savimbi.

Le parquet vise aussi une autre vente d'armes présumée illicite de deux millions de dollars au Cameroun et un projet avorté de vente d'armement au Congo-Brazzaville.

Pierre Falcone et Arcady Gaydamak auraient mené l'opération angolaise, pour un bénéfice estimé à 150 millions d'euros, grâce à leurs appuis, à rebours des choix diplomatiques du gouvernement Balladur (1993-1995), hostile à Dos Santos.

Les marchands d'armes se seraient appuyés à gauche sur Jean-Bernard Curial, socialiste proche du régime Dos Santos, Jean-Chistophe Mitterrand et Jacques Attali, et à droite sur Charles Pasqua et ses réseaux et Georges Fenech.

Jacques Attali se voit reprocher d'avoir présenté l'avocat de Pierre Falcone, Allain Guilloux, au ministre des Affaires étrangères PS de l'époque, Hubert Védrine, pour tenter de négocier, en vain, l'annulation d'un redressement fiscal.

Libéré sous contrôle judiciaire en décembre 2001 après un an de détention provisoire, Pierre Falcone a pris la fuite à l'étranger en 2003 après avoir obtenu un passeport diplomatique de l'Angola au titre de sa représentation à l'Unesco.

Arcady Gaydamak, visé par un mandat d'arrêt international depuis le début de l'enquête, vit en Israël.
Yahoo.fr, actualités, mercredi 28 mars 2007, 18h12

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Hervé Morin vient à l'appui de la défense dans "l'Angolagate" Reuters - Vendredi 18 juillet, 13h08 Thierry Lévêque, édité par Gilles Trequesser

PARIS (Reuters) - Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a écrit aux avocats de l'homme d'affaires Pierre Falcone, principal protagoniste de l'affaire des ventes d'armes à l'Angola, pour assurer qu'à ses yeux il n'existe aucun délit dans ce dossier, apprend-on de source judiciaire.

Cette démarche du ministre intervient moins de trois mois avant un procès de 42 personnes prévu à partir du 6 octobre pour une durée de cinq mois au tribunal correctionnel de Paris.

Nicolas Sarkozy s'est rendu en mai dernier en Angola, important pays pétrolier. Le président français avait alors annoncé publiquement à son homologue, Eduardo dos Santos, mis en cause dans le dossier judiciaire français, qu'il entendait "tourner la page des malentendus du passé".

"Il résulte de l'examen du dossier de mon ministère à la lumière de vos observations, qu'en l'absence de transit par le territoire français, la législation relative aux opérations de vente d'armes et de munitions (...) ne s'appliquait pas aux dates retenus par le dossier de l'instruction à l'activité exercée par M. Pierre Falcone", écrit Hervé Morin dans sa lettre datée du 11 juillet et publiée par le magazine Le Point.

Ce courrier répondait à ceux des avocats de Pierre Falcone, qui estiment que les ventes d'armes ne concernent pas la France et demandent donc au ministère français de retirer la plainte qui est le fondement juridique du dossier.

Aucune demande formelle n'a été adressée au tribunal correctionnel de Paris et le gouvernement n'a pas formellement retiré sa plainte à ce jour. Le procès s'ouvrira donc normalement en octobre, a précisé un haut magistrat parisien.

42 PERSONNES JUGÉES

Sont poursuivies dans cette affaire 42 personnes, dont le fils aîné de l'ancien chef de l'Etat, Jean-Christophe Mitterrand, l'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua et l'ex-conseiller de François Mitterrand Jacques Attali.

L'affaire concerne des ventes d'armes d'un montant de 790 millions de dollars à l'Angola entre 1993 et 2000, menées par Pierre Falcone et Arcady Gaydamak, qui auraient favorisé cette vente grâce à un réseau d'influence constitué par des gratifications illégales.

Les armes ont été achetées en Europe de l'Est et acheminées en Angola sans transiter par le France. L'accusation dit que la transaction aurait dû être autorisée officiellement par le gouvernement français car les contrats ont été signés à Paris, Pierre Falcone avait une partie de ses sociétés en France. La banque française BNP servait de partenaire, ajoute-t-il.

Jean-Christophe Mitterrand et l'ancienne personnalité socialiste Jean-Bernard Curial, proche du gouvernement du président dos Santos, sont poursuivis pour complicité de trafic d'armes, car ils auraient favorisé l'affaire, et pour avoir reçu de l'argent des trafiquants présumés.

Jacques Attali est poursuivi pour trafic d'influence car il aurait intercédé auprès du ministre des Affaires étrangères de l'époque, Hubert Védrine, en faveur de Pierre Falcone.

Sont aussi poursuivis le député UMP et ex-magistrat Georges Fenech, Charles Pasqua, son ex-homme de confiance Jean-Charles Marchiani - actuellement écroué pour un autre dossier - l'écrivain Paul-Loup Sulitzer et d'autres personnalités.

Des documents versés au dossier judiciaire montrent que plusieurs officiels angolais ont perçu des commissions sur les ventes d'armes.
Pierre Falcone est en outre jugé pour "abus de biens sociaux" en raison d'un versement de cinq millions de dollars à Eduardo dos Santos personnellement.

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